Opéra de Tours : Le Barbier de Séville par Pelly et Pionnier

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigTOURS, OpĂ©ra. 29 janv – 2 fĂ©v 2020. ROSSINI : Le Barbier de SĂ©ville. Rossini, après avoir traitĂ© le genre seria, s’affirme rĂ©ellement dans la veine du melodramma buffo (et en deux actes) comme l’atteste la rĂ©ussite triomphale de son Barbier de SĂ©ville, d’après Beaumarchais, crĂ©Ă© au Teatro Argentina de Rome, en fĂ©vrier 1816. Fin lui aussi, mordant et d’une facĂ©tie irrĂ©sistible par sa verve toute en subtilitĂ©, le compositeur se montre Ă  la hauteur du drame de Beaumarchais : il rĂ©ussit musicalement dans les ensembles (fin d’actes) et aussi dans le profil racĂ©, plein de caractère de la jeune sĂ©questrĂ©e, Rosine : piquante, dĂ©terminĂ©e, une beautĂ© pleine de charme… Comment le jeune comte Almaviva rĂ©usira-t-il Ă  libĂ©rer la belle Rosina des griffes de son tuteur âgĂ© (Bartolo) qui a dĂ©cidĂ© de sĂ©questrer la jeune femme pour mieux l’asservir puis l’épouser ? Grâce Ă  la complicitĂ© du factotum de SĂ©ville, Figaro, jeune âme aussi conquĂ©rante et positive… leur duo, tout en facĂ©tie et ingĂ©niositĂ©, est l’agent de libĂ©ration. Rossini… fĂ©ministe ? Deux hommes redoublent de saine entente, de jubilante inventivitĂ© pour Ă©manciper la prisonnière. Leurs talents qui allie grâce, jeunesse, astuces s’entend dans la musique du jeune Rossini (24 ans), dont l’orchestration et le gĂ©nie mĂ©lodique exprime une mĂŞme pĂ©tillance. Ici c’est l’insolence et l’esprit de conquĂŞte d’une jeunesse sĂ»re d’elle qui s’affirme contre le vieil ordre. Rossini met en musique l’épisode inspirĂ© de Beaumarchais et qui prĂ©cède ce que Mozart avant lui avait mis en musique avec la complicitĂ© de Da Ponte, Les Noces de Figaro : après l’élan du dĂ©sir naissant liĂ© Ă  la libĂ©ration de la belle sĂ©questrĂ©e, Almaviva, tyran domestique harcèle la servante Suzanne et dĂ©laisse Rosina, devenue comtesse nĂ©gligĂ©e… Pour l’heure en 1816, retentit la formidable rire et la finesse d’un Rossini d’une prĂ©coce maturitĂ©.

Avec le Figaro de Guillaume Andrieu, la Rosina d’Anna Bonitatibus… Direction musicale : Benjamin Pionnier / mise en scène : Laurent Pelly.
3 représentations événements à l’Opéra de Tours, les 29, 31 janvier puis 2 février 2020.

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Opéra de Toursboutonreservation
Mercredi 29 janvier 2020 – 20h00
Vendredi 31 janvier – 20h
Dimanche 2 fĂ©vrier – 15h

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/le-barbier-de-seville

 

 

 

 

Direction musicale : Benjamin Pionnier

Mise en scène, décors et costumes : Laurent Pelly
Lumières : Joël Adam

Figaro : Guillaume Andrieux
Rosina : Anna Bonitatibus
Comte Almaviva : Patrick Kabongo
Bartolo : Michele Govi
Basilio : Guilhem Worms
Berta : Aurelia Legay
Fiorello : Nicholas Merryweather
Ambrogio et Notaire : Thomas Lonchampt

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours

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Melodramma buffo en deux actes
Livret de Cesare Sterbini d’après Le Barbier de Séville de Beaumarchais
Créé au Teatro Argentina de Rome le 20 février 1816

Coproduction Théâtre des Champs-ElysĂ©es – OpĂ©ra National de Bordeaux -
OpĂ©ra de Marseille – Théâtres de la Ville de Luxembourg – OpĂ©ra de Tours – Stattheater Klagenfurt

Durée : environ 2h30 avec entracte

Conférence gratuite
Samedi 25 janvier – 14h30
Grand Théâtre – Salle Jean Vilar
EntrĂ©e gratuite – rĂ©servation recommandĂ©e
places limitées

Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

 

 

 


