THE BEGGAR’S ENSEMBLE : Le violon britannique au XVIIIĂš

augustin lusson the beggar ensemble concert critique steaming classiquenewsSTREAMING concert Baroque : The BEGGAR’S ENSEMBLE. Le violon anglais au XVIIIĂš. RĂ©cente formation, trop peu connue Ă  notre avis, The Beggar’s Ensemble, portĂ© par le violon incandescent d’Augustin LUSSON dĂ©voile dans ce programme d’inĂ©dits, les perles mĂ©connues de l’école de violon britannique au dĂ©but du XVIIIĂš : Richard Jones, MC Festing, GS. Carbonelli, William Viner
 Programme rĂ©vĂ©lation.

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Augustin LUSSON, violoniste virtuose et nouveau prodige de la scĂšne baroque propose avec les instrumentistes de son ensemble The Beggar’s Ensemble la captation de leur concert qu’ils auraient dĂ» donner le 2 fĂ©vrier Ă  l’Auditorium Saint-Germain de Poitiers. Le programme met l’accent sur l’école britannique de violon au dĂ©but du XVIIIĂš, pĂ©riode et esthĂ©tique encore mĂ©connus, qui renaissent ainsi, fruit de « longues recherches » 

Concert du Beggar’s Ensemble
LIVE | THE BEGGAR’S ENSEMBLE AT PRIMA LA MUSICA | BRITISH SONATAS – diffusĂ© Ă  partir du 25 fĂ©v sur YOUTUBE / The BEGGARS ENSEMBE.

VOIR le concert ici :

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https://www.youtube.com/watch?v=hAG_hqziZzs&feature=youtu.be
Durée : 58mn

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Augustin Lusson : Violon
Daria Zemele : Clavecin
Matthieu Lusson : Viole de gambe

Prise de son : Tom Namias
RĂ©alisation : SĂ©bastien Biget
Cadreurs : Djason Demassey & SĂ©bastien Biget

EnregistrĂ© Ă  l’auditorium Saint-Germain, Poitiers, FĂ©vrier 2021
Coproduction – The Beggar’s ensemble et le Conservatoire de Grand Poitiers – CommunautĂ© urbaine.

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Qu’en est-il de la Sonate pour violon et basse continue en Angleterre au tout dĂ©but du XVIIIĂš ? A contrario des Ă©coles françaises, italiennes, germaniques, l’essor du violon baroque au XVIIIĂš est trop peu connu. Le sujet mĂ©ritait un Ă©claircissement que propose The Biggar’s Ensemble dans ce programme dĂ©fricheur. On y retrouve une Suite de l’Opus 3 de Richard Jones, compositeur prĂ©cĂ©demment abordĂ© dans un cd coup de cƓur oĂč rayonne la vivacitĂ© complice des jeunes instrumentistes rĂ©unis autour d’Augustin Lusson. Ce dernier met aussi en lumiĂšre l’éclat tout particulier de MC Festing (opus 1, 1730) dont l’oeuvre prolifique, attestant un rapport direct avec Francesco Geminiani, se rapproche aussi de Jones avec lequel Festing Ă©tudia

Les Italiens Ă  Londres ne manquent pas alors : le violoniste GS. Carbonelli, probable membre actif de la Royal society of musicians, semble connaĂźtre les secrets de la syntaxe britannique (formes asymĂ©triques, harmonies inĂ©dites
). Ses Sonates fourmillent d’idĂ©es et de singularitĂ©s passionnantes pour l’interprĂšte, pourtant confrontĂ© Ă  rude Ă©preuve (prĂ©sence frĂ©quente du 5Ăšme doigt
).
Pourtant rien n’est comparable au tempĂ©rament de William Viner violoniste actif Ă  Dublin, et prĂ©curseur de Francesco Geminiani au poste de master of the state music en Irlande. Ses variations ornĂ©es des Sonates de l’Opus 5 de Corelli, modĂšle absolu depuis le XVIIĂš sont devenues lĂ©gendes. Pour Augustin Lusson, aucun doute : « L’omniprĂ©sence d’harmonies parallĂšles, de techniques virtuoses et d’influences cosmopolites dans sa musique nous fait croire qu’il existait bel et bien une Ă©cole britannique de violon dĂšs le dĂ©but du XVIIIĂšme siĂšcle ».

