CD événement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD événement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018). Londres : 1733-1737. Les années 1730 marquent l’essor du seria italien à Londres. Au point que les spectateurs londoniens arbitrent une émulation inédite entre deux créateurs, d’un théâtre à l’autre, chacun selon ses ressources propres. Deux compositeurs, deux goûts, deux esthétiques… Porpora le napolitain, Haendel / Handel le Saxon présentent simultanément à Londres leurs ouvrages respectifs, dans un esprit défricheur et d’estime réciproque, dont témoignent leurs opéras « italiens », goûtés par l’élite et le public londoniens. La guerre n’aura pas lieu, d’ailleurs comme le rappelle les interprètes ici, elle n’eut jamais lieu.
« Stille amare », extrait du Tolomeo de Handel était très admiré de Porpora… dont les cantates opus 1 étaient bien connues et plutôt très appréciées de Haendel. Estime réciproque avérée vous disait-on. De fait, le geste de Franck-Emmanuel Comte, fondateur de son ensemble sur instruments historiques, Le Concert de l’Hostel Dieu, souligne la noblesse des écritures, surtout leur plasticité expressive et leur essence dramatique.

En choisissant la soliste Giuseppina Bridelli, la réalisation insiste aussi sur l’articulation saisissante du texte, dans ses éclaircissements vocaux propres : la jeune diva proposant même sa propre résolution des vocalises, selon le témoigne de contemporains qui au XVIIIè ont laissé des écrits sur le chant des castrats … napolitains évidemment, pour lesquels ont composé Porpora comme Handel (cf variations da capo et section B pour Scherza infida d’Ariodante de Handel : superbe révélation du programme).
En 1733, Handel qui règne sur la scène lyrique londonienne doit subir la concurrence de l’Opera of Nobility qui invite Porpora. Le Prince de Galles Frederick souhaite mettre à l’affiche les plus grands chanteurs d’alors Francesca Cuzzoni, Senesino, Antonio Montagnana, et bien sûr Farinelli, dans des pièces composées directement par les Italiens, surtout Napolitains… d’où Porpora. Dès lors une rivalité, souvent exacerbée par les medias de l’époque, s’impose aux deux compositeurs ; Handel allant même jusqu’à démontrer son ouverture stylistique en intégrant des ballets français, avec le concours de la ballerine vedette Marie Sallé (cf les ballets ici joués de l’acte II d’Ariodante).
PORPORA HANDEL concert hostel dieu bridelli opera italien classiquenewsDramatique et d’une étonnante sensibilité orchestrale, Handel varie ses effets comme dans Alcina (Sta nell’ircana pietrosa tana) où Ruggiero en chasseur hésitant (alors chanté par Carestini) brille par sa virtuosité technique, une flexibilité vocale dont Giuseppina Bridelli transmet le feu et l’énergie expressive. Assurent alors pour sa performance incarnée, habitée, les instrumentistes du Concert de l’Hostel Dieu. C’est pour le chef et l’orchestre un retour éloquent aux sources de l’opéra baroque, une manière de revisiter ce qu’ils connaissaient déjà, et qu’ils réinvestissent avec feu et vérité.

 
 
 

LONDRES, 1733…
Handel / Porpora : essor du verbe incarné
Giuseppina Bridelli et Le Concert de l’HOSTEL DIEU

 
 
 

Le grand succès de ses années pour Porpora demeure Polifemo (écrit simultanément à Ariodante de Handel) qui regroupe les divos et divas d’alors : Cuzzoni, Mantagnana, Farinelli, Senesino, Francesca Bertolli, Maria Segatti. Giuseppini Bridelli en chante l’air de Calypso, amoureuse éperdue et admiratrice lumineuse d’Ulysse dont elle raconte alors l’exploit sur le cyclope géant Polyphème (Il gioir qualor s’aspetta, plage 10). Tout l’art de la jeune mezzo sait y fusionner la chair agile, ductile de sa technique et la justesse de ses intonations, celles d’un chant clair et explicite, qui suit avec intelligence et variations de nuances, le sens du texte (l’attente et l’espérance alimentent l’ardeur du désir).
Mais l’échec global de la venue de Porpora à Londres tient aux limites de la langue italienne : les récitatifs fussent-ils aussi ciselés que ceux de David dans l’oratorio (unique) David e Bersabea, ne suffirent pas à convaincre l’audience londonienne, trop volage ; on sait avec quel talent Handel recompose totalement son style en adoptant des recitatifs plus courts et en anglais. Le sens du verbe incarné défendu par Giuseppina Bridelli, la souple ardeur du continuo comme sculpté, nerveux, mordant, bondissant par Franck-Emmanuel Comte réussissent pourtant une superbe scène amoureuse (David exprime son amour naissant pour Bethsabée qu’il rencontre alors). Entre émoi et ravissement, le travail sur le texte et les couleurs de l’orchestre témoignent d’une vision et d’une conception très fouillées de la part des instrumentistes et du chef du Concert d’Hostel Dieu.