Après PAISIELLO, Le Barbier de ROSSINI…

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barbier-de-seville-rossini-opera-de-tours-pelly-pionnier-classiquenews-opera-annonce-critique-classiquenews34 ans avant l’opĂ©ra de Rossini, en sept 1782, Paisiello, alors auteurs en vogue, crĂ©e au Théâtre de l’Ermitage de Saint-PĂ©tersbourg et Ă  la demande de sa protectrice Catherine II, Il barbiere di Siviglia, ovvero La precauzione inutile. InspirĂ© de Beaumarchais, le dramma giocoso suscite un succès immĂ©diat. Car Paisiello trouve l’écho musical juste Ă  la verve et l’impertinence de l’écrivain français. C’était comptĂ© sans le Barbier du jeune Rossini, de 1816. A peine âgĂ© de 25 ans, Rossini baptise d’abord sa partition « Almaviva » du nom du Comte, complice de Figaro, – prĂ©caution respectueuse pour Paisiello pour ne pas crĂ©er de confusion entre les deux ouvrages. La première le 20 fĂ©vrier 1816 au Teatro Argentina de Rome, est un fiasco.
Tout dans la musique de Rossini indique a volonté de rompre avec l’ancien monde et le style ancien : quand Rosina, belle séquestrée par son tuteur Bartolo qui veut l’épouser, chante le rondo de l’opéra factice, L’Inutil precauzione, la jeune femme revendique à la barbe de son géolier, et en présence d’Almaviva déguié en prof de musique, sa liberté et son désir d’émancipation (leçon de chant à l’acte II, scène 3). Ridiculisé le vieux barbon, use de stratagèmes éculés (inutiles précautions comme le clame Rosina de facto) : il ne peut empêcher les deux amants, Rosina et Almaviva, de se marier, grâce aussi à l’intervention de l’astucieux Figaro. Le Comte Almaviva, d’abord déguisé sous son nom de Lindoro, et aussi du professeur de musique comme on l’a vu, peut dérober à Bartolo, la fiancée qu’il s’est choisie.
La séquestration qu’impose Bartolo est bien celle d’un monde autoritaire et phalo, voire misogyne que Rossini exacerbe par sa musique pétillante. La puissance et l’imagination de l’écriture montrent l’audace d’un Rossini qui synthétise alors tous les opéras buffas napolitains précédents; en extrait l’essence de liberté et de sédition, sans omettre le miel d’une séduction irrésistible qui passe par l’amplification de la partie dévolue au chœur, comme le raffinement de son orchestration.
Héros de cette énergie révolutionnaire, Figaro chante dès le début son Largo al factotum… air démesuré, libre, délirant, … inouï en vérité, car jamais entendu auparavant. Figaro c’est Bacchus ou Mercure : un être hors normes, un génie de l’action intelligente dont les malices et les astuces emportent toute l’action, et la précipitent même pour le dénouement de la situation qui contraint Rosina. Le jeune comte Almaviva s’allie à ce personnage haut en couleurs, et profite de l’intelligence de Figaro. De son côté, la vielle servante Berta, du fait de son âge, est prête à « crever » hors de ce mouvement libertaire : un beau contraste avec le Figaro libre et brillant. Elle fustige le danger de la liberté, agent du chaos : le final du Ier acte est dans ce sens aussi orgiaque et frénétique que l’opéra précédent L’Italienne à Alger (1813 : présentée en février 2019 à l’Opéra de Tours). Comme dans les Noces de Figaro de Mozart, Rossini imagine alors dans un tutti assourdissant par son brio, chaque personnage réfléchissant à haute voix sur sa situation personnelle, empêchée, contrainte, atteinte…

 

LAURENT PELLY
La musique pilote l’action…

Mais ici les plus délurés et les plus fantaisistes sont vocalement les mieux caractérisés ; cette passion de la virtuosité porte l’intelligence et l’impertinence de Rossini lui-même, alors maître de son art. Dans cette émulation d’une jeunesse volubile : où perce l’acuité savoureuse du trio Rosina / Landoro,Almaviva / Figaro, soit le futur trio romantique principal chez Verdi (soprano, ténor, baryton)-, se distingue d’autant mieux la vieillesse bilieuse de l’infect Bartolo.