Toutes les sonates pour violon prĂ©sentes dans ce programme n’ont encore jamais Ă©tĂ© enregistrĂ©es Ă  ce jour. PremiĂšre mondiale.
The violin sonatas in this programme were never recorded before.
THE BEGGAR’S ENSEMBLE SUR BANDCAMP : CD RIchard JONES – Chamber Air’s for a violin and through bass

https://thebeggarsensemble.bandcamp.com

Toujours disponible sur la plateforme digitale bandcamp, le disque dĂ©diĂ© au compositeur Londonien Richard Jones (Diapason d’or, CLIC de CLASSIQUENEWS) : Chamber Air’s for a Violin, rĂ©alisĂ© en 2017 en partenariat avec le label Flora. Disponible Ă©galement en CD sur le site du label www.labelflora.net

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PROCHAINS CONCERTS / The Beggar’s Ensemble :

7 Juillet 2021
Festes baroques
Bordeaux, FR

4 Septembre 2021
Oude Muziek Utrecht
Utrecht, NL

ENTRETIEN avec Iakovos Pappas. 6 Sonates clavecin / violon de Charles-François CLÉMENT…

yakovos pappasENTRETIEN avec Iakovos Pappas. L’écriture de Charles-François CLÉMENT nous est rĂ©vĂ©lĂ©e par l’instinct et le goĂ»t d’un interprĂšte enquĂȘteur de premier plan, Iakovos Pappas dont l’esprit de dĂ©frichement est demeurĂ© intact. ClĂ©ment, gĂ©nie oubliĂ© du XVIIIĂš français, Ă©blouit par sa virtuositĂ© facĂ©tieuse, son mordant expressif, son goĂ»t du jeu formel et de l’invention : les 6 Sonates que le claveciniste inspirĂ© ressuscite aujourd’hui (nouveau cd Ă©ditĂ© par Maguelone – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020), avec le concours du violoniste, aussi imaginatif qu’espiĂšgle, Augustin Lusson, saisissent par leur vitalitĂ© inclassable : une exception Ă  classer dĂ©sormais aux cĂŽtĂ©s des opus de Leclair, Rameau, Mondonville… Entretien exclusif pour classiquenews.com

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment définir le style de Clément comparé à Leclair, Rameau, Mondonville ?

IAKOVOS PAPPAS : Je dirais en prĂ©ambule que dĂ©finir est de nature restrictive, et cela doit ĂȘtre maniĂ© avec circonspection. Lorsqu’on dĂ©finit des Ă©tats simples ceci ne pose pas de difficultĂ©, mais dĂšs que nous trouvons en face des Ă©tats si complexes qu’un style artistique, l’art de la dĂ©finition s’obscurcit souvent, et surtout inutilement. Il est plus aisĂ© d’apercevoir, ou sentir si on veut, un style que le dĂ©finir d’une façon pleinement satisfaisante adĂ©quate.

On surmonta cette difficultĂ©, laquelle causa beaucoup de cĂ©phalĂ©es, en dĂ©finissant par la nĂ©gation, que les mĂ©taphysiciens appellent apophatisme. Bien-sĂ»r ce n’est pas pareille chose vouloir dĂ©finir le Divin que circonscrire l’Ɠuvre d’un simple mortel.

Cette mise en garde Ă©mise, il faut souligner un autre point essentiel, quant Ă  la stylistique française, je veux parler de la tradition. En restant dans le domaine musical français des XVII et XVIII siĂšcles , une chose remarquable frappe un auditeur tant soi peu attentif : sa continuitĂ© stylistique. Des personnes n’ayant ni l’ouĂŻe assez fine et attentive, ni un esprit dĂ©gagĂ© de prĂ©jugĂ©s, trouvent que cette musique se ressemble et se rĂ©pĂšte.

Alors il est important de dĂ©gager ce qui appartient Ă  la tradition, c’est-Ă -dire le vocabulaire commun de ce qui est proprement personnel.

Comme Leclair et Rameau, ClĂ©ment est un harmoniste accompli ; j’ai dĂ©jĂ  Ă©numĂ©rĂ© un certain nombre de remarquables passages tĂ©moins de sa maĂźtrise en la matiĂšre. D’un autre cĂŽtĂ© il est capable d’écrire des passages, tel que le second mouvement de la premiĂšre sonate, d’une tendresse simple comme Mondonville qui y excelle. Il manie Ă©galement la forme avec une facilitĂ© dĂ©sinvolte, toute personnelle.

