DVD. Alban Berg : Lulu. Mojca Erdmann (Barenboim, 2012, 1 dvd Deutsche Grammophon)

lulu berg dvd mojca erdmann daniel barenboim deutsche grammophonDVD, critique. Alban Berg : Lulu. Mojca Erdmann (Barenboim, 2012, 1 dvd Deutsche Grammophon). Berlin, avril 2012 : au thĂ©Ăątre Unter den Linden, Barenboim dirige Wozzek puis Lulu, ici dans la version non de Friedrich Cerha, mais celle, s’agissant du III, de D R Coleman. A partir des fragments laissĂ©s par Berg en 1935, le musicologue a reconcentrĂ© les sections parvenues, dĂ©cousu l’ordre de Cerha (plus de prologue ni de scĂšne parisienne habituelles dans le III) mais une formule resserrĂ©e, dense, prĂ©cipitant la mort de Lulu (en coulisses), afin de « prĂ©server l’effet de symĂ©trie » souhaitĂ© par Berg dans l’architecture globale de son second opĂ©ra. Andrea Breth peine Ă  rĂ©vĂ©ler une vision cohĂ©rente et prĂ©cise d’un drame scĂ©nique qui Ă©blouit par son Ă©trangetĂ© pourtant. Il y a de la confusion dans ce dispositif quoique la tension reste palpable.

Le mystĂšre, le trouble, la gĂȘne surtout et les frĂ©missements d’une destruction totale sont perceptibles dans un drame qui moderniste et inclassable concentre les fissures et catastrophes de l’époque : la destruction de la rĂ©publique de Weimar sous la montĂ©e de l’hitlĂ©risme. CimetiĂšre de voitures, perspectives tronquĂ©es, chanteurs au sol
 tout indique ici la fin de l’ordre bourgeois.

 

 

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CĂŽtĂ© chanteurs, Ă©videmment la silhouette juvĂ©nile, au corps gracile de la soprano Mojca Ermann, vraie poupĂ©e glamour, sĂ©duit dans le rĂŽle de la femme enfant, perverse et attendrissante (la beautĂ© du diable?) : son timbre pincĂ©, malgrĂ© des aigus mal tenus, n’en finit pas de troubler voire de captiver. Debora Polaski fait une comtesse solide et trĂšs Ă©mouvante au III dans son air de dĂ©ploration au cimetiĂšre, sorte de chant funĂšbre sur le genre humain Ă  l’agonie
 quand Michael Volle, vrai vedette de la soirĂ©e, incarne avec une finesse nuancĂ©e et le Docteur Schön et Ă  la fin, Jack l’éventreur
 prĂ©sence Ă  la fois paternelle, fraternelle, et dans les faits maritale (humain surtout humain donc pĂ©rissable : il meurt de facto au II, tuĂ© par la belle qui lui tire une balle dans le dos) et enfin juge implacable face Ă  la monstruositĂ© humaine. L’homme (la femme ici) est une saloperie dĂ©licieuse
 qui exploite et consomme sans scrupule ni morale jusqu’à la mort.

Daniel Barenboim veille dans la fosse Ă  ce dĂ©voilement progressif de la catastrophe et de l’effroi collectif : le sexe dĂ©signe la mort ; le dĂ©sir c’est la manipulation ; l’amour,un esclavage
 et l’humanitĂ©, l’annonce d’une mort inĂ©luctable. Au final qu’avons nous sur scĂšne, une ambiance dĂ©lĂ©tĂšre et des morts Ă  la pelle : les deux premiers maris de Lulu (le professeur de mĂ©decine puis le peintre), enfin Schön et son fils Alwa, Lulu elle-mĂȘme. Cirque fantastique et scĂšne pathĂ©tique, la production berlinoise reste honnĂȘte. Volle et Polaski sont trĂšs convaincants, les maillons forts du spectacle : c’est d’ailleurs eux deux qui ferment le rituel thĂ©Ăątral aprĂšs l’embrasement final. Le dernier tableau est le plus rĂ©ussi dans son dĂ©pouillement. Mais on lui prĂ©fĂšrera d’emblĂ©e la version Ă©ditĂ© par DG Ă©galement, avec Petibon dans la mise en scĂšne de Py.

