GSTAAD MENUHIN FESTIVAL, 2 concerts événement : VOGT, WANG

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-présentation-classiquenews-582GSTAAD MENUHIN Festival 2019, les 1er et 6 sept 2019. Le GSTAAD Menuhin Festival EN SEPTEMBRE 2019, jusqu’au 6 sept 2019. La dernière moisson de concerts et événements dans le Saanenland propose 2 temps forts, sous la tente majestueuse de GSTAAD, écrin désormais emblématique des grandes soirées du Festival suisse (à la fois symphonique, concertante et lyrique)… le 1er sept avec le récital lyrique du ténor wagnérien Klaus Florian Vogt (et la création d’une nouvelle oeuvre commandée par le Festival au compositeur français Tristan Murail) ; enfin le concert de clôture (6 sept 2019) avec la pianiste trépidante électrique, Yuja Wang dans le Concerto n°3 de Rachmaninov… deux événements majeurs qui placent le MENUHIN Festival parmi les plus importants des cycles de musique estivaux en Europe… Une opportunité idéale pour organiser un séjour culturel et vert en Suisse au mois d’août…

 

 

 

Dim 1er sept 2019
KLAUS FLORIAN VOGT chante WAGNER

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Dimanche 1er septembre 2019, récital lyrique avec le ténor Klaus Florian Vogt (Wagner). Familier de Bayreuth (où il chante Lohengrin ou Parsifal, quand Jonas Kaufmann ne peut pas), KF Vogt tient la vedette dans le dernier cd DG Deutsche Grammophon dédié au cycle des opéras de Mozart par Yannick Nézet-Séguin : KF Vogt y chante avec un style et une candeur expressive, le rôle clé de Tamino dans La Flûte enchantée).
Lohengrin au Met en 2006, Parsifal au Liceu en 2011, … le ténor allemand Klaus Florian Vogt est l’autre grand chanteur, – après Jonas Kaufmann, capable d’exprimer au plus juste le chant wagnérien, plus intérieur que démonstratif. Ce sens des nuances et un timbre clair (aussi brillant que Kaufmann est sombre et rauque) assure à KF Vogt sa stature actuelle de heldentenor. Mais le chanteur sait aussi chanter comme peu (tel Juan Diego Florez, mozartien récent et superlatif), Mozart auquel il restitue une candeur héroïque captivante (son récent Tamino à Baden Baden sous la direction de Y Nézet-Séguin en 2018, dont le cd est publié cet été 2019). Et justement Vogt, après le récital Wagner par Jonas Kaufmann sous la tente de Gstaad l’été dernier, présente sa propre lecture des grands rôles wagnériens pour ténor. Au service du symphonisme brûlant, embrasé de Wagner, dont l’écriture instrumentale creuse les vertiges psychologiques des protagonistes, KF VOGT offre la pureté d’une voix souple et articulée, miroir de la psyché, qu’il s’agisse de Lohengrin, l’élu descendu sur terre pour sauver une humanité qui reste sourde et aveugle à sa hauteur morale ; ou Siegmund, premier héros embrasé du Ring (La Walkyrie), père de Siegfried le héros à venir et qui partage avec sa sÅ“ur Sieglinde, une passion incestueuse dont la sincérité bouleverse…
La tendresse du timbre de KF Vogt s’inscrit tel un gemme précieux dans le Gesamtkunstwerk (art total) où l’opéra devient chez Wagner, forge orchestrale, chant passionné, drame théâtral. Une totalité qui révolutionne l’art lyrique depuis les années 1840, et se réalise à Bayreuth, dans le théâtre des représentations financé par Louis II de Bavière, conceptualisée par Wagner dans sa maison de Winifred.