La meilleure voie pour comprendre une telle musique est de l’écouter avec une attitude active, sans jamais oublier qu’elle n’est pas conçue comme un loisir ou pour servir de fond sonore.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : La part du clavecin est spécifique, comptant 2 voix. Comment se réalisent ses dialogues avec le violon ?

IAKOVOS PAPPAS : Certes ClĂ©ment intitule son Ɠuvre Sonates en trios en comptant une voix pour le violon et deux pour le clavecin! Cependant la rĂ©alitĂ© est bien plus complexe et deux exemples suffiront Ă  le prouver facilement. En comparant le final de la IIe sonate et le second air de la IVe sonate on s’aperçoit que le premier final est Ă©crit strictement en trois parties, alors que le second en quatre. C’est selon le besoin de chaque piĂšce, le cadre prĂ©Ă©tabli peut se rĂ©ajuster. Une Ă©criture obĂ©issant scrupuleusement au postulat du titre conduirait inĂ©vitablement Ă  une Ă©criture scolaire et fatalement Ă  faire bailler! Ceci est un point commun avec Rameau et Mondonville.

D’autre part j’ai dĂ©jĂ  indiquĂ© (IIe remarque de mon Essaie) l’absence totale de la basse-continue dans cette Ɠuvre de ClĂ©ment. Par consĂ©quent le clavecin se voit obligĂ© de supplĂ©er le manque d’improvisation qu’une basse chiffrĂ©e lui permettrait avec une sĂ©rie d’accompagnements Ă©crits en toutes notes. Cette profusion d’accompagnements ingĂ©nieusement variĂ©s que ces Sonates offrent, dĂ©passe d’une part les Ɠuvres antĂ©rieures des Mondonville, Corrette et Rameau ; l’imbrication fusionnelle de deux partenaires provoque l’effacement des limites entre les passages d’accompagnement, et, passages solistes. MĂȘme le Concerto (1e mouvement, Ve Sonate) ne respecte pas une dĂ©limitation nette entre les parties, pourtant signe distinctif d’un concerto.

Il ne faut pas perdre de vue que ce rapport de stricte Ă©galitĂ© entre les deux instruments n’a jamais Ă©tĂ© attestĂ© auparavant, et que peu de compositeurs postĂ©rieurs peuvent s’en prĂ©valoir d’y ĂȘtre arrivĂ©s.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Vous avez choisi comme partenaire le violoniste Augustin Lusson. Sur quels aspects musicaux et techniques avez-vous particuliÚrement travaillé ?

IAKOVOS PAPPAS : Pendant la pĂ©riode qui nous intĂ©resse, la distinction entre musique proprement dite et technique est quasi nulle. Des Ɠuvres didactiques telles que l’Art de toucher le Clavecin de F. Couperin, ou les Exercices de D. Scarlatti sont Ă©minemment des compositions exigeant un travail d’interprĂ©tation, la partie mĂ©canique Ă©tant un de ces aspects. Distinguer musique et technique mĂ©canique est une conception bien plus tardive. On peut ĂȘtre musicien exĂ©crable et pouvoir jouer sans difficultĂ© les Ɠuvres didactiques d’un Carl Czerny.

Pour ce qui est dĂ©chiffrage d’une partition inconnue, on se trouve dans une position mentale semblable Ă  celle de Jean-François Champollion devant la Pierre de Rosette. Il ne reste que le travail par analogie, puisqu’aucune tradition interprĂ©tative ne peut nous ĂȘtre secourable directement. Pouvoir travailler analogiquement suppose obligatoirement une vaste connaissance du rĂ©pertoire voisin.

Prenons le cas d’indications du mouvement : le finale de la IVe sonate comporte comme indication Presto ; jusqu’à quelle vitesse faut-il le jouer ? La prĂ©sence d’un grand nombre d’ornements (tremblements et pincĂ©s) exclue un jeu trop pressĂ©, comme on pourrait se permettre dans une piĂšce qui en serait dĂ©pourvue. Les ornements sont par ailleurs le sceau de cette musique française, quand bien mĂȘme elle se trouverait maquillĂ©e avec quelque fard italianisant. Le Concerto mouvement initial de la Ve sonate Ă  l’opposĂ© manque d’indications ; comment procĂšde-t-on en pareil cas ? Ainsi un travail expĂ©rimental commence afin de trouver l’équilibre entre le dĂ©bit harmonique, la propretĂ© des ornements et le brillant qu’exige pareille forme musicale. Jouer son instrument est insuffisant quant Ă  ce travail minutieux demandant beaucoup de patience, un esprit ouvert aimant l’aventure ; il faut des personnalitĂ©s que l’inconnu n’effraie pas, ce qui n’est pas donnĂ© Ă  tous. Voici comment fut dictĂ© le choix portĂ© Ă  Augustin Lusson.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi dévoiler la maniÚre de Clément permet-il de mieux comprendre la forme Sonate au XVIIIe ?