Le metteur en scène Laurent Pelly aime les ressources théâtrales des partitions lyriques : il sait en extraire les rebonds, la drôlerie, l’intelligence active. Ce discernement fait la saveur de ses lectures des opéras des faiseurs de comédies, génies reconnus tels Offenbach, Rossini… La verve et l’imagination l’inspirent. C’est le cas des ouvrages giocosos de Rossini. Pelly suit la tempête musicale qui imprime à l’action ses accents et ses jalons dramatiques.
Il imagine alors un décor fait de partitions où les acteurs habillés de noir incarnent les notes sur les mesures… pour autant la musique n’inféode pas le théâtre car le metteur en scène recherche un équilibre entre les deux. Derrière la virtuosité, Pelly traque et révèle la facétie voire le poésie des situations. Chaque profil est affiné selon sa sensibilité propre : FIgaro est un gangster sympathique qui tire les ficelles de chaque rencontre / confrontation ; Almaviva, un doux amoureux ; … Souvent Pelly revient à la source du livret et préfère tel aria plutôt qu’un autre, surtout si l’habitude est de le couper. Ainsi l’air terrible de la vieille Berta. La virtuosité des airs dans les finales en particulier dévoile en réalité un drame intime que Pelly entend rendre manifeste. Il y a donc de la profondeur et de l’intime dans ce qui paraît ailleurs bien souvent comme agile et artificiel.
Première vertu, et si appréciée chez lui : le respect de la partition originale « Je suis un artisan au service de l’œuvre. Je n’ai pas de concept à faire entrer au forceps, c’est l’œuvre qui commande «  rappelle-t-il. Toujours dans le respect de l’œuvre, faciliter et expliciter le jeu de l’acteur chanteur. Année buffa assoluta en 2017 pour Pelly qui cette année là, livre sa vision de Viva la mamma de Donizetti à Lyon et met en scène Le Barbier de Séville de Rossini au TCE Paris. L’Opéra de Tours a bien raison de présenter aux tourangeaux, l’une des mises en scène de Laurent Pelly les plus astucieuses et les plus rythmées.

La Rosina d’Elsa Dreisig Ă  Clermont-Ferrand

dresig-elsa-mezzo-soprano-rossini-bellini-jeune-talent-CLIC-de-classiquenews-Clermont-Ferrand. Rossini : Le Barbier de SĂ©ville. Les 15 et 16 janvier 2016. Attention de la crĂ©ation du sommet buffa de Rossini, crĂ©Ă© en fĂ©vrier 1816 au Teatro Argentina de Rome : Le Barbier de SĂ©ville d’après Beaumarchais. Le drame rĂ©alise une action qui a lieu avant l’opĂ©ra de Mozart : Les Noces de Figaro. Alors barbier Ă  SĂ©ville, le jeune Figaro retrouve le Comte Almaviva qui lui demande Ă  SĂ©ville son aide pour sĂ©duire et enlever la belle Rosine, alors sĂ©questrĂ©e par son tuteur qui veut l’Ă©pouser, le vieux et soupçonneux Bartolo. Amoureux de la confusion (finales vertigineux et dĂ©lirant dans l’esprit de Mozart), semant l’esprit de la rĂ©volution avant l’heure et d’une intelligence libertaire, Rossini le facĂ©tieux, alors jeune âgĂ© de 26 ans, signe une musique enjouĂ©e, subtile, d’une ivresse mĂ©lodique incomparable oĂą jaillit tel un joyau rebelle, l’indomptable Rosine (qui pourtant devenue Ă©pouse sage et unr ien frustrĂ©e, songera non sans amertume Ă  ces annĂ©es miraculeuses oĂą le Comte / Lindoro entreprenait tout pour la conquĂ©rir). La rĂ©ussite des productions du Barbier rossinien dĂ©pend souvent de la composition qu’accordent les solistes aux deux personnages clĂ©s de Figaro et de la malicieuse Rosina. Soit deux emplois fĂ©tiches, vrais dĂ©fis vocaux et dramatiques, pour baryton agile et mezzo-soprano coloratoure. Qu’en sera-t-il dans la nouvelle production prĂ©sentĂ©e par le Centre lyrique Clermont Auvergne ? La sĂ©lection des chanteurs s’est dĂ©roulĂ©e lors du dernier Concours de chant lyrique oĂą les deux rĂ´les, de Figaro et de Rosine ont Ă©tĂ© distribuĂ© ; respectivement ce sont le baryton Viktor Korovitch et surtout la jeune et dĂ©jĂ  sĂ©millante Elsa Dreisig, laurĂ©ate du Concours de Clermont Ferrand 2015 (24ème Ă©dition) qui dĂ©fendront sur scène, la magie dramatique de leurs personnages respectifs. Figaro est une jeune homme plein d’entrain, d’une vivacitĂ© complice ; Rosine est une jeune femme soucieuse de s’Ă©manciper en choisissant celui qui ravira son cĹ“ur, en l’occurrence Lindoro (le patron de Figaro). Selon le fonctionenment Ă  prĂ©sent bien rodĂ© du Concours lyrique de Clermont-Ferrand, les jeunes laurĂ©ats peuvent Ă©prouver et perfectionner leur interpĂ©tation d’un rĂ´le lors de la tournĂ©e d’une nouvelle production, en plusieurs dates, comme c’est le cas de cette nouvelle production du Barbier qui commence sa brillante avenure souhaitons le Ă  Clermont-Ferrand Ă  partir du 15 janvier 2016.

