GSTAAD MENUHIN FESTIVAL, 2 concerts événement : VOGT, WANG

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582GSTAAD MENUHIN Festival 2019, les 1er et 6 sept 2019. Le GSTAAD Menuhin Festival EN SEPTEMBRE 2019, jusqu’au 6 sept 2019. La derniĂšre moisson de concerts et Ă©vĂ©nements dans le Saanenland propose 2 temps forts, sous la tente majestueuse de GSTAAD, Ă©crin dĂ©sormais emblĂ©matique des grandes soirĂ©es du Festival suisse (Ă  la fois symphonique, concertante et lyrique)
 le 1er sept avec le rĂ©cital lyrique du tĂ©nor wagnĂ©rien Klaus Florian Vogt (et la crĂ©ation d’une nouvelle oeuvre commandĂ©e par le Festival au compositeur français Tristan Murail) ; enfin le concert de clĂŽture (6 sept 2019) avec la pianiste trĂ©pidante Ă©lectrique, Yuja Wang dans le Concerto n°3 de Rachmaninov
 deux Ă©vĂ©nements majeurs qui placent le MENUHIN Festival parmi les plus importants des cycles de musique estivaux en Europe
 Une opportunitĂ© idĂ©ale pour organiser un sĂ©jour culturel et vert en Suisse au mois d’aoĂ»t


 

 

 

Dim 1er sept 2019
KLAUS FLORIAN VOGT chante WAGNER

________________________________________________________________________________________________

vogt-klaus-florian-opera-critique-concert-classiquenews-opera-festival-crtiique-annonce-classiquenews-gstaad-menuhin-festival-classiquenews

 
 

Dimanche 1er septembre 2019, rĂ©cital lyrique avec le tĂ©nor Klaus Florian Vogt (Wagner). Familier de Bayreuth (oĂč il chante Lohengrin ou Parsifal, quand Jonas Kaufmann ne peut pas), KF Vogt tient la vedette dans le dernier cd DG Deutsche Grammophon dĂ©diĂ© au cycle des opĂ©ras de Mozart par Yannick NĂ©zet-SĂ©guin : KF Vogt y chante avec un style et une candeur expressive, le rĂŽle clĂ© de Tamino dans La FlĂ»te enchantĂ©e).
Lohengrin au Met en 2006, Parsifal au Liceu en 2011, 
 le tĂ©nor allemand Klaus Florian Vogt est l’autre grand chanteur, – aprĂšs Jonas Kaufmann, capable d’exprimer au plus juste le chant wagnĂ©rien, plus intĂ©rieur que dĂ©monstratif. Ce sens des nuances et un timbre clair (aussi brillant que Kaufmann est sombre et rauque) assure Ă  KF Vogt sa stature actuelle de heldentenor. Mais le chanteur sait aussi chanter comme peu (tel Juan Diego Florez, mozartien rĂ©cent et superlatif), Mozart auquel il restitue une candeur hĂ©roĂŻque captivante (son rĂ©cent Tamino Ă  Baden Baden sous la direction de Y NĂ©zet-SĂ©guin en 2018, dont le cd est publiĂ© cet Ă©tĂ© 2019). Et justement Vogt, aprĂšs le rĂ©cital Wagner par Jonas Kaufmann sous la tente de Gstaad l’étĂ© dernier, prĂ©sente sa propre lecture des grands rĂŽles wagnĂ©riens pour tĂ©nor. Au service du symphonisme brĂ»lant, embrasĂ© de Wagner, dont l’écriture instrumentale creuse les vertiges psychologiques des protagonistes, KF VOGT offre la puretĂ© d’une voix souple et articulĂ©e, miroir de la psychĂ©, qu’il s’agisse de Lohengrin, l’élu descendu sur terre pour sauver une humanitĂ© qui reste sourde et aveugle Ă  sa hauteur morale ; ou Siegmund, premier hĂ©ros embrasĂ© du Ring (La Walkyrie), pĂšre de Siegfried le hĂ©ros Ă  venir et qui partage avec sa sƓur Sieglinde, une passion incestueuse dont la sincĂ©ritĂ© bouleverse

La tendresse du timbre de KF Vogt s’inscrit tel un gemme prĂ©cieux dans le Gesamtkunstwerk (art total) oĂč l’opĂ©ra devient chez Wagner, forge orchestrale, chant passionnĂ©, drame thĂ©Ăątral. Une totalitĂ© qui rĂ©volutionne l’art lyrique depuis les annĂ©es 1840, et se rĂ©alise Ă  Bayreuth, dans le thĂ©Ăątre des reprĂ©sentations financĂ© par Louis II de BaviĂšre, conceptualisĂ©e par Wagner dans sa maison de Winifred.