IAKOVOS PAPPAS : Mon dessein initial, Ă©tait simplement de partager avec le public cette musique qui vient du passĂ© et tend vers l’avenir.

AussitĂŽt, il apparut indispensable, au cours de l’élaboration du prĂ©sent enregistrement, de l’accompagner de quelques Ă©claircissements Ă  l’usage aussi bien des auditeurs curieux que des musiciens se voulant avertis.

Cependant plus je me plongeais dans diffĂ©rents textes en rapport avec mon objet, plus je constatais l’invraisemblable amas d’erreurs, de lieux communs et d’affirmations doctement

Ă©talĂ©s avec un aplomb stupĂ©fiant. Et je me suis trouvĂ© dans l’obligation, par honnĂȘtetĂ© envers les auditeurs et moi-mĂȘme, d’élargir le plan de la rĂ©daction initiale.

En premier lieu se pose le problĂšme des vocables : le sort de certains mots fort usitĂ©s est toujours le mĂȘme, l’altĂ©ration ; soit de sa forme soit de son sens, soit des deux Ă  la fois. Quand le signe demeure inchangĂ© et la chose signifiĂ©e s’altĂšre, nous nous trouvons nĂ©cessairement devant des barriĂšres infranchissables. Sonate ne signifie pas la mĂȘme chose sous la plume d’un Domenico Gabrielli et sous la plume d’un Jiry Benda ; un menuet de Lully n’a de commun que le nom d’avec celui de Beethoven.

En second lieu le problĂšme des modĂšles se pose pour pouvoir opĂ©rer des comparaisons : affirmer quoi que ce soit du point de vue stylistique, sans avoir une quantitĂ© suffisante de sources Ă  comparer, nous condamne Ă  conjecturer au mieux ou Ă  pĂ©rorer au pire. Encore une fois plus la dĂ©finition est restrictive plus on risque de se trouver avec des exceptions embarrassantes. Prendre le cas particulier pour le cas gĂ©nĂ©ral afin d’ Ă©tablir une rĂšgle se soldera invariablement par un Ă©chec et une vision estropiĂ©e ; le rĂ©trĂ©cissement de la connaissance devient inĂ©vitable.

En troisiĂšme et dernier lieu, la notion linĂ©aire de l’histoire, amenant par Ă©volution vers un Ă©tat de perfection, est un colifichet enfantin. La vĂ©ritable connaissance s’obtient par des longs et pĂ©nibles travaux, et pour y parvenir on ne peut aspirer au repos.

Propos recueillis en décembre 2020.

 

 

 

 

clement-sonates-en-trio-pappas-lusson maguelone critique cd classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates enCLIC_macaron_20dec13 trio, Iakovos Pappas / Augustin Lusson (Maguelone, 2019). Connaissez-vous les Sonates pour clavecin et violon de Charles François ClĂ©ment (c 1720 – Paris, 1789) ? En polĂ©miste virtuose, d’une acuitĂ© parfois mordante, par son verbe et son geste, le Iakovos Pappas souligne la clartĂ© audacieuse de CF ClĂ©ment, puissant crĂ©ateur aux cĂŽtĂ©s des Leclair, Rameau, Mondonville
 A la maniĂšre des polĂ©mistes du XVIIIĂš, Iakovos Pappas prend la plume, trempĂ©e dans un bain de verve critique voire acerbe contre les tenants du goĂ»t et de la culture « classique ». On y goĂ»te son humour et son sens parodique, son esprit libre qui « ose » non sans raison et nombreux arguments, attaquer la lĂ©gitimitĂ© de tout ceux qui jugent ; affichant, claironnant des contre vĂ©ritĂ©s souvent aussi Ă©normes qu’elles sont Ă©mises sans vrai discernement. Ce sens analytique s’applique ensuite dans une sĂ©rie de « remarques » qui commente et explique la maniĂšre inventive voire dĂ©cisive de Charles François ClĂ©ment dont la carriĂšre s’arrĂȘte Ă  la RĂ©volution.

