EXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE, les 5 volets clĂ©s de l’exposition

exposition-grand-opera-specacle-de-l-histoire-palais-garnier-BNF-opera-de-paris-annonce-critique-visite-presentation-classiquenews-CLASSIQUENEWSEXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE – PARCOURS DE L’EXPOSITION ; les 5 volets clĂ©s de l’exposition parisienne. AmorcĂ© sous le Consulat, le grand opĂ©ra Ă  la française se prĂ©cise Ă  mesure que le rĂ©gime politique affine sa propre conception de la reprĂ©sentation spectaculaire, image de son prestige et de son pouvoir, instrument phare de sa propagande. Le genre mĂ»rit sous l’Empire avec NapolĂ©on, puis produit ses premiers exemples aboutis, Ă©quilibrĂ©s
Ă  la veille de la RĂ©volution de 1830. La « grande boutique » comme le dira Verdi Ă  l’apogĂ©e du systĂšme, offre des moyens techniques et humains considĂ©rables – grands chƓurs, ballet et orchestre, digne de sa crĂ©ation au XVIIĂš par Louis XIV.
Les sujets ont Ă©voluĂ©, suivant l’évolution de la peinture d’histoire : plus de lĂ©gendes antiques, car l’opĂ©ra romantique français prĂ©fĂšre les fresques historiques du Moyen Âge et de la Renaissance.
Louis-Philippe efface l’humiliation de Waterloo et du TraitĂ© de Vienne et cultive la passion du patrimoine et de l’Histoire, nationale Ă©videmment. Hugo Ă©crit Notre-Dame de Paris ; Meyerbeer compose Robert le Diable et Les Huguenots. Les hĂ©ros ne sont plus mythologiques mais historiques : princes et princesses du XVIĂš : le siĂšcle romantique est passionnĂ©ment gothique et Renaissance.

A l’opĂ©ra, les sujets et les moyens de la peinture d’Histoire

Comme en peinture toujours, les faits d’actualitĂ© et contemporain envahissent la scĂšne lyrique ; comme GĂ©ricault fait du naufrage de la MĂ©duse une immense tableau d’histoire (Le Radeau de la MĂ©duse), dans « Gustave III », Auber et Scribe narrent l’assassinat du Roi de SuĂšde, survenu en 1792, tout juste quarante ans auparavant. Cela sera la trame d’un Bal MasquĂ© de Verdi.

AprĂšs la RĂ©volution de 1848, l’essor pour le grand opĂ©ra historique faiblit sensiblement. Mais des Ɠuvres capitales aprĂšs Meyerbeer sont produites, souvent par des compositeurs Ă©trangers soucieux d’ĂȘtre reconnus par leur passage dans la « grande boutique », sous la DeuxiĂšme RĂ©publique et le Second Empire. Le wagnĂ©risme bouleverse la donne en 1861 avec la crĂ©ation parisienne de TannhĂ€user, qui impressionne l’avant garde artistique parisienne, de Baudelaire Ă  fantin-Latour, et dans le domaine musical, JonciĂšres, militant de la premiĂšre heure.
Le goĂ»t change : Verdi et son Don Carlos (en français) huĂ© Salle Le Peletier en 1867 (5 actes pourtant avec ballet), est oubliĂ© rapidement ; car 6 mois plus tard, le nouvel opĂ©ra Garnier et sa façade miraculeuse, nouvelle quintessence de l’art français est inaugurĂ©e. C’est l’acmĂ© de la sociĂ©tĂ© des spectacles du Second Empire, encore miroitante pendant 3 annĂ©es jusqu’au traumatisme de Sedan puis de la Commune (1870).

 

 

Le parcours de l’exposition est articulĂ© en 5 sĂ©quences.

1. GÉNÉALOGIE DU GRAND OPÉRA
2. LA RÉVOLUTION EN MARCHE
3. MEYERBEER : LES TRIOMPHES DU GRAND OPÉRA
4. DERNIÈRES GLOIRES
5. UN MONDE S’ÉTEINT

 

 
 

 

Illustration : Esquisse de dĂ©cor pour Gustave III ou Le bal masquĂ©, acte V, tableau 2, opĂ©ra, plume, encre brune, lavis d’encre et rehauts de gouache. BnF, dĂ©partement de la Musique, BibliothĂšque- musĂ©e de l’OpĂ©ra © BnF / BMO

 

 
 

 

DATES ET HORAIRES
Du 24 octobre 2019 au 2 février 2020
Tous les jours de 10h à 17h (accùs jusqu’à 16h30), sauf fermetures exceptionnelles.
LIEU
BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra
Palais Garnier – Paris 9e
EntrĂ©e Ă  l’angle des rues Scribe et Auber
INFORMATIONS PRATIQUES
TARIFS
Plein Tarif : 14€ Tarif RĂ©duit : 10€

 

 

 

PARIS, MusĂ©e d’Orsay : DEGAS Ă  l’OpĂ©ra, jusqu’au 19 janvier 2020

affiche13_300PARIS, MusĂ©e d’Orsay : DEGAS Ă  l’OpĂ©ra, jusqu’au 19 janvier 2020. C’est l’expo phare de cette rentrĂ©e 2019 et l’accrochage Ă  ne pas manquer pour la fin d’annĂ©e et la nouvelle annĂ©e 2020. CrĂ©ateur atypique Ă  l’époque des impressionnistes (il est l’ami de Manet dont il croque le profil Ă  plusieurs reprises), Edgar Degas (1834-1917), cĂ©libataire endurci, fils de banquier, observe, analyse et rĂ©interprĂšte la rĂ©alitĂ© ; celle de Paris, du Second Empire Ă  la IIIĂš RĂ©publique, rĂ©ussissant lĂ  oĂč on ne l’attend jamais. Il rĂ©ussit trĂšs tĂŽt comme portraitiste. Son dessin dans la suite d’Ingres sait condenser l’expression, la situation, l’essence d’une prĂ©sence.

 

 

LA FOSSE ET LE BALLET PLUTOT QUE LA SCENE LYRIQUE
 Le musĂ©e d’Orsay s’intĂ©resse Ă  son travail Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Pas une seule reprĂ©sentation d’un ouvrage lyrique, aucun chanteur d’opĂ©ra (pourtant le baryton vedette Jean-Baptiste FAURE lui commandera nombre de peintures sur le thĂšme de l’opĂ©ra)
 ce qui intĂ©resse le peintre ce sont des portraits quasi instantanĂ©s de musiciens, dans la fosse de l’orchestre de l’opĂ©ra de Paris, Salle Le Peletier puis OpĂ©ra Garnier ; des moments de spectacles
 toujours liĂ©s Ă  la prĂ©sence des danseuses du Ballet de l’opĂ©ra. Elles sont d’ailleurs davantage en rĂ©pĂ©titions, corps Ă©reintĂ©s, en tension – rarement dĂ©ployĂ©es, aĂ©riennes
 plutĂŽt dans une pause, aprĂšs l’effort, reprenant dans des poses cassĂ©es, douloureuses, un semblant de souffle et d’élasticitĂ©.