DVD, critique. Berg : Lulu (version berlinoise inĂ©dite de DR Coleman, 2012). Mojca Erdmann (Lulu), Deborah Polaski (la comtesse Geschwitz), Michael Volle (Schön, Jack), Thomas Piffka (Alwa), Stephan RĂŒgamer (le peintre). Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Andrea Breth, mise en scĂšne. FilmĂ© Ă  Berlin en mars 2012. 1 DVD Deutsche Grammophon 0440 073 4934

 

 

 

Le Fidelio de KF Vogt en direct de La Scala sur Arte

Fidelio de BeethovenArte. Beethoven : Fidelio, en direct de la Scala de Milan, dimanche 7 dĂ©cembre 2014, 20h45. Comme chaque annĂ©e pour la Saint Ambroise,  la Scala de Milan ouvre solennellement sa nouvelle saison lyrique, en dĂ©but d’hiver, cette annĂ©e point de lancement de sa programmation 2015-2016, une nouvelle production du seul opĂ©ra de Beethoven : Fidelio. CrĂ©Ă© Ă  Vienne dans sa version finale en 1814, l’ouvrage est une cĂ©lĂ©bration des plus vertus humaines, inspirĂ©es par la fidĂ©litĂ© et l’amour.  Beethoven ne fait pas que livrer un hymne dĂ©chirant pour la libertĂ© et l’amour universel … Le musicien accomplit surtout un sommet lyrique qui conclut la pĂ©riode du premier romantisme viennois portĂ© par l’esprit des LumiĂšres (depuis surtout l’oratorio de Haydn La CrĂ©ation de 1800)… Beethoven inspirĂ© par des idĂ©aux fraternels et humanistes y Ă©labore le premier opĂ©ra populaire en langue allemande accomplissant un travail amorcĂ© par Mozart avant lui dans La FlĂ»te enchantĂ©e (1791).

arte_logo_2013barenboim maestro dirige scala de milan le-maestro-israelo-argentin-daniel-barenboim-dirige-l-orchestre-philharmonique-de-vienne-le-1er-janvier-2014-a-vienne_4925007Beethoven : Fidelio. Daniel Barenboim, direction. Avec Klaus Florian Vogt (Fidelio), Anja Kampe (Leonore)
 Deborah Warner (mise en scĂšne). Outre la direction toujours exaltĂ©e et puissante de Daniel Barenboim chez Beethoven, La Scala offre au tĂ©nor wagnĂ©rien Klaus Florian Vogt une nouvelle prise de rĂŽle : chanter Florestan aprĂšs tant de Lohengrin angĂ©liques presque dĂ©sincarnĂ©s mais d’une douceur Ă©lĂ©gante saisissante, pourrait conduire le chanteur germanique Ă  une nouvelle expressivitĂ©. Plus de drame et de prĂ©sence, plus de chair moins d’air… mĂȘme si son timbre lui, restera lumineux, Ă©tincelant. De toute Ă©vidence, des qualitĂ©s Ă  suivre dans un rĂŽle oĂč l’incandescence rejoint l’ardeur la plus brĂ»lante (en particulier dans la scĂšne oĂč Florestan exprime sa solitude et sa souffrance au fond de sa cellule…)

 

 

 

Fidelio, femme amoureuse

 