 

 

VIDEO. VOIR notre grand reportage vidéo dédié au Concours de chant de Clermont-Ferrand 2015 où de nombreuses séquences concernent la sélection du rôle de Rosine, avec un entretien avec Elsa Dreisig, après sa remise du Prix.

 

 

 

 

boutonreservationClermont-Ferrand, Opéra-Théâtre
Rosini : Il Barbiere di Seviglia / Le barbier de SĂ©ville, 1816
Nouvelle production
Vendredi 15 janvier 2016, 20h
Samedi 16 janvier 2016,15h
De 12 à 48€
2h30 entracte compris
Chanté en italien . Surtitré en français

Accessible en audiodescription le samedi 16 janvier 2016

 

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Direction musicale / Amaury du Closel
Mise en scène / Pierre Thirion-Vallet
Création du décor / Frank Aracil
Réalisation du décor / Atelier Artifice
Création des costumes / Véronique Henriot
RĂ©alisation des costumes / Atelier du Centre lyrique
Création des lumières / Véronique Marsy
Traduction et régie surtitrage / David M. Dufort

Le Comte Almaviva / Guillaume François
Figaro / Viktor Korotich *
Rosina / Elsa Dreisig *
Bartolo / Leonardo Galeazzi
Basilio / Federico Benetti
Berta / Anne Derouard
Fiorillo et un Officier / Jean-Baptiste Mouret
Chœur Opéra Nomade

Orchestre Philharmonique d’État de Timisoara

 

 

 

 

Prochain Barbier Ă  l’OpĂ©ra Bastille, 2 fĂ©vrier > 4 mars 2016.

Pour les amateurs et connaisseurs du barbier de Rossini, l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris affiche une prochaine production Ă  partir du 2 fĂ©vrier et jusqu’au 4 mars 2016. Avec dans un rĂ´le qui devrait la rĂ©vĂ©ler en France l’excellente Pretty Yende (jeune soprano sud africaine, laurĂ©ate du Concours Bellini  2011 avant d’obtenir le Concours Operalia) : agilitĂ©, grâce, timbre fruitĂ© et rayonnant, technique bel cantiste (cĂ©lĂ©brĂ©e par le Jury du Concours Bellini de 2011), Pretty Yende a tout pour Ă©blouir dans le rĂ´le de la jeune intrĂ©pide et conquĂ©rante Rosine…

http://www.classiquenews.com/1er-concours-international-vincenzo-bellini-2010album-vido-pretty-yende-june-anderson/

https://www.operadeparis.fr/saison-15-16/opera/il-barbiere-di-siviglia

Compte rendu, opéra. Dijon. Opéra de Dijon, le 20 février 2015. Rossini : Le Barbier de Séville. Armando Noguera, Eduarda Melo, Taylor Stayton, Deyan Vatchkov. … Orchestre Dijon Bourgogne. Antonino Fogliani, direction. Jean-François Sivadier, mise en scène.

rossini_portraitLe Barbier de SĂ©ville de Gioacchino Rossini est l’un des opĂ©ras qui n’a jamais quittĂ© le rĂ©pertoire mondial depuis sa crĂ©ation Ă  Rome en 1816. L’opĂ©ra bouffe par excellence, selon nul autre que Verdi, est aussi un bijou de belcanto du dĂ©but du XIXe siècle. Outre les nombreux usages commerciaux et populaires actuels de plusieurs morceaux de l’oeuvre, notamment l’archi-cĂ©lèbre ouverture ou encore le non moins cĂ©lèbre air de Figaro « Largo al factotum », l’opĂ©ra assure son attractivitĂ© populaire dans l’histoire de la musique par sa verve comique indĂ©niable, la fraĂ®cheur de l’invention mĂ©lodique et le théâtre d’archĂ©types si bien ciselĂ© et si cohĂ©rent des plumes combinĂ©es, celles complĂ©mentaires de Rossini et de son librettiste Cesare Sterbini, d’après Beaumarchais.