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GSTAAD, tente
Dim 1er sept 2019

KLAUS FLORIAN VOGT, ténor
ORCHESTRE NATIONAL DE LYON
GERGELY MADARAS, direction

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
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Programme :

Richard Wagner (1813–1883)
 : Ouvertüre zur Oper «Tannhäuser» 15’

«Amfortas! Die Wunde»,
Arie aus der Oper «Parsifal» 10’

«Winterstürme wichen dem Wonnemond»,
Arie aus der Oper «Die Walküre» 4’

Tristan Murail (1947)
 : «Les Neiges d’antan» für grosses Orchester 10’ (Uraufführung – Kompositionsauftrag
Gstaad Menuhin Festival, finanziert durch die Ernst von Siemens Musikstiftung)

Richard Wagner (1813–1883)
«Höchstes Vertraun»,
Arie aus der Oper «Lohengrin» 3’

Gralsrezählung («In fernem Land …»),
Arie aus der Oper «Lohengrin» 6’

George Gershwin (1898–1937)
 : «An American in Paris» für Orchester 20’

Maurice Ravel (1875–1937)
 : «Boléro», Ballettmusik C-Dur

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Présentation des œuvres symphoniques

Le concert du 1er sept sous la tente de Gstaad réalise aussi la création de la nouvelle partition de Tristan Murail « Les Neiges d’antan », commande du Gstaad Menuhin Festival 2019. Disciple de Messiaen, Murail a la révélation de son écriture spécifique depuis sa rencontre avec Giacinto Scelsi – qui le sensibilise sur le timbre. Fondateur de l’esthétique SPECTRALE, Murail fonde en 1973 avec Roger Tessier l’Ensemble Itinéraire, laboratoire musical qui utilise pour la première fois l’électronique et l’informatique musicale.
C’est donc la création du quatrième volet de son cycle symphonique Reflections / Reflets, initié en 2013. La source en est la vision des massifs alpins enneigés, lors d’un vol Paris-Nice (à 8000 mn d’altitude) : s’inscrit dans l’imaginaire du compositeur, la ligne fine et régulière de l’avion et la crête déchiquetée des montagnes éblouissantes ; en découle le cycle intitulé « Altitude 8000 », amorcé au temps de l’étudiant encore perfectible. En 2019, Murail revient sur cette musique à la fois grandiose et infime dont la vibration évoque les glaciers et les neiges « éternelles ». Très soucieux des événements climatiques, Mureail constate la fonte spectaculaire de certains dont celui de Meije qu’a connu et aimé Messiaen. Exaltation et désarroi se lisent dans cette pièce, qui concentre selon les mots du compositeur « grands espaces, brillance des altitudes, mais, en contraste, dégels et effondrement…»

Le concert du 1er sept comprend aussi deux Å“uvres clés du répertoire du XXè, Un Américain à Paris de George Gershwin (Carnegie Hall, 1928 – adapté au cinéma par Vincente Minelli en 1951, avec Gene Kelly oscarisé), hymne lyrique aux lumières de la ville, PARIS, fêtée cette année à GSTAAD. Même année pour la création du Boléro de Maurice Ravel (Opéra de Paris, le 22 nov 1928) : la partition est depuis lors la plus jouée au monde, captivante jusqu’à la transe, soit un crescendo orchestral, affirmant les profondes racines ibériques (basques) de l’auteur, sa fascination pour les timbres et la couleur, doué aussi d’un génie mélodique hors normes… Au départ, c’est la danseuse Ida Rubinstein, qui commande à Ravel la parure musicale de son prochain ballet, à partir d’un choix de pièces d’Albéniz. Ravel décide cependant d’écrire une Å“uvre nouvelle: ainsi naît sa propre version du boléro, codifié fin XVIIIème siècle. De l’art de sublimer et transcender des formes anciennes dans le style moderne… Un pur joyau symphonique était né.