CD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates en trio, Iakovos Pappas / Augustin Lusson (Maguelone, 2019)

clement-sonates-en-trio-pappas-lusson maguelone critique cd classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates en trio, Iakovos Pappas / Augustin Lusson (Maguelone, 2019). Connaissez-vous les Sonates pour clavecin et violon de Charles François ClĂ©ment (c 1720 – Paris, 1789) ? En polĂ©miste virtuose, d’une acuitĂ© parfois mordante, par son verbe et son geste, le Iakovos Pappas souligne la clartĂ© audacieuse de CF ClĂ©ment, puissant crĂ©ateur aux cĂŽtĂ©s des Leclair, Rameau, Mondonville
 A la maniĂšre des polĂ©mistes du XVIIIĂš, Iakovos Pappas prend la plume, trempĂ©e dans un bain de verve critique voire acerbe contre les tenants du goĂ»t et de la culture « classique ». On y goĂ»te son humour et son sens parodique, son esprit libre qui « ose » non sans raison et nombreux arguments, attaquer la lĂ©gitimitĂ© de tout ceux qui jugent ; affichant, claironnant des contre vĂ©ritĂ©s souvent aussi Ă©normes qu’elles sont Ă©mises sans vrai discernement. Ce sens analytique s’applique ensuite dans une sĂ©rie de « remarques » qui commente et explique la maniĂšre inventive voire dĂ©cisive de Charles François ClĂ©ment dont la carriĂšre s’arrĂȘte Ă  la RĂ©volution.

Professeur de clavecin Ă  Paris, ClĂ©ment a laissĂ© un recueil de 3 cantatilles (Le DĂ©part des guerriers et Le Retour des guerriers en 1750, Le CĂ©libat en 1762), un Livre de Sonates en Trio pour clavecin et violon (1743) – le sujet du prĂ©sent album ; un journal de clavecin (airs extraits des intermĂšdes et opĂ©ras comiques Ă  la mode, transcrits pour clavecin seul et accompagnement de violon)
publiĂ© dĂšs 1762. A l’opĂ©ra, ClĂ©ment compose aussi La PipĂ©e, parodie d’aprĂšs le Paratorio du napolitain Jommelli (ThĂ©Ăątre Italien, 1756), l’opĂ©ra comique la BohĂ©mienne (1756).

En rĂ©fĂ©rence Ă  Rameau (PiĂšces de clavecin en concerts, 1741), ClĂ©ment pose d’emblĂ©e que le clavecin compte pour 2 voix. Sa densitĂ© – comme l’est aussi celle de Forqueray, contredit la lĂ©gĂšretĂ© d’une musique rocaille et galante qui ne serait ĂȘtre que « creuse ». PersonnalitĂ© qui touche par sa profondeur et son imagination, ClĂ©ment maĂźtrise le jeu Ă©gal rĂ©servĂ© aux deux instruments, autant qu’un Mondonville (opus III).
Sur le plan structurel, ses 6 Sonates appliquant le schĂ©ma lent – vif – lent, suivent Rameau plutĂŽt que Mondonville : la forme Ă  3 mouvements « traditionnelle », est enrichie (pour 3 d’entre elles) d’inserts au caractĂšre imprĂ©vu. Exemple : Sonate III : Allegro-Largo e affettuoso – Minoetto I (rondeau) – Minoetto II – Giga. Allegro. Soit une expĂ©rimentation permanente dans l’esprit d’un laboratoire musical.
Le clavecin en verve, autant que le violon donc, indique une Ă©criture raffinĂ©e, volubile, juste, attestant de l’éloquence expressive du clavier baroque, – jusqu’à sa pleine disparition en 1776 (Ă  l’OpĂ©ra de Paris).

 

 

 

Merveilles de la Sonate française au XVIIIÚ

Iakovos Pappas ressuscite le génie expérimental
de Charles François Clément

 

 

