THE BEGGAR’S ENSEMBLE : Le violon britannique au XVIIIè

augustin lusson the beggar ensemble concert critique steaming classiquenewsSTREAMING concert Baroque : The BEGGAR’S ENSEMBLE. Le violon anglais au XVIIIè. Récente formation, trop peu connue à notre avis, The Beggar’s Ensemble, porté par le violon incandescent d’Augustin LUSSON dévoile dans ce programme d’inédits, les perles méconnues de l’école de violon britannique au début du XVIIIè : Richard Jones, MC Festing, GS. Carbonelli, William Viner… Programme révélation.

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Augustin LUSSON, violoniste virtuose et nouveau prodige de la scène baroque propose avec les instrumentistes de son ensemble The Beggar’s Ensemble la captation de leur concert qu’ils auraient dû donner le 2 février à l’Auditorium Saint-Germain de Poitiers. Le programme met l’accent sur l’école britannique de violon au début du XVIIIè, période et esthétique encore méconnus, qui renaissent ainsi, fruit de « longues recherches »…

Concert du Beggar’s Ensemble
LIVE | THE BEGGAR’S ENSEMBLE AT PRIMA LA MUSICA | BRITISH SONATAS – diffusĂ© Ă  partir du 25 fĂ©v sur YOUTUBE / The BEGGARS ENSEMBE.

VOIR le concert ici :

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https://www.youtube.com/watch?v=hAG_hqziZzs&feature=youtu.be
Durée : 58mn

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Augustin Lusson : Violon
Daria Zemele : Clavecin
Matthieu Lusson : Viole de gambe

Prise de son : Tom Namias
RĂ©alisation : SĂ©bastien Biget
Cadreurs : Djason Demassey & SĂ©bastien Biget

EnregistrĂ© Ă  l’auditorium Saint-Germain, Poitiers, FĂ©vrier 2021
Coproduction – The Beggar’s ensemble et le Conservatoire de Grand Poitiers – CommunautĂ© urbaine.

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Qu’en est-il de la Sonate pour violon et basse continue en Angleterre au tout début du XVIIIè ? A contrario des écoles françaises, italiennes, germaniques, l’essor du violon baroque au XVIIIè est trop peu connu. Le sujet méritait un éclaircissement que propose The Biggar’s Ensemble dans ce programme défricheur. On y retrouve une Suite de l’Opus 3 de Richard Jones, compositeur précédemment abordé dans un cd coup de cœur où rayonne la vivacité complice des jeunes instrumentistes réunis autour d’Augustin Lusson. Ce dernier met aussi en lumière l’éclat tout particulier de MC Festing (opus 1, 1730) dont l’oeuvre prolifique, attestant un rapport direct avec Francesco Geminiani, se rapproche aussi de Jones avec lequel Festing étudia…
Les Italiens à Londres ne manquent pas alors : le violoniste GS. Carbonelli, probable membre actif de la Royal society of musicians, semble connaître les secrets de la syntaxe britannique (formes asymétriques, harmonies inédites…). Ses Sonates fourmillent d’idées et de singularités passionnantes pour l’interprète, pourtant confronté à rude épreuve (présence fréquente du 5ème doigt…).
Pourtant rien n’est comparable au tempérament de William Viner violoniste actif à Dublin, et précurseur de Francesco Geminiani au poste de master of the state music en Irlande. Ses variations ornées des Sonates de l’Opus 5 de Corelli, modèle absolu depuis le XVIIè sont devenues légendes. Pour Augustin Lusson, aucun doute : « L’omniprésence d’harmonies parallèles, de techniques virtuoses et d’influences cosmopolites dans sa musique nous fait croire qu’il existait bel et bien une école britannique de violon dès le début du XVIIIème siècle ».

