COMPTE RENDU, concert baroque. PARIS, Philh le 21 déc 19. 40 ans des ARTS FLO / W Christie / P Agnew.

COMPTE RENDU, concert baroque. PARIS, Philh le 21 déc 19. 40 ans des ARTS FLO / W Christie / P Agnew. D’une soirée inoubliable, ne retenons que l’essentiel. Après une première partie copieuse, dédiée aux baroques anglais, sorte de chauffe progressive aux jalons savoureux dont des Haendel réjouissants, certains en italien (Alcina), la seconde partie gagne un surcroît d’implication comme de jeu complice, cette fois en jardin français : au programme précisément, Charpentier puis Rameau. D’abord, de Marc-Antoine, les interprètes chantent et jouent douceur et tendresse lumineuses des … Arts Florissants justement, oratorio qui leur a donné leur nom depuis la création de l’ensemble en 1979, où perce le dard ciselé, suave de la soprano visiblement enivrée par l’événement anniversaire Sandrine Piau… notre coloratoure baroque le plus fin. Appelant à l’harmonie amoureuse, lui répond le chÅ“ur en écho, concrétisant aujourd’hui ce collectif choral, en réalité des solistes qui compose chacun le relief et l’unité des Arts Florissants ; leur charme n’a cessé depuis leur début de nous enchanter. Ils mordent dans le verbe et la langue de Molière et de Racine avec une inflexion nerveuse idéale. ChÅ“ur précis et percutant, ce collectif piloté par son fondateur alterne ivresse hallucinante, torpeur d’un rêve et pétillante hargne, déterminée, vindicative… Tout cela s’agrège et prend sens sous la direction précise à la gestuelle extrêmement claire du chef William Christie.

Après tant de splendeurs collective, un air intimiste qui restitue la langue française à sa juste place : au cœur du Baroque qui nous occupe. Marc Mauillon, soliste dans la vaste salle Pierre Boulez, rayonne lui aussi, comme enivré dans un air de séduction et d’amour, accompagné par l’archiluth : de D’Ambruis « le doux silence de nos bois » (prononcez : « boèsses ») : l’amour y est pastoral. Trouble des oiseaux capables de voix complices plutôt que d’un chant familier ; fleurs, zéphyrs, saison qui frémit… : voici bien par ce chant articulé, souverain, l’apologie la plus aimable d’une Nature réenchantée (par la musique). C’est un appel à un épicurisme mesuré celui des tendres amours. Rêve, extase suspendue d’un chambrisme, introspectif : le charme opère. La séquence rappelle combien William Christie inscrit l’articulation et l’intelligibilité au cœur de son travail.

 

 

 

Pour les 40 ans des Arts Flo…

De Bill à Paul Agnew : une passation réussie

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Puis, plongée nocturne, non moins enchantée dans le songe d’Atys. Entre gravité et mélancolie voluptueuse (flûtes : traverso et flûte à bec), le sommeil s’épaissit, se déploie par la voix d’un trio d’hommes, les génies du sommeil. Lully peint un endormissement comme un ravissement, exprimant l’activité d’un psychisme prêt à s’enivrer. « Dormons » … le tableau saisit par la souplesse du son, l’effet d’un abandon halluciné, surtout l’équilibre des voix, parfaitement associées.

Changement de chef ensuite, car c’est bien d’une passation dont il s’agit, entre Bill Christie et Paul Agnew, nommé codirecteur des Arts Florissants. Pour les 40 ans de l’ensemble précisément.
D’abord l’ouverture de Platée est dirigée superbement par Paul Agnew qui a chanté le rôle titre (dernièrement sous la direction du regretté Jean-Claude Malgoire) ; la lecture est âpre et comme précipitée qui ne manque pas de rebonds ni de superbe éloquence… le geste du chef convainc totalement conférant même une ampleur symphonique à la partition.
Immédiatement, ce lever de rideau irrésistible est enchaîné avec l’air de la nymphe des marais : « que ce séjour est agréable, il est aimable »: s’y illustre en dragqueen façon cage aux folles, Marcel Beekmann qui connaît parfaitement le rôle pour l’avoir déjà chanté sous la direction de Bill Christie… languissante introspection en dialogue avec un orchestre détaillé, tendre, murmuré, d’une délectable précision discursive. Le chant est clair, droit et juste, incarnant cette gouaille trouble qui a fait la légende de son interprète créateur Jélyotte : entre candeur et liberté délurée. Le public rit beaucoup.