________________________________________________________________________________________________

GSTAAD, tente
Dim 1er sept 2019

KLAUS FLORIAN VOGT, ténor
ORCHESTRE NATIONAL DE LYON
GERGELY MADARAS, direction

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-01-09-19
________________________________________________________________________________________________

 

 

Programme :

Richard Wagner (1813–1883)‹ : OuvertĂŒre zur Oper «TannhĂ€user» 15’

«Amfortas! Die Wunde»,
Arie aus der Oper «Parsifal» 10’

«WinterstĂŒrme wichen dem Wonnemond»,
Arie aus der Oper «Die WalkĂŒre» 4’

Tristan Murail (1947)‹ : «Les Neiges d’antan» fĂŒr grosses Orchester 10’ (UrauffĂŒhrung – Kompositionsauftrag‹Gstaad Menuhin Festival, finanziert durch die Ernst von Siemens Musikstiftung)

Richard Wagner (1813–1883)
«Höchstes Vertraun»,
Arie aus der Oper «Lohengrin» 3’

GralsrezĂ€hlung («In fernem Land …»),
Arie aus der Oper «Lohengrin» 6’

George Gershwin (1898–1937)‹ : «An American in Paris» fĂŒr Orchester 20’

Maurice Ravel (1875–1937)‹ : «BolĂ©ro», Ballettmusik C-Dur

________________________________________________________________________________________________

 

 

PrĂ©sentation des Ɠuvres symphoniques

Le concert du 1er sept sous la tente de Gstaad rĂ©alise aussi la crĂ©ation de la nouvelle partition de Tristan Murail « Les Neiges d’antan », commande du Gstaad Menuhin Festival 2019. Disciple de Messiaen, Murail a la rĂ©vĂ©lation de son Ă©criture spĂ©cifique depuis sa rencontre avec Giacinto Scelsi – qui le sensibilise sur le timbre. Fondateur de l’esthĂ©tique SPECTRALE, Murail fonde en 1973 avec Roger Tessier l’Ensemble ItinĂ©raire, laboratoire musical qui utilise pour la premiĂšre fois l’électronique et l’informatique musicale.
C’est donc la crĂ©ation du quatriĂšme volet de son cycle symphonique Reflections / Reflets, initiĂ© en 2013. La source en est la vision des massifs alpins enneigĂ©s, lors d’un vol Paris-Nice (Ă  8000 mn d’altitude) : s’inscrit dans l’imaginaire du compositeur, la ligne fine et rĂ©guliĂšre de l’avion et la crĂȘte dĂ©chiquetĂ©e des montagnes Ă©blouissantes ; en dĂ©coule le cycle intitulĂ© « Altitude 8000 », amorcĂ© au temps de l’étudiant encore perfectible. En 2019, Murail revient sur cette musique Ă  la fois grandiose et infime dont la vibration Ă©voque les glaciers et les neiges « éternelles ». TrĂšs soucieux des Ă©vĂ©nements climatiques, Mureail constate la fonte spectaculaire de certains dont celui de Meije qu’a connu et aimĂ© Messiaen. Exaltation et dĂ©sarroi se lisent dans cette piĂšce, qui concentre selon les mots du compositeur « grands espaces, brillance des altitudes, mais, en contraste, dĂ©gels et effondrement…»

Le concert du 1er sept comprend aussi deux Ɠuvres clĂ©s du rĂ©pertoire du XXĂš, Un AmĂ©ricain Ă  Paris de George Gershwin (Carnegie Hall, 1928 – adaptĂ© au cinĂ©ma par Vincente Minelli en 1951, avec Gene Kelly oscarisĂ©), hymne lyrique aux lumiĂšres de la ville, PARIS, fĂȘtĂ©e cette annĂ©e Ă  GSTAAD. MĂȘme annĂ©e pour la crĂ©ation du BolĂ©ro de Maurice Ravel (OpĂ©ra de Paris, le 22 nov 1928) : la partition est depuis lors la plus jouĂ©e au monde, captivante jusqu’à la transe, soit un crescendo orchestral, affirmant les profondes racines ibĂ©riques (basques) de l’auteur, sa fascination pour les timbres et la couleur, douĂ© aussi d’un gĂ©nie mĂ©lodique hors normes
 Au dĂ©part, c’est la danseuse Ida Rubinstein, qui commande Ă  Ravel la parure musicale de son prochain ballet, Ă  partir d’un choix de piĂšces d’AlbĂ©niz. Ravel dĂ©cide cependant d’écrire une Ɠuvre nouvelle: ainsi naĂźt sa propre version du bolĂ©ro, codifiĂ© fin XVIIIĂšme siĂšcle. De l’art de sublimer et transcender des formes anciennes dans le style moderne
 Un pur joyau symphonique Ă©tait nĂ©.