CLIC_macaron_2014On ne cesse de pesner, du début à la fin de ce programme, qu’ils ont eu bien raison de revenir aux fondamentaux du Baroque lyrique, le théâtre à la fois linguistique et coloratoure de Handel. L’intonation poétique sert avant tout le sens de la situation dramatique et la direction du texte : la franchise du chef de ce point de vue, son efficacité et sa poésie soulignent aussi chez Handel comme chez Porpora, à travers les exemples que nous avons mis en avant, tout ce qui caractérise et distingue l’un par rapport à l’autre. Entre un Handel obligé au renouvellement, et un Porpora ductile, naturellement agile mais contraint lui aussi à une nouvelle exigence dramatique et vocale, nous tenons dans ce récital lyrique, une claire évocation d’un âge d’or du seria italien à Londres. Magistrale réalisation pour un sujet original, idéalement explicité. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

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CD événement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS du mois d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

LIRE AUSSI notre présentation du cd DUEL / PORPORA vs HANDEL – Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-duel-porpora-and-handel-in-london-le-concert-de-lhostal-dieu-franck-emmanuel-comte-1cd-arcana-2018/

 
 
 
 
 
 

CD événement, annonce. DUEL, Porpora and Handel in London (Le Concert de l’HOSTEL DIEU, Franck Emmanuel Comte (1cd Arcana 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD événement, annonce. DUEL, Porpora and Handel in London (Le Concert de l’HOSTEL DIEU, Franck Emmanuel Comte (1cd Arcana 2018). Dans les faits, la rivalité entre les compagnies d’opéra dirigées par Handel et Porpora à Londres (1734-1737) s’expose outrageusement. La réalité est autres, car sur le plan strictement musical, il est plus approprié de parler d’estime réciproque car chacun d’eux admirait la musique de l’autre. Leur rivalité produit des effets artistiques majeurs : les opéras nouveaux Ariodante de Handel et Polifemo de Porpora sont des sommets lyriques (même si le second est moins joué que le premier…). Les compositeurs rivalisent de trouvailles et de nouvelles formes pour renouveler le genre et séduire le public londonien. Chacun peut s’appuyer sur le talent des chanteurs de sa troupe dont les fameux castrats (Farinelli, Senesino, Carestini…).

Le nouvel enregistrement du Concert de l’Hostel Dieu, dirigé par Franck-Emmanuel Comte évoque les méandres et les apports d’une relation intellectuelle et artistique complexe : plus qu’un duel, l’équation Handel / Porpora précise une étonnante émulation qui a profité à l’expressivité du genre lyrique; les interprètes proposent plusieurs exemples éloquents de chaque style (restituant aussi la vocalisation d’époque dans les reprises) ; offrent un tour d’horizon éloquent et superbement caractérisé de l’art vocal et lyrique au début du XVIIIè dans le genre seria. Chef et instrumentistes s’associent au mezzo-soprano ductile, expressif, articulé de Giuseppina Bridelli qui relève les défis de partitions aussi intenses dramatiquement que virtuoses sur le plan technique. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

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Tracklisting :

George Frideric Handel (1685-1759)
1. Sta nell’ircana pietrosa tana – Alcina HWV 34 (London, 1735)
Nicola Porpora (1686-1768)
2. Nume che reggi ’l mare – Arianna in Naxo (London, 1733 )
3. Dolce ̬ su queste alte mie logge a sera РDavid e Bersabea (London, 1734)
4. Fu del braccio onnipotente – David e Bersabea (London, 1734)
5-7. Ouverture – Polifemo (London, 1735)
8. A questa man verrà – Calcante e Achille (London, 1735)
George Frideric Handel
9. Scherza infida – Ariodante HWV 33 (London, 1735)
Nicola Porpora
10. Il gioir qualor s’aspetta – Polifemo (London, 1735)
George Frideric Handel
11-14. Suite de ballet – Ariodante HWV 33
Nicola Porpora
15. Alza al soglio i guardi – Mitridate (London, 1736)
George Frideric Handel
16. Inumano fratel, barbara madre – Tolomeo HWV 25 (London, 1728)
17. Stille amare, già vi sento – Tolomeo HWV 25 (London, 1728)
18. Quando piomba improvvisa saetta – Catone in Utica HWV A7 (London, 1732)

 

 

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DUEL : PORPORA ET HANDEL À LONDRES
Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano
LE CONCERT DE L’HOSTEL DIEU
Franck-Emmanuel Comte, direction
1 CD ARCANA – A 461 – 1 CD TT : 1h05mn

 

 

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LA VIDEO du cd DUEL

https://youtu.be/5RWzXj5y6Nw

 

 

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CONCERTS 2019
Duel, Handel vs Porpora :

Felicia Blumental International Festival, Tel Aviv (30 mars) I
Salle Molière, Lyon (7 avril) |
Handel Festival, Londres (8 avril) |
Handel-Festspiele, Halle (9 juin)
Festival Bach de Saint-Donat (11 août)

Folia : Theaterhaus, Stuttgart (2-3 juillet) |

Festival 1001 Notes en Limousin, Zenith de Limoges (20 juillet)
Sinfonia en Périgord, Périgueux (24 août)

 

 