 

 

 

 

 

 

Vendredi 6 septembre 2019
YUJA WANG joue le Concerto n°3 de Rachmaninov

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Enfin, ultime événement le 6 septembre 2019, également sous la tente de GSTAAD, le concert de la pianiste chinoise, Lang Lang en version féminine, Yuja WANG, interprète électrique de Rachmaninov (19h30 sous la tente de GSTAAD). Le plus adulé mais redoutable des Concertos pour piano est le 3è de Rachmaninov, intitulé « RACH3 » tel la cime d’une montagne inatteignable et respectée. Dans la résidence d’été de la famille Rachmaninov (Ivankova), la partition est achevée en sept 1909, puis créée lors de la première tournée aux USA (New York, 20 nov 1909) : c’est un immense succès, repris in loco par le chef Gustav Mahler. Grand mélodiste, Rachmaninov déploie le somptueux thème initial tel un chant populaire ou religieux en provenance des tréfonds de l’âme russe… pourtant enfant de sa seule imagination. Ce début envoûtant sort de l’ombre, semblant surgir d’une mémoire ancestrale… enveloppant et carressant le thème revient à plusieurs au cours du Concerto (aux clarinettes, de façon subliminale mais présente dans l’Intermezzo ou mouvement II). Quel contrastes avec le Finale, festival rythmique et trépidant qui sollicite continûment le soliste. Rachmaninov fut lui-même un pianiste virtuose, qui cependant pour cette oeuvre bénéficie d’un interprète de premier plan, le jeune Vladimir Horowitz, rencontré et admiré dès leur rencontre à New York en janvier 1928. Les deux artistes se lient d’amitié et Horowitz recueillant les commentaires et indication de Rachma lui-même, en particulier dans la genèse et la création de la Rhapsodie sur un thème de Paganini, s’avère être le meilleur connaisseur et interprète de son maître Rachmaninov. En 1996 le film Shine de Scott Hicks, inspiré de la vie du pianiste David Helfgott met à l’honneur la partition adulée.

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GSTAAD, tente
Ven 6 sept 2019, 19:30

YUJA WANG, Klavier / clavier  /  
STAATSKAPELLE DRESDEN
MYUNG-WHUN CHUNG, Leitung / direction

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
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Programme

Sergei Rachmaninow (1873–1943)
Klavierkonzert Nr. 3 d-Moll op. 30
Allegro ma non troppo, Intermezzo. Adagio Finale. Alla breve : 45’

Johannes Brahms (1833–1897)
Sinfonie Nr. 2 D-Dur op. : 73 45’
Allegro non troppo
Adagio non troppo
Allegretto grazioso (quasi andantino) Allegro con spirito

SYMPH N°3 de BRAHMS
BRAHMS HD pour GSTAAD reportage2018Alors qu’il avait accouché de sa Première symphonie au terme de 20 années, Brahms compose sa Symphonie n°2 en… 4 mois, à l’été 1877, à Pörtschach, au bord du Wörthersee, en Carinthie. Le compositeur, schumanien militant, affirme une virtuosité néoclassique : en ré majeur (comme le Concerto pour violon contemporain), la n°2 étonne les critiques par ses emprunts directs, forme et structure, à Mozart et Schubert. Le contrepoint dans l’esprit de JS Bach n’empêche ni un lumineux enthousiasme cependant rentré et pudique (comme toujours chez Johannes) ni une mélancolie irrésistible que d’ailleurs Brahms lui-même, a fortement mise en lumière dans ses commentaires (à l’éditeur Simrock). L’art de Brahms est d’une étoffe raffinée et classique, et d’une trame intensément nostalgique. Qu’importe, le critique conservateur Hanslick, qui détestait Mahler, applaudit au miracle, heureux de saluer à Vienne, son nouveau champion, lors de la création le 30 déc 1877.

 

 

 

 

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Les plus à GSTAAD durant votre séjour :

 

 

Exposition des 80 ans de BARTOK à SAANEN
bartokbela bartok USA classiquenewsParce que Béla Bartók a séjourné à Saanen en août 1939 et y a composé en un temps très court son Divertimento pour orchestre à cordes, – 3ème commande de Paul Sacher, le GSTAAD MENUHIN Festival dédie une exposition sur cet épisode majeur de la vie de Bartok à Saanen : l’église fut dès 1957 repérée par Yehudi Menuhin pour y implanter un nouveau festival de musique classique.… avec le succès que l’on sait désoramis. Paul Sacher, chef et mécène bâlois, met à sa disposition le Chalet Aellen, où le compositeur compose en 2 semaines seulement, le Divertimento. Bartok fut ensuite obligé de quitter l’Oberland bernois comme un fugitif. L’exposition retrace ce séjour à Saanen et l’amitié entre Bartók et Sacher au travers de documents issus des collections de la Fondation Paul Sacher.