 

 

 

 

 

 

Vendredi 6 septembre 2019
YUJA WANG joue le Concerto n°3 de Rachmaninov

________________________________________________________________________________________________

paris-yuja-wang-concert-annonce-critique-classiquenews

 

 

Enfin, ultime Ă©vĂ©nement le 6 septembre 2019, Ă©galement sous la tente de GSTAAD, le concert de la pianiste chinoise, Lang Lang en version fĂ©minine, Yuja WANG, interprĂšte Ă©lectrique de Rachmaninov (19h30 sous la tente de GSTAAD). Le plus adulĂ© mais redoutable des Concertos pour piano est le 3Ăš de Rachmaninov, intitulĂ© « RACH3 » tel la cime d’une montagne inatteignable et respectĂ©e. Dans la rĂ©sidence d’étĂ© de la famille Rachmaninov (Ivankova), la partition est achevĂ©e en sept 1909, puis crĂ©Ă©e lors de la premiĂšre tournĂ©e aux USA (New York, 20 nov 1909) : c’est un immense succĂšs, repris in loco par le chef Gustav Mahler. Grand mĂ©lodiste, Rachmaninov dĂ©ploie le somptueux thĂšme initial tel un chant populaire ou religieux en provenance des trĂ©fonds de l’ñme russe
 pourtant enfant de sa seule imagination. Ce dĂ©but envoĂ»tant sort de l’ombre, semblant surgir d’une mĂ©moire ancestrale
 enveloppant et carressant le thĂšme revient Ă  plusieurs au cours du Concerto (aux clarinettes, de façon subliminale mais prĂ©sente dans l’Intermezzo ou mouvement II). Quel contrastes avec le Finale, festival rythmique et trĂ©pidant qui sollicite continĂ»ment le soliste. Rachmaninov fut lui-mĂȘme un pianiste virtuose, qui cependant pour cette oeuvre bĂ©nĂ©ficie d’un interprĂšte de premier plan, le jeune Vladimir Horowitz, rencontrĂ© et admirĂ© dĂšs leur rencontre Ă  New York en janvier 1928. Les deux artistes se lient d’amitiĂ© et Horowitz recueillant les commentaires et indication de Rachma lui-mĂȘme, en particulier dans la genĂšse et la crĂ©ation de la Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini, s’avĂšre ĂȘtre le meilleur connaisseur et interprĂšte de son maĂźtre Rachmaninov. En 1996 le film Shine de Scott Hicks, inspirĂ© de la vie du pianiste David Helfgott met Ă  l’honneur la partition adulĂ©e.

________________________________________________________________________________________________

GSTAAD, tente
Ven 6 sept 2019, 19:30

YUJA WANG, Klavier / clavier  /  ‹STAATSKAPELLE DRESDEN
MYUNG-WHUN CHUNG, Leitung / direction

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-06-09-19
________________________________________________________________________________________________

 

 

Programme

Sergei Rachmaninow (1873–1943)
Klavierkonzert Nr. 3 d-Moll op. 30
Allegro ma non troppo, Intermezzo. Adagio Finale. Alla breve : 45’

Johannes Brahms (1833–1897)‹Sinfonie Nr. 2 D-Dur op. : 73 45’
Allegro non troppo‹Adagio non troppo‹Allegretto grazioso (quasi andantino) Allegro con spirito

SYMPH N°3 de BRAHMS
BRAHMS HD pour GSTAAD reportage2018Alors qu’il avait accouchĂ© de sa PremiĂšre symphonie au terme de 20 annĂ©es, Brahms compose sa Symphonie n°2 en
 4 mois, Ă  l’étĂ© 1877, Ă  Pörtschach, au bord du Wörthersee, en Carinthie. Le compositeur, schumanien militant, affirme une virtuositĂ© nĂ©oclassique : en rĂ© majeur (comme le Concerto pour violon contemporain), la n°2 Ă©tonne les critiques par ses emprunts directs, forme et structure, Ă  Mozart et Schubert. Le contrepoint dans l’esprit de JS Bach n’empĂȘche ni un lumineux enthousiasme cependant rentrĂ© et pudique (comme toujours chez Johannes) ni une mĂ©lancolie irrĂ©sistible que d’ailleurs Brahms lui-mĂȘme, a fortement mise en lumiĂšre dans ses commentaires (Ă  l’éditeur Simrock). L’art de Brahms est d’une Ă©toffe raffinĂ©e et classique, et d’une trame intensĂ©ment nostalgique. Qu’importe, le critique conservateur Hanslick, qui dĂ©testait Mahler, applaudit au miracle, heureux de saluer Ă  Vienne, son nouveau champion, lors de la crĂ©ation le 30 dĂ©c 1877.