 
 

 
 

4 clés révélées pour mieux comprendre
l’exposition DEGAS Ă  l’OPERA…

 

 

 

 

 

DANSEUSES ÉREINTÉES
 Il en dĂ©coule nombre de tableaux et dessins fixant les traits d’instrumentistes (violoncellistes, bassonistes, et mĂȘme guitariste avec dans ce cas le seul et rare portrait de son pĂšre tant aimĂ©, mais dĂ©jĂ  vieux et fatiguĂ©, qui encouragea toujours les efforts de fils artiste), surtout de danseuses avec tutu, Ă©reintĂ©es donc, au comble de l’effort ; esclaves modernes d’un divertissement devenu Ă©preuves permanentes. Rares les figures heureuses et Ă©panouies. MĂȘme son grand portrait (le plus grand format exposĂ© dans ce genre) de la danseuse EugĂ©nie Fiocre, souvenir du ballet la Source, est rĂȘveuse, absente : songe-t-elle Ă  un autre monde que celui fatiguant voire plus, de la danse et du spectacle Ă  l’opĂ©ra ? Il est certain qu’elle a retirĂ© les chaussons et les pointes, pour reposer ses petits pieds fatiguĂ©s. Belle image d’une jeune Ăąme dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e, nostalgique d’un milieu qu’elle ignore


Car Degas, peintre audacieux, aux cadrages inĂ©dits, parfois dĂ©concertants, mais trĂšs inspirĂ©s de la photographie (qu’il pratique), Ă©pingle une rĂ©alitĂ© tout autre ; celle des abonnĂ©s en hauts de forme, Ă©perviers noirs, prĂ©dateurs sexuels qui dans les coulisses sĂ©duisent et monnayent les charmes des belles nymphes chorĂ©graphiques. Tout est reprĂ©sentĂ© dans ce rĂ©alisme certes esthĂ©tique mais tout autant sociologique. MĂȘme les mĂšres des jeunes filles, jouent volontiers les entremetteuses, prĂȘtes Ă  tout pour extraire quelques piĂšces de ce rapprochement abonnĂ©s / danseuses, guĂšre candide.

 

 

orsay-exposition-degas-a-l-opera-opera-350-ans-exposition-presentation-classiquenews-annonce-synthese-comprendre-l-exposition-par-classiquenews-degas-danseuseCORPS, FORMES, MATIERES
 En dĂ©finitive, maĂźtre de son crayon et des couleurs, Degas, contemporains et proche des impressionnistes, peint l’abstraction avant l’abstraction. Comme esthĂšte, Degas tire ces corps vers le haut et le beau idĂ©al : le corps de la danseuse lui rappelle l’équilibre de la plastique grecque antique. On ne saurait mieux faire du moderne dans le souvenir de l’ancien. C’est qu’il est diablement cultivĂ© ; aimant copier les peintures du Louvre comme aucun autre avant lui
 Degas s’émancipe bientĂŽt, multiplie les techniques, libĂšre son coup de crayon, de plus en plus sĂ»r et synthĂ©tique, des dessins aux monotypes, jusqu’aux traits noirs sur papier calque, oĂč l’architecture du corps prĂ©figure les Matisse et les Mondrian Ă  venir. En 1900, les figures ne sont plus lignes mais matiĂšre iridescentes, qui se dĂ©composent comme par implosion Ă  travers les couleurs « orgiaques » des pastels. C’est que le sujet intĂ©resse autant l’artiste que la rĂ©flexion sur la forme qu’il autorise.

 

 

Ainsi pendant prĂšs de 40 annĂ©es, des annĂ©es 1960 au dĂ©but des annĂ©es 1900, Degas note, dessine tout ce qu’il voit et bouge Ă  l’OpĂ©ra. Le thĂ©Ăątre est devenu sa « chambre Ă  lui ». Un atelier, un laboratoire aux resources et rĂ©serves de motifs, infinies. Salle et scĂšne, loges, foyer et salle de danse – sont les lieux de cette quĂȘte de la forme qui danse, dans un espace de plus en plus abstrait.

LYRICOPHILE, DEGAS divinise la jeune DANSEUSE
. Evidemment il y a explicitĂ© le goĂ»t de Degas Ă  l’opĂ©ra (Sigurd de Reyer, applaudie 30 fois !), ceux qui l’ont introduit dans l’institution (son ami le librettiste et compositeur HalĂ©vy)
 au centre de l’exposition, manifestation la plus aboutie de cette recherche d’absolu autour du thĂšme de la danseuse, la sculpture hyperrĂ©aliste de la Petite Danseuse de 14 ans (entre 1865 / 1881) avec son vrai tutu en tulle et son ruban de satin rose dans les cheveux de bronze : en une effigie, Edgar Degas peintre et observateur devenu sculpteur, est le Pygmalion de sa propre quĂȘte : il adore son Ɠuvre ainsi personnifiĂ©e ; il portraiture la danseuse idĂ©ale (les pieds en quatriĂšme position), adolescente et jeune fille, (en rĂ©alitĂ© un vrai modĂšle qui a posĂ© dans son atelier : Marie van Goethem) sujet de tous les regards et de tous les fantasmes d’alors : une SalomĂ© statufiĂ©e, troublante et bouleversante. C’est de toute Ă©vidence, dans la position du corps qui reste digne et pudique, mystĂ©rieux mĂȘme, un hommage du peintre Ă  son modĂšle, son intĂ©gritĂ© sanctuarisĂ©, fiĂšre et Ă©nigmatique, divinisĂ©, malgrĂ© la rĂ©alitĂ© crue et sexuellement infecte qui rĂ©gnait alors dans les coulisses de l’OpĂ©ra de Paris. Passionnant.

  

 

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EXPOSITION : Degas Ă  l’OpĂ©ra. Paris, MusĂ©e d’Orsay. Jusqu’au 19 janvier 2020.

Du 24 septembre au 31 dĂ©cembre : du mardi au dimanche et fĂȘtes de 9h30 Ă  18h, nocturne jeudi fĂȘtes jusqu’Ă  21h45. FermĂ© le 25 dĂ©cembre. ; Du 1er janvier au 19 janvier 2020 : du mardi au dimanche et fĂȘtes de 9h30 Ă  18h, nocturne jeudi fĂȘtes jusqu’Ă  21h45.

MusĂ©e d’Orsay
1 rue de la LĂ©gion-d’Honneur
75007 Paris
Du mardi 24 septembre 2019 au dimanche 19 janvier 2020

INFOS et réservations privilégiées

 

  

 

DVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, 2015 – 1 dvd OPUS ARTE)

belarbi reine morte dead queen DVD opus ARTE capitole DVD critique review par classiquenewsDVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, 2015 – 1 dvd OPUS ARTE). Le chorĂ©graphe Kader Belarbi confirme un vrai talent de dramaturge, capable de construire un drame complet dĂ©roulĂ© en une soirĂ©e. La Reine morte crĂ©Ă©e Ă  Toulouse dĂšs 2011, prolonge la rĂ©ussite de son « Corsaire ». L’ex danseur Ă©toile de l’OpĂ©ra de Paris a su affirmer un goĂ»t sĂ»r pour la tĂ©nĂšbre, les rĂŽles noirs auxquels il a donnĂ© de l’épaisseur (Abderram dans Raymonda). Sur les traces de Montherlant, Belarbi architecte sa narration en cultivant des situations contrastĂ©es, des images inoubliables et saisissantes qui illustrent avec Ă©clat et justesse l’exemple de la folie humaine, celle qui manipule, sacrifie l’amour, ambitionne le pouvoir. La folie dans tout son Ă©clat dĂ©risoire et pourtant magnifique : le roi atteint son but mais Ă  quel prix. ‹Belarbi cite tous les poncifs qui ont fait jusque lĂ  le souffle des grands ballets romantiques, certains les plus connus et dansĂ©s encore aujourd’hui ; scĂšnes collectives de cour dignes de Tchaikovski ; noces de l’ombre (RomĂ©o), 
 le tout superbement orchestrĂ©s et mis en lumiĂšre selon une sensibilitĂ© et une culture ciselĂ©es. C’est Ă  dire idĂ©alement barbare.