EXPOSITION SOUS LA TENTE DU FESTIVAL
DE GSTAAD
 / Jusqu’au 6 septembre 2019
  -  Dès le 16 août, l’exposition accessible sous la tente du Festival de Gstaad : elle est visible les soirs de concert.
Toutes les infos sur le site du GSTAAD MENUHIN Festival 2019
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/concerts-precedents/concerts-2019/gala-concert-orchestral-11-08-19?highlight=exposition
 

 

 

Compte rendu critique, opéra. Toulouse, Théâtre du Capitole, le 9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; Opéra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur d’après Villiers de l’Isle-Adam ; créé en concert le 1er décembre 1949 à Turin ; Béla Bartók (1881-1945) : Le Château de Barbe-Bleue ; Opéra en un acte et un prologue sur un livret de Béla Balázs ; créé le 24 mai 1918 à l’Opéra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; Aurélien Bory : mise en scène ; Taïcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scène ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; Aurélien Bory, Pierre Dequivre : scénographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumières Avec : dans Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La Mère ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon, Le Geôlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux Prêtres. Dans Le Château de Barbe-Bleue : Bálint Szabó, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; Yaëlle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; Chœur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Toulouse, passionnante ouverture de saison 2015-2016 au Capitole. Le Château de Barbe-Bleu est une si belle œuvre que lui chercher un compagnon relève de la folie. Une oeuvre si belle, si dense et si profonde, qui exige tant du spectateur plongé dans des abîmes philosophiques où l’orchestre est absolument fabuleux et qui demande deux grandes voix, suffirait en intensité. Mais le compte temps n’y est pas. Un peu, toute proportion gardée,  comme dans Didon et Enée de Purcell.

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Château magnétique au Capitole

Le Capitole a su rendre justice au chef d‘œuvre de Bartók. La direction musicale du chef italien Tito Ceccherini est celle d’un amoureux de la partition. Il sait en rendre toutes les subtilités assurant aussi bien hédonisme généreux et intensité théâtrale à couper le souffle. L’Orchestre du Capitole est admirable de nuances comme de couleurs. Seul un orchestre symphonique  de cette trempe peut véritablement rendre justice, dans une fosse, à une partition si formidable. La mise en scène est habile ; elle permet aux chanteurs de caractériser leurs personnages avec force. Lui, d‘abord immobile, qui se laisse gagner par les mouvements de plus en plus larges de Judith. Tous deux faisant bouger des portes. Le dispositif scénique de ces portes autour d’un axe central est aussi beau qu’habile. Capable en tous cas de beaucoup de suggestions. Les lumières très précises d’Arno Veyrat habillant comme un arc en ciel de splendeur les portes et les entre-portes de la plus grande beauté possible ; l’ouvertures des portes est bien à chaque fois un moment fondateur qui éloigne de plus en plus les deux amoureux. La mise en scène et le dispositif scénique soulignent le combat philosophique et éthique de ces deux conceptions de l ‘amour que tout oppose. La réussite est totale ; elle ne nous permet pas de juger mais simplement de constater que Judith et Barbe-Bleu ne sont tout simplement pas sur le même plan symbolique. Chacun étant violant par l’intransigeance de sa vision de l‘Amour, creusant un abîme mortel  entre le femme et l’homme.  Les deux chanteurs, Bálint Szabó en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith  sont magnifiques, belles et grandes voix comme acteurs saisissants.