Le clou du spectacle demeure certainement ce qui suit : le grand air de la Folie à l’Acte II, parodie de l’opéra : sous la direction de Paul Agnew, s’affirment la force et la puissance expressive de l’orchestre conçu par Rameau le plus grand symphoniste français avant Berlioz par ses couleurs et ses accents. Voilà ce que l’on écoute et qui se révèle avec évidence.
La Folie c’est Sandrine Piau : « Formons les plus brillants concerts »… digne interprète de ce personnage délirant, au sommet de l’inspiration ramélienne, Piau, après les divas qui l’ont précédée (Massis, Delunsch…), mais la soprano de ce soir, affirme une musicalité rayonnante et un jeu affiné, sûr qui semble vouloir en découdre avec le maestro qu’elle n’hésitera pas d’ailleurs à écarter pour diriger elle même en fin de session, l’orchestre entier.

Très à l’aise, Paul Agnew communique un vrai sens du drame avec une interprète prête à tout, mais dans l’élégance… une walkyrie baroque dotée de moyens lyriques, dramatique et coloratoure ahurissants. L’intelligence, l’élégance, la souplesse au service du théâtre : cette joute entre Folie et chef restera dans les mémoires même si la diva n’a pas réalisé les aigus de la fin.

BILL revient pour les Indes Galantes, précisément pour l’entrée des Incas du Pérou. La partition exige le meilleur; elle nécessite de la finesse, une ivresse nostalgique et tendre ; c’est à dire un Rameau qui se souvient de Campra (celui de l’Europe Galante quand il inventait avant tous, au début du XVIIIè, le genre de l’opéra-ballet). Les couleurs, la palette des accents, la sonorité d’ensemble n’appellent que des suffrages ; on retrouve le geste des Arts Flo, à leur meilleur, dans une œuvre emblématique de leur histoire. Comme pour Haendel, le Rameau de Bill respire la sincérité, en une écriture dont il sait exprimer et le raffinement et la volupté souterraine. On aimerait encore être enivré ainsi pour les 40 ans qui viennent. Bon anniversaire chers Arts Flo. Que chacun reste à ce niveau d’excellence et de connivence.

Illustration : capture d’après le live réalisé le soir par la Philharmonie, que pouvait suivre en direct les internautes.

 

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REVOIR LE LIVE 40 ans des Arts Flo à la Philharmonie
ici :

 

 

 

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Récital baroque : Maud Gnidzaz chante Lambert, Le Camus, Charpentier…

gnidzaz-maud-soprano-chant-baroque-air-de-courMARCILLY sur Seine. RECITAL BAROQUE : Maud Gnidzaz chante Le Camus… Le 26 juin 2016, 18h30. Rien n’égale la secrète et sensuelle séduction des airs de cour français. La soprano Maud Gnidzaz chante ainsi l’amour baroque, et en dévoile les perles et les sommets signés dans la première moitié du XVIIè, Lambert, Le Camus, Charpentier. Familière de l’éloquence et des clés de la rhétorique française du premier Baroque (entre autres), Maud Gnidzaz, membre des Arts Florissants, défend avec la finesse que nous lui connaissons, l’expressivité ardente et pudique de chaque poème mis en musique. Ici le sentiment à peine dévoilé dit les tumultes du désir, l’irrésistible et souveraine aspiration de l’âme… force, violence, passion et tendresse des cÅ“urs épris. Qu’il soit blessures, peines, victoire ou jubilation, chaque poème est ainsi un petit drame, une miniature qui éblouit par sa grâce et sa puissance dramatique. Le charme opère, dans le talent de diseuse de la chanteuse, par la complicité naturelle et profonde que la voix tisse avec le luth (André Henrich, lui aussi partenaire habituel des Arts Florissants).