Ajoute Ă  cette Ă©loquence du drame sombre, le jeu et les pas de danseurs fins et puissants, chacun dans leur personnage : l’énergique et viril Don Pedro (Davit Galstyan), la sensibilitĂ© naturelle donc troublante de Doña InĂšs de Castro (Maria Gutierrez), vraie figure parfois Ă©vanescente et parfois d’une subtilitĂ© irrĂ©elle
 l’infante toute d’or vĂȘtue (Juliette ThĂ©lin), le bouffon en dĂ©lire (Takafumi WatanabĂ©).
Dans la fosse, le chef Koen Koessels dirige avec mordant, expressivitĂ© et ĂąpretĂ© l’Orchestre maison, offrant au Ballet du Capitole, un tremplin confortable, d’une fureur rentrĂ©e, aux Ă©clats mesurĂ©s, vrai Ă©crin Ă  ce drame de la mort et du macabre. Superbe ballet contemporain.

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CLIC D'OR macaron 200DVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, chorĂ©graphie d’aprĂšs Montherlant) -Toulouse, Capitole, fĂ©vrier 2015 – 1 dvd OPUS ARTE. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2018

William Christie dĂ©voile Rameau en “maĂźtre Ă  danser”

William Christie conducts Les Arts Florissants at Prom 17.Paris. CitĂ© de la musique, Rameau, maĂźtre Ă  danser, les 21 et 22 novembre 2014, 20h. AprĂšs l’avoir crĂ©Ă©e en juin dernier Ă  Caen, William Christie reprend la production Ă©vĂ©nement qu’il dĂ©die au gĂ©nie chorĂ©graphique de Rameau, pour l’annĂ©e des 250 ans de la disparition du Dijonais. “Rameau maĂźtre Ă  danser”… c’est le titre prĂ©cis de ce nouveau spectacle façonnĂ© par les Arts Florissants. William Christie nous offre ainsi deux ballets mĂ©connus Ă  redĂ©couvrir (tous deux reprĂ©sentĂ©s Ă  Fontenaibleau) dont un ballet crĂ©Ă© pour la naissance du Dauphin, futur Louis XVI, le 12 octobre 1754. Avant la vogue Retour d’Egypte Ă  venir, -celle initiĂ© Ă  l’extrĂ©mitĂ© du XVIIIĂš par la Campagne de Bonaparte en Egypte-, Rameau aborde l’exotisme de l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne en cĂ©lĂ©brant la naissance d’un dieu, Osiris.  Dieu majeur du panthĂ©on nilotique qui incarne, thĂšme central de la ferveur antique, la rĂ©surrection aprĂšs la mort. C’est selon la vision de Rameau, toujours soucieux de reprĂ©senter les mĂ©canismes et phĂ©nomĂšnes de la nature, une pastorale heureuse et rĂ©jouissante (commande royale oblige) oĂč Jupiter descend des cintres, interrompt la danse des bergers, pour annoncer l’évĂ©nement heureux : l’amour et les grĂąces s’associent aux mortels pour cĂ©lĂ©brer la naissance divine. Ni spectaculaire fracassant, ni apparitions fantastiques (quoique) mais la seule et miraculeuse activitĂ© de la danse magicienne… avec cette sensualitĂ© envoĂ»tante dont nous dĂ©lecte le fondateur des Arts Florissants depuis plus de 30 ans Ă  prĂ©sent. LIRE notre critique complĂšte du spectacle Rameau, maĂźtre Ă  danser

William Christie réenchante Rameau

Rameau, maĂźtre Ă  danser

La Naissance d’Osiris, ballet en un acte
Daphnis et Eglé, pastorale
nouvelle production
William Christie, direction
Sophie Daneman, mise en scĂšne
Paris, Cité de la musique
Salle des concerts
Les 21 et 22 novembre 2014, 20h

 

 

Les Arts Florissants choeur et orchestre / William Christie, direction musicale
Sophie Daneman, mise en scÚne / Françoise Denieau, chorégraphie / Nathalie Adam, Robert Le Nuz, assistants à la chorégraphie / Gilles Poirier, répétiteur / Alain Blanchot, costumes / Christophe Naillet, lumiÚres et scénographie

Reinoud van Mechelen, Daphnis / Elodie Fonnard, EglĂ©e / Magali LĂ©ger, Amour (D&E), Pamilie (Naissance) / Arnaud Richard, grand prĂȘtre / Pierre BessiĂšre, Jupiter / Sean Clayton, un berger (La Naissance)

Robert Le Nuz, Nathalie Adam, Andrea Miltnerova, Anne-Sophie Berring, Bruno Benne, Pierre-François Dolle, Artur Zakirov, Romain Arreghini, danseurs

EN LIRE +

LIRE notre critique complÚte du spectacle Rameau, maßtre à danser

 

Compte rendu, ballet. Caen, le 4 juin 2014, ManÚge de la GuériniÚre. Rameau, maßtre à danser. Les Arts Florissants. William Christie, direction

 

RAMEAU, MAÎTRE A DANSER : le spectacle Ă©vĂ©nement des Arts Florissants. A Caen, William Christie poursuit un travail captivant sur la forme thĂ©Ăątrale : a contrario de tout ce qu’on avait pu espĂ©rer, imaginer, cogiter, le fondateur des Arts Florissants, dans une santĂ© rayonnante ce 4 juin, sait surprendre oĂč on ne l’attendait pas : son nouveau spectacle “Rameau, maĂźtre Ă  danser” nous Ă©tonne ; les deux actes de ballets (Daphnis et EglĂ© puis La naissance d’Osiris datant du dĂ©but des annĂ©es 1750) ainsi ressuscitĂ©s trouvent dans l’Ă©crin improbable du ManĂšge de l’acadĂ©mie Ă©questre de la GuĂ©riniĂšre (lieu inconnu des caennais jusqu’Ă  il y a 2 mois encore), un dispositif surprenant qui permet en rĂ©alitĂ© de mesurer une approche concertĂ©e, audacieuse, expĂ©rimentale entre le mot, la note, le corps. Pour rĂ©ussir cette alliance prometteuse, la production s’appuie sur la complicitĂ©, la jeunesse, la subtilitĂ©.