Cette très intéressante version du Château était précédée de l’étrange partition, dodécaphoniste – et un peu poussiéreuse – du Prisonnier de Luigi Dallapicola. Le parti pris de mise en scène a été particulièrement convainquant pour mettre en valeur le chef d‘œuvre de Bartok. Préparation philosophique aux mirages qui tente de permettre à l’Homme de croire à l’intérêt et au sens de la vie. Le prisonnier va vers une mort sans justification, comme la vie. Un pas de désillusion supplémentaire sera ce vertige de l’amour, prison mortelle du Château de Bartok. Le noir et blanc du Prisonnier prépare à la couleur ; le lyrisme aride et l’orchestration étrange préparent l’oreille à l’apothéose bartokienne. Le plasticien Vincent Fortemps  qui dessine sans couleurs en même temps que la pièce se déroule, permet de comprendre comment la vie se déroule sans plans et sans direction. Le système de projection en direct de ses coups de pinceaux est très bien réalisé. Vocalement la tessiture du rôle de la mère dessert Tanja Ariane Baumgartner, alors qu’elle est une superbe Juliette et la voix du prisonnier,  Levent Bakirci, est centrale et sans brillance bien loin de la puissance et de la rondeur ce celle du grandiose Barbe-Bleu du superbe Bálint Szabó. En ce sens, le personnage du Prisonnier devient un archétype de L’homme qui ne peut être que perdu dans une vie dénuée de sens. Gilles Ragon impressionne vocalement et par sa haute taille dans les deux rôles ambigus du geôlier et de l’inquisiteur. Le chÅ“ur, à qui Dallapicola réserve de belles pages, est magnifique.

Après deux œuvres si denses aux sujets si profonds l’audace de ce début de saison sera tempérée par la reprise pour la troisième fois d’un Rigoletto de bon aloi en novembre 2015. A Toulouse bien des gouts du public sont comblés à l’Opéra. Merci à Frédéric Chambert qui sait osciller entre audace et répertoire indéboulonnable. Le public a paru apprécier particulièrement cette ouverture de saison originale que France-Musique a diffusé dans ces soirées de samedi à l’opéra.

 

 

 

Bartok-dallapiccola-balint-szabo-toulouse-capitole-octobre-2015Compte rendu critique, opéra. Toulouse, Théâtre du Capitole, le  9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; Opéra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur  d’après Villiers de l’Isle-Adam ; créé en concert le 1er décembre 1949 à Turin ; Béla Bartók (1881-1945) : Le Château de Barbe-Bleue ; Opéra en un acte et un prologue sur un livret de Béla Balázs ; créé le 24 mai 1918 à l’Opéra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; Aurélien Bory : mise en scène ; Taïcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scène ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; Aurélien Bory, Pierre Dequivre : scénographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumières  Avec : dans  Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La Mère ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon,  Le Geôlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux Prêtres. Dans  Le Château de Barbe-Bleue : Bálint Szabó, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; Yaëlle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; Chœur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Illustration : Patrice Nin © Capitole de Toulouse octobre 2015 – les deux chanteurs Bálint Szabó en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith. 

 

CD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon)

fricsay ferenc complete orchestral works deutsche grammophonCD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon). En 1963 s’éteint prématurément le chef d’orchestre Ferenc Fricsay véritable génie de la direction que Furtwängler préférait pour sa succession à Karajan et Celibidache. A 49 ans fort heureusement le maestro, né en août 1914, avait laissé un legs discographique colossal et suffisamment significatif pour mesurer son immense talent et aussi juger du discernement de la major qui l’avait tôt reconnu et distingué : Deutsche Grammophon.  Un héritage musical et esthétique inestimable dont la richesse et l’aboutissement composent toute la valeur de ce coffret de 45 cd,  somme superlative qui célèbre comme c’est le cas de son contemporain Carlo Maria Giulini, son centenaire en 2014.