 

 

 

 

______________________________

Les plus à GSTAAD durant votre séjour :

 

 

Exposition des 80 ans de BARTOK Ă  SAANEN
bartokbela bartok USA classiquenewsParce que BĂ©la BartĂłk a sĂ©journĂ© Ă  Saanen en aoĂ»t 1939 et y a composĂ© en un temps trĂšs court son Divertimento pour orchestre Ă  cordes, – 3Ăšme commande de Paul Sacher, le GSTAAD MENUHIN Festival dĂ©die une exposition sur cet Ă©pisode majeur de la vie de Bartok Ă  Saanen : l’église fut dĂšs 1957 repĂ©rĂ©e par Yehudi Menuhin pour y implanter un nouveau festival de musique classique.
 avec le succĂšs que l’on sait dĂ©soramis. Paul Sacher, chef et mĂ©cĂšne bĂąlois, met Ă  sa disposition le Chalet Aellen, oĂč le compositeur compose en 2 semaines seulement, le Divertimento. Bartok fut ensuite obligĂ© de quitter l’Oberland bernois comme un fugitif. L’exposition retrace ce sĂ©jour Ă  Saanen et l’amitiĂ© entre BartĂłk et Sacher au travers de documents issus des collections de la Fondation Paul Sacher.

EXPOSITION SOUS LA TENTE DU FESTIVAL‹DE GSTAAD‹ / Jusqu’au 6 septembre 2019‹  -  DĂšs le 16 aoĂ»t, l’exposition accessible sous la tente du Festival de Gstaad : elle est visible les soirs de concert.
Toutes les infos sur le site du GSTAAD MENUHIN Festival 2019
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/concerts-precedents/concerts-2019/gala-concert-orchestral-11-08-19?highlight=exposition
 

 

 

Compte rendu critique, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; OpĂ©ra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur d’aprĂšs Villiers de l’Isle-Adam ; crĂ©Ă© en concert le 1er dĂ©cembre 1949 Ă  Turin ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue ; OpĂ©ra en un acte et un prologue sur un livret de BĂ©la BalĂĄzs ; crĂ©Ă© le 24 mai 1918 Ă  l’OpĂ©ra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; AurĂ©lien Bory : mise en scĂšne ; TaĂŻcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scĂšne ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; AurĂ©lien Bory, Pierre Dequivre : scĂ©nographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumiĂšres Avec : dans Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La MĂšre ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon, Le GeĂŽlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux PrĂȘtres. Dans Le ChĂąteau de Barbe-Bleue : BĂĄlint SzabĂł, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; YaĂ«lle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Toulouse, passionnante ouverture de saison 2015-2016 au Capitole. Le ChĂąteau de Barbe-Bleu est une si belle Ɠuvre que lui chercher un compagnon relĂšve de la folie. Une oeuvre si belle, si dense et si profonde, qui exige tant du spectateur plongĂ© dans des abĂźmes philosophiques oĂč l’orchestre est absolument fabuleux et qui demande deux grandes voix, suffirait en intensitĂ©. Mais le compte temps n’y est pas. Un peu, toute proportion gardĂ©e,  comme dans Didon et EnĂ©e de Purcell.

Bartok-dallapiccola-balint-szabo-toulouse-capitole-octobre-2015
 

Chùteau magnétique au Capitole

Le Capitole a su rendre justice au chef d‘Ɠuvre de BartĂłk. La direction musicale du chef italien Tito Ceccherini est celle d’un amoureux de la partition. Il sait en rendre toutes les subtilitĂ©s assurant aussi bien hĂ©donisme gĂ©nĂ©reux et intensitĂ© thĂ©Ăątrale Ă  couper le souffle. L’Orchestre du Capitole est admirable de nuances comme de couleurs. Seul un orchestre symphonique  de cette trempe peut vĂ©ritablement rendre justice, dans une fosse, Ă  une partition si formidable. La mise en scĂšne est habile ; elle permet aux chanteurs de caractĂ©riser leurs personnages avec force. Lui, d‘abord immobile, qui se laisse gagner par les mouvements de plus en plus larges de Judith. Tous deux faisant bouger des portes. Le dispositif scĂ©nique de ces portes autour d’un axe central est aussi beau qu’habile. Capable en tous cas de beaucoup de suggestions. Les lumiĂšres trĂšs prĂ©cises d’Arno Veyrat habillant comme un arc en ciel de splendeur les portes et les entre-portes de la plus grande beautĂ© possible ; l’ouvertures des portes est bien Ă  chaque fois un moment fondateur qui Ă©loigne de plus en plus les deux amoureux. La mise en scĂšne et le dispositif scĂ©nique soulignent le combat philosophique et Ă©thique de ces deux conceptions de l ‘amour que tout oppose. La rĂ©ussite est totale ; elle ne nous permet pas de juger mais simplement de constater que Judith et Barbe-Bleu ne sont tout simplement pas sur le mĂȘme plan symbolique. Chacun Ă©tant violant par l’intransigeance de sa vision de l‘Amour, creusant un abĂźme mortel  entre le femme et l’homme.  Les deux chanteurs, BĂĄlint SzabĂł en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith  sont magnifiques, belles et grandes voix comme acteurs saisissants.