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Esprit de famille

Christie_william_maxpeopleworld700428C’est peu dire que Bill veille Ă  l’accompagnement, la transmission, le perfectionnement des Ă©quipes d’artistes qu’il sait regrouper autour de lui ; c’est une famille qui se retrouve et nous gratifie d’une entente complice, si rare ailleurs. Les chanteurs sont des voix partenaires, dĂ©sormais familiĂšres au chef (et aux spectateurs qui les suivent pas Ă  pas depuis leurs dĂ©buts) : on y retrouve les anciens laurĂ©ats du Jardin des Voix, l’acadĂ©mie vocale fondĂ©e Ă  Caen avec le concours du ThĂ©Ăątre de Caen et son directeur Patrick Foll : Sean Clayton, Elodie Fonnard, Reinoud von Mechelen…  Chacun y approfondit encore son sens de l’espace, ses aptitudes dramatiques en un jeu qui doit ĂȘtre concertĂ©, et compris collectivement (en rĂ©alitĂ© les prĂ©ceptes approchĂ©s lors du Jardin des Voix et ici concrĂštement appliquĂ©s).
S’y illustrent aussi les 8 danseurs rĂ©unis par la chorĂ©graphe Françoise Denieau, comme les costumes superbes d’Alain Blanchot (lequel avait dĂ©jĂ  signĂ© auparavant ceux de Venus and Adonis de John Blow, la saison derniĂšre au ThĂ©Ăątre de Caen)… Pas de doute en soignant d’infimes dĂ©tails, les producteurs ont relevĂ© le pari de ce nouveau spectacle. Pour la mise en scĂšne, une ancienne chanteuse des Arts Florissants, Sophie Daneman poursuit ses dĂ©buts comme scĂ©nographe : le rĂ©sultat est aussi convaincant que pour Le Jardin de Monsieur Rameau, crĂ©Ă© en une tournĂ©e mondiale, amorcĂ©e lĂ  encore Ă  Caen. L’ex soprano sait faire respirer les corps, les mettre en situation, avec cette once de poĂ©sie, de fragilitĂ© et de dĂ©licatesse qui Ă©claire d’un autre regard le dĂ©roulement du spectacle. En sachant rĂ©unir dramatiquement les deux Ă©pisodes dansĂ©s, Sophie Daneman rĂ©ussit dĂ©jĂ  le dĂ©fi de la continuitĂ© : mais son souci  de la justesse s’accorde idĂ©alement au travail du Maestro sur l’articulation, la pulsion, la tension et la dĂ©tente qui alternent du dĂ©but Ă  la fin avec une Ă©lĂ©gance dĂ©lectable.

Laboratoire théùtral

La proximitĂ© avec la scĂšne tout d’abord, fonctionne remarquablement avec une disposition oĂč les deux parties du public se font face, enserrant le plateau.  Les spectateurs ont le sentiment d’ĂȘtre Ă  la place du Roi Louis XV et de la Cour invitĂ©e Ă  Fontainebleau pour y assister en petit comitĂ©, aux nouveaux ballets de monsieur Rameau, chacun cĂ©lĂ©brant un Ă©vĂ©nement dynastique. Quand l’Ă©quipe des comĂ©diens arrivent sur scĂšne, l’esprit des trĂ©teaux, la connivence d’une troupe apprĂȘtĂ©e pour l’occasion se rĂ©alisent idĂ©alement.
Autre point remarquable pour tous les spectateurs : debout, fĂ©dĂ©rateur des Ă©nergies combinĂ©es, William Christie, pour piloter le jeu des danseurs et des chanteurs,  fait face Ă  la scĂšne, prodiguant avec cette Ă©lĂ©gance expressive dont il est le seul Ă  maĂźtriser la fascinante chorĂ©graphie, une direction souple et nerveuse, racĂ©e et coulante : du trĂšs grand art qui porte les musiciens vers l’excellence. Chacun de ses gestes millimĂ©trĂ©s, chacune des nuances indiquĂ©es vers les musiciens, chaque attaque et chaque articulation pour les chanteurs, s’offre ainsi aux spectateurs. Le travail sur l’expressivitĂ© s’en trouve plus Ă©clatant : c’est la leçon d’un trĂšs grand maĂźtre qui nous est ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e, visage de face, en attitudes et gestuelles gĂ©nĂ©reuses, expressives, communicatives.

 

 

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Le fondateur des Arts Florissants renoue ici avec ses meilleures rĂ©ussites musicales, affirmant par devant tous, dont ses trĂšs nombreux Ă©lĂšves et Ă©mules, sa totale maĂźtrise chez Rameau. DĂšs le commencement, l’on ne saurait demeurer insensible Ă  la poĂ©sie languissante de la musique, sa tendresse, sa dĂ©licatesse jamais miĂšvre qui avant l’Ăšre romantique, sait dĂ©voiler la richesse du sentiment, ici les mystĂšres de l’amour. Avant BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte, Rameau (et CollĂ©, son librettiste) s’intĂ©ressent aux liens tĂ©nus qui sĂ©parent l’amitiĂ© de l’amour : ainsi Daphnis et EglĂ© ne tardent-ils pas Ă  tomber dans les bras l’un de l’autre. Heureuse destinĂ©e de deux  bergers amis qui deviennent amants sous l’arc tendu d’un Cupidon facĂ©tieux trĂšs en voix (Magali LĂ©ger). Le ton est donnĂ© : ivresse, extase, ravissement, en particulier dans la musette finale qui fait basculer l’action pastorale dans l’enivrement collectif.

le mot, la note, le corps…  : musique et danse fusionnĂ©es

La seconde partie (La Naissance d’Osiris) est plus enchanteresse encore grĂące Ă  l’interaction trĂšs aboutie entre le chant et la danse : la premiĂšre scĂšne fait paraĂźtre les danseurs en un tableau nocturne, vĂ©ritable hymne Ă  la fragilitĂ©, finesse et dĂ©licatesse Ă  jamais inscrites dans une production sertie de joyaux lyriques que l’on retrouve encore dans le solo de la jeune danseuse qui prĂ©cĂšde le final.
Absent mais sollicitĂ© dĂ©jĂ  dans le premier ballet, Jupiter soi-mĂȘme paraĂźt en un superbe aigle noir sous les traits du noble et altier Pierre BessiĂšre.
Rapport troublant entre le chant et la danse, les danseurs semblent prendre l’avantage, confinant dĂ©jĂ  au ballet d’action que dĂ©veloppera Noverre en fin de siĂšcle. DĂ©jĂ  en 1754, Rameau enchaĂźne les tableaux avec une grĂące inĂ©galĂ©e ; certes les airs de bergĂšre et le jeu piquant et drĂŽlatique entre les acteurs font indiscutablement pensĂ© Ă  l’opĂ©ra italien : Paris se remet Ă  peine de la Querelle des Bouffons. Rameau prolonge en cela l’esprit champĂȘtre enchantĂ© des madrigaux pastoraux de Monteverdi. Mais Ă  plusieurs reprises, il semble que ce que les mots et le chant ne peuvent exprimer, la danse et le mouvement concertĂ© des corps le disent plus clairement (superbe solo du danseur russe : Artur Zakirov).

Le ThĂ©Ăątre de Caen (et son directeur Patrick Foll) peut ĂȘtre fier d’accompagner Bill et ses Arts Florissants dans des expĂ©riences nouvelles Ă  la marge du spectacle musical classique : c’est un laboratoire dont voici une nouveau jalon passionnant. La formule est bien connue des familiers de la Cartoucherie Ă  Vincennes quand Ariane Mouchkine recrĂ©ait la forme du thĂ©Ăątre en une relation rĂ©inventĂ©e avec le public : ici, le mĂȘme sentiment expĂ©rimental fait mouche.

 

 

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MAGIQUE MUSIQUE. Mais l’on aurait tort d’oublier l’essentiel : la pure magie de la musique ramĂ©lienne. Du dĂ©but Ă  la fin, on reste mĂ©dusĂ© par l’Ă©quilibre et la richesse des pupitres de l’orchestre des Arts Florissants, gorgĂ© d’une saine vitalitĂ©, traversĂ© par un sens inouĂŻ du dĂ©tail et de l’intensitĂ© dramatique. La force du Rameau chorĂ©graphe c’est Ă©videmment l’alternance des passages alanguis, de la transe amoureuse et tendre, d’un Ă©clair qui foudroie le ciel et terrasse les acteurs sur le plateau ; puis c’est le jeu de l’ensemble quand chant et danse se mĂȘlent. La combinaison s’impose par son intelligence fusionnelle moins sa juxtaposition : dĂ©jĂ  les deux disciplines tendent Ă  n’en former qu’une seule vers une forme thĂ©Ăątrale spĂ©cifique, singuliĂšrement dramatique. Rien de dĂ©coratif ou de superficiel mais un thĂ©Ăątre frappant de sentiments justes. Tel n’est pas le moindre apport de Bill l’enchanteur Ă  la scĂšne ramĂ©lienne. Le chef sait en exprimer l’indicible nostalgie ; il a le secret miracle de rĂ©vĂ©ler la profondeur et la gravitĂ© d’un Rameau qui n’a rien dĂ©cidĂ©ment de dĂ©coratif ni de pĂ©dant. Autant dire que ce nouveau spectacle en cette annĂ©e Rameau frappe fort et nous touche par son extrĂȘme et profonde dĂ©licatesse. Un must.