 

 

 

 

Ferenc Fricsay, génie des années 1950

 

 

ferenc fricsay chefLa famille Fricsay est très mélomane et compte avant Ferenc plusieurs musiciens professionnels ; son grand père est choriste et son père, Richard, chef respecté d’un orchestre militaire en Bohême. Inscrit dans la classe de composition du Conservatoire Liszt de Budapest, le jeune Ferenc peut recueillir l’enseignement des plus grands : Kodaly, Dohnanyi,  Bartok.  Maîtrisant la pratique de plusieurs instruments (violon,  clarinette,  trombone,  percussions. ..), le jeune musicien qui souhaite déjà devenir un grand chef peut encore assister aux concerts des maestro alors renommés qui passent par Budapest : Furtwängler,  Mengelberg,  Walter et l’immense Erich Kleiber, -le père de Carlos. A 19 ans, Fricsay qui a dirigé aux pieds levés l’orchestre paternel, à l’occasion d’un court retard du père,  se voit projeté chef de la Philharmonie militaire de Szeged : remarqué et vite célébré,  le jeune homme voit le nombre des abonnés de l’orchestre passer de 200 à 2000 en seulement une saison. Sa carrière prend son envol surtout après la guerre : invité par le Philharmonique de Vienne dès 1946,  Ferenc Fricsay (32 ans) se voit nommé assistant de Klemperer au festival de Salzbourg en 1947 pour la création de La mort de Danton de von Einem. Il devait à sa demande diriger au moins 7 répétitions : il les pilotera toutes car Klemperer est tombé malade. Dès lors, il approfondit son approchel en profondeur de chaque partition : s’immerger, multiplier les répétitions et les séances de travail pour saisir et exprimer  l’essence de l’oeuvre selon le voeu manifeste ou secret du compositeur. Une gageure, une vocation dont Fricsay relève le défi. De retour à Salzbourg en 1948, il assure la création de 2 nouveaux opéras, confirmant le très grand chef lyrique en devenir : Le Vin herbé de Frank Martin et Antigone de Carl Orff.

CLIC_macaron_2014Puis c’est un Don Carlo de Verdi avec Dietrich Fischer Dieskau à Berlin en 1948 toujours qui reste dans toutes les mémoires. Il prend les rênes du Symphonique RIAS (Rundfunk in Amerikanischen Sektor, rebaptisé en 1954 : Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin) à l’époque de la guerre froide, exploitant les personnalités instrumentales engagées, venant de l’orchestre de la Staatskapelle ou du Staatsoper… phalanges qui ne tardent pas à passer dans le secteur de la futur RDA. D’emblée, s’appuyant sur des professionnels affûtés et subtils, connaissant le répertoire romantique germanique comme leurs poches, Ferenc Fricsay peut affiner sa propre conception de la sonorité orchestral : lisibilité et transparence, vivacité et élocution, surtout naturel et plasticité poétique. Deutsche Grammophon signe très tôt un contrat d’enregistrement exclusif, identifiant chez Fricsay, une sensibilité étonnante qui relit toutes les œuvres abordées comme s’il s’agissait de les créer …  Ainsi se constitue une discographie exemplaire, en majorité réalisée à Berlin, avec l’Orchestre RIAS et avec le Philharmonique de Berlin : soit les années 1950, une décennie miraculeuse où un visionnaire régénère l’approche de tout le répertoire symphonique du grand XIXè romantique et du XXè dont ses lectures inégalées de Bartok… qui annoncent et souvent surclasse un autre hongrois, Solti (lui aussi distinct par son élégance articulée, sa frénésie subtile et féline). Les Haydn et les Beethoven de Fricsay surpennent par leur fraîcheur recouvrée ; mais le mélomane comme l’amateur, épris de saveurs symphoniques, retrouve ici ses deux compositeurs de prédilection, Mozart et Bartok (comme aussi en un certain point, Solti). De Mozart, les dernières Symphonies (40 et 41 de 1961 : véritable testament esthétique, entre gravité tragique et tendresse fraternelle), les Concertos pour pianos 19, 20 et 27 avec Clara Haskil s’imposent évidemment (1955-1957) ; de Bartok (un monde pour lui fraternel, d’une évidence intime : Fricsay possédait la partition du Château de Barbe-Bleue),  4cd indiquent une passion viscérale à la clarté poétique organique confondante : les Concertos pour piano 1-3 (avec Geza Anda), le Concerto pour orchestre, Musique pour cordes, percussion et célesta dévoilent l’alchimiste, magicien des alliages de timbres, des architectures scintillantes et profondes. Maître de la pulsion et orfèvre en rythme, Fricsay éblouit aussi chez Stravinsky (Le Sacre, Pétrouchka, 1953-1954) ; et le lettré raffiné et savant sait aussi épaissir le trait tragique et hautement dramatique avec Tchaikovsky dont il livre les Symphonies  4 (1952), 5 (1949) et 6  (1952 et 1959 : avec les deux orchestres berlinois : symphonique radiophonique et Philharmonique respectivement, d’un égal engagement tous deux) : un souffle magistral.