fayard daniel barenboim la musique est un toutUnique opĂ©ra du symphoniste Beethoven, Fidelio est composĂ© durant prĂšs de 10 ans, du premier Ă©chec de 1805, jusqu’à la version finale de 1814. Les diffĂ©rentes versions de l’ouverture en tĂ©moignent : la genĂšse en fut longue,  difficile,  le compositeur Ă©tant probablement trĂšs investi dans l’Ă©laboration d’un opĂ©ra germanique et populaire,  un chantier laissĂ© vacant depuis La flĂ»te enchantĂ©e de Mozart (1791).  IntitulĂ©e LĂ©onore I,  II ou III, la piĂšce est devenue un morceau de choix pour tous les orchestres soucieux d’Ă©nergie, de drame mais aussi de finesse instrumentale. C est aussi prĂ©figuration du drame Ă  venir, le miroir annonciateur des points forts de l’action qui va ĂȘtre dĂ©veloppĂ©e aprĂšs le lever de rideau. Comme Wozzeck de Berg,  Fidelio s’inspire d’un fait divers rĂ©el survenu pendant la RĂ©volution française : par amour, une femme, dĂ©guisĂ©e en homme (Fidelio), infiltre la prison dans laquelle son mari est incarcĂ©rĂ©. Elle rĂ©ussit Ă  l’en libĂ©rer. Proche des valeurs morales des LumiĂšres,  le drame suit la lente et sublime avancĂ©e vers la lumiĂšre : des tĂ©nĂšbres de la geĂŽle humide et sombre oĂč est prisonnier l’aimĂ© de Fidelio, Florestan…  vers l’Ă©blouissement de la libĂ©ration finale. PortĂ© par l’amour et la fidĂ©litĂ© conjugale, l’action cĂ©lĂšbre la loyautĂ©,  une valeur d’absolu Ă  mettre Ă©videmment en parallĂšle avec l’idĂ©al dĂ©fendu dans la derniĂšre partie de sa 9Ăšme Symphonie,  qui incarne dans le choix du texte fraternel de Schiller,  un mĂȘme sentiment universel de dĂ©passement et de rĂ©alisation humaniste.  De mĂȘme,  le finale de La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart Ă©galement inspirĂ© par l’esprit des loges maçonniques et donc proche des valeurs des LumiĂšres,  affiche aussi un mĂȘme sentiment final d’entente civilisatrice et de rĂ©conciliation collective. L’aube d’une humanitĂ© enfin rĂ©formĂ©e.

L’intelligence de l’Ă©criture en fait une partition saisissante par sa force expressive et poĂ©tique,  brossant de trĂšs subtiles Ă©pisodes , tous dramatiquement trĂšs intense : l’univers carcĂ©ral que dĂ©couvre Leonore,  la prison sombre,  caverne inquiĂ©tante d’oĂč surgit le cri solitaire de Florestan prisonnier,  enfin le salut final, la dĂ©livrance qui efface souffrance et entraves…

Résumé, synopsis

LĂ©onore dĂ©guisĂ©e en homme s’est prĂ©sentĂ©e sous le nom de Fidelio pour se faire engager  comme aide-geĂŽlier dans la prison oĂč son mari Florestan est injustement incarcĂ©rĂ© sur l’ordre du cruel Don Pizzaro. Entre temps,  Fidelio a suscitĂ© l’amour de Marzelline, la fille du geĂŽlier. La courageuse et persĂ©vĂ©rante Ă©pouse sauve finalement son mari de la mort que lui rĂ©serve Pizzaro, ennemi politique et infĂąme manipulateur dont la traĂźtrise est enfin mise Ă  jour.

Acte 1. L’aristocrate espagnol Florestan (tĂ©nor), est incarcĂ©rĂ© sur ordre de Don Pizarro (baryton), le cruel gouverneur d’une prison d’État. Pour le libĂ©rer, sa femme LĂ©onore (soprano) se dĂ©guise en homme : elle devient Fidelio et y obtient un emploi : pour assoir sa position carcĂ©rale, Fidelio sĂ©duit la fille du geĂŽlier Rocco (basse), Marcelline (soprano). L’infĂąme Pizarro s’inquiĂ©tant de la visite imminente du ministre Don Fernando, entend supprimer tout ce qui pleut tĂ©moigner contre lui : il demande Ă  Rocco de tuer Florestan dans sa cellule. Leonore/Fidelio obtient de l’accompagner dans le cachot.

Acte 2. Dans sa cellule, s’exprime le chant solitaire et libertaire de Florestan, toujours vaillant. Mais quand Pizarro s’apprĂȘte Ă  tuer le prisonnier, Leonore s’interpose et se dresse contre le barbare. Les trompettes annoncent l’arrivĂ©e du ministre Fernando dans la prison pour son inspection. En un geste de clĂ©mence empruntĂ© Ă  l’opĂ©ra seria fixĂ© par MĂ©tastase, Beethoven Ă©crit un final choral qui chante la libertĂ© partagĂ©e et fraternelle : Fernando libĂšre Florestan et tous les prisonniers, punit Pizarro.