 

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Christie William portrait 290Caen. ManĂšge de l’AcadĂ©mie de la GuĂ©riniĂšre, le 4 juin 2014.  Rameau, maĂźtre Ă  danser. Les Arts Florissants choeur et orchestre. William Christie, direction musicale. Sophie Daneman, mise en scĂšne. Françoise Denieau, chorĂ©graphie / Nathalie Adam, Robert Le Nuz assistants Ă  la chorĂ©graphie. Alain Blanchot, costumes. Reinoud van Mechelen, Daphnis / Elodie Fonnard, EglĂ©e / Magali LĂ©ger, Amour (D&E), Pamilie (Naissance) / Arnaud Richard, grand prĂȘtre / Pierre BessiĂšre, Jupiter / Sean Clayton, un berger (La Naissance). Robert Le Nuz, Nathalie Adam, Andrea Miltnerova, Anne-Sophie Berring, Bruno Benne, Pierre-François DollĂ©, Artur Zakirov, Romain Arreghini danseurs.

 

 

A l’affiche Ă  Caen, les 5, 7, 8 juin. Le 14 juin au ManĂšge du Haras national de Saint-LĂŽ. A l’affiche du Festival de William Christie en VendĂ©e Ă  ThirĂ©, les 23 puis 24 aoĂ»t 2014. Production donnĂ©e sur le miroir d’eau dans le cadre enchanteur des Jardins de William Christie. Incontournable.

Le 27 septembre  2014 Ă  Mortagne au Perche (festival Septembre musical de l’Orne). Puis tournĂ©e française et mondiale Ă  Paris, Dijon, puis Londres, Luxembroug et Moscou. Diffusion en direct sur culturebox le 8 juin 2014, 17h. Parution d’un dvd Ă  venir courant 2015.

 

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Illustrations : Philippe Delval 2014

Tournée Rameau, maßtre à danser
AprÚs sa création au Théùtre de Caen, le programme part en tournée :

Le 14 juin 2014, 21h. Saint-LĂŽ (Manche) : Haras national
Août 2014 : présentation particuliÚre du spectacle à Thiré, dans le cadre du festival Dans les jardins de William Christie : les 23 et 24 août à Thiré.
Le 27 septembre 2014, 19h. Mortagne au Perche, Septembre musical de l’Orne
Le 4 novembre 2014, 20h. Philharmonie de Luxembourg
Les 6 et 7 novembre 2014, 20h. Moscou, Théùtre du Bolchoï
Le 14 novembre 2014, 20h. Dijon, Opéra
Le 18 novembre 2014, 20h. Londres, Barbican Centre
Les 21 et 22 novembre 2014, 20h. Paris, Cité de la musique

APPROFONDIR : d’autres articles sur William Christie et Les Arts Florissants :

CD. Le Jardin de Monsieur Rameau
CD. Belshazzar
Atys 2011 : l’Ɠuvre au noir du Roi Soleil
Festival Dans les jardins de William Christie, 1Úre édition août 2012 

Compte-rendu : Paris. Palais des CongrĂšs, le 1er juin 2013. Gala Noureev & Friends. Orchestre Pasdeloup. Olga Jegunova, piano. Valery Ovsianikov, direction

Nureyev portraitLe Palais des CongrĂšs annonce une soirĂ©e vraiment extraordinaire. ” Noureev & Friends ” est un gala de danse sous le patronage de la Fondation Rudolf Noureev, cĂ©lĂ©brant le 75e anniversaire de la naissance du danseur icĂŽnique. Pour l’Ă©vĂ©nement, une quinzaine d’Étoiles des meilleures compagnies de ballet dans le monde interprĂštent des extraits de chorĂ©graphies liĂ©es Ă  Noureev. L’Orchestre Pasdeloup assure  la partie musicale sous la direction du chef Russe Valery Ovsianikov.

 

 

Souvenirs de Noureev

 

Charles Jude, actuel directeur du Ballet de l’OpĂ©ra National de Bordeaux crĂ©e le programme de la soirĂ©e avec David Makhateli, ancien danseur Étoile du Royal Ballet. Le programme trĂšs complet prĂ©sente les diffĂ©rent facettes de l’art de Noureev ; le chorĂ©graphe, certes, mais aussi le danseur lĂ©gendaire, reprĂ©sentant par excellence de l’hĂ©ritage classique ainsi que l’artiste assoiffĂ© de modernitĂ©. Les prestations sont entrecoupĂ©es par des tĂ©moignages vidĂ©os d’une beautĂ© rare et particuliĂšrement touchants. Ainsi Mikhail Baryshnikov partage avec un public Ă©mu, le fait que Rudolf lui manque et qu’il pense Ă  lui tous les jours de sa vie… Nous partageons ce sentiment Ă  100%.

Les danseurs du Ballet National de Bordeaux commencent la soirĂ©e avec la Petite Mort de JirĂ­ KyliĂĄn. Nous avons vu et apprĂ©ciĂ© la reprise du ballet lors des Quatre Tendances ce printemps Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux.

Ce soir, nous avons le plaisir d’entendre un Orchestre Pasdeloup immaculĂ© et le piano sensible d’Olga Jegunova dans les mouvements lents des concertos pour piano n° 21 et 23 de Mozart. Dans ce sens, l’ambiance est encore plus sensuelle et les danseurs paraissent plus expressifs et cohĂ©sifs.

CohĂ©sion et complicitĂ© s’accordent Ă  l’entrain et Ă  l’athlĂ©tisme de Maia Makhateli et Remi Wörtmeyer du Ballet National de Hollande, dans Two pieces for Het du chorĂ©graphe Hollandais Hans Van Manen. Ils font preuve d’un tempĂ©rament Ă  la fois imposant et dĂ©contractĂ© dans les deux piĂšces ; lui avec une sensualitĂ© et une virtuositĂ© trĂ©pidante ; elle, avec une personnalitĂ© Ă©lectrique.

Puis paraĂźt non sans dĂ©lices, un pas de deux de La Sylphide, dans la chorĂ©graphie d’August Bournonville rarement programmĂ©e en France. Rudolf Noureev affectionnait particuliĂšrement ce ballet de l’École Danoise. Iana Salenko et Marian Walter du Ballet de l’OpĂ©ra d’État de Berlin l’interprĂštent. La grĂące infinie du couple se distingue trĂšs nettement, et notamment les beaux sauts et les impeccables entrechats de Marian Walter en James. Si Paris est peu habituĂ©e aux galas, elle est moins encore habituĂ©e aux ballets de Bournonville. Nous aimerions voir davantage les merveilles du style Bournonville en France, avec son Ă©paulement singulier, sa pantomime raffinĂ©e, sa batterie exquise.