Toutes les sonates pour violon prĂ©sentes dans ce programme n’ont encore jamais Ă©tĂ© enregistrĂ©es Ă  ce jour. Première mondiale.
The violin sonatas in this programme were never recorded before.
THE BEGGAR’S ENSEMBLE SUR BANDCAMP : CD RIchard JONES – Chamber Air’s for a violin and through bass…
https://thebeggarsensemble.bandcamp.com

Toujours disponible sur la plateforme digitale bandcamp, le disque dĂ©diĂ© au compositeur Londonien Richard Jones (Diapason d’or, CLIC de CLASSIQUENEWS) : Chamber Air’s for a Violin, rĂ©alisĂ© en 2017 en partenariat avec le label Flora. Disponible Ă©galement en CD sur le site du label www.labelflora.net

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PROCHAINS CONCERTS / The Beggar’s Ensemble :

7 Juillet 2021
Festes baroques
Bordeaux, FR

4 Septembre 2021
Oude Muziek Utrecht
Utrecht, NL

ENTRETIEN avec Iakovos Pappas. 6 Sonates clavecin / violon de Charles-François CLÉMENT…

yakovos pappasENTRETIEN avec Iakovos Pappas. L’écriture de Charles-François CLÉMENT nous est rĂ©vĂ©lĂ©e par l’instinct et le goĂ»t d’un interprète enquĂŞteur de premier plan, Iakovos Pappas dont l’esprit de dĂ©frichement est demeurĂ© intact. ClĂ©ment, gĂ©nie oubliĂ© du XVIIIè français, Ă©blouit par sa virtuositĂ© facĂ©tieuse, son mordant expressif, son goĂ»t du jeu formel et de l’invention : les 6 Sonates que le claveciniste inspirĂ© ressuscite aujourd’hui (nouveau cd Ă©ditĂ© par Maguelone – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020), avec le concours du violoniste, aussi imaginatif qu’espiègle, Augustin Lusson, saisissent par leur vitalitĂ© inclassable : une exception Ă  classer dĂ©sormais aux cĂ´tĂ©s des opus de Leclair, Rameau, Mondonville… Entretien exclusif pour classiquenews.com

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment définir le style de Clément comparé à Leclair, Rameau, Mondonville ?

IAKOVOS PAPPAS : Je dirais en préambule que définir est de nature restrictive, et cela doit être manié avec circonspection. Lorsqu’on définit des états simples ceci ne pose pas de difficulté, mais dès que nous trouvons en face des états si complexes qu’un style artistique, l’art de la définition s’obscurcit souvent, et surtout inutilement. Il est plus aisé d’apercevoir, ou sentir si on veut, un style que le définir d’une façon pleinement satisfaisante adéquate.

On surmonta cette difficulté, laquelle causa beaucoup de céphalées, en définissant par la négation, que les métaphysiciens appellent apophatisme. Bien-sûr ce n’est pas pareille chose vouloir définir le Divin que circonscrire l’œuvre d’un simple mortel.

Cette mise en garde émise, il faut souligner un autre point essentiel, quant à la stylistique française, je veux parler de la tradition. En restant dans le domaine musical français des XVII et XVIII siècles , une chose remarquable frappe un auditeur tant soi peu attentif : sa continuité stylistique. Des personnes n’ayant ni l’ouïe assez fine et attentive, ni un esprit dégagé de préjugés, trouvent que cette musique se ressemble et se répète.

Alors il est important de dégager ce qui appartient à la tradition, c’est-à-dire le vocabulaire commun de ce qui est proprement personnel.

Comme Leclair et Rameau, Clément est un harmoniste accompli ; j’ai déjà énuméré un certain nombre de remarquables passages témoins de sa maîtrise en la matière. D’un autre côté il est capable d’écrire des passages, tel que le second mouvement de la première sonate, d’une tendresse simple comme Mondonville qui y excelle. Il manie également la forme avec une facilité désinvolte, toute personnelle.

La meilleure voie pour comprendre une telle musique est de l’écouter avec une attitude active, sans jamais oublier qu’elle n’est pas conçue comme un loisir ou pour servir de fond sonore.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : La part du clavecin est spécifique, comptant 2 voix. Comment se réalisent ses dialogues avec le violon ?