fricsay ferenc1954, soit à peu près 10 ans avant sa disparition, Fricsay quitte le RIAS, passe par Houston, Munich, puis revient à Berlin en 1959… pour les 4 dernières années de sa vie : une dernière période où la vivacité se mue en profondeur d’une humanité déchirante ; malade, amoindri, Fricsay se sentant proche de la mort, comme Claudio Abbado dans les années 2000, et jusqu’à sa mort, étonne et saisit par sa direction sans baguette, à fleur de poésie, sur la crête du souffle, dévoilant l’invisible de la musique, exprimant l’imperceptible… un passeur entre les deux mondes. En 1959, la technique stéréo revivifie un marché du disque déja flamboyant ; ses relectures propres au début des années 1960 frappent par leur profondeur nouvelle : un questionnement fondamental qui creuse chaque mouvement : ici, concernés par une direction transfigurée : la 41ème Jupiter de Mozart de 1961, Ma Vlast  Moldau de Smetana (1960) dont le dernier cd (45) délivre le message lors du concert et aussi grâce à la répétition enregistrée (et filmée simultanément : le film d’archive comme sa bande son sont particulièrement instructifs sur le mode opératoire du chef, sa relation aux musiciens, sa passion pour la compréhension et l’interprétation de la partition (alors qu’il souffre personnellement beaucoup à cause de sa maladie). 35 cd à écouter et réécouter…  Coffret événement.

CD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon)

Le Château de Barbe-Bleue de Bartok à Anvers

bartokAnvers, Vlamsopera. Bartok: Barbe-Bleue. 30 avril>10 mai 2014. L’Opéra des Flandres à Anvers (Vlaams opéra) présente une nouvelle production qui met en regard deux oeuvres vocales, prenantes et saisissantes par l’éloquence de la solitude qui s’y déploie : Le Château de Barbe-Bleue de Bela Bartok  et Voyage d’hiver  de Schubert.  Dans le premier ouvrage, un couple se perd en conjectures, atteignant les ultimes confins de la communication et de la compréhension mutuelle : à force de vouloir connaître le passé de son époux (en ouvrant symboliquement chacune de sports de son château…), Judith ne prend-t-elle pas le risque de perdre tout avenir pour son mariage à construire et à vivre ? Ce qui est en jeu en définitive c’est le renoncement au passé et la promesse d’un avenir futur fondé sur la confiance… Les deux êtres réunis en sont-ils chacun capables ? La puissante intensité de l’écriture orchestrale exprime les tensions et les doutes des deux âmes qui tout peut déchirer comme fusionner pour l’éternité. Ici se joue le destin d’un couple touchant par ses questionnements, bouleversant par sa fragilité.

Dans Le Voyage d’hiver de Schubert, c’est à voce cola, le chant d’un amoureux errant, voyageur solitaire, tentant d’assumer l’échec de sa vie sentimentale en un désert lugubre et gris… Au cours de son périple musical, le voyageur se rapproche-t-il de la mort ou d’une délivrance présumée ?

Sur la scène du Vlaamse opéra, le metteur en scène hongrois Kornél Mundruczó, actif au théâtre et au cinéma, ose réaliser l’union improbables parfois de deux univers afin d’en proposer un ensemble scénique cohérent. Pari réussi ?