Exquise est aussi la prestation de Tamara Rojo, Étoile incroyable du Royal Ballet et de l’English National Ballet, oĂč elle exerce aussi la direction artistique.  D’abord dans le pas de deux de la chambre du ballet Manon de MacMillian oĂč l’Orchestre Pasdeloup est rayonnant dans la musique somptueuse de Massenet. Tamara Rojo forme un couple ravissant avec son partenaire Federico Bonelli du Royal Ballet. Elle est tellement passionnĂ©e et passionnante dans sa performance… Son style captive par son engagement Ă©motionnel et son sens de l’abandon. Tout comme dans Marguerite et Armand, crĂ©Ă© spĂ©cialement pour Rudolf Noureev et Margot Fonteyn par le chorĂ©graphe Sir Frederick Ashton. L’occasion est rare et donc d’autant plus apprĂ©ciĂ©e de voir ce bijou chorĂ©graphique particuliĂšrement Ă©mouvant. Le couple avec Robert Pennefather du Royal Ballet est de mĂȘme trĂšs beau, lui avec des lignes particuliĂšrement Ă©lĂ©gantes.

L’Ă©lĂ©gance et l’excellence sont aussi au rendez-vous en ce qui concerne Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann, Étoiles du Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Elle impressionne avec ses pointes irrĂ©prochables, une prĂ©sence et un charisme irrĂ©sistible dans le pas de deux de Raymonda, version Noureev. Ici ils dĂ©bordent de brio lors des variations et la coda n’est pas moins que gĂ©niale. Mathias Heymann interprĂšte Ă©galement le solo Manfred, chorĂ©graphie rare et intense de Noureev. Le danseur français offre une prestation puissante et dramatique. Il tient l’audience en haleine avec son envol et ses sauts. La performance des deux est Ă  la hauteur de l’occasion et fait sans doute honneur au Ballet de l’OpĂ©ra de Paris.

Tout Ă  fait honorable est aussi Evgenia Obrazstova, Étoile du BolchoĂŻ. Pendant le pas de deux de La Belle au Bois dormant, elle est spectaculaire. Ses mouvements sont pleins de grĂące, sa technique est parfaite ;  son expression d’une immense musicalitĂ©. Nous sommes totalement Ă©blouis par la majestĂ© et la subtilitĂ© de sa danse.

L’oeuvre qui clĂŽt le programme n’est autre que le fameux pas de deux du ballet de Petipa Le Corsaire (il s’agĂźt Ă  l’origine d’un pas de trois). La piĂšce de bravoure et de virtuositĂ© est pour toujours liĂ©e Ă  Noureev, devenu cĂ©lĂšbre dans son adolescence en l’interprĂ©tant. Aleksandra Timofeeva du Ballet du Kremlin et Vadim Muntagirov de l’English National Ballet la dansent ce soir. Le jeune couple est Ă  couper le souffle. Lui avec ses manĂšges Ă©poustouflants, elle avec ses 29 fouettĂ©s enflammĂ©s. C’est la cerise de virtuositĂ© d’un gĂąteau d’art trĂšs bien pensĂ©.

Saluons l’initiative de la Fondation Rudolf Noureev, et l’engagement de son Ă©quipe artistique. Les danseurs extraordinaires, le programme gĂ©nĂ©reux et diversifiĂ©, l’orchestre Pasdeloup plus brillant que jamais, ont fait de cet hommage Ă  Noureev un moment inoubliable. Le dvd de ce gala mĂ©morable est annoncĂ© courant 2014.

Paris. Palais des CongrĂšs, le 1er juin 2013. Gala Noureev & Friends. Orchestre Pasdeloup. Olga Jegunova, piano. Valery Ovsianikov, direction.

Compte-rendu : Paris. ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es, le 31 mai 2013. Centenaire du Sacre du Printemps. Nijinsky, Waltz, chorĂ©graphes. ThĂ©Ăątre Mariinsky. Valery Gergiev, direction.

Stravinsky portrait faceCentenaire du Sacre du printemps de Stravinsky au tce, thĂ©Ăątre des champs Ă©lysĂ©es,  Il y a cent ans, le ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es Ă©tait la scĂšne d’une rĂ©volte musicale parmi les plus cĂ©lĂšbres de l’histoire. La premiĂšre du Sacre du Printemps le 29 mai 1913 … il y a juste 100 ans. Le tumulte fut tellement troublant que la police dut intervenir, pendant la reprĂ©sentation, pour maĂźtriser une partie furieuse de l’Ă©lĂ©gant public surexcitĂ©. Quand nous pensons aux huĂ©es lamentables des groupuscules lors des premiĂšres de Medea de Cherubini et de Don Giovanni cette annĂ©e, constatons que le ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es est toujours bastion d’une modernitĂ© contestĂ©e. Et le tremplin des parisiens toujours aptes Ă  fomenter un scandale pas toujours lĂ©gitime…

 

 

Centenaire d’une modernitĂ© intacte

 

Pour fĂȘter le centenaire dans l’esprit le plus brillant et le plus fabuleux, le ballet et l’orchestre du ThĂ©Ăątre Mariinsky de Saint Petersburg vient avec son maestro Valery Gergiev pour un programme ” sacrĂ© ” : la reconstitution de la chorĂ©graphie originale de Nijinsky du Sacre du Printemps, avec costumes et dĂ©cors Ă©galement reconstituĂ©s, et la crĂ©ation française d’un nouveau Sacre par la cĂ©lĂšbre chorĂ©graphe contemporaine allemande Sasha Waltz.

Le sujet brĂ»lant de la soirĂ©e du centenaire est sans doute la composition de Stravinsky. Mais elle n’aurait jamais vu le jour sans la commande des Ballets Russes. La chorĂ©graphie de Nijinsky reconstituĂ©e par Millicent Hodson et Kenneth Archer prĂ©sentĂ©e d’abord, Ă©tonne toujours Ă  cause de sa modernitĂ©. Les danseurs classiques du ballet Mariinsky sont peu habituĂ©s aux pieds tordus de la chorĂ©graphie, mais ils sont au mĂȘme temps trĂšs impliquĂ©s dans cette rĂ©surrection minutieuse. L’ambiance est celle d’un primitivisme paĂŻen dramatique et colorĂ©. Le mĂ©lange d’ingĂ©nuitĂ© folklorique avec une certain mysticisme est trĂšs saisissant. Nous avons l’impression d’ĂȘtre rĂ©ellement transportĂ©s dans une Russie ancestrale, passionnante / passionnĂ©e mais surtout pas romantique. Mention spĂ©ciale pour la danseuse qui interprĂšte l’Ă©lue, trĂšs convaincante dans ses mouvements extatiques avant son sacrifice. Elle paraĂźt certainement habitĂ©e par des forces supĂ©rieures. Si l’oeuvre chorĂ©graphique de Nijinsky n’est pas pour tous les goĂ»ts, surtout pas pour ceux qui n’aiment que les cygnes mourants, son Sacre de Printemps conserve tout l’attrait et l’intĂ©rĂȘt d’une oeuvre clĂ©, rĂ©volutionnaire ; saluons cette reconstitution et souhaitons la revoir dans nos salles françaises.

Le Sacre de Sasha Waltz
, quoi que moins descriptif et colorĂ©, maintient l’ambiance tribale, ajoutant davantage de tension au livret. PlutĂŽt abstraite, la chorĂ©graphie contemporaine prĂ©sente la femme comme une figure forte prĂȘte Ă  se battre, comme un vĂ©ritable sujet. L’entrain endiablĂ© de la danse impressionne, souvent expressionniste, toujours trĂšs physique. Ici il s’agĂźt d’un rituel plus conflictuel et chaotique que solennel et mystique comme chez Nijinsky. L’abondance et la diversitĂ© des mouvements, des curves insolentes, des sauts insolites, mais aussi des trĂšs belles lignes et des tableaux frappants rehaussent l’aspect chaotique, presque apocalyptique de la chorĂ©graphie. Si la danse semble d’une grande difficultĂ© physique exigeant un sens permanent des attaques et de l’endurance, elle est plus vertigineuse et osĂ©e qu’acrobatique. L’appropriation et la reinterprĂ©tation de Waltz pose des questions Ă  la fois vagues et profondes. Comme c’est souvent le cas, son style a un effet confondant sur l’audience, plutĂŽt perplexe, jamais insensible.