IAKOVOS PAPPAS : Certes ClĂ©ment intitule son Ĺ“uvre Sonates en trios en comptant une voix pour le violon et deux pour le clavecin! Cependant la rĂ©alitĂ© est bien plus complexe et deux exemples suffiront Ă  le prouver facilement. En comparant le final de la IIe sonate et le second air de la IVe sonate on s’aperçoit que le premier final est Ă©crit strictement en trois parties, alors que le second en quatre. C’est selon le besoin de chaque pièce, le cadre prĂ©Ă©tabli peut se rĂ©ajuster. Une Ă©criture obĂ©issant scrupuleusement au postulat du titre conduirait inĂ©vitablement Ă  une Ă©criture scolaire et fatalement Ă  faire bailler! Ceci est un point commun avec Rameau et Mondonville.

D’autre part j’ai déjà indiqué (IIe remarque de mon Essaie) l’absence totale de la basse-continue dans cette œuvre de Clément. Par conséquent le clavecin se voit obligé de suppléer le manque d’improvisation qu’une basse chiffrée lui permettrait avec une série d’accompagnements écrits en toutes notes. Cette profusion d’accompagnements ingénieusement variés que ces Sonates offrent, dépasse d’une part les œuvres antérieures des Mondonville, Corrette et Rameau ; l’imbrication fusionnelle de deux partenaires provoque l’effacement des limites entre les passages d’accompagnement, et, passages solistes. Même le Concerto (1e mouvement, Ve Sonate) ne respecte pas une délimitation nette entre les parties, pourtant signe distinctif d’un concerto.

Il ne faut pas perdre de vue que ce rapport de stricte égalité entre les deux instruments n’a jamais été attesté auparavant, et que peu de compositeurs postérieurs peuvent s’en prévaloir d’y être arrivés.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Vous avez choisi comme partenaire le violoniste Augustin Lusson. Sur quels aspects musicaux et techniques avez-vous particulièrement travaillé ?

IAKOVOS PAPPAS : Pendant la période qui nous intéresse, la distinction entre musique proprement dite et technique est quasi nulle. Des œuvres didactiques telles que l’Art de toucher le Clavecin de F. Couperin, ou les Exercices de D. Scarlatti sont éminemment des compositions exigeant un travail d’interprétation, la partie mécanique étant un de ces aspects. Distinguer musique et technique mécanique est une conception bien plus tardive. On peut être musicien exécrable et pouvoir jouer sans difficulté les œuvres didactiques d’un Carl Czerny.

Pour ce qui est déchiffrage d’une partition inconnue, on se trouve dans une position mentale semblable à celle de Jean-François Champollion devant la Pierre de Rosette. Il ne reste que le travail par analogie, puisqu’aucune tradition interprétative ne peut nous être secourable directement. Pouvoir travailler analogiquement suppose obligatoirement une vaste connaissance du répertoire voisin.

Prenons le cas d’indications du mouvement : le finale de la IVe sonate comporte comme indication Presto ; jusqu’à quelle vitesse faut-il le jouer ? La présence d’un grand nombre d’ornements (tremblements et pincés) exclue un jeu trop pressé, comme on pourrait se permettre dans une pièce qui en serait dépourvue. Les ornements sont par ailleurs le sceau de cette musique française, quand bien même elle se trouverait maquillée avec quelque fard italianisant. Le Concerto mouvement initial de la Ve sonate à l’opposé manque d’indications ; comment procède-t-on en pareil cas ? Ainsi un travail expérimental commence afin de trouver l’équilibre entre le débit harmonique, la propreté des ornements et le brillant qu’exige pareille forme musicale. Jouer son instrument est insuffisant quant à ce travail minutieux demandant beaucoup de patience, un esprit ouvert aimant l’aventure ; il faut des personnalités que l’inconnu n’effraie pas, ce qui n’est pas donné à tous. Voici comment fut dicté le choix porté à Augustin Lusson.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi dévoiler la manière de Clément permet-il de mieux comprendre la forme Sonate au XVIIIe ?