 

DVD. Verdi : Il Trovatore (Netrebko, Domingo, Barenboim, Berlin 2013)

trovatore verdi netrebko domingo DVDCLIC D'OR macaron 200DVD. Verdi : Il Trovatore (Netrebko, Domingo, Barenboim, Berlin 2013). Dans l’imaginaire du scĂ©nographe Philippe Stölzl, le TrouvĂšre est un conte lunaire, basculant constamment entre cynisme barbare et dĂ©lire fantastique. La premiĂšre scĂšne est digne d’une gravure gothique d’Hugo ou d’une eau forte de Callot : Ferrando (excellent Adrian SĂąmpetrean) plante le dĂ©cor oĂč rĂšgne la malĂ©diction de la sorciĂšre effrayante brĂ»lĂ©e vive sur le bĂ»cher par le comte de Luna
 une vision primitive qui inspire tout le spectacle qui suit, dont les tableaux jouant sur le blanc et le noir, dĂ©taillant d’effrayantes ombres graphiques sur les murs d’une boĂźte dont l’angle regarde vers la salle et les spectateurs, instaure ce climat si original, celui façonnĂ© par un Verdi subjuguĂ© par le jaillissement du surnaturel, de la malĂ©diction, la figure troublante d’ñmes Ă©perdues (Leonora) qui ivres et portĂ©es par leur seul dĂ©sir, demeurent continĂ»ment aveuglĂ©es par la passion qui les consume : la jeune femme dans une arĂšne de silhouettes souvent grotesques et grimĂ©es jusqu’à la caricature, y paraĂźt tel un lys pur, Ă©clatant par son chant amoureux, juvĂ©nile, ardent, innocent. Ce qu’apporte Anna Netrebko relĂšve du miraculeux : le jaillissement brut d’un amour immense qui la dĂ©passe totalement, la possĂšde jusqu’à l’extase : le chant est incandescent, Ăąpre, d’une sincĂ©ritĂ© tendre irrĂ©sistible.

Le public berlinois lui rĂ©serve une ovation collective dĂšs son premier air. LĂ©gitimement. Tout le premier acte (Le Duel) est stupĂ©fiant de justesse rĂ©aliste et expressionniste, saisissant mĂȘme par ses ombres rouges aux murs dĂ©fraichis. Un rĂ©gal pour les yeux et aussi pour l’esprit exigeant : la direction d’acteur est prĂ©cise et constamment efficace.

TrouvĂšre berlinois, fantastique, effrayant : superlatif

azucena, trovatore berlin, barenboimDans la fosse Daniel Barenboim des grands jours sculpte chaque effet tĂ©nĂ©briste d’une partition qui frappe par sa modernitĂ© fantastique, rappelant qu’ici la vision de Verdi rejoint les grands noms du romantisme lugubre et cynique, surnaturel, cauchemardesque, et poĂ©tiquement dĂ©lirant : Aloysius Bertrand, Villiers de l’Isle Adam, ETA Hoffmann.  On s’étonne toujours que bon nombre continue d’affliger l’ouvrage verdien d’une faiblesse dramatique due Ă  un livret soit disant faiblard : c’est tout l’inverse. Et la prĂ©sente production nous montre a contrario des idĂ©es reçues et colportĂ©es par mĂ©connaissance, la profonde cohĂ©rence d’une partition au dĂ©coupage trĂšs subtil, aussi forte et glaçante que Macbeth, aussi prenante que Rigoletto, aussi Ă©chevelĂ©e et juste que La Traviata
 Philipp Stölzl apporte aussi ce picaresque espagnol dans costumes et maquillages qui revisitent en outrant ses couleurs, Velasquez et les caravagesques ibĂ©riques, de Ribeira Ă  Murillo.  Si Leonora, incarnĂ©e par la sensuelle et embrasĂ©e Anna Netrebko, captive de bout en bout, le Luna, rongĂ© par la jalousie et l’impuissance amoureuse trouve en Placido Domingo, un baryton ardent, habitĂ© par une psychĂ© qui lui aussi le submerge : passionnant duo.