AprĂšs chaque chorĂ©graphie, la salle est inondĂ©e d’applaudissements, les plus chaleureux Ă©taient pour l’orchestre du ThĂ©Ăątre Mariinsky dirigĂ© par Valery Gergiev. Leur seule prestation, d’une force rythmique et d’un brio capable de dĂ©clencher une Ă©meute, rappelle l’atmosphĂšre scandaleuse liĂ© Ă  la crĂ©ation. La puissance de l’orchestre, la direction bouleversante et Ă©lectrisante de Gergiev, spectaculaire dans les dissonances, avec ses timbres ensorcelants… sont les vĂ©ritables vedettes de la soirĂ©e. Le primitivisme intellectualisĂ© de la musique jouĂ©e avec tempĂ©rament et caractĂšre est contagieux. Il paraĂźt se transmettre dans les corps du public et stimuler davantage les danseurs. Concert du centenaire Ă©patant : le sentiment de mysticisme et de transcendance portĂ© par les deux chorĂ©graphies n’est pas prĂšs de nous quitter.

Paris. ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es, le 31 mai 2013. Centenaire du Sacre du Printemps. Vaslav Nijinsky, Sasha Waltz, chorĂ©graphes. Ballet du ThĂ©Ăątre Mariinsky. Orchestre du ThĂ©Ăątre Mariinsky. Valery Gergiev, direction.

Ballet. Onéguine par John Cranko

Ballet : Onéguine de John Cranko. Du 3 février au 5 mars 2014

oneguine_crankoS’inspirant du roman en vers d’Alexandre Pouchkine, John Cranko en Ă©pure l’intrigue et concentre le rĂ©cit sur les sentiments de ses quatre protagonistes. Amours inachevĂ©s, duel et regrets rythment ce ballet Ă  l’écriture mordante voire haletante, elle-mĂȘme traversĂ©e par le souffle de l’action prĂ©cipitĂ©e par la course du temps: qui est OnĂ©guine ? un vieux loup solitaire insensible ou plutĂŽt une Ăąme ardente qui déçut reporte toujours la rencontre amoureuse qu’il espĂšre en secret ? Trop attendre suscite l’accomplissement du destin, ici particuliĂšrement douloureux et amer… Un drame tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©, sublimĂ© encore par la musique tirĂ© de l’opĂ©ra de TchaĂŻkovski sur le mĂȘme sujet.  Paris, Palais Garnier, Du 3 fĂ©vrier au 5 mars 2014.

Palais Garnier
saison 2013-2014
13 dates, du 3 février au 5 mars 2014
2 horaires : Ă  19h30 et Ă  14h30

Oneguine,
ballet de John Cranko
d’aprĂšs Pouchkine et TchaĂŻkovski

Musiques : Piotr Ilyitch Tchaikovski
Chorégraphie : John Cranko
Les Étoiles, Les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet‹Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris‹James Tuggle, direction

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Les Petits Rats de l’OpĂ©ra (sĂ©rie tĂ©lĂ© sur Arte, 21 et 28 avril 2013)

TĂ©lĂ©, Arte. Les rats de l’OpĂ©ra de Paris. Les 21 et 28 avril 2013, 16h20

Comment les petits rats entrent dans la danse ?

6 Ă©pisodes sur la formation des jeunes danseurs Ă  l’OpĂ©ra de Paris…

En 6 Ă©pisodes de 26 mn chacun, Arte souligne les 300 ans de la naissance de l’Ecole française de danse Ă  travers une sĂ©rie documentaire sur l’apprentissage des jeunes danseurs de 8 Ă  18 ans…

rats_opera_garcons_danseursDe Septembre 2011 Ă  juillet 2012, les jeunes apprentis danseurs de l’OpĂ©ra national de Paris apprennent les rudiments du mĂ©tier Ă  travers une discipline exemplaire voire spartiates que beaucoup ont un temps dĂ©criĂ©e et dĂ©noncĂ©e… Immersion dans le quotidien de l’effort esthĂ©tique, de l’athlĂ©tisme chorĂ©graphique au service du vocabulaire classique et des grandes oeuvres du rĂ©pertoire… Les 21 et 28 avril Ă  16:20. InĂ©dit. Feuilletons documentaires Ă  l’occasion du tricentenaire de l’Ecole française de danse en 2013. (Arte, 6x26mn).

Les petits rats de l’OpĂ©ra

Une annĂ©e au cƓur de l’Ecole de Danse de l’OpĂ©ra de Paris, de septembre 2011 Ă  juillet 2012. La rĂ©alisatrice Françoise Marie filme les premiers pas des jeunes rats de l’OpĂ©ra : apprentissage, discipline, confrontation Ă  la magie et Ă  la duretĂ© de la scĂšne mais aussi pour l’Ɠil de la rĂ©alisatrice, passage de l’enfance Ă  l’adolescence et au monde adulte… L’Ecole de Danse de l’OpĂ©ra national de Paris, fondĂ©e il y a 300 ans, est aujourd’hui un lieu mythique, de rĂ©putation internationale. Elle s’est trouvĂ©e pendant 150 ans au cƓur mĂȘme du prestigieux Palais Garnier Ă  Paris. Aujourd’hui, l’école se trouve Ă  Nanterre, en banlieue parisienne, dans un lumineux bĂątiment signĂ© Portzamparc. Elle compte 130 Ă©lĂšves ĂągĂ©s de 8 Ă  18 ans, portĂ©s par un mĂȘme dĂ©sir : danser un jour dans le corps de ballet de l’OpĂ©ra de Paris. ‹TĂ©moin privilĂ©giĂ©, la camĂ©ra de Françoise Marie les a accompagnĂ©s le temps d’une annĂ©e scolaire.

Arte, les 21, 28 avril 2013, 16h20 
Diffusion des Ă©pisodes
Dimanche 21 avril 2013, 16h20
3 Ă©pisodes: 1, 2, 3.
1)   La rentrée
Septembre 2011. Une nouvelle annĂ©e dĂ©bute Ă  l’Ecole de Danse de l’OpĂ©ra qui compte 130 enfants ĂągĂ©s de 8 Ă  18 ans. Il y a ceux dont c’est le premier jour. Il y a ceux qui retrouvent avec satisfaction un univers familier. Il y a ceux qui viennent de loin : Italie, Finlande, Chine
 le film explore les sentiments, attentes, craintes des Ă©lĂšves danseurs en ne privilĂ©giant aucun en particulier.
Chaque matin, Ă  8 heures, dans le bĂątiment dĂ©diĂ© Ă  la scolaritĂ©, les Ă©lĂšves de l’Ecole grimpent les marches qui vont les mener de l’école primaire Ă  la terminale.  L’aprĂšs-midi est, lui, dĂ©diĂ© Ă  la danse. DĂšs la rentrĂ©e, Ă  peine achevĂ© le discours de bienvenue prononcĂ© par la Directrice et danseuse Ă©toile, Elisabeth Platel, l’école entre en effervescence, avec la prĂ©paration du dĂ©filé : chaque annĂ©e depuis 1949, le corps de ballet et l’école de danse dĂ©filent ensemble sur la grande scĂšne de l’OpĂ©ra Garnier, sur l’air d’une marche militaire composĂ©e par Hector Berlioz. En faisant leurs premiers pas sur scĂšne, les petits rats goĂ»tent au paradis de la scĂšne