IAKOVOS PAPPAS : Mon dessein initial, était simplement de partager avec le public cette musique qui vient du passé et tend vers l’avenir.

Aussitôt, il apparut indispensable, au cours de l’élaboration du présent enregistrement, de l’accompagner de quelques éclaircissements à l’usage aussi bien des auditeurs curieux que des musiciens se voulant avertis.

Cependant plus je me plongeais dans différents textes en rapport avec mon objet, plus je constatais l’invraisemblable amas d’erreurs, de lieux communs et d’affirmations doctement

étalés avec un aplomb stupéfiant. Et je me suis trouvé dans l’obligation, par honnêteté envers les auditeurs et moi-même, d’élargir le plan de la rédaction initiale.

En premier lieu se pose le problème des vocables : le sort de certains mots fort usités est toujours le même, l’altération ; soit de sa forme soit de son sens, soit des deux à la fois. Quand le signe demeure inchangé et la chose signifiée s’altère, nous nous trouvons nécessairement devant des barrières infranchissables. Sonate ne signifie pas la même chose sous la plume d’un Domenico Gabrielli et sous la plume d’un Jiry Benda ; un menuet de Lully n’a de commun que le nom d’avec celui de Beethoven.

En second lieu le problème des modèles se pose pour pouvoir opérer des comparaisons : affirmer quoi que ce soit du point de vue stylistique, sans avoir une quantité suffisante de sources à comparer, nous condamne à conjecturer au mieux ou à pérorer au pire. Encore une fois plus la définition est restrictive plus on risque de se trouver avec des exceptions embarrassantes. Prendre le cas particulier pour le cas général afin d’ établir une règle se soldera invariablement par un échec et une vision estropiée ; le rétrécissement de la connaissance devient inévitable.

En troisième et dernier lieu, la notion linéaire de l’histoire, amenant par évolution vers un état de perfection, est un colifichet enfantin. La véritable connaissance s’obtient par des longs et pénibles travaux, et pour y parvenir on ne peut aspirer au repos.

Propos recueillis en décembre 2020.

 

 

 

 

clement-sonates-en-trio-pappas-lusson maguelone critique cd classiquenewsCD, événement critique. CLÉMENT : Sonates enCLIC_macaron_20dec13 trio, Iakovos Pappas / Augustin Lusson (Maguelone, 2019). Connaissez-vous les Sonates pour clavecin et violon de Charles François Clément (c 1720 – Paris, 1789) ? En polémiste virtuose, d’une acuité parfois mordante, par son verbe et son geste, le Iakovos Pappas souligne la clarté audacieuse de CF Clément, puissant créateur aux côtés des Leclair, Rameau, Mondonville… A la manière des polémistes du XVIIIè, Iakovos Pappas prend la plume, trempée dans un bain de verve critique voire acerbe contre les tenants du goût et de la culture « classique ». On y goûte son humour et son sens parodique, son esprit libre qui « ose » non sans raison et nombreux arguments, attaquer la légitimité de tout ceux qui jugent ; affichant, claironnant des contre vérités souvent aussi énormes qu’elles sont émises sans vrai discernement. Ce sens analytique s’applique ensuite dans une série de « remarques » qui commente et explique la manière inventive voire décisive de Charles François Clément dont la carrière s’arrête à la Révolution.