+ d’infos sur le site du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU

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CD événement, annonce. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA)

stradella doriclea cd critique de marco arcana critique opera stradella critique concerts opera classiquenews musique classiqueCD événement, annonce. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA). Suite de l’intégrale des Å“uvres lyriques de l’immense Stradella. Installé à Gênes depuis décembre 1677, Alessandro Stradella n’en poursuit pas moins une intense activité de compositeur d’opéras pour l’élite romaine (la famille Orsini par exemple) dont plusieurs opéras vénitiens sur la scène du Teatro de Tordinona.
Ainsi sur les livrets de Lelio Orsini, Stradella compose la musique des oratorios Ester, Santa Edita et probablement San Giovanni Grisostomo : 3 ouvrages déjà réalisés et enregistrés par Andrea De Carlo dans le cadre de son cycle exemplaire STRADELLA PROJECT. Pour Stradella, Flavio Orsini fournit le texte de l’opéra Il Moro per amore et sûrement celui de la Doriclea ici enregistrée…
La composition remonterait au milieu des années 1670, et jusqu’en 1677 au moment où Stradella fuit à Venise. Avant Stradella, Cavalli a composé une Doriclea (1645); puis Vivaldi conçoit sa propre Doriclea (1716) mais à part leur titre, les autres compositions n’ont rien de commun avec l’opéra de Stradella.
STRADELLA alessandro stradellaOrsini s’inspire des drames de capes et d’épée légués par les écrivains espagnols où deux premiers couples nobles, (Doriclea, Soprano / Fidalbo, contralto ; et Lucinda, soprano et Celindo, ténor) évoquent dames et chevalier de la petite noblesse dont les profils croisent intrigues amoureuses et joutes d’honneur. Un 3ème couple, plébéien (serviteurs, gouvernante, soldats…) incarne la seconde action plus comique : ici Delfina, contralto et Giraldo, basse qui sont plus âgés, plus expérimentés et porteurs de « sagesses » et leçons de vie, souvent mordantes et savoureuses (selon le mélnages des genres et le cynisme de l’opéra vénitien du XVIIè) ; tous ont des costumes contemporains à ceux des spectateurs.
Au comble de l’illusion et des travestissements, Lindoro (Fidalbo déguisé et envoûté) manque de tuer sa bien aimée Doriclea (finale du III) , et c’est finalement la gouvernante Delfina (et son bon sens) qui déjouant les quiproquos, sauve l’héroïne Doriclea des menaces d’un amour ensorcelé. Les trois couples célèbrent l’harmonie recouvrée en fin d’action.
L’action sentimentale se déroule à la campagne (environs de Rome) devant une assemblée princière choisie et plutôt intimiste dans un cadre pastoral au printemps ou en automne. Ici Fidalbo l’agent de la folie presque meurtrière à l’air le plus complexe (Chi sa dove dimori la beltà à l’acte II). Rebondissements en tous genres, cynisme et délire parodique, réalisme poétique mais grinçant sur les passions humaines, sens du drame et raffinement musical, La Doriclea de Stradella mérite absolument ce très convaincant enregistrement. Un opus majeur au sein du STRADELLA PROJECT défendu avec art et vivacité par Andrea De Carlo. Grande critique à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana). Malgré des aigus qui dérapent dan se prologue la soprano fait une allégorie caractérisée invectivant, et prenant à témoin l’auditeur par la seule intensité de sa déclamation : voix longue et incisive qui impose un éclat en ouverture. L’Edita de Veronica Cangemi imposé un sens du texte et une très belle tenue accentuée malgré un timbre volée. La nobilta incandescente e lexcellentz soprano Francesca Aspromonte (jeune tempérament à suivre) accuse le relief d’une écriture très vocale car le génie de Stradella se dévoile surtout dans la conduite des récitatifs, vrais chantiers passionnants de cette intégrale en cours.
D’ailleurs on connaît l’engagement du continuiste Andrea De Carlo, soucieux d’une articulation juste et naturelle comme d’une intonation poétique Conforme à cette éloquence élégante et très sensuelle d’un Stradella maître de l’oratoirio du plein Seicento  (xvii ème Le très beau timbre racée fin de la basse bien chantante de Sergio Foresti complète un plateau de solistes très finement caractérisés.


STRADELLA-alessandro-stradellaSTRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE
. Après un cd très convaincant – malgré quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigé par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dédié aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inédit sur un sujet spécifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement écrite à Rome au début des années 1670 (reprises attestées en 1684 puis 1692). Créée en Italie lors du dernier festival Stradella à Nepi (probable cité natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en août 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance éblouit littéralement, sur le plan musical, grâce à une écriture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualité directe.

aspromonte francesca s200_francesca.aspromonteSur le plan artistique grâce à un plateau vocal qui réunit les jeunes talents du chant italien, l’Å“uvre peut scintiller par sa fine écriture expressive, soulignant le contraste né entre l’aspiration à la vie monastique et les tentations des séductions mondaines : entre les deux mondes, où penchera l’âme (faussement) tourmentée de la souveraine ? Ainsi rayonne l’irrésistible Francesca Aspromonte, Nobiltà (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rétablit aussi ce génie des récitatifs qui caractérise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des étoiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux réalisations au concert puis au disque critiquées par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beauté, servi par de jeunes chanteurs très impliqués. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase émotionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au désir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontée à plusieurs allégories : Umiltà (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando Guimãraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…
Toujours un souci du verbe agissant, un relief déclamatoire qui force l’admiration. Et témoigne du niveau vocal et de l’exigence globale défendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

Voix usée et ligne continue mais contournée (ports de voix) qui n’a pas le mordant piquant des voix plus jeunes qu’elle, Veronica Cangemi déploie une belle ligne d’une fragilité touchante, dans la seconde partie, à l’expressivité juste, rendant à Edith ce profil vacillant, fébrile, en proie au doute existentiel, emblème édifiant de la condition humaine.
Chacune de ses confrontations avec les allégories (Bellezza, Senso, Grandezza, Nobilità) se fait prise de conscience sur la vanité de toute forme de plaisir terrestre et sensuel : fastes, pompe, plaisir, … saisissante révélation et leçon de réalisme que condense la question d’Editta, énoncée, dans la seconde partie comme un leit motiv avant chaque apparition : ” Dite su, piacer, che siete ?” / Dîtes-moi Plaisir, qui êtes vous ?”…
Autant de questions / réponses qui jalonnent un rite de passage, celui du renoncement, véritable école de l’adieu et qui culmine dans l’air d’Editta (n°40) : “L’orme stampi veloce il piè…” / Que les pas, vite, foulent le sol… Tout célèbre le choix moral de la Reine qui a su renoncer au pouvoir, aux futilités terrestres et matérielles.