2 ) Au travail !
En participant au dĂ©filĂ© du corps de ballet de l’OpĂ©ra national de Paris, les Ă©lĂšves ont Ă©prouvĂ© le sentiment d’appartenir Ă  cette grande maison. Pourtant, rien ne peut les assurer qu’ils seront lĂ  l’annĂ©e prochaine et qu’ils cĂŽtoieront encore les Ă©toiles qui les font rĂȘver

La danse est l’Ă©cole de la discipline, de l’endurance, de la rivalitĂ© aussi, saine et inĂ©vitable compĂ©tition qui fait surgir les meilleurs d’entre eux, plus armĂ©s physiquement mais aussi plus mĂ»rs sur le plan psychologique.
Pour rester se maintenir parmi les rangs de l’Ă©cole, ils devront digĂ©rer les critiques, adhĂ©rer Ă  l’exigence, aux horaires, supporter l’effort quotidien, l’éloignement de leur famille, se responsabiliser… devenir adultes. Au fil des cours, ils vont apprendre de leurs professeurs, hĂ©ritiers d’une longue tradition, une technique et un style. En effet, depuis 300 ans, les maĂźtres transmettent Ă  leurs Ă©lĂšves les Ă©chauffements, les exercices, les conseils qu’ils ont eux-mĂȘmes reçus de leurs maĂźtres
 d’étoiles Ă  graines d’étoiles. Des exigences de discipline, de ports de tĂȘte en ports de bras, de bas de jambes, qui rendent reconnaissable dans le monde entier le style « OpĂ©ra de Paris » jusqu’Ă  la maĂźtrise d’une silhouette, acrobatique et souple Ă  la fois, prĂȘte Ă  rebondir et s’Ă©lancer sans entraves.

3)  Les progrÚs
Pirouettes, tours attitudes, brisĂ©s volĂ©s, cabrioles… C’est l’automne et quelque chose se prĂ©pare Ă  l’École de Danse de l’OpĂ©ra de Paris, qui va mobiliser tous les Ă©lĂšves danseurs. En dĂ©cembre, chaque division va prĂ©senter sur la scĂšne du Palais Garnier, un peu de son travail quotidien, pour un rendez-vous attendu du public : les dĂ©monstrations de l’École de Danse. L’enjeu est important. Dans le public, amateurs et professionnels scrutent en dĂ©tail les exercices et les progrĂšs des Ă©lĂšves. ‹Parmi tous les enseignements dispensĂ©s, cet Ă©pisode ce consacre aux plus inĂ©dits: chez les grands, les premiers cours d’adage, dans lesquels ils apprennent les pas de deux; chez les petits, les cours d’expression musicale oĂč ils ressentent l’importance du premier pas sur scĂšne et s’essaient aux exercices qui vont dĂ©velopper leur crĂ©ativitĂ©.

Diffusion du 28 avril 2013, 16h20
3 derniers Ă©pisodes : 4, 5 et 6

danse_graines_etoiles_opera_paris_petits_rats4) Un monde à part
Les vacances de Noël sont terminées. Les applaudissements qui ont salué les démonstrations des élÚves au Palais Garnier appartiennent déjà aux beaux souvenirs.
Nourris d’enseignements riches et variĂ©s allant de la danse folklorique Ă  la danse de caractĂšre, de la danse contemporaine Ă  l’étude des styles chorĂ©graphiques Ă  travers les siĂšcles, c’est dans un cocon formateur et protecteur que garçons et filles vivent leurs annĂ©es d’adolescence. Pourtant le chemin des Ă©toiles est Ă©troit: n’ĂȘtre ni trop gros, ni trop maigre, ni trop petit, ni trop grand, exceller en danse, mais aussi prĂ©parer son baccalaurĂ©at, cela laisse bien peu de place aux rĂȘves et turbulences de l’adolescence
 ‹Les Ă©lĂšves se sentent dans une bulle, Ă  la fois protĂ©gĂ©s, mais aussi parfois contraints, enfermĂ©s, expĂ©rimentĂ©s, Ă  l’Ă©cart de la rĂ©alitĂ©. ‹Une fois par an, les portes de la bulle s’ouvrent aux enfants des autres Ă©coles, pour les “DĂ©monstrations Jeune Public”; se joue alors un jeu de regards entre deux mondes et deux jeunesses.5) En scĂšne
Des costumes, des personnages, voici venu le printemps et le temps des ballets. Le temps pour les Ă©lĂšves de briller comme de vrais professionnels.
Les petits vont participer aux cĂŽtĂ©s des Ă©toiles Ă  l’un des spectacles de la saison, « La BayadĂšre », donnĂ© sur la grande scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille. ‹Les grands se partageront les rĂŽles dans les trois chorĂ©graphies prĂ©sentĂ©es au trĂšs attendu « spectacle de l’Ecole de Danse » qui aura lieu comme chaque annĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Garnier : ‹- « Le Bal des Cadets », une chorĂ©graphie pĂ©tillante qui met en valeur les qualitĂ©s techniques et leurs talents d’acteurs de chacun. ‹- « Symphonie en trois mouvements », chorĂ©graphiĂ© par Nils Christe, invitĂ© par l’Ecole Ă  monter ce ballet aujourd’hui dansĂ© dans le monde entier. ‹- « Variations », piĂšce de Johannes Brahms dont Violette Verdy, ancienne Directrice de la Danse Ă  l’OpĂ©ra de Paris et danseuse Ă©toile de Balanchine a conçu la chorĂ©graphie.
Cette fois, il s’agira d’aller plus loin, d’endosser des rĂŽles, devenir des personnages, en costumes, dans des chorĂ©graphies renommĂ©es : enfin ĂȘtre des artistes. InterprĂ©ter, jouer…
 
6) Le temps des Ă©preuves
À l’École de Danse de l’OpĂ©ra de Paris, le mois de mai annonce le temps des Ă©preuves.  Tous les Ă©lĂšves doivent passer un examen pour accĂ©der Ă  la classe supĂ©rieure. La vĂ©ritable inquiĂ©tude n’est pas le redoublement, mais le renvoi
 ‹Mais pour les Ă©lĂšves de derniĂšre annĂ©e, se joue l’étape dĂ©cisive du concours d’entrĂ©e dans le corps de ballet. Les candidats qui ont moins de 18 ans pourront Ă©ventuellement rester une annĂ©e de plus pour retenter le concours l’annĂ©e d’aprĂšs. L’enjeu est dĂ©cisif pour ceux qui vont avoir 18 ans. Cette annĂ©e, l’OpĂ©ra de Paris ne recrute que 4 danseurs!
En plus des prĂ©parations au concours et au baccalaurĂ©at, les grands doivent aussi, comme chaque annĂ©e, encadrer les jeunes pour organiser la fĂȘte de l’Ă©cole!
C’est de l’extĂ©rieur, sur les feuilles de rĂ©sultats affichĂ©es sur la porte de l’Ă©cole ou sur une vitre de l’entrĂ©e des artistes de l’OpĂ©ra Garnier, que les jeunes danseurs apprennent s’ils seront admis pour l’annĂ©e prochaine, ou recalĂ©s voire Ă©cartĂ©s…  Les plus grands dĂ©couvrent le tournant que va prendre leur vie.