CD, événement critique. CLÉMENT : Sonates en trio, Iakovos Pappas / Augustin Lusson (Maguelone, 2019)

clement-sonates-en-trio-pappas-lusson maguelone critique cd classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates en trio, Iakovos Pappas / Augustin Lusson (Maguelone, 2019). Connaissez-vous les Sonates pour clavecin et violon de Charles François ClĂ©ment (c 1720 – Paris, 1789) ? En polĂ©miste virtuose, d’une acuitĂ© parfois mordante, par son verbe et son geste, le Iakovos Pappas souligne la clartĂ© audacieuse de CF ClĂ©ment, puissant crĂ©ateur aux cĂ´tĂ©s des Leclair, Rameau, Mondonville… A la manière des polĂ©mistes du XVIIIè, Iakovos Pappas prend la plume, trempĂ©e dans un bain de verve critique voire acerbe contre les tenants du goĂ»t et de la culture « classique ». On y goĂ»te son humour et son sens parodique, son esprit libre qui « ose » non sans raison et nombreux arguments, attaquer la lĂ©gitimitĂ© de tout ceux qui jugent ; affichant, claironnant des contre vĂ©ritĂ©s souvent aussi Ă©normes qu’elles sont Ă©mises sans vrai discernement. Ce sens analytique s’applique ensuite dans une sĂ©rie de « remarques » qui commente et explique la manière inventive voire dĂ©cisive de Charles François ClĂ©ment dont la carrière s’arrĂŞte Ă  la RĂ©volution.

Professeur de clavecin Ă  Paris, ClĂ©ment a laissĂ© un recueil de 3 cantatilles (Le DĂ©part des guerriers et Le Retour des guerriers en 1750, Le CĂ©libat en 1762), un Livre de Sonates en Trio pour clavecin et violon (1743) – le sujet du prĂ©sent album ; un journal de clavecin (airs extraits des intermèdes et opĂ©ras comiques Ă  la mode, transcrits pour clavecin seul et accompagnement de violon)…publiĂ© dès 1762. A l’opĂ©ra, ClĂ©ment compose aussi La PipĂ©e, parodie d’après le Paratorio du napolitain Jommelli (Théâtre Italien, 1756), l’opĂ©ra comique la BohĂ©mienne (1756).

En rĂ©fĂ©rence Ă  Rameau (Pièces de clavecin en concerts, 1741), ClĂ©ment pose d’emblĂ©e que le clavecin compte pour 2 voix. Sa densitĂ© – comme l’est aussi celle de Forqueray, contredit la lĂ©gèretĂ© d’une musique rocaille et galante qui ne serait ĂŞtre que « creuse ». PersonnalitĂ© qui touche par sa profondeur et son imagination, ClĂ©ment maĂ®trise le jeu Ă©gal rĂ©servĂ© aux deux instruments, autant qu’un Mondonville (opus III).
Sur le plan structurel, ses 6 Sonates appliquant le schĂ©ma lent – vif – lent, suivent Rameau plutĂ´t que Mondonville : la forme Ă  3 mouvements « traditionnelle », est enrichie (pour 3 d’entre elles) d’inserts au caractère imprĂ©vu. Exemple : Sonate III : Allegro-Largo e affettuoso – Minoetto I (rondeau) – Minoetto II – Giga. Allegro. Soit une expĂ©rimentation permanente dans l’esprit d’un laboratoire musical.
Le clavecin en verve, autant que le violon donc, indique une Ă©criture raffinĂ©e, volubile, juste, attestant de l’éloquence expressive du clavier baroque, – jusqu’à sa pleine disparition en 1776 (Ă  l’OpĂ©ra de Paris).

 

 

 

Merveilles de la Sonate française au XVIIIè

Iakovos Pappas ressuscite le génie expérimental
de Charles François Clément

 

 

 

clement-sonates-en-trio-pappas-lussonD’une érudition pertinente, Iakovos Pappas note très judicieusement la place primordiale du rondeau, avec son refrain, court, mémorisable, puis son couplet (trait manifeste dans la Sonate II). Même non indiqué, sa carrure, son allure y sont évidents… En particulier dans le mouvement central. Le fait qu’il soit associé au premier Allegro de la Sonate II est inédit alors. Le claveciniste en expert de la forme distingue chaque variation ainsi élaborée par Clément dans le traitement musical (rondeau noté « aria affetuoso » en forme de gavotte tendre de la Sonate I ; structure rondeau très originale, détaillant la succession du refrain puis des 3 couplets qui suivent pour l’ultime mouvement de la Sonate III, noté « Allegro poco andante »).
Comme s’il suivait l’instinct novateur d’un Clément réformateur, le geste souple de Iakovos Pappas, rappelant très justement l’influence de la danse chantée, prend soin de toujours préserver le flux naturel, l’allant, le rebond flexible de chaque Sonate : cela chante et parle même, mais cela court et ondule.