Cette trĂšs intĂ©ressante version du ChĂąteau Ă©tait prĂ©cĂ©dĂ©e de l’étrange partition, dodĂ©caphoniste – et un peu poussiĂ©reuse – du Prisonnier de Luigi Dallapicola. Le parti pris de mise en scĂšne a Ă©tĂ© particuliĂšrement convainquant pour mettre en valeur le chef d‘Ɠuvre de Bartok. PrĂ©paration philosophique aux mirages qui tente de permettre Ă  l’Homme de croire Ă  l’intĂ©rĂȘt et au sens de la vie. Le prisonnier va vers une mort sans justification, comme la vie. Un pas de dĂ©sillusion supplĂ©mentaire sera ce vertige de l’amour, prison mortelle du ChĂąteau de Bartok. Le noir et blanc du Prisonnier prĂ©pare Ă  la couleur ; le lyrisme aride et l’orchestration Ă©trange prĂ©parent l’oreille Ă  l’apothĂ©ose bartokienne. Le plasticien Vincent Fortemps  qui dessine sans couleurs en mĂȘme temps que la piĂšce se dĂ©roule, permet de comprendre comment la vie se dĂ©roule sans plans et sans direction. Le systĂšme de projection en direct de ses coups de pinceaux est trĂšs bien rĂ©alisĂ©. Vocalement la tessiture du rĂŽle de la mĂšre dessert Tanja Ariane Baumgartner, alors qu’elle est une superbe Juliette et la voix du prisonnier,  Levent Bakirci, est centrale et sans brillance bien loin de la puissance et de la rondeur ce celle du grandiose Barbe-Bleu du superbe BĂĄlint SzabĂł. En ce sens, le personnage du Prisonnier devient un archĂ©type de L’homme qui ne peut ĂȘtre que perdu dans une vie dĂ©nuĂ©e de sens. Gilles Ragon impressionne vocalement et par sa haute taille dans les deux rĂŽles ambigus du geĂŽlier et de l’inquisiteur. Le chƓur, Ă  qui Dallapicola rĂ©serve de belles pages, est magnifique.

AprĂšs deux Ɠuvres si denses aux sujets si profonds l’audace de ce dĂ©but de saison sera tempĂ©rĂ©e par la reprise pour la troisiĂšme fois d’un Rigoletto de bon aloi en novembre 2015. A Toulouse bien des gouts du public sont comblĂ©s Ă  l’OpĂ©ra. Merci Ă  FrĂ©dĂ©ric Chambert qui sait osciller entre audace et rĂ©pertoire indĂ©boulonnable. Le public a paru apprĂ©cier particuliĂšrement cette ouverture de saison originale que France-Musique a diffusĂ© dans ces soirĂ©es de samedi Ă  l’opĂ©ra.

 

 

 

Bartok-dallapiccola-balint-szabo-toulouse-capitole-octobre-2015Compte rendu critique, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le  9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; OpĂ©ra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur  d’aprĂšs Villiers de l’Isle-Adam ; crĂ©Ă© en concert le 1er dĂ©cembre 1949 Ă  Turin ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue ; OpĂ©ra en un acte et un prologue sur un livret de BĂ©la BalĂĄzs ; crĂ©Ă© le 24 mai 1918 Ă  l’OpĂ©ra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; AurĂ©lien Bory : mise en scĂšne ; TaĂŻcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scĂšne ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; AurĂ©lien Bory, Pierre Dequivre : scĂ©nographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumiĂšres  Avec : dans  Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La MĂšre ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon,  Le GeĂŽlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux PrĂȘtres. Dans  Le ChĂąteau de Barbe-Bleue : BĂĄlint SzabĂł, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; YaĂ«lle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Illustration : Patrice Nin © Capitole de Toulouse octobre 2015 – les deux chanteurs BĂĄlint SzabĂł en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith. 

 

CD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon)

fricsay ferenc complete orchestral works deutsche grammophonCD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon). En 1963 s’Ă©teint prĂ©maturĂ©ment le chef d’orchestre Ferenc Fricsay vĂ©ritable gĂ©nie de la direction que FurtwĂ€ngler prĂ©fĂ©rait pour sa succession Ă  Karajan et Celibidache. A 49 ans fort heureusement le maestro, nĂ© en aoĂ»t 1914, avait laissĂ© un legs discographique colossal et suffisamment significatif pour mesurer son immense talent et aussi juger du discernement de la major qui l’avait tĂŽt reconnu et distinguĂ© : Deutsche Grammophon.  Un hĂ©ritage musical et esthĂ©tique inestimable dont la richesse et l’aboutissement composent toute la valeur de ce coffret de 45 cd,  somme superlative qui cĂ©lĂšbre comme c’est le cas de son contemporain Carlo Maria Giulini, son centenaire en 2014.

