CONCERT DE L’HOSTEL DIEU : Barbara STROZZI, le BAROQUE AU FEMININ

Le CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : le BAROQUE AU FÉMININ  LYON. 15, 16 oct 2019 / FE COMTE : LE BAROQUE AU FEMININ…Que savons nous exactement des compositrices actives Ă  l’époque baroque ? A travers son cycle de concerts intitulĂ© BAROQUE AU FEMININ, – l’un des fils rouges de sa nouvelle saison 2019 – 2020, le CONCERT DE L’HOSTEL DIEU et FRANCK EMMANUEL COMTE avec la collaboration de la soprano Heather Newhouse, interrogent le gĂ©nie d’une femme exceptionnelle, interprète, muse et compositrice, qui au XVIIè montre une maestriĂ  remarquable tant son Ă©criture saisit par sa puissance dramatique, sa suavitĂ© montĂ©verdienne, son souci et son exigence des textes poĂ©tiques mis en musique… Barbara Strozzi (1619-1677), auteure vĂ©nitienne renommĂ©e Ă  son Ă©poque, grâce Ă  la beautĂ© de son chant, sa plasticitĂ© fĂ©minine, avait tout pour plaire, sĂ©duire, subjuguer.
Barbara Strozzi, élève de Cavalli, se montre l’égal de Monteverdi, empruntant au grand Claudio, son art unique de la projection du texte porté par un choix réfléchi de motifs rythmiques et mélodiques. Ici la fusion verbe et texte, sens et chant saisit immédiatement et l’on s’étonne que Barbara Strozzi n’ait pas été jouée plus souvent jusque là. D’autant que l’on connaît bien sa carrière et que même, son père, Bernardo Strozzi, auteur célèbre de la Venise du XVIIè, l’a portraiturée en un tableau non moins connu des amateurs (cf. ci contre).

concert-hostel-dieu-raison-deraison-saison-2019-2020-classiquenews-franck-emmanuel-COMTE-classiquenewsSes madrigaux étonnent par leur modernité et leur efficacité: une absence évidente de maniérisme ou d’effets décoratif. La compositrice maîtrise l’articulation du texte, exprime sans circonvolutions l’architecture de chaque poème. Leur plasticité expressive rehausse la qualité et la suggestion des poèmes. De sorte que son récitatif est l’un des plus raffinés qui soient, avec ceux de ses prédécesseurs, eux-mêmes génies de l’opéra à Venise (Monteverdi) et dans toute l’Europe, jusqu’en France (Cavalli).
Au milieu du XVIIè, son écriture vaut les meilleurs opéras de Monteverdi: sens du drame, intensité de la prosodie, alliance subtile de la note et du verbe, où chaque “effet” ne paraît que si le sens du texte et les images du poèmes le réclame. Partout dans son oeuvre à présent bien documenté, Barbara Strozzi fait montre d’un génie des passions amoureuses et des affects dramatiques. Tant d’éclats maîtrisés convoquent les éclairs et les vertiges d’un Caravage!

RAFFINEMENT MUSICAL et EXIGENCE POÉTIQUE… Morsures du texte, solutĂ© de la musique. En se jouant constamment des registres poĂ©tiques, des allusions, des rĂ©fĂ©rences cachĂ©es et secrètes, des tons et inflexions entre mysticisme et sensualitĂ©, Ă©rotisme voilĂ© et douleur amoureuse, l’écriture multiplie les facettes du sens: fidèle Ă  Monteverdi, partageant une exigence sur tous les registres, poĂ©tiques et musicaux, Barbara Strozzi “ose” et rĂ©ussit une musique de lettrĂ©s, tout autant jubilatoire, complexe et immĂ©diatement intelligible. Son tempĂ©rament sait concilier ambition littĂ©raire des poèmes choisis et franchise de l’expression. Autant de valeurs captivantes qui font les dĂ©lices de chacun des programmes qui lui sont consacrĂ©s. Franck Emmanuel COMTE Ă©largit cette Ă©vocation du gĂ©nie au fĂ©minin, en jouant aussi les Ĺ“uvres d’autres compositrices italiennes : F. Caccini, A. Bembo…