Vraie tempérament grave et caverneux, la basse Sergio Foresti éblouit par son sens du verbe éloquent, percutant sans boursouflures, sur un souffle naturellement expressif (Senso) ; les chanteurs savent caractériser tous sans exception les arêtes vives de leurs textes respectifs. Avec cet engagement prêt à prendre des risques et à s’exposer au delà d’une réalisation conforme sans âme ; de fait l’imprécation finale par Humilità (d’un sentiment de culpabilité excessive : – “qui sème la douleur, récolte le bonheur”) permet à la jeune soprano Claudia Di Carlo, de refermer le livre qu’elle avait ouvert, un Sybille embrasée, vive, nerveuse.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohérence vocale du plateau, du soutien subtilement caractérisé du continuo, voici l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours : l’oeuvre est passionnante, belle révélation du Festival Nepi 2015 joué pour son ouverture (le 30 août). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta, vergine e monaca, Regina d’Inghilterra. Oratorio pour 5 voix et basse continue. Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction (1 cd Arcana), enregistré en août 2015.

CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). STRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE. Après un cd très convaincant – malgré quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigé par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dédié aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inédit sur un sujet spécifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement écrite à Rome au début des années 1670 (reprises attestées en 1684 puis 1692). Créée en Italie lors du dernier festival Stradella à Nepi (probable cité natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en août 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance éblouit littéralement, sur le plan musical, grâce à une écriture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualité directe ; sur le plan artistique grâce à un plateau vocal qui réunit les jeunes talents du chant italien dont l’irrésistible Francesca Aspromonte, Nobiltà (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rétablit aussi ce génie des récitatifs qui caractérise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des étoiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux réalisations au concert puis au disque critiquées par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beauté, ici servi par de jeunes chanteurs très impliqués. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase émotionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au désir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontée à plusieurs allégories : Umiltà (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando Guimãraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…

Toujours un souci du verbe agissant, un relief déclamatoire qui force l’admiration. Et témoigne du niveau vocal et de l’exigence globale défendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohérence vocale du plateau, du soutien subtilement caractérisé du continuo, voici assurément l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016. CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). Prochaine critique développée dans le mag cd dvd livres de Classiquenews.com. Parution annoncée : le 10 mai 2016 (1 cd Arcana).

 

 

LIRE aussi notre critique complète du cd SAN GIOVANNI CRISOSTOMO de Stradella par Andrea de Carlo

LIRE aussi notre critique complète du cd La Forza delle Stelle (la Force des étoiles) de Stradella par Andrea de Carlo

 

 

MARE NOSTRUM : redécouvrir STRADELLA

 

 

 

Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux Orphée. Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. Angélique Mauillon, harpe double (1 cd Arcana 2015)

caccini peri li due orfei marc mauillon arcana baryton review presentation account of critique cd classiquenews clic de classsiquenews 517HSXhxs8L._SS280Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux Orphée. Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. Angélique Mauillon, harpe double (1 cd Arcana 2015). Voici un récital lyrique des plus aboutis : non seulement le baryton Marc Mauillon affirme sa maîtrise dans l’un des répertoires qui exposent le chanteur, mais porté par une belle complicité cultivée avec sa soeur harpiste Angélique, le baryton francais trouve le style et l’intonation les plus justes pour exprimer ce chant si subtil qui se précise à Florence à la fin du XVI  ème  siècle. Le chanteur excelle à ciseler ce premier bel canto qui exige souffle, parfaite intelligibilité, finesse expressive, élégance intérieure et affirmation dramatique… Chez Peri, l’éloquence du diseur enchante, séduit, envoûte. Son chant est d’un très beau relief  linguistique qui cisèle et sculpte chaque mot et relance l’acuité de chaque image et jeu linguistique qui lui sont liés. Caccini, l’aîné des deux compositeurs, impose un verbe plus viril et nerveux, puissant, déclamée mais non moins virtuose.

Diseur enchanté d’une saisissante flexibilité avec de surcroit un souffle souverain, le soliste déploie un exceptionnel abattage, un goût de la langue dramatique qui s’impose en modèle absolu ; doué d’aigus clairs et soutenus, le baryton saisit par sa diction précise, vivante, naturelle.  Un legato qui semble infini et surtout pour chaque séquence, une intonation idéale. Chez Caccini, on salue la langueur d’Amarilli  (8), l’étonnante déclamation puissante et d’une mâle sensualité qui dans l’épisode suivant Tutto ‘l Di piangi  (9) égale la vocalita déclamée de l’Orfeo montéverdien. C’est comme chez les cubistes, la parenté qui rapproche ici des tempéraments fraternels entre Jacopo Peri et Giulio Caccini semble parfois interchangeable comme s’il s’agissait de créateurs provenant du même atelier, – comme Picasso et Braque qui sans le concours de la correspondance seraient indiscernables. Ici même identité des langages, même absolue obsession du texte.