(NDLR : la sĂ©duction et le succès de l’ouvrage devraient encore gagner un cran Ă  l’approche du bicentenaire de la crĂ©ation de l’opĂ©ra, comme en tĂ©moigne pour la saison 2015-2016, la prochaine nouvelle production annoncĂ©e par le Centre lyrique de Clermont Auvergne dont le fameux Concours 2015 qui se tenait du 17 au 21 fĂ©vrier derniers cherchait Ă  distribuer les rĂ´les de Rosina, Figaro et Basilio…)

La crĂ©ation Lilloise en 2013 de cette production du Barbier (lire notre compte rendu du Barbier de SĂ©ville de Rossini prĂ©sentĂ© en mai 2013 Ă  l’OpĂ©ra de Lille), a Ă©tĂ© un succès mĂ©diatique et populaire. Nous avons encore le souvenir d’un public de tous âges et couleurs confondus très fortement marquĂ© par les talents particuliers de Jean-François Sivadier et de son Ă©quipe artistique, exprimĂ©s avec candeur et sensibilitĂ© par la performance de la jeune distribution des chanteurs-acteurs particulièrement engagĂ©s. Le spectacle repris cette saison a fait une tournĂ©e française dans les villes de Limoges, Caen, Reims et donc Dijon, dernier arrĂŞt d’un train artistique qui n’a pas Ă©tĂ© sans pĂ©ripĂ©ties. Pour cette première dijonnaise, nous sommes accueillis Ă  l’Auditorium de l’OpĂ©ra de Dijon, un bâtiment gargantuesque dont l’une des particularitĂ©s reste son excellente acoustique.

 

 

 

Un barbier pas comme les autres

barbier-de-seville-de-rossini-par-jean-francois-sivadier-armando-noguera-compte-rendu-critique-de-l'opera-DijonLa redĂ©couverte de la production en cette fin d’hiver 2014-201, s’avère pleine d’agrĂ©ables surprises, mais pas dĂ©nuĂ©e rĂ©serves. Le baryton Armando Noguera en Figaro, crĂ©ateur du rĂ´le en 2013, et qui Ă©tait dĂ©jĂ  Ă  l’Ă©poque un fin connaisseur du personnage, l’ayant interprĂ©tĂ© depuis son très jeune âge dans son Argentine natale, est annoncĂ© souffrant avant le dĂ©but de la reprĂ©sentation. Il dĂ©cide nĂ©anmoins d’assurer la performance en dĂ©pit de son Ă©tat de santĂ©. Les oreilles affĂ»tĂ©es ont pu remarquer ici et lĂ  quelques baisses de rĂ©gime et de tension, quelques faiblesses mais la prestation si riche, si pleine d’esprit impressionne globalement l’auditoire ; le brio du chanteur a paru inĂ©puisable et personne n’y est jamais rester insensible. Un excellent comĂ©dien dont le rĂ´le si charismatique de Figaro lui sied parfaitement, il assure aussi la bravoure musicale de la partition plutĂ´t virtuose. Un maĂ®tre interprète que la maladie paraĂ®t porter et inspirer davantage encore, se donnant sur scène, comme tout grand artiste.

Le jeune tĂ©nor amĂ©ricain Taylor Stayton reprend le rĂ´le d’Almaviva. Nous emarquons d’abord une impressionnante Ă©volution dans son jeu scĂ©nique. S’il fut un Almaviva rayonnant de tendresse en 2013 (prise de rĂ´le !), en 2015, il a l’assurance d’un artiste mĂ»r qui commence Ă  avoir une belle carrière de belcantiste. Son charme personnel s’accorde très bien au charme de la musique que Rossini a composĂ© pour le personnage. Également excellent comĂ©dien, il est tout a fait crĂ©dible en jeune conte amoureux, et si les aigus ne sont pas toujours propres, le timbre est d’une incroyable beautĂ©
et sa prestation demeure tout Ă  fait enchanteresse.