 

 

 

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OCTOBRE 2019
Compositrices et interprètes baroques…

 

concert-hostel-dieu-raison-deraison-saison-2019-2020-classiquenews-franck-emmanuel-COMTE-classiquenewsBAROQUE AU FÉMININ, c’est le fil rouge de toute la saison nouvelle avec des développements, des découvertes et là encore des rencontres artistiques fortes. Premier volet et série de concerts : « La Donna barocca” (autour des compositrices italiennes : BARBARA STROZZI et ses consœurs italiennes…). Muse et compositrice légendaire au XVIIè, Barbara Strozzi incarne la musique baroque à son époque, dans une langue sensuelle et remarquablement articulée : le Concert de l’Hostel Dieu célèbre les 400 ans de sa naissance. Et avec elle, les écritures non moins captivantes d’autres compositrices italiennes, telles Francesca Caccini, Isabella Leonarda et Antonia Bembo. Avec la soprano Heather Newhouse(déjà écoutée dans le programme Folia).

 

 

Programme prĂ©sentĂ© en avant-première dès le dim 22 septembre (JournĂ©es du Patrimoine 2019) Ă  L’HĂ´tel de Ville de Lyon, 1 place de la ComĂ©die LYON 1, de 14h Ă  17h

 

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Les 15 puis 16 octobre 2019, LYON, Musée des tissus et des arts décoratifs. VIDEO : Heather Newhouse : L’Eraclito amoroso (Barbara Strozzi)

 

RÉSERVEZ
http://www.concert-hosteldieu.com/agenda/la-donna-barocca-4/

 

 

 

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CD. Kapsberger : Labirinto d’Amore (Anna Reinhold, Thomas Dunford, 2013).

kapsberger-labirinto-amore-anna-reinhold-mezzo-cd-alpha-clic-classiquenewsCD, critique. Kapsberger : Labirinto d’Amore (Anna Reinhold, 2013). L’amour mystĂ©rieux, insaisissable Ă©tend son envol et son ombre inquiĂ©tante, fascinante sur ce programme enchantĂ© oĂą la vocalitĂ© de l’excellente mezzo Anna Reinhold, en son abandon et sa gravitĂ© enivrante, captive dans l’allusion, et la ciselure caressante. La jeune laurĂ©ate de l’AcadĂ©mie vocale de William Christie, le fameux Jardin des Voix promo 2011, a encore gagnĂ© en autoritĂ©, en articulation et justesse de projection. La cantatrice que nous suivons depuis sa participation Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, au tout nouveau festival du fondateur des Arts Florissants (Dans les Jardins de William Christie, dernière semaine du mois d’aoĂ»t, cette annĂ©e du 23 au 30 aoĂ»t 2014), dĂ©voile de rĂ©elles qualitĂ©s de caractĂ©risation et d’intelligibilitĂ© linguistique avec d’autant plus de mĂ©rite que le programme retenu rĂ©unit quelques perles du beau chant, belcanto de ce premier baroque (Seicento des origines de l’opĂ©ra), oĂą la forme libre, onctueuse, coulante, mi aria, mi arioso, mi recitativo, suit les ondulations les plus tĂ©nues du langage parlĂ©.