 

 

 

Airs de cour, airs d’amour…

 

 

 

Airs sérieux et à boire par Les Arts FlorissantsLAMBERT, LE CAMUS, CHARPENTIER… L’âge d’or du sentiment baroque. Composé sur de la poésie le plus souvent bucolique ou amoureuse, l’air de cour fut un genre intime très en vogue au XVIIème siècle dans les milieux aristocratiques. Il peut être chanté à plusieurs voix mais l’est le plus souvent par une voix seule, accompagnée au luth. Il participe ainsi, par l’abandon progressif de la polyphonie au profit de la voix soliste, à l’éclosion de l’opéra. Par le chant, l’expression s’intensifie, l’individualisation aussi et les situations évoquées produisent le plus souvent tout un parcours de sentiments d’une franchise souvent délectable. Il importe à l’interprète d’en exprimer les couleurs, le caractère émotionnel, l’intention profonde souvent inscrite dans l’intimité et la pudeur.

Michel Lambert (1610-1696), est l’un des maîtres du genre. Ses airs, souvent composés sur des poèmes de Quinault, sont emprunts d’une grande majesté. Sébastien Le Camus (1610-1677) quant à lui, s’est également essentiellement illustré par l’air de cour. Bien qu’il soit moins connu que Lambert, ses airs sont d’une beauté exceptionnelle, tantôt légers, tantôt d’une mélancolie touchante.
Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) a su renouveler le genre, qui sera peu à peu abandonné au cours de la deuxième moitié du XVIIème siècle, le menant vers les sommets de l’expressivité.
Le programme dévoile la diversité de l’air de cour, qui tour à tour se veut coquin, sérieux, mélancolique, voire dramatique, .. autant de défis stimulants pour l’interprète.
« Quelques grands airs connus sont donnés, comme le sublime “Ombre de mon amant” de Lambert, le si doux “Ah laissez moi rêver” de Charpentier, mais j’ai voulu laisser également la part belle à des airs moins connus. Ainsi :  « Je veux me plaindre”, “Laissez durer la nuit » de Le Camus entre autres, méritent d’être mis en lumière par leur beauté et leur intelligence musicale. André Henrich jouera également quelques pièces instrumentales », précise Maud Gnidzaz.

 

 

 

Maud Gnidzaz

Récital d’airs de cour français
(Lambert, Le Camus, Charpentier…)
pour voix seule et luth
Avec André Henrich, luth

Eglise de Marcilly-sur-Seine (Marne)
Dimanche 26 juin 2016 à 18h30
Billetterie sur place

 

 

 

Programme du récital
de Maud Gnidzaz et d’André Henrich :

Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Ah laissez moi rêver

Sébastien Le Camus (1610-1677), On n’entend rien dans ce bocage

Sébastien Le Camus, Ah fuyons ce dangereux séjour

Sébastien Le Camus, Je veux me plaindre

 Robert Ballard (1575-1645), Ballet de Monsieur le Dauphin

 Michel Lambert (1610-1696), Le rossignol que l’on admire

 Michel Lambert, Rochers, vous êtes sourds

 Marc-Antoine Charpentier,  Quoi, rien ne peut vous arrêter

 Jacques Gallot (ca1625-ca1695), courante la Cigogne, les Castagnettes

 Sébastien Le Camus, Laissez durer la nuit

 Sébastien Le Camus, L’hiver comme l’été

 Sébastien Le Camus, Que ta voix divine me touche

Honoré d’Ambruis (dates inconnues, disciple de Michel Lambert), Le doux silence de nos bois

Jacques Gallot, Tombeau du Maréchal de Turenne, Les Noces de village

 Michel Lambert, Si l’amour vous soumet

 Michel Lambert, Il n’est point d’amour sans peine

 Joseph Chabanceau de la Barre (1633-1678), Depuis quinze jusqu’à trente

 Marc-Antoine Charpentier, Sans frayeur dans ce bois

 Jacques Gallot, Sarabande La belle Chromatique

 Michel Lambert, Ombre de mon amant

 Michel Lambert, Par mes chants tristes et touchants
Michel Lambert, Vos mépris

 

 

VISITEZ le site de la soprano Maud Gnidzaz

 

 

LA PAGE FaceBook de MAUD GNIDZAZ 
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