La soprano Eduarda Melo reprend le rĂ´le de Rosina. En 2013, nous avions exprimĂ© notre curiositĂ© par rapport au choix d’une soprano et non d’une mezzo pour Rosina, pourtant la performance avait Ă©tĂ© convaincante. En 2015, elle aussi fait preuve d’une Ă©volution surprenante au niveau scĂ©nique et musicale. Une Rosina très Ă  l’aise avec son langage corporel, aussi engageante et engagĂ©e que ses partenaires, Noguera et Stayton, elle rĂ©gale l’auditoire avec un mĂ©lange prĂ©cieux d’Ă©motion et lĂ©gèretĂ©. Elle est piquante et touchante Ă  souhait. Que ce soit dans l’expression du dĂ©sir amoureux non dĂ©pourvu de nervositĂ© lors de son air du IIème acte : « L’Inutile preccauzione », oĂą ses vocalises redoutables sont chargĂ©es d’une profonde et tendre sincĂ©ritĂ©, inspirant des frissons, ou encore lors du trio Ă  la fin du mĂŞme acte oĂą le dĂ©sir arrive au paroxysme… Le cĂ©lèbre air du Ier acte : « Una voce poco fa » Ă  son tour, est l’occasion pour la soprano de dĂ©montrer ses belles qualitĂ©s d’actrice comme de musicienne.

sivadierLe Bartolo de Tiziano Bracci comme ce fut le cas avant est un sommet comique en cette soirĂ©e d’hiver. Ses petits gestes affectĂ©s, ses Ă©changes hasardeux et drĂ´les avec le chef d’orchestre, le public, voire avec lui-mĂŞme, lui donnent un je ne sais quoi de touchant pour un personnage qui est souvent reprĂ©sentĂ© comme un gros mĂ©chant. La basse bulgare Deyan Vatchkov est aussi l’une des très agrĂ©ables surprises de cette reprise. Il intègre la production pour la première fois dans le rĂ´le de Basilio. Nous sommes davantage impressionnĂ©s par l’aisance avec laquelle il habite le personnage et accorde ses talents de chanteur-acteur au théâtre si distinctif et prĂ©cis de Sivadier ; un jeu qui se met au service ultime de Rossini. Il campe l’air de la calomnie au Ier acte avec panache et facilitĂ© ; c’est le vĂ©ritable protagoniste du quintette au IIème acte. Nous regrettons qu’il ne soit plus prĂ©sent sur scène tellement sa prĂ©sence comique et musicale est ravissante. La soprano Jennifer Rhys-Davis reprend le rĂ´le de Berta et y excelle ; sa performance est touchante et drĂ´le. Remarquons Ă©galement la participation du comĂ©dien engagĂ© Luc-Emmanuel Betton dans le rĂ´le muet d’Ambrogio, très sollicitĂ© sur scène pour diffĂ©rentes raisons apparentes. Sa prĂ©sence se distingue par sa rĂ©activitĂ© et un je ne sais quoi de tendre et aussi de dĂ©jantĂ© (ma non troppo!) saisissant.

Si le choeur de l’OpĂ©ra de Dijon reste mou, l’Orchestre Dijon Bourgogne sous la direction d’Antonino Fogliani captive totalement. La baguette est enjouĂ©e, douĂ©e d’un entrain rossinien extraordinaire ! Ainsi l’ouverture et le finale primo passent comme un Ă©clair aux effets impressionnants. Nous regrettons nĂ©anmoins Ă  des moments prĂ©cis que le tempo aille si vite puisque les vocalises fabuleuses des chanteurs perdent beaucoup en distinction. Un Barbier pas comme les autres donc, avec un Ă©lan théâtral et comique d’une efficacitĂ© confondante. Toutes les vertus de la mĂ©thode Sivadier mises Ă  disposition d’une jolie troupe des chanteurs et musiciens, font honneur au cygne de Pesaro et Ă  son Barbier, dont nous cĂ©lĂ©brerons les 200 ans l’annĂ©e prochaine ! Un Barbier pas comme les autres Ă  consommer sans modĂ©ration, Ă  l’affiche Ă  l’OpĂ©ra de Dijon les 20, 22, 24 et 26 fĂ©vrier 2015.

Illustrations : Portrait de Rossini ; la production du Barbier de Séville de Rossini en 2013 ; Jean-François Sivadier (DR)

Compte-rendu : Lille. OpĂ©ra National de Lille, le 18 mai 2013. Rossini : Le Barbier de SĂ©ville. Taylor Stayton, Armando Noguera, Eduarda Melo,… Antonello Allemandi, direction. Jean-François Sivadier, mise en scène.

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Le Barbier de SĂ©ville de Rossini clĂ´t la saison lyrique Ă  l’OpĂ©ra de Lille. Pour cette extraordinaire nouvelle production, le chef de file est le metteur en scène Jean-François Sivadier, accompagnĂ© par une jeune distribution pleine d’esprit dont l’Orchestre de Picardie dirigĂ© par le chef italien Antonello Allemandi.