LE CLAVECIN DES LUMIERES… S’agissant de la structure mĂŞme des parties, le claveciniste s’interroge sur les Ă©lĂ©ments qui relèvent de la rhĂ©torique mĂŞme du discours musical, soulignant le bon usage du point d’orgue (point d’arrĂŞt), opportun entre autres lorsqu’il indique le dĂ©but d’une section improvisĂ©e (cadence), en règle gĂ©nĂ©rale jouĂ©e sans reprises (comme Corelli au siècle prĂ©cĂ©dent, dans ses PrĂ©ludes Ă  mouvement lent ou modĂ©rĂ©). Toute l’esthĂ©tique expressive fondĂ©e sur la respiration et le rebond naturel s’en trouve Ă©claircie. A partir d’une analyse très fine des partitions Ă©ditĂ©es au XVIIIè, Iakovos Pappas intègre aussi le phĂ©nomène Ă©mergeant au dĂ©but du XVIIIè (avec Veracini, Geminiani ou Locatelli), le point d’orgue sans limite tend Ă  dĂ©faire la « rĂ©gularitĂ© du rythme pĂ©riodique » et accentuer la lente et inĂ©luctable « dislocation «  de la forme des mouvements. En France Dandrieu et Rameau indiquent les points d’arrĂŞt, comme Guillemain, Guignon, Duphly et Jean-Marie Leclair (qui fut danseur), en particulier dans la dĂ©cennie 1730 – 1740. Incroyable parcours de la notation ainsi relevĂ©e qui mène jusqu’à Ernelinde de FAD Philidor de 1767, « littĂ©ralement noyé » sous les points d’orgue !
Tout cela indique l’évolution permanente de la forme, soumise à l’invention des compositeurs, à la ténacité de leur geste libre face à la mécanisation du rythme (batteries interminables « inventées à la fin du XVIIè en Italie »). Une défense du génie français se glisserait-elle ainsi grâce à une argumentation qui séduit par son éloquence ?
La conception première et le geste qui en découle sont ainsi restituée dans leur contexte et leur ineffable parure ; l’approche et la lecture qui sont ici proposées saisissent par leur finesse et leur ouverture ; c’est un retour aux fondements même de la « Révolution baroqueuse » propre aux années 1970 ; Iakovos Pappas suggère, évoque, prend en compte toutes les options à partir des notations minutieusement constatées ; cette culture philologique nourrit un questionnement perpétuel sur chaque mesure, chaque formule rythmique ; le sens, la direction, la réalisation d’une poésie musicale dont la richesse et la carrure toujours en métamorphose singularisent l’écriture française. Voilà qui réhabilite Clément au rang des créateurs les plus imprévisibles et les plus pertinents de son époque. D’autant que le violon d’Augustin Lusson, satellite libre et lui aussi virtuose, renforce le tempérament et l’intention artistique du programme. L’élève de Patrick Bismuth, remarqué par Sigiswald Kuijken partage l’acuité d’esprit, l’expressivité articulée de Iakovos Pappas. Ces deux là s’électrisent. Clément ne pouvait rencontrer meilleurs alliés.