Mais la finesse de Marc Mauillon éclaire chacun d’une différence qu’il rend explicite ; le chanteur maîtrise absolument l’élégance aristocratique de l’articulation de chaque poème mais avec un sens de l’expression palpitante qui rend tout cela extrêmement vivant, avec un équilibre subtil et d’une rare intelligence entre expressivité, suggestivité, intelligibilité et sobre musicalité;  le charme de la  voix convainc sans les habituelles affèteries ou effets vocaux fréquents chez tant de ses confrères  (Odi Euterpe plage 10, sommet de son articulation vivante, ou le numéro 16 d’une verve précise et naturelle sur une mélodie vraie tube de l’époque). Or évidemment  le maniérisme et le surjeu si fréquents ailleurs sont totalement hors sujet.

L’écoute globale permet de distinguer ce qui fait la différence des styles de Caccini et de Peri : si ce dernier accuse accents et dramaturgie du verbe, on le sent nettement plus bavard, plus mou et moins efficace que son aîné, l’immense Caccini qui resserre toujours le discours à l’essentiel, architecture chaque séquence selon une grille harmonique d’une superbe évidence, dont les trouvailles mélodiques se renouvellent et se calent selon le sens de la situation. Pas de répétition mais une dramatisation qui suit l’itinéraire psychologique d’une très fine justesse.

CLIC_macaron_2014Chanteur lui même Caccini compte une intelligence du verbe lyrique et dramatique d’une sublime intelligence qui évidemment se rapproche du chant montéverdien. Réussir ce passage expressif et poétique aux multiples facettes expose  le chanteur ; et ici Marc Mauillon affirme un tempérament souverain et une maîtrise musicale qui imposent un goût et un style d’une sûre et irrésistible perfection. Rares les solistes du chant baroque formés dans le sérail des formations et académies historiquement informées; l’ex lauréat du Jardin des voix sait insufler et caractriser avec une belle intensité mais il sait surtout  suggérer;  sa finesse fait sa valeur et l’on s’étonne que les directeurs de casting ne lui donnent pas plus de grands rôles que cela. Il a pourtant lui aussi autant que Cyril Auvity (dont le récent album dédié au Cid est CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016), la carrure d’une héros opératique mais il est loin de compter des prises de rôles aussi prestigieuses et captivantes que son confrère ténor. Les directeurs et producteurs manqueraientls de discernement ?
Cet album est un joyau vocal baroque : la nouvelle référence du chant caccinien et la harpe polyphonique de sa soeur Angélique ne dépare pas dans ce florilège de délices ciselés entre musique et poésie, texte et musique.

aux origines de l’opéra italien, en ses premiers essais florentins autour de 1600

Marc Mauillon, chantre enchanté

A partir de deux recueils lyriques conçus par les intéressés : Le nuove musiche (1602) de Giulio Caccini, et Le varie musiche (1609) de Jacopo Peri, Marc Mauillon restitue la riche effervescence des nouveaux auteurs dramatiques, l’éloquente palette de registres émotionnels dont ils sont capables : langueur de l’amant délaissé, déclaration palpitante de l’amoureux conquérant (à Amarillis), confession d’un coeur toujours vaincu par la flèche d’Amour, extase caressante jusqu’à l’évanouissement (Torna, deh torna de Caccini, 12)… autant de défis pour l’inteprrète. Le programme éclaire considérablement cette élocution particulière née à Florence dans un contexte aristocratique où l’important est d’articuler et de rendre vivant le texte du poème, en un véritable drame où les sentiment sont portés comme jamais auparavant par une voix soliste.
L’individualisation, la caractérisation et l’incarnation sont primordiales et simultanément à la révolution picturale de la pleine Renaissance,  une nouvelle expression des passions humaines voit le jour : le stile rappresentativo (style monodique). C’est tout cela que le chant superbement clair et humanisé de Marc Mauillon met en lumière. Le surgissement du moi à travers un texte qui raconte non pas une narration mais projette et articule la force et l’engagement d’un témoignage (biens ouvent une épreuve amoureuse).

mauillon marc et angelique duo caccini peri portrait crtique cd classiquenews Capture d’écran 2016-02-22 à 10.26.49Les deux créateurs florentins, membre de la Camerata Bardi où se pressent aussi poètes, pense écrivains philosophes … incarnent avant Monteverdi l’âge d’or du chant baroque italien ; l’intelligentsia italienne se concentre alors sur les bords de l’Arno. Les deux frères rivaux nourrissent une relation quasi gémellaire, plutôt stimulante particulièrement créative, pour chacun d’entre eux. Jacopo Peri jouait l’orgue et des instruments à clavier, mais était également un chanteur reconnu. Même virtuosité polyvalente pour le ténor Giulio Caccini dont le génie du texte et de l’expressivité poétique nous paraît supérieur dans cette compétition / comparaison spécifiquement éloquente; le duo Mauillon frère et soeur  réactive aussi le caractère familial de la pratique musicale car le chanteur Peri ou Caccini s’accompagnait lui même ou était accompagné par un instrument polyphonique à cordes pincées joué par un membre de sa famille. Pour mesurer l’écart qui sépare les deux pensées musicales, un indice est livré dans “Tutto ‘l di piango” / Je pleure tout le jour…. un même poème différemment abordé par les deux compositeurs. Là où Peri (17) séduit dans la langueur d’une courtoise façon, le style ornementé mais franc (17) de Caccini s’impose par une déclamation virtuose qui s’affirme telle une question demeurée sans repos… soulignant certain mot clé (Lasso / Hélas) qui indique la pure lyre tragique qui résonne comme le dernier soupir halluciné d’un cÅ“ur trop éprouvé. Par sa finesse, sa subtilité, son intelligence, son naturel… Marc Mauillon signe un récital magistral. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