netrebko anna trouvĂšre trovatore leonora Berlin BarenboimPar son code couleur vert froid, exprimant un cynisme fantastique de plus en plus prĂ©sent au fur et Ă  mesure de l’action, le thĂ©Ăątre de Philipp Stölzl rappelle Ă©videmment l’immense Peter Mussbach (repĂ©rĂ© dans son approche parisienne de La Norma au ChĂątelet) : le choeur des gitans y singe une foule aux accents apeurĂ©s, orgiaques avant que ne paraisse le chant hallucinĂ© d’Azucena (trĂšs honnĂȘte Marina Prudenskaya, de plus en plus touchante : c’est elle qui porte le germe de la vengeance finale ; elle est elle aussi, comme Leonora, une poupĂ©e fardĂ©e, usĂ©e, transfigurĂ©e par la passion qui la porte et la consume : si Leonora est dĂ©vorĂ©e par l’amour pour Manrico le trouvĂšre, Azucena est portĂ©e, aspirĂ©e par l’effroi du sacrifice primordial : l’assassinat de son propre fils (le vĂ©ritable) par les flammes. Le Manrico de Gaston Rivero sans partager la brulure de ses partenaires dĂ©fend haut la figure du TrouvĂšre. Jamais production n’a Ă  ce point mieux exprimer l’essence hallucinĂ©e et lunaire de l’opĂ©ra verdien : c’est essentiellement un thĂ©Ăątre de la brĂ»lure, des Ăąmes embrasĂ©es, oĂč pĂšse dĂšs l’origine, l’image effrayante flamboyante du bĂ»cher initial. Une Ă©blouissante rĂ©ussite qui passe surtout par la cohĂ©rence du dispositif visuel. Chef et solistes sont au diapason de cette lecture colorĂ©e, expressionniste, remarquablement convaincante. VoilĂ  qui renvoie Ă  la marche infĂ©rieure la plus rĂ©cente production du TrouvĂšre avec le duo Netrebko et Domingo, prĂ©sentĂ©e cet Ă©tĂ© au Festival de Salzbourg
 La galerie de peintures qui s’y impose paraĂźt en comparaison fatalement anecdotique tant ici, la crĂ©ation visuelle, le thĂ©Ăątre des ombres dĂ©coupĂ©es sur les murs du cube nourrissent le feu de l’action. Un must et donc un CLIC de classiquenews.com.

Verdi : Il Trovatore. Anna Netrebko (Leonora), Placido Domingo (Placido Domingo), Azucena (Marina Prudenskaya), Manrico le TrouvĂšre (Gaston Rivero, Adrian SĂąmpetrean (Ferrando)
 Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Philipp Stölzl, mise en scĂšne. 1 dvd Deutsche Grammophon. EnregistrĂ© Ă  Berlin au Staatsoper Unter den Linden de Berlin, im Schiller Teater, en dĂ©cembre 2013.

 

 
 

 

TELE. En octobre 2014, Mezzo diffuse l’Elvira candide, juvĂ©nile d’Anna Netrebko (Metropolitan Opera 2006-2007) : I Puritani avec Anna Netrebko au Met 2007 sur Mezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. 

mezzo logo 2014

 

 
 

 
 

Compte rendu. Vienne. Konzerthaus, le 1er janvier 2014. Concert du Nouvel An. Oeuvres de Johann Strauss I et II, Edouard, Josef et Richard Strauss. Avec les danseurs de l’OpĂ©ra de Vienne. Wiener Philharmoniker. Daniel Barenboim, direction

Compte rendu, concert du Nouvel An Ă  Vienne 2014. Voici comme d’habitude et depuis 1958, le concert le plus diffusĂ© dans le monde, comptant selon la formule du direct, plus de 200 millions de spectateurs, au rendez vous de l’Ă©lĂ©gance et du raffinement orchestral. Un modĂšle dans le genre. C’est un rituel bien rĂŽdĂ© depuis 1939, quand le chef proche de Richard Strauss Clemens Krauss dirigeait  pour le premier concert du Nouvel An Ă  Vienne, un programme festif dĂ©diĂ© Ă  l’ivresse entĂȘtante des valses de la dynastie Strauss , Johann, pĂšre et fils mais aussi depuis une rĂ©cente tradition d’exploration familiale, les frĂšres de Johann II : Josef (ce dernier trĂšs mis Ă  l’honneur en 2014 par Daniel Barenboim) et Edouard.