 

clement-sonates-en-trio-pappas-lussonD’une Ă©rudition pertinente, Iakovos Pappas note trĂšs judicieusement la place primordiale du rondeau, avec son refrain, court, mĂ©morisable, puis son couplet (trait manifeste dans la Sonate II). MĂȘme non indiquĂ©, sa carrure, son allure y sont Ă©vidents
 En particulier dans le mouvement central. Le fait qu’il soit associĂ© au premier Allegro de la Sonate II est inĂ©dit alors. Le claveciniste en expert de la forme distingue chaque variation ainsi Ă©laborĂ©e par ClĂ©ment dans le traitement musical (rondeau notĂ© « aria affetuoso » en forme de gavotte tendre de la Sonate I ; structure rondeau trĂšs originale, dĂ©taillant la succession du refrain puis des 3 couplets qui suivent pour l’ultime mouvement de la Sonate III, notĂ© « Allegro poco andante »).
Comme s’il suivait l’instinct novateur d’un ClĂ©ment rĂ©formateur, le geste souple de Iakovos Pappas, rappelant trĂšs justement l’influence de la danse chantĂ©e, prend soin de toujours prĂ©server le flux naturel, l’allant, le rebond flexible de chaque Sonate : cela chante et parle mĂȘme, mais cela court et ondule.

LE CLAVECIN DES LUMIERES… S’agissant de la structure mĂȘme des parties, le claveciniste s’interroge sur les Ă©lĂ©ments qui relĂšvent de la rhĂ©torique mĂȘme du discours musical, soulignant le bon usage du point d’orgue (point d’arrĂȘt), opportun entre autres lorsqu’il indique le dĂ©but d’une section improvisĂ©e (cadence), en rĂšgle gĂ©nĂ©rale jouĂ©e sans reprises (comme Corelli au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, dans ses PrĂ©ludes Ă  mouvement lent ou modĂ©rĂ©). Toute l’esthĂ©tique expressive fondĂ©e sur la respiration et le rebond naturel s’en trouve Ă©claircie. A partir d’une analyse trĂšs fine des partitions Ă©ditĂ©es au XVIIIĂš, Iakovos Pappas intĂšgre aussi le phĂ©nomĂšne Ă©mergeant au dĂ©but du XVIIIĂš (avec Veracini, Geminiani ou Locatelli), le point d’orgue sans limite tend Ă  dĂ©faire la « rĂ©gularitĂ© du rythme pĂ©riodique » et accentuer la lente et inĂ©luctable « dislocation «  de la forme des mouvements. En France Dandrieu et Rameau indiquent les points d’arrĂȘt, comme Guillemain, Guignon, Duphly et Jean-Marie Leclair (qui fut danseur), en particulier dans la dĂ©cennie 1730 – 1740. Incroyable parcours de la notation ainsi relevĂ©e qui mĂšne jusqu’à Ernelinde de FAD Philidor de 1767, « littĂ©ralement noyé » sous les points d’orgue !
Tout cela indique l’évolution permanente de la forme, soumise Ă  l’invention des compositeurs, Ă  la tĂ©nacitĂ© de leur geste libre face Ă  la mĂ©canisation du rythme (batteries interminables « inventĂ©es Ă  la fin du XVIIĂš en Italie »). Une dĂ©fense du gĂ©nie français se glisserait-elle ainsi grĂące Ă  une argumentation qui sĂ©duit par son Ă©loquence ?
La conception premiĂšre et le geste qui en dĂ©coule sont ainsi restituĂ©e dans leur contexte et leur ineffable parure ; l’approche et la lecture qui sont ici proposĂ©es saisissent par leur finesse et leur ouverture ; c’est un retour aux fondements mĂȘme de la « RĂ©volution baroqueuse » propre aux annĂ©es 1970 ; Iakovos Pappas suggĂšre, Ă©voque, prend en compte toutes les options Ă  partir des notations minutieusement constatĂ©es ; cette culture philologique nourrit un questionnement perpĂ©tuel sur chaque mesure, chaque formule rythmique ; le sens, la direction, la rĂ©alisation d’une poĂ©sie musicale dont la richesse et la carrure toujours en mĂ©tamorphose singularisent l’écriture française. VoilĂ  qui rĂ©habilite ClĂ©ment au rang des crĂ©ateurs les plus imprĂ©visibles et les plus pertinents de son Ă©poque. D’autant que le violon d’Augustin Lusson, satellite libre et lui aussi virtuose, renforce le tempĂ©rament et l’intention artistique du programme. L’élĂšve de Patrick Bismuth, remarquĂ© par Sigiswald Kuijken partage l’acuitĂ© d’esprit, l’expressivitĂ© articulĂ©e de Iakovos Pappas. Ces deux lĂ  s’électrisent. ClĂ©ment ne pouvait rencontrer meilleurs alliĂ©s.