Anna Reinhold, tragique enchanteresse

CLIC D'OR macaron 200Le dĂ©but ouvre avec le sublime lamento de Barbara Strozzi, poĂ©tesse chanteuse compositrice du baroque vĂ©nitien post montĂ©verdien : L’Eraclito amoroso (1651) peint par la bouche de l’amant douloureux, les blessures et le poison de l’amour traĂ®tre. Souffle infini, justesse et couleur, caractère, intensitĂ©, souci du verbe fait chair et geste : la mezzo convainc ; d’autant que le voile et l’ombre musicale que sait ourler autour d’elle, l’archiluth  de Thomas Dunford s’accorde idĂ©alement Ă  ce chant du dĂ©sespoir, d’un pudeur grave, d’une finesse subtile et expressive Ă  la fois : Strozzi s’y montre aussi sobre, intense, hallucinĂ©e qu’un Monteverdi quand il campe la douleur inconsolable de l’impuissante Ottavia rĂ©pudiĂ©e (Addio Roma du Couronnement de PoppĂ©e). La source Ă  ce chant naturel et souple est prĂ©sente avec la sublime Lettera amorosa du grand Claudio (Livre VII, Venise 1619), confession dĂ©claration imploration d’un cĹ“ur aimant, sincère, dont la cantatrice au diapason de la langueur mesurĂ©e, exprime jusqu’au tressaillement ultime d’une âme Ă©puisĂ©e qui saigne : la prise de son met en avant ce timbre taillĂ© pour les grandes scènes tragiques, dans un espace rĂ©verbĂ©rĂ© avec soin. L’amour y Ă©tend lĂ  encore ses ailes dĂ©sespĂ©rĂ©es, suppliantes… La voix s’Ă©panouit dans ce cantar rappresentativo, au dramatisme sobre, dĂ©pouillĂ©, oĂą seule compte l’arĂŞte du verbe la plus incandescente ; oĂą s’affirme peu Ă  peu la parole libĂ©ratrice, alternative salvatrice Ă  une expĂ©rience amoureuse embrasĂ©e, totale et radicale qui consomme l’âme et le coeur de l’amant dĂ©possĂ©dĂ© et languissant. La puretĂ© d’Ă©locution, la prĂ©cision des attaques, la tenue du legato, surtout le style pudique, toujours en retenue fondent ici un art d’une rare Ă©loquence. Le travail sur les couleurs et l’intonation est remarquable.
anna-reinhold-mezzo-strozzi-monteverdiPlus chantants, d’une saveur mĂ©lodique plus charmante, non moins intenses quoique plus aimables, les airs du florentin Giulio Caccini (mort en 1618) sont propres Ă  l’esprit madrigalesque, plus lumineux et baignĂ© d’espoir toscan, – a contrario du rĂ©alisme noir et sensuel des VĂ©nitiens ; ils semblent issus de l’Orfeo de Monteverdi, d’un balancement et d’un dĂ©sir languissant pastoral. Pour conclure, ce rĂ©cital inspirĂ©, Anna Reinhold chante un autre lamento parmi les plus dĂ©chirants de la lyre tragique baroque, berceuse et dĂ©ploration, proche en cela des multiples Madonas de la peinture contemporaine oĂą la Vierge berce l’Enfant avec la tendresse colorĂ©e du deuil Ă  venir : cĂ©lĂ©bration de l’innocence de la vie (-que chacun aimerait tant conserver-), et dĂ©jĂ  tombeau allusif d’une irrĂ©sistible sensibilitĂ© : la Canzone spirituela sopra la nina nana  de Tarquinio Merula (mort en 1665) dĂ©ploie de mĂŞmes vagues lacrymales que le premier air d’ouverture : il faisait les dĂ©lices des concerts de la regrettĂ©e Montserrat Figueiras : c’est la voie primordiale, de la mère Ă©ternelle, rassurante, rĂ©confortante qui surgit de l’ombre en un balancement hypnotique ; Anna Reinhold en exprime avec infiniment de simplicitĂ© recueillie, l’ivresse endeuillĂ©e, la tendresse dĂ©chirante, les visions d’un mysticisme tragique et profondĂ©ment humain, qui s’Ă©claire dans la couleur mĂŞme de la voix, dans le dernier paragraphe : sourire de la mère enfin apaisĂ©e sur le corps de son enfant dormant insouciant… L’archiluth de Thomas Dunford, dans les 8 Toccatas de Kapsberger dĂ©ploie une Ă©loquence introspective d’une mĂŞme qualitĂ©. Aucun doute, la complicitĂ© entre les deux interprètes fait aussi toute la cohĂ©rence et le charme de ce remarquable programme.

Labirinto d’Amore. Johannes Hieronymus Kapsberger (1580-1651) : Toccatas I-VIII. Airs de Giulio Caccini, Barbara Strozzi, Claudio Monteverdi, Tarquinio Merula. Anna Reinhold, mezzo soprano. Thomas Dunford, archiluth. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris en octobre 2013. 1 cd Alpha 195.