Concert du Nouvel An Ă  Vienne 2014Dans la salle mythique du Konzerthaus de Vienne, ce 1er janvier 2014, le chef engagĂ© pour la fraternisation des peuples (surtout entre IsrĂ©aliens, comme lui, et palestiniens entre autres) Daniel Barenboim dirige les instrumentistes du Philharmonique de Vienne : une phalange lĂ©gendaire qui n’usurpe pas sa gloire planĂ©taire, car du dĂ©but Ă  la fin, chacun aura pu se dĂ©lecter de l’unisson enivrant des cordes (notez le dispositif spĂ©cifique Ă  Vienne oĂč les contrebasses forment un mur parfaitement alignĂ© en fond d’orchestre, les violoncelles se situant Ă  gauche du chef…), de la claire transparence d’un orchestre oĂč les cors (somptueux), la ligne mĂ©lodique des flĂ»tes, comme la sensualitĂ© des bois triomphent toujours en pareille occasion.

” Le plus ” de chaque concert du Nouvel Ă  Vienne
c’est le programme que concocte chaque maestro invitĂ©. Notons que celui de Barenboim marque les esprits. La premiĂšre partie enchaĂźne des morceaux peu connus (Quadrille d’Edouard Strauss inspirĂ© de la Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach) ou les lauriers de la paix (le titre est un intention manifeste pour un programme soucieux d’humanisme et de pacifisme) de Josef Strauss.
Le chef pianiste poursuit avec la marche Ă©gyptienne de Johann II : Ă©vocation parfois hollywoodienne et pompeuse d’un orient fantasmĂ© auquel les musiciens prĂȘtent aussi leur voix. D’emblĂ©e la fin plutĂŽt murmurĂ©e, Ă©vite le pire pathĂ©tique et solennel ; ouf, le kitsch a Ă©tĂ© Ă©vitĂ©. Car ce qui suit est autrement plus passionnant Ă  notre avis, quand surgit la finesse pĂ©tillante de la Polka endiablĂ©e du mĂȘme Johann fils, laquelle clĂŽt la premiĂšre partie. Enfin de la lĂ©gĂšretĂ©, de l’insolente finesse, de l’insouciance chorĂ©graphique : tout ce qui attire depuis des lustres les (tĂ©lĂ©)spectateurs et qui assure Ă  la performance de ce direct ultra mĂ©diatisĂ©, sa rĂ©ussite artistique et musicale. Il Ă©tait temps.

Carte postale viennoise

En seconde partie, le concert tĂ©lĂ©visuel dĂ©livre aussi ce pourquoi il est conçu : promouvoir l’excellence artistique et culturelle voire touristique de Vienne et du paysage autrichien. Pour se faire, Daniel Barenboim dirige l’ouverture de l’opĂ©rette de Johann Strauss II, le maĂźtre de la forĂȘt (avec cĂŽtĂ© rĂ©alisation visuelle des gros plans sur les fleurs de la dĂ©coration de la salle !) : lĂ  encore les pupitres des Philharmoniker offrent cette finesse instrumentale qui nous sĂ©duit tant, scintillement Ă©vocatoire de la forĂȘt viennoise…
Ensuite, les choix du chef invitĂ© s’imposent par leur justesse : superbe mĂ©ditation sur le clair de lune extrait de l’opĂ©ra Capriccio de Richard Strauss… mĂȘme raffinement instrumental, puissante inspiration d’aprĂšs la nature et un instant atmosphĂ©rique : la prĂ©sence du bavarois dans le programme Ă©voque le 150Ăšme anniversaire de sa naissance en 2014 ; mĂȘme s’il n’appartient pas Ă  la famille des Strauss, Richard porte dignement le patronyme symbole de gĂ©nie musical. Sa filiation est musicalement idĂ©ale car il a abondamment puisĂ© dans le genre de la valse pour son opĂ©ra Der Rosenkavalier (Le Chevalier Ă  la rose) tout en partageant avec ses confrĂšres homonymes une intelligence de l’orchestration, elle aussi totalement rĂ©jouissante. VoilĂ  une entrĂ©e en matiĂšre parfaitement dosĂ©e et qui rĂ©tablit pour ce concert Ă©vĂ©nementiel, le gĂ©nie de Richard Strauss en prĂ©ambule Ă  son annĂ©e 2014.