Le jour de notre venue l’opĂ©ra est retransmis en direct Ă  l’extĂ©rieur de l’opĂ©ra sur la Place du Théâtre. L’occasion s’avère monumentale et transcendante, attributs peu communs pour le Barbier de Rossini, Ĺ“uvre dont la verve comique, la fraĂ®cheur et lĂ©gèretĂ© font d’elle, l’opĂ©ra bouffe par excellence. La production s’avère ĂŞtre une belle surprise.

 

 

“Si c’est ça l’avenir de l’opĂ©ra, j’en veux!”

 

Dit une jeune après l’entracte, extatique et abasourdie, rien qu’après le premier acte! Des paroles pertinentes et emblĂ©matiques d’une audience enthousiaste. La crĂ©ation de Jean-François Sivadier mĂ©rite une avalanche de compliments et encore plus. L’opĂ©ra est dès ses origines du théâtre lyrique, et le seul vrai crĂ©ateur est toujours le metteur en scène. Les chanteurs et instrumentistes sont dans ce sens des artistes-interprètes. La mise en scène de Sivadier paraĂ®t contemporaine mais est atemporelle en vĂ©ritĂ©. Il a certes une conscience de l’histoire, une sincère comprĂ©hension du “drame”, un sens aigu et raffinĂ© du théâtre, mais surtout du … gĂ©nie. Ainsi l’Ĺ“uvre se dĂ©roule dans un univers qui intègre et dĂ©passe l’Espagne du 18e siècle propre Ă  la pièce, la Rome du 19e de sa crĂ©ation et notre ère actuelle. Les beaux costumes de Virginie Gervaise sont dans ce sens surtout contemporains mais en rĂ©alitĂ© relèvent d’un mĂ©lange d’Ă©poques.
La mise en scène a tant de mĂ©rites que nous ne saurons tous les citer. La scĂ©nographie d’Alexandre de Dardel est non seulement astucieuse et cohĂ©rente mais aussi très belle Ă  regarder. Ă€ la sensation de beautĂ© s’ajoutent les lumières fantastiques de Philippe BerthomĂ©, parfois Ă©vocatrices, parfois descriptives, toujours d’une beautĂ© saisissante.

Le travail de Sivadier avec les chanteurs-acteurs est très remarquable. Il exploite avec vivacitĂ© et inventivitĂ© ce qu’il y a Ă  exploiter dans l’opĂ©ra de Rossini ; l’entrain trĂ©pidant et la vitalitĂ© inextinguible de la comĂ©die. Il sait ce qui peut paraĂ®tre Ă©vident, Rossini veut que ses personnages finissent de chanter leur duo (terzetto en rĂ©alitĂ©) avant de s’Ă©chapper Ă  la fin de l’Ĺ“uvre, et pour cette raison prĂ©cise ils se font dĂ©couvrir par Basile! Ce n’est pas invraisemblable, ce n’est pas absurde. C’est le Rossini que nous aimons et que Sivadier comprend parfaitement. Sa mise en scène est presque interactive, avec les chanteurs marchant dans la salle et incluant le public dans la comĂ©die. La puissance de l’action est reflĂ©tĂ©e avec maestria dans l’air de Basile “La calunnia è un venticello” un des nombreux tours de force de la soirĂ©e oĂą le chanteur profite sans doute des talents concertĂ©s du directeur musical avec l’inventivitĂ© stimulante et la vivacitĂ© contagieuse de Sivadier.