 

 

 

 

Ferenc Fricsay, génie des années 1950

 

 

ferenc fricsay chefLa famille Fricsay est trĂšs mĂ©lomane et compte avant Ferenc plusieurs musiciens professionnels ; son grand pĂšre est choriste et son pĂšre, Richard, chef respectĂ© d’un orchestre militaire en BohĂȘme. Inscrit dans la classe de composition du Conservatoire Liszt de Budapest, le jeune Ferenc peut recueillir l’enseignement des plus grands : Kodaly, Dohnanyi,  Bartok.  MaĂźtrisant la pratique de plusieurs instruments (violon,  clarinette,  trombone,  percussions. ..), le jeune musicien qui souhaite dĂ©jĂ  devenir un grand chef peut encore assister aux concerts des maestro alors renommĂ©s qui passent par Budapest : FurtwĂ€ngler,  Mengelberg,  Walter et l’immense Erich Kleiber, -le pĂšre de Carlos. A 19 ans, Fricsay qui a dirigĂ© aux pieds levĂ©s l’orchestre paternel, Ă  l’occasion d’un court retard du pĂšre,  se voit projetĂ© chef de la Philharmonie militaire de Szeged : remarquĂ© et vite cĂ©lĂ©brĂ©,  le jeune homme voit le nombre des abonnĂ©s de l’orchestre passer de 200 Ă  2000 en seulement une saison. Sa carriĂšre prend son envol surtout aprĂšs la guerre : invitĂ© par le Philharmonique de Vienne dĂšs 1946,  Ferenc Fricsay (32 ans) se voit nommĂ© assistant de Klemperer au festival de Salzbourg en 1947 pour la crĂ©ation de La mort de Danton de von Einem. Il devait Ă  sa demande diriger au moins 7 rĂ©pĂ©titions : il les pilotera toutes car Klemperer est tombĂ© malade. DĂšs lors, il approfondit son approchel en profondeur de chaque partition : s’immerger, multiplier les rĂ©pĂ©titions et les sĂ©ances de travail pour saisir et exprimer  l’essence de l’oeuvre selon le voeu manifeste ou secret du compositeur. Une gageure, une vocation dont Fricsay relĂšve le dĂ©fi. De retour Ă  Salzbourg en 1948, il assure la crĂ©ation de 2 nouveaux opĂ©ras, confirmant le trĂšs grand chef lyrique en devenir : Le Vin herbĂ© de Frank Martin et Antigone de Carl Orff.

CLIC_macaron_2014Puis c’est un Don Carlo de Verdi avec Dietrich Fischer Dieskau Ă  Berlin en 1948 toujours qui reste dans toutes les mĂ©moires. Il prend les rĂȘnes du Symphonique RIAS (Rundfunk in Amerikanischen Sektor, rebaptisĂ© en 1954 : Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin) Ă  l’époque de la guerre froide, exploitant les personnalitĂ©s instrumentales engagĂ©es, venant de l’orchestre de la Staatskapelle ou du Staatsoper
 phalanges qui ne tardent pas Ă  passer dans le secteur de la futur RDA. D’emblĂ©e, s’appuyant sur des professionnels affĂ»tĂ©s et subtils, connaissant le rĂ©pertoire romantique germanique comme leurs poches, Ferenc Fricsay peut affiner sa propre conception de la sonoritĂ© orchestral : lisibilitĂ© et transparence, vivacitĂ© et Ă©locution, surtout naturel et plasticitĂ© poĂ©tique. Deutsche Grammophon signe trĂšs tĂŽt un contrat d’enregistrement exclusif, identifiant chez Fricsay, une sensibilitĂ© Ă©tonnante qui relit toutes les Ɠuvres abordĂ©es comme s’il s’agissait de les crĂ©er 
  Ainsi se constitue une discographie exemplaire, en majoritĂ© rĂ©alisĂ©e Ă  Berlin, avec l’Orchestre RIAS et avec le Philharmonique de Berlin : soit les annĂ©es 1950, une dĂ©cennie miraculeuse oĂč un visionnaire rĂ©gĂ©nĂšre l’approche de tout le rĂ©pertoire symphonique du grand XIXĂš romantique et du XXĂš dont ses lectures inĂ©galĂ©es de Bartok
 qui annoncent et souvent surclasse un autre hongrois, Solti (lui aussi distinct par son Ă©lĂ©gance articulĂ©e, sa frĂ©nĂ©sie subtile et fĂ©line). Les Haydn et les Beethoven de Fricsay surpennent par leur fraĂźcheur recouvrĂ©e ; mais le mĂ©lomane comme l’amateur, Ă©pris de saveurs symphoniques, retrouve ici ses deux compositeurs de prĂ©dilection, Mozart et Bartok (comme aussi en un certain point, Solti). De Mozart, les derniĂšres Symphonies (40 et 41 de 1961 : vĂ©ritable testament esthĂ©tique, entre gravitĂ© tragique et tendresse fraternelle), les Concertos pour pianos 19, 20 et 27 avec Clara Haskil s’imposent Ă©videmment (1955-1957) ; de Bartok (un monde pour lui fraternel, d’une Ă©vidence intime : Fricsay possĂ©dait la partition du ChĂąteau de Barbe-Bleue),  4cd indiquent une passion viscĂ©rale Ă  la clartĂ© poĂ©tique organique confondante : les Concertos pour piano 1-3 (avec Geza Anda), le Concerto pour orchestre, Musique pour cordes, percussion et cĂ©lesta dĂ©voilent l’alchimiste, magicien des alliages de timbres, des architectures scintillantes et profondes. MaĂźtre de la pulsion et orfĂšvre en rythme, Fricsay Ă©blouit aussi chez Stravinsky (Le Sacre, PĂ©trouchka, 1953-1954) ; et le lettrĂ© raffinĂ© et savant sait aussi Ă©paissir le trait tragique et hautement dramatique avec Tchaikovsky dont il livre les Symphonies  4 (1952), 5 (1949) et 6  (1952 et 1959 : avec les deux orchestres berlinois : symphonique radiophonique et Philharmonique respectivement, d’un Ă©gal engagement tous deux) : un souffle magistral.