On croit vivre de nouveau le temps des dĂ©fricheurs… quand nombre d’interprètes savaient oser, expliquer, convaincre, rĂ©vĂ©lant dans le Baroque tout ce qu’il a de neuf, de moderne, d’inouĂŻ, d’imprĂ©visible et de saisissant.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD événement, critique. Charles-François CLÉMENT (1720 – 1789) : Sonates en trio, Iakovos Pappas, clavecin / Augustin Lusson, violon (Maguelone, 2019) – 6 Sonates en trio, 1743 – Livre cd Maguelone MAG 358.435 – Enregistrement sept 2019 – durée : 1h10. Notice livret : essai “Considérations sur la légitimité de l’autorité critique et son usurpation” par Iakovos Pappas – CLIC de CLASSIQUENEWS Noël 2020

 

 

 

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LIRE aussi notre annonce du livre cd Charles François Clément : Sonates en trio / Iakovos Pappas :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-clement-sonates-en-trio-iakovos-pappas-maguelone-2019/

 

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LIRE aussi notre ENTRETIEN EXCLUSIF avec Iakovos PAPPAS à propos de Charles François Clément, génie oublié du XVIIIè français :

yakovos pappasENTRETIEN avec Iakovos Pappas. L’écriture de Charles-François CLÉMENT nous est révélée par l’instinct et le goût d’un interprète enquêteur de premier plan, Iakovos Pappas dont l’esprit de défrichement est demeuré intact. Clément, génie oublié du XVIIIè français, éblouit par sa virtuosité facétieuse, son mordant expressif, son goût du jeu formel et de l’invention : les 6 Sonates que le claveciniste inspiré ressuscite aujourd’hui (nouveau cd édité par Maguelone – CLIC de CLASSIQUENEWS Noël 2020), avec le concours du violoniste, aussi imaginatif qu’espiègle, Augustin Lusson, saisissent par leur vitalité inclassable : une exception à classer désormais aux côtés des opus de Leclair, Rameau, Mondonville… Entretien exclusif pour classiquenews.com

 

 

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CD, événement critique. CLÉMENT : Sonates en trio, Iakovos Pappas (Maguelone, 2019)

clement-sonates-en-trio-pappas-lusson maguelone critique cd classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates (Maguelone, 2019). Le claveciniste Iakovos Pappas ne fait pas que ressusciter l’écriture audacieuse d’un crĂ©ateur français oubliĂ©, Charles François ClĂ©ment mort Ă  Paris en 1789. Il en explique très minutieusement les qualitĂ©s compositionnelles (plan, rĂ©fĂ©rences Ă  la danse, importance du rondeau, paritĂ© entre le violon et le clavecin, ce dernier comptant pour deux voix…). : l’auditeur mesure une conception et une pensĂ©e musicale aussi audacieuse voire complexe que Mondonville et … Rameau. ClĂ©ment a fait Ă©voluer le genre du Trio et de la musique instrumentale française au XVIIIè d’une manière marquante, par son originalitĂ© et sa fantaisie expĂ©rimentale. Avec la libertĂ© de ton des polĂ©mistes des Lumières, le claveciniste n’oublie pas aussi dans la première partie du livret d’épingler les prĂ©jugĂ©s et fausses croyances sur la musique baroque et le classicisme, n’hĂ©sitant pas Ă  mettre en doute aussi ceux qui jugent (les critiques) quand il ne faudrait pourtant que prendre en compte leeur argumentaiton et la lĂ©gitimitĂ© de leur autoritĂ© critique… Livre cd Ă©vĂ©nement, CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020. Prochaine critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com. Parution numĂ©rique, dès le 1er dĂ©cembre 2020 – Parution physique : 4 dĂ©cembre 2020. Plus d’infos sur le site du label Maguelone

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, annonce. Charles-François CLÉMENT (1720 – 1789) : Sonates en trio, Iakovos Pappas, clavecin / Augustin Lusson, violon (Maguelone, 2019) – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020 – 6 Sonates en trio, 1743 – Livre cd Maguelone MAG 358.435 – Enregistrement sept 2019 – durĂ©e : 1h10. Notice livret : essai “ConsidĂ©rations sur la lĂ©gitimitĂ© de l’autoritĂ© critique et son usurpation” par Iakovos Pappas.