Anvers, Vlaamsopera
Les 30 avril, 2,4,6,8,10 mai 2014

Direction musicale : Martyn Brabbins
Réalisateur : Kornél Mundruczó
Barbe-Bleue : Stefan Kocan
Judith : Asmik Grigorian
Zanger Winterreise: Toby Girling
Piano Winterreise: Severin von Eckardstein / Jef Smits

Lire aussi notre dossier spécial Le Château de Barbe-Bleue de Bela Bartok (1918)

Compte rendu, opéra. Bordeaux. Opéra National de Bordeaux, le 16 février 2014. Belá Bartók : Le Château de Barbe-Bleue. Paul Gay, Christine Rice. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Julia Jones, direction. Juliette Deschamps, mise en scène.

Voici un Bartók puissant et spectaculaire à l’Opéra National de Bordeaux avec la nouvelle production du Château de Barbe-Bleue ! Au couple des solistes Paul Gay et Christine Rice s’associe l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, collectif prodigieux sous la direction de Julia Jones et dans une mise en scène de Juliette Deschamps.

Les pulsations salvatrices de la musique

Le seul opéra du compositeur hongrois Belá Bartók (1881 – 1945) est aussi le premier opéra en langue hongroise dans l’histoire de la musique. Le livret de Béla Balázs est inspiré du conte de Charles Perrault « La Barbe Bleue » paru dans Les Contes de Ma Mère l’Oye. L’œuvre est à la fois symboliste et expressionniste. Ici sont mis en musique Barbe-Bleue et Judith, sa nouvelle épouse, pour une durée approximative d’une heure. Ils viennent d’arriver au Château de Barbe-Bleue et Judith désire ouvrir toutes les portes du château pour faire entrer la lumière. Le duc cède par amour mais contre son gré; la septième porte reste interdite mais Judith oblige Barbe-Bleue à la lui ouvrir ; elle y découvre ses femmes disparues encore en vie. Riche en strates, l’opéra se prête à plusieurs lectures, la musique très dramatique toujours accompagne, augmente, colore et sublime la prosodie expressive du chant.

barbe bleue de bartok à bordeauxJuliette Deschamps opte pour la modestie. Dans sa mise en scène, trône un grand escalier au milieu du décor unique ; les personnages déforment la réalité pour inspirer des réactions émotionnelles au public. Le duc Barbe-Bleue se voit contraint de tripoter et violenter Judith quand ils rentrent aux jardins parfumés par la 4ème porte ; du sang bleu pétillant coule du ventre de Judith quand elle regarde les eaux paisibles dans la 6e, des paillettes tombant du ciel dans la dernière. Au symbole prévisible, s’ajoute un expressionnisme incongru et facile. Les chanteurs/acteurs honorent l’ouvrage avec tous leurs talents et dans les limites du possible. Paul Gay annoncé souffrant décide de se présenter quand même; ses possibilités respiratoires sont clairement affectées, mais il fait un excellent travail. Son chant est un arioso expressif, fortement touchant. Sa fragilité physique rend le personnage davantage humain et complexe. Christine Rice au chant d’une grande intensité, est dramatiquement Compte-rendu, opéra. Saint-Etienne, le 16 fév 2014.Saint-Saëns: Les Barbares. Laurent Campellone, direction musicale. La direction musicale de Julia Jones est sans doute le point fort du spectacle. Les musiciens de la maison bordelaise maîtrisent les couleurs et le rythme singulier de la partition avec une grande aisance. Julia Jones exploite les timbres inouïs d’un opéra miroitant entre merveilleux et fantastique. La puissance évocatrice de l’ensemble est immense. Dès la première porte, le groupe des vents se distingue. La deuxième voit la harpe et le cor dialoguer de façon surprenante, planant au-dessus de la voix grave de Paul Gay. La performance musicale est d’une telle qualité que nous acceptons (presque) de voir Barbe-Bleue tuer Judith à la fin et de lui retirer l’anneau… comme la fosse enivrante nous fait oublier tous les nombreux contresens de la mise en scène.

Compte rendu, opéra. Bordeaux. Opéra National de Bordeaux, le 16 février 2014. Belá Bartók : Le Château de Barbe-Bleue. Paul Gay, Christine Rice. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Julia Jones, direction. Juliette Deschamps, mise en scène.