On croit vivre de nouveau le temps des dĂ©fricheurs
 quand nombre d’interprĂštes savaient oser, expliquer, convaincre, rĂ©vĂ©lant dans le Baroque tout ce qu’il a de neuf, de moderne, d’inouĂŻ, d’imprĂ©visible et de saisissant.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, critique. Charles-François CLÉMENT (1720 – 1789) : Sonates en trio, Iakovos Pappas, clavecin / Augustin Lusson, violon (Maguelone, 2019) – 6 Sonates en trio, 1743 – Livre cd Maguelone MAG 358.435 – Enregistrement sept 2019 – durĂ©e : 1h10. Notice livret : essai “ConsidĂ©rations sur la lĂ©gitimitĂ© de l’autoritĂ© critique et son usurpation” par Iakovos Pappas – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020

 

 

 

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LIRE aussi notre annonce du livre cd Charles François Clément : Sonates en trio / Iakovos Pappas :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-clement-sonates-en-trio-iakovos-pappas-maguelone-2019/

 

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LIRE aussi notre ENTRETIEN EXCLUSIF avec Iakovos PAPPAS à propos de Charles François Clément, génie oublié du XVIIIÚ français :

yakovos pappasENTRETIEN avec Iakovos Pappas. L’écriture de Charles-François CLÉMENT nous est rĂ©vĂ©lĂ©e par l’instinct et le goĂ»t d’un interprĂšte enquĂȘteur de premier plan, Iakovos Pappas dont l’esprit de dĂ©frichement est demeurĂ© intact. ClĂ©ment, gĂ©nie oubliĂ© du XVIIIĂš français, Ă©blouit par sa virtuositĂ© facĂ©tieuse, son mordant expressif, son goĂ»t du jeu formel et de l’invention : les 6 Sonates que le claveciniste inspirĂ© ressuscite aujourd’hui (nouveau cd Ă©ditĂ© par Maguelone – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020), avec le concours du violoniste, aussi imaginatif qu’espiĂšgle, Augustin Lusson, saisissent par leur vitalitĂ© inclassable : une exception Ă  classer dĂ©sormais aux cĂŽtĂ©s des opus de Leclair, Rameau, Mondonville
 Entretien exclusif pour classiquenews.com

 

 

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CD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates en trio, Iakovos Pappas (Maguelone, 2019)

clement-sonates-en-trio-pappas-lusson maguelone critique cd classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates (Maguelone, 2019). Le claveciniste Iakovos Pappas ne fait pas que ressusciter l’écriture audacieuse d’un crĂ©ateur français oubliĂ©, Charles François ClĂ©ment mort Ă  Paris en 1789. Il en explique trĂšs minutieusement les qualitĂ©s compositionnelles (plan, rĂ©fĂ©rences Ă  la danse, importance du rondeau, paritĂ© entre le violon et le clavecin, ce dernier comptant pour deux voix
). : l’auditeur mesure une conception et une pensĂ©e musicale aussi audacieuse voire complexe que Mondonville et 
 Rameau. ClĂ©ment a fait Ă©voluer le genre du Trio et de la musique instrumentale française au XVIIIĂš d’une maniĂšre marquante, par son originalitĂ© et sa fantaisie expĂ©rimentale. Avec la libertĂ© de ton des polĂ©mistes des LumiĂšres, le claveciniste n’oublie pas aussi dans la premiĂšre partie du livret d’épingler les prĂ©jugĂ©s et fausses croyances sur la musique baroque et le classicisme, n’hĂ©sitant pas Ă  mettre en doute aussi ceux qui jugent (les critiques) quand il ne faudrait pourtant que prendre en compte leeur argumentaiton et la lĂ©gitimitĂ© de leur autoritĂ© critique
 Livre cd Ă©vĂ©nement, CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020. Prochaine critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com. Parution numĂ©rique, dĂšs le 1er dĂ©cembre 2020 – Parution physique : 4 dĂ©cembre 2020. Plus d’infos sur le site du label Maguelone

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, annonce. Charles-François CLÉMENT (1720 – 1789) : Sonates en trio, Iakovos Pappas, clavecin / Augustin Lusson, violon (Maguelone, 2019) – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020 – 6 Sonates en trio, 1743 – Livre cd Maguelone MAG 358.435 – Enregistrement sept 2019 – durĂ©e : 1h10. Notice livret : essai “ConsidĂ©rations sur la lĂ©gitimitĂ© de l’autoritĂ© critique et son usurpation” par Iakovos Pappas.