L’imagination sans limites d’un Barbier spectaculaire

La distribution des chanteurs plutĂ´t jeune a certainement adhĂ©rĂ© Ă  l’esprit de la production. Le baryton argentin Armando Noguera est Figaro. Il l’est, carrĂ©ment, puisqu’il s’agĂ®t du rĂ´le qui la fait connaĂ®tre et qu’il connaĂ®t par cĹ“ur, mais surtout par l’investissement Ă©blouissant du chanteur, dĂ©bordant de charisme. Il n’est jamais moins qu’incroyable, soit dans son archicĂ©lèbre cavatine d’entrĂ©e “Largo al factotum” Ă  la difficultĂ© et Ă  la tessiture redoutables, dans le duo avec Almaviva plein de caractère, oĂą celui avec Rosine au chant fleuri remarquable oĂą encore dans le trio final au chant Ă  la fois fleuri et syllabĂ©. Toutes ses interventions inspirent les plus vifs sourires et applaudissements. Le Comte Almaviva du tĂ©nor Taylor Stayton est certes moins comique mais tout autant investi dans sa caractĂ©risation. Son chant est toujours virtuose et son instrument d’une très belle couleur. Il sait en plus bien projeter sa voix dans la salle et ce mĂŞme dans les intervalles les plus dĂ©licates comme dans sa tessiture vers la fin extrĂŞme. Il s’agĂ®t sans doute d’un duo de choc et la complicitĂ© entre les chanteurs est rafraĂ®chissante. Si en thĂ©orie le Comte se doit d’ĂŞtre le protagoniste, n’oublions pas qu’il arrive Ă  son but uniquement grâce Ă  l’aide de Figaro, d’un rang social plus bas. Dans ce sens nous acceptons la suppression de l’air de bravoure d’Almaviva Ă  la fin de l’Ĺ“uvre, mais nous nous demandons qui a pris cette dĂ©cision? Le chanteur parce qu’il s’extĂ©nue Ă  chanter? Le metteur en scène parce qu’il ne lui trouve aucune utilitĂ© théâtrale? Le directeur musical parce qu’il n’aime pas le long dĂ©veloppement de l’air? Nous acceptons cette Ă©lision, non sans rĂ©ticence. Notamment vis-Ă -vis au tĂ©nor que nous aurions aimĂ© Ă©couter davantage.

La Rosine lilloise est interprĂ©tĂ©e par la soprano Eduarda Melo. Si nous regrettons la mauvaise habitude française de transposer le rĂ´le Ă  une voix soprano, tournure oubliĂ©e et dĂ©suète, la performance plein d’esprit de la pĂ©tillante Melo, sans justifier ce changement, a du sens vis-Ă -vis de la production. Dans sa cavatine du premier acte “Una voce poco fa”, en l’occurrence transposĂ©e en fa majeur et donc sans vocalises graves, sa coloratura stratosphĂ©rique et insolente Ă©blouit l’auditoire. Elle est charmante dans toutes ses interventions et sa leçon de chant au deuxième acte, est merveilleuse. Sa voix aigĂĽe s’accorde de façon plus que pertinente Ă  l’ambiance comique et dĂ©jantĂ©e,  elle ajoute fraĂ®cheur et lĂ©gèretĂ© Ă  la production.

En ce qui concerne les rĂ´les secondaires, s’il n’y a pas forcĂ©ment un Ă©quilibre du point de vu vocal, ils sont par contre tous très engagĂ©s dans leurs caractĂ©risations. Le Basile d’Adam Palka a une voix un peu verte mais veloutĂ©e. Ses dons de comĂ©dien et la couleur de sa voix compensent la tessiture quelque peu limitĂ©e. Le Bartolo de Tiziano Bracci rĂ©ussi Ă  ĂŞtre comique sans ĂŞtre grotesque. Jennifer Rhys-Davies est une Berta dont nous aurons du mal Ă  oublier le sens aigu de la comĂ©die, si elle chante peu, sa prĂ©sence sur le plateau est d’un comique contagieux. Finalement nous remarquerons le Fiorello d’Olivier Dunn. Son personnage ne chante que très peu, mais c’est en effet lui qui chante les premières notes de la partition et sa voix puissante et sa couleur irrĂ©sistible nous ont fortement surpris!

Que dire de l’Orchestre de Picardie dirigĂ© par Antonello Allemandi? L’aspect brillant et gai sont les principaux atouts de la prestation. Le maestro a lui aussi un sens solide du théâtre puisqu’il intervient pertinemment pour rehausser l’humeur et la fougue de la partition. Silences et crescendi inattendus dans la cĂ©lĂ©brissime ouverture, Ă©lĂ©gance et clartĂ© presque mozartiennes dans les intermèdes, une vivacitĂ© et un zeste fabuleux en permanence. Dans ce sens le chĹ“ur de l’OpĂ©ra de Lille dirigĂ© par Arie van Beeck est Ă  la hauteur de la production, avec une rĂ©activitĂ© tonique et lui aussi, une belle implication théâtrale.

Courrez voir et Ă©couter cette nouvelle production… Le Barbier de Sivadier fera sans doute battre votre cĹ“ur, et vous sortirez convaincu du fait que l’opĂ©ra est un art vivant! Une Ĺ“uvre d’art totale complètement inattendue Ă  surtout ne pas rater. A l’affiche Ă  l’OpĂ©ra de Lille les 26, 28 et 30 mai puis le 2 juin 2013.