La participation des danseurs de l’OpĂ©ra

Tout concert du Nouvel An ne serait pas digne de sa rĂ©putation sans le concours du ballet de l’OpĂ©ra de Vienne, lequel paraĂźt ici pour la grande valse de Josef Lanner intitulĂ©e Les Romantiques (chorĂ©graphie d’Ashley Page avec les costumes de Viviane Westwood): dans les salons en blanc et or de Schonnbrun, les couples de danseurs expriment toute l’Ă©lĂ©gance viennoise que sublime l’ivresse musicale de la partition de Lanner. Avouons la totale rĂ©ussite de cette combinaison : musique symphonique et valses dansĂ©es ; un sommet du kitsch diront les dĂ©tracteurs, une crĂ©ation poĂ©tique savamment millimĂ©trĂ©e diront les admirateurs, qui sait heureusement Ă©viter le sucrĂ© poudrĂ© parfois indigeste (comme le montre a contrario de Vienne, les propositions simultanĂ©es du concert du Nouvel An Ă  Venise oĂč le ballet de l’OpĂ©ra de Rome en 2014 tente de raconter une histoire sur les airs italiens jouĂ©s par l’Orchestre de La Fenice : Ă  notre avis ratage total).
A Vienne, le dispositif sait encore nous surprendre sur la musique du ballet Sylvia de Delibes, sommet de l’Ă©lĂ©gance… Ă  la française (confrontĂ© Ă  tant d’intelligence, il nous paraĂźt inimaginable en 2014 que l’OpĂ©ra de Paris n’ait pas encore lancĂ© la tradition d’un concert du Nouvel An car nous avons et les interprĂštes maison et surtout un rĂ©pertoire chorĂ©graphique et de valses qui Ă©gale sinon supplante l’Ă©vĂ©nement viennois…) : en 2014, Viviane Westwood imagine des costumes d’inspiration manifestement Ă©cossaise ; les danseurs s’adonnent Ă  une sĂ©rie de seynettes, certaines drĂŽlatiques dont l’Ă©pisode dĂ©jantĂ© oĂč l’un des hommes, ivre apparemment, se cogne contre les miroirs des murs…
Enfin, le programme s’achĂšve avec deux chefs d’oeuvres traditionnellement donnĂ©s pour l’occasion, signĂ©s par les deux gĂ©nies de la dynastie Strauss : Johann pĂšre et fils. Du second, l’orchestre entonne le cĂ©lĂ©brissime Beau Danuble Bleu (avant de souhaiter la bonne annĂ©e au monde et Ă  l’auditoire), puis du premier la non moins fameuse Marche de Radetsky… Daniel Barenboim inaugure un nouveau rituel pour l’occasion, alors que les musiciens ont commencĂ© de jouer la Marche, le chef quitte son podium et scrupuleusement, salue chaque instrumentiste, mettant en avant chaque tempĂ©rament individuel qui fait la rĂ©ussite et la cohĂ©rence d’un son collectif admirĂ© dans le monde entier. MĂȘme aussi prĂ©parĂ© et plannifiĂ©, chaque Concert du Nouvel An Ă  Vienne peut encore nous surprendre …  Le dĂ©but d’une nouvelle tradition ?


Vienne. Konzerthaus, le 1er janvier 2014. Concert du Nouvel An. Oeuvres de Johann Strauss I et II, Edouard, Josef et Richard Strauss. Avec les danseurs de l’OpĂ©ra de Vienne. Wiener Philharmoniker. Daniel Barenboim, direction

Cd, blu ray et dvd de ce nouveau concert du Nouvel An dirigé en 2014 par Daniel Barenboim sont annoncés chez Sony classical pour la fin du mois de janvier.