fricsay ferenc1954, soit Ă  peu prĂšs 10 ans avant sa disparition, Fricsay quitte le RIAS, passe par Houston, Munich, puis revient Ă  Berlin en 1959
 pour les 4 derniĂšres annĂ©es de sa vie : une derniĂšre pĂ©riode oĂč la vivacitĂ© se mue en profondeur d’une humanitĂ© dĂ©chirante ; malade, amoindri, Fricsay se sentant proche de la mort, comme Claudio Abbado dans les annĂ©es 2000, et jusqu’à sa mort, Ă©tonne et saisit par sa direction sans baguette, Ă  fleur de poĂ©sie, sur la crĂȘte du souffle, dĂ©voilant l’invisible de la musique, exprimant l’imperceptible
 un passeur entre les deux mondes. En 1959, la technique stĂ©rĂ©o revivifie un marchĂ© du disque dĂ©ja flamboyant ; ses relectures propres au dĂ©but des annĂ©es 1960 frappent par leur profondeur nouvelle : un questionnement fondamental qui creuse chaque mouvement : ici, concernĂ©s par une direction transfigurĂ©e : la 41Ăšme Jupiter de Mozart de 1961, Ma Vlast  Moldau de Smetana (1960) dont le dernier cd (45) dĂ©livre le message lors du concert et aussi grĂące Ă  la rĂ©pĂ©tition enregistrĂ©e (et filmĂ©e simultanĂ©ment : le film d’archive comme sa bande son sont particuliĂšrement instructifs sur le mode opĂ©ratoire du chef, sa relation aux musiciens, sa passion pour la comprĂ©hension et l’interprĂ©tation de la partition (alors qu’il souffre personnellement beaucoup Ă  cause de sa maladie). 35 cd Ă  Ă©couter et rĂ©Ă©couter
  Coffret Ă©vĂ©nement.

CD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon)

Le ChĂąteau de Barbe-Bleue de Bartok Ă  Anvers

bartokAnvers, Vlamsopera. Bartok: Barbe-Bleue. 30 avril>10 mai 2014. L’OpĂ©ra des Flandres Ă  Anvers (Vlaams opĂ©ra) prĂ©sente une nouvelle production qui met en regard deux oeuvres vocales, prenantes et saisissantes par l’éloquence de la solitude qui s’y dĂ©ploie : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue de Bela Bartok  et Voyage d’hiver  de Schubert.  Dans le premier ouvrage, un couple se perd en conjectures, atteignant les ultimes confins de la communication et de la comprĂ©hension mutuelle : Ă  force de vouloir connaĂźtre le passĂ© de son Ă©poux (en ouvrant symboliquement chacune de sports de son chĂąteau
), Judith ne prend-t-elle pas le risque de perdre tout avenir pour son mariage Ă  construire et Ă  vivre ? Ce qui est en jeu en dĂ©finitive c’est le renoncement au passĂ© et la promesse d’un avenir futur fondĂ© sur la confiance
 Les deux ĂȘtres rĂ©unis en sont-ils chacun capables ? La puissante intensitĂ© de l’écriture orchestrale exprime les tensions et les doutes des deux Ăąmes qui tout peut dĂ©chirer comme fusionner pour l’éternitĂ©. Ici se joue le destin d’un couple touchant par ses questionnements, bouleversant par sa fragilitĂ©.

Dans Le Voyage d’hiver de Schubert, c’est Ă  voce cola, le chant d’un amoureux errant, voyageur solitaire, tentant d’assumer l’échec de sa vie sentimentale en un dĂ©sert lugubre et gris
 Au cours de son pĂ©riple musical, le voyageur se rapproche-t-il de la mort ou d’une dĂ©livrance prĂ©sumĂ©e ?

Sur la scĂšne du Vlaamse opĂ©ra, le metteur en scĂšne hongrois KornĂ©l MundruczĂł, actif au thĂ©Ăątre et au cinĂ©ma, ose rĂ©aliser l’union improbables parfois de deux univers afin d’en proposer un ensemble scĂ©nique cohĂ©rent. Pari rĂ©ussi ?