CLIC_macaron_2014Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux Orphée. Airs et mélodies de Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. Angélique Mauillon, harpe double (3 registres). 1 cd Arcana A 393 — Enregistrement réalisé en Pologne en février 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

MARC MAUILLON, baryton enchanteur

CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014)

STRADELLA san giovanni crisostomo oratorio recreation review compte rendu account of cd critique CLASSIQUENEWS septembre 2015 Mare nostrum Andrea De Carlo cd arcana arcanaa389-1CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014). Pas d’introduction fervente préparant l’auditeur dans les affres expressives entre vanité et vertu mais immédiatement un duo (entre deux conseillers impériaux de la Cour d’Eudoxie, soit comme la conversation et les commentaires de personnages secondaires) qui plonge dans l’acuité d’une action sacrée aussi ciselée que son oratorio déjà édité et mieux connu : San Giovanni Battista, véritable révélation qui alors confirmait l’autorité et la séduction d’un compositeur adulé en son temps, protégé par les grands dont la Reine Christine de Suède… Stradella révélé : voilà une gravure opportune qui vient accréditer l’originalité d’un tempérament qui sait sculpter la matière vocale avec une rare pertinence expressive car de toute évidence ici c’est essentiellement la langue des récitatifs qui porte la tension et la cohérence poétique comme la valeur méditative et spirituelle de l’oeuvre.

 

 

Favorisé par Innocent XI, Stradella compose un oratorio glorifiant le juste Crisostomo…

Joyau romain du XVIIème

Mare Nostrum en dévoile l’art sculptural des récitatifs

STRADELLA alessandro stradellaAntonio Stradella (1639-1689) marqua voire refaçonna selon son goût (immense) le genre de l’oratorio si fécond et florissant dans la Rome baroque (et ailleurs), celle de la fin du XVIIè, action sacrée aussi représentée dans les confraternités religieuses que dans les salons de la noblesse tels les Pamphili, Ottoboni, Ruspoli… Les “oratorios de palais” sont particulièrement prisés et aussi défendus par le pape lui-même : Innocent XI qui autour de 1680, se montre très exigeant voire interventionniste sur le genre lyrique : pour s’assurer de la conformité des drames joués en musique, il marqua sa préférence pour des livrets écrits par les cardinaux lettrés de la Rome pieuse et érudite. Les moyens investis sont importants et coûteux même pour des actions sacrées représentées dans les salons patriciens : décors, costumes, éléments scénographiques : c’est le cas de la Resurrezione de Haendel (1708) aboutissement emblématique de l’essor du genre, lui-même prolongeant naturellement ainsi tous les oratorios d’Alessandro Scarlatti (livrets du cardinal Pietro Ottoboni) représentés au Palais de la Chancellerie à Rome de 1693 à …1708.

 

 

L’art du récitatif
L’oratorio tend non à l’action et aux coups de théâtre comme à l’opéra, mais à la réflexion, voire la méditation sur les thèmes sacrés, et aussi sur les questions théologiques : le récitatif y est particulièrement ciselé et expressif pour articuler et projeter, colorer et nuancer les riches thématiques du sujet sacré. L’air plus lyrique et vocal met en avant un sentiment pour séduire l’assemblée. Avant sa trentaine, Stradella oeuvre à Rome (dès 1667) à l’Archiconfraternité du très saint crucifix (Archiconfraternità del Santissimo Crocifisso de Rome) de Rome que l’auteur avait rejoint en 1653. Le compositeur si finement dramatique, est apprécié de ses patrons, tous riches patriciens romains : Chigi, Pamphili, Aldobrandini, Altieri, Christine de Suède donc, récente convertie à la foi catholique, laquelle écrit le livret de sa sérénade, Il Damone. En totalité, Stradella compose 6 oratorios : San Giovanni Battista (1675), La Susanna (1681), Ester liberatrice, San Giovanni Crisostomo, San’Editta, vergine e monaca, enfin Santa Pelagia. Chaque partition relevant de la ferveur particulière du mécène commanditaire, d’où le choix de sainte martyre plutôt peu connue aujourd’hui….
L’oratorio San Giovanni Crisostomo est probablement lié au pontificat direct d’Innocent XI élu en 1676 (ex cardinal Benedetto Odescalchi) qui oeuvra particulièrement à affirmer l’autorité de l’Église face aux menaces musulmanes d’invasion. Giovanni Crisostomo, est évêque de Constantinople en 398 ap JC, chef de l’église orientale sous la pontificat d’Innocent I. C’est l’impératrice Eudoxie qui le déposa en 403 l’obligeant à l’exil en Arménie. Le livret d’un auteur inconnu souligne le conflit entre Crisostomo, apôtre du dénuement et de la vanité du pouvoir, et l’Impératrice Eudoxia, narcissique et vaniteuse, aidée de Théophile, évêque d’Alexandre et grand rival de Giovanni. Conflit entre “Bouche d’or” (car Giovanni Crisostomo était un orateur hors pair) et celle qui voulait se faire édifier une sculpture à son image pour être adorer telle une divinité terrestre, comme Impératrice de Byzance.
Dans la seconde partie, l’envoyé de Rome – donc du Pape, soutient Crisostomo dans sa lutte contre l’arrogance des grands. Puis quand Giovanni exhorte les puissants à l’humilité, la réponse est sans appel de la part de l’Impératrice : combat et détermination politique. Giovanni sera exilé.

Une écriture dramatique et contrastée proche du texte. La diversité des formes vocales (duos, trios pour les conseillers impériaux, associant aussi les protagonistes : Giovanni/l’envoyé romain, Théophile/idem, etc… ), la vitalité contrastées des airs (finalement très courts mais d’autant plus expressifs et intenses, la richesse des caractères de chaque séquence, cette maîtrise emblématique et exceptionnelle du récitatif stradellien, défendent ici une partition somptueuse qui mérite par sa force dramatique et sa grande énergie expressive, la présente exhumation. Dans son unique air, Crisostomo disparaît de la scène au II, laissant désormais l’envoyé de Rome et la suite de Théophile développer l’enseignement allégorique de l’oratorio. Comme toujours l’apothéose des élus et des justes n’a pas lieu sur cette terre. Et la grandeur morale n’est révélée qu’après leur mort ou leur destitution.

 

 

Les palmes de la caractérisation vont à la basse Matteo Bellotto dans le rôle-titre ; ampleur, souffle, profondeur et justesse stylistique, avec une articulation limpide et claire. Sa partenaire dans le rôle d’Eudosia, -Arianna Venditelli-, aux aigus durs et parfois stridents voire déchirés, si elle ne manque d’abattage et de flexibilité, manque surtout de finesse et de nuances, de saine mesure dans son approche globale : moins d’agressivité et d’acidité auraient gagner à incarner une Eudosia à l’oposé de ce profil systématiquement hystérique (une vraie harpie déchaînée : on a bien compris la diabolisation exemplaire de l’arrogance politique mais à surjouer ainsi, la charge devient caricaturale et parfois inaudible). Fin, racé, souple lui aussi le Teofile du ténor Luca Cervoni s’affirme comme l’excellent contre-ténor Filippo Mineccia dans le rôle vertueux et sage de l’envoyé de Rome.

CLIC D'OR macaron 200Continuo chambriste mais expressif et nuancé, récitatifs ciselés (un vrai travail de caractérisation et de clarification linguistique a été mené : il porte ses fruits de toute évidence), prise de son valorisant les voix tout en conservant une bonne balance avec les instruments font la valeur de cette recréation qui atteste – en doutions-nous réellement ?-, de l’exceptionnelle intelligence dramatique d’un compositeur savant et sensuel, l’inestimable Stradella. Une initiative méritoire du festival Stradella de Nepi (Italie), ville natale du compositeur dans le cadre de son Stradella Project porté par Andrea De Carlo, directeur musical de Mare Nostrum. Malgré nos réserves sur le chant d’Eudosia, la réalisation suscite un CLIC de classiquenews pour le mois de septembre 2015.

 

 

Cd, compte rendu critique. Alessandro Stradella (1644-82) : San Giovanni Crisostomo, Rome vers 1670. Ensemble Mare Nostrum. Andrea de Carlo, direction. 1 cd Aracana 3760195733899. Enregistrement en septembre 2014.

 

 

VOIR sur le reportage vidéo dédié à la recréation de San Giovanni Crisostomo, oratorio de Alessandro Stradella (réalisé en septembre 2014 à Nepi (Italie)

 

 

Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013).

stradella serenata forza delle stelleCD. Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013). Malgré son titre poétique et qui renvoie aux étoiles, le sujet de ce passionnant ouvrage est une Serenata conçue pour la délectation voire la jubilation littéraire de son commanditaire, la Reine Christine de Suède ; la partition de Stradella éblouit par sa maîtrise des modulations tonales d’une richesse expressive souvent irrésistible, alors que les couleurs de l’orchestre, divisé en Concertino et Concerto Grosso-, se réduisent pourtant à un collectif de cordes seules.
L’Å“uvre frappe par sa franche expressivité poétique que le relief et le caractère des deux voix principales (Damone et Clori : Nora Tabbusch et Claudia Di Carlo), les deux amants en effusion renforce, dévoilant et l’art superlatif de Stradella, et la sensibilité de son patron : la Reine Christine de Suède qui à Rome, s’étant convertie au catholicisme, favorise une cour personnelle particulièrement raffinée, autant par le talent des musiciens qu’elle engage, que l’exigence littéraire et poétique défendue auprès des écrivains qui lui fournissent livrets et textes; ayant renoncé au trône suédois dès 1654, menant grand train dans la cité pontificale dès 1655, Christine permet en 1671, l’ouverture à Rome du premier opéra public… inauguré par le Scipione Africano de … Stradella.  Ainsi Rome avant Venise, et 5 avant la Sérénissime-, ouvrait son premier théâtre lyrique public et payant, preuve étant faite que le nouveau genre musical emblématique de l’âge baroque, avait trouvé son public, suscitant désormais une nouvelle économie du spectacle.
Sebastiano Baldini écrit le scénario d’une Sérénade souhaitée par la Reine dont le sujet délibère à la façon d’un cénacle de lettrés, – en écho à l’Accademia littéraire et artistique fondée par la Reine à Rome-, des diverses vertus et méfaits de l’amour. Les deux amants alanguis sont bientôt rejoints par un groupe de passants, 5 participants, qui chacun, témoigne de sa propre vision et expérience amoureuse…

Si le continuo ou la Sinfonia d’ouverture mériteraient engagement plus finement canalisé (le Balletto s’enlise par manque de vigueur et de tenue sur la durée), le choix du plateau vocal fait tout le sel de cette lecture caractérisée et expressive, où l’acidité parfois aigre des deux voix aiguës principales rend vie et sang à un texte aux riches références poétiques et mythologiques; la version retenue ici est celle à 7 personnages (selon le manuscrit conservé à Turin). La basse (Mauro Borgioni) comme le ténor ajoute une palette de timbres vocaux idéalement mordants et flexibles. Leur souci du verbe à travers l’étonnante diversité des recitatifs stradelliens fait mouche : la tension linguistique porte autant que la musique l’intense portée poétique de l’ouvrage. La beauté de la musique et le génie dramatique de Stradella éclatent dans une partition qui méritait totalement d’être ainsi redécouverte et qui a fait la réussite d’une soirée mémorable au festival Alessandro Stradella.

Alessandro Stradella : La forza delle stelle. Ensemble Mare Nostrum. Andre De Carlo, direction. Enregistrement réalisé à Nepi (Viterbe, Italie) en septembre 2013.  1 cd Arcana.

CD. Marco Marazzoli : Occhi Belli, occhi neri… Cantates romaines (1 cd Arcana)

CD. Marco Marazzoli : Occhi Belli, occhi neri… Cantates romaines (1 cd Arcana)   …    Attaché au service du cardinal Chigi entre autres, Marco Marazolli exprime l’éloquente et flamboyante ferveur romaine du premier baroque. Mort en 1662, le compositeur ne cesse à chacune des gravures qui lui sont dédiées, de saisir par sa sensualité souveraine et conquérante, son sens de la déclamation linguistique, une attention particulière et souvent géniale au dramatisme lumineux du texte, entre tendresse, extase, ravissement : n’écoutez que la cantate à voce sola, Sopra la rosa : le texte d’une mordante acuité sur la fugacité et la fragilité de toute beauté, surtout si elle s’effeuille ou se livre trop vite est un sommet de la passion langoureuse de ce baroque romain dont Marazzoli demeure ainsi le champion sans égal.
Il aurait pu devenir un génie de l’opéra (de fait quelques ouvrages profanes …) mais sa langue et son vocabulaire demeurent surtout l’esthétique sacrée en conformité avec ses donneurs d’ordre, les personnalités éminentes de la Curie romaine. Les cardinaux avaient un goût déraisonnable pour la musique souvent d’une sensualité trouble… grand bien pour nos oreilles contemporaines car (re)découvrir l’ardente prière de Marazzoli à travers le chant suave et palpitant de la soprano au nom cinématographique Solitud de la Rosa (traduisez : Solitude de la Rose : un poème en soi) suscite une expérience musicale et émotionnelle d’une belle intensité (enthousiasme adouci sévèrement dans les duos car sa consÅ“ur ne partage pas cette éclat musical). La diva nous rappelle la fraîcheur incandescente des cantatrices incarnées, embrasées qui l’ont précédée : les espagnoles comme elles  Maria Bayo, ou Marta Almajano, et plus proche encore (toujours chantante) Roberta Invernizzi…  un chant franc, parfois touché par la grâce…  réhabilite ici l’écriture d’un compositeur qui attend toujours sa juste reconnaissance.

 

 

Marazzoli et le clan Barberini

 

marazzoli_marco_occhi-belli,occhi-neri_cd_arcanaCe malgré les extravagances sincères de l’historiographe Pier Maria  Capponi (décédé en 1973) et qui militait pour la redécouverte de Marco tout en se disant sa propre réincarnation ! Jusqu’en 1644, Marazzoli sert au mieux le goût du clan Barberini très mélomane (surtout Antonio Barberini, neveu du pontife), surtout évidemment le pape Urbain VIII : goût ” français ” pour les violes de gambes (plutôt que la lire da braccio plus italiennes), pour les castrats (c’est le temps de Landi et de son oratorio pour divos : Sant’Alessio), et faveur pour Marco Marazzoli, célébré comme compositeur et aussi pour ses talents de harpistes virtuose (comme Landi). Un célèbre tableau de Giovanni Lanfranco représente l’instrument préféré des Barberini, une toile que posséda personnellement Marazzoli, lui-même comme ses mécènes et patrons, collectionneurs de tableaux. Le succès se précise immédiatement après la création en 1639 de son opéra Chi soffre speri (Qui souffre, espère … déclaration emblématique de toute la religion catholique), dont l’intermezzo entre autres, La Fiera di Farfa lui valut un triomphe immédiat.
Sous le règne fastueux d’Urbain VIII, Marazzoli laisse plus de 400 cantates dont le duo Rosina e Olindo est ici emblématique d’un chant à deux voix au texte à multiples entrées et clés de compréhension. L’expressivité et les coups de théâtre intensément dramatiques (que cultive le compositeur dans ses ouvrages pour le théâtre) s’affirment en particulier dans Mi fate pur ridere (Maintenant vous me faîtes rire) où les nombreuses onomatopées expriment les cascades de rires qui s’emparent du cÅ“ur amoureux, conscient des vertiges suscités par la passion. Très vite, la renommée de Marco dépasse Rome, des commandes lui parviennent de Venise et Ferrare. Même Mazarin en France le sollicite et il n’est pas impossible qu’en 1643, Marazzoli participe à la création en France de La Finta pazza (la fausse folle