Anvers, Vlaamsopera
Les 30 avril, 2,4,6,8,10 mai 2014

Direction musicale : Martyn Brabbins
Réalisateur : Kornél Mundruczó
Barbe-Bleue : Stefan Kocan
Judith : Asmik Grigorian
Zanger Winterreise: Toby Girling
Piano Winterreise: Severin von Eckardstein / Jef Smits

Lire aussi notre dossier spécial Le Chùteau de Barbe-Bleue de Bela Bartok (1918)

Compte rendu, opéra. Bordeaux. Opéra National de Bordeaux, le 16 février 2014. Belå Bartók : Le Chùteau de Barbe-Bleue. Paul Gay, Christine Rice. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Julia Jones, direction. Juliette Deschamps, mise en scÚne.

Voici un BartĂłk puissant et spectaculaire Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux avec la nouvelle production du ChĂąteau de Barbe-Bleue ! Au couple des solistes Paul Gay et Christine Rice s’associe l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, collectif prodigieux sous la direction de Julia Jones et dans une mise en scĂšne de Juliette Deschamps.

Les pulsations salvatrices de la musique

Le seul opĂ©ra du compositeur hongrois BelĂĄ BartĂłk (1881 – 1945) est aussi le premier opĂ©ra en langue hongroise dans l’histoire de la musique. Le livret de BĂ©la BalĂĄzs est inspirĂ© du conte de Charles Perrault « La Barbe Bleue » paru dans Les Contes de Ma MĂšre l’Oye. L’Ɠuvre est Ă  la fois symboliste et expressionniste. Ici sont mis en musique Barbe-Bleue et Judith, sa nouvelle Ă©pouse, pour une durĂ©e approximative d’une heure. Ils viennent d’arriver au ChĂąteau de Barbe-Bleue et Judith dĂ©sire ouvrir toutes les portes du chĂąteau pour faire entrer la lumiĂšre. Le duc cĂšde par amour mais contre son grĂ©; la septiĂšme porte reste interdite mais Judith oblige Barbe-Bleue Ă  la lui ouvrir ; elle y dĂ©couvre ses femmes disparues encore en vie. Riche en strates, l’opĂ©ra se prĂȘte Ă  plusieurs lectures, la musique trĂšs dramatique toujours accompagne, augmente, colore et sublime la prosodie expressive du chant.

barbe bleue de bartok Ă  bordeauxJuliette Deschamps opte pour la modestie. Dans sa mise en scĂšne, trĂŽne un grand escalier au milieu du dĂ©cor unique ; les personnages dĂ©forment la rĂ©alitĂ© pour inspirer des rĂ©actions Ă©motionnelles au public. Le duc Barbe-Bleue se voit contraint de tripoter et violenter Judith quand ils rentrent aux jardins parfumĂ©s par la 4Ăšme porte ; du sang bleu pĂ©tillant coule du ventre de Judith quand elle regarde les eaux paisibles dans la 6e, des paillettes tombant du ciel dans la derniĂšre. Au symbole prĂ©visible, s’ajoute un expressionnisme incongru et facile. Les chanteurs/acteurs honorent l’ouvrage avec tous leurs talents et dans les limites du possible. Paul Gay annoncĂ© souffrant dĂ©cide de se prĂ©senter quand mĂȘme; ses possibilitĂ©s respiratoires sont clairement affectĂ©es, mais il fait un excellent travail. Son chant est un arioso expressif, fortement touchant. Sa fragilitĂ© physique rend le personnage davantage humain et complexe. Christine Rice au chant d’une grande intensitĂ©, est dramatiquement Compte-rendu, opĂ©ra. Saint-Etienne, le 16 fĂ©v 2014.Saint-SaĂ«ns: Les Barbares. Laurent Campellone, direction musicale. La direction musicale de Julia Jones est sans doute le point fort du spectacle. Les musiciens de la maison bordelaise maĂźtrisent les couleurs et le rythme singulier de la partition avec une grande aisance. Julia Jones exploite les timbres inouĂŻs d’un opĂ©ra miroitant entre merveilleux et fantastique. La puissance Ă©vocatrice de l’ensemble est immense. DĂšs la premiĂšre porte, le groupe des vents se distingue. La deuxiĂšme voit la harpe et le cor dialoguer de façon surprenante, planant au-dessus de la voix grave de Paul Gay. La performance musicale est d’une telle qualitĂ© que nous acceptons (presque) de voir Barbe-Bleue tuer Judith Ă  la fin et de lui retirer l’anneau… comme la fosse enivrante nous fait oublier tous les nombreux contresens de la mise en scĂšne.

Compte rendu, opéra. Bordeaux. Opéra National de Bordeaux, le 16 février 2014. Belå Bartók : Le Chùteau de Barbe-Bleue. Paul Gay, Christine Rice. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Julia Jones, direction. Juliette Deschamps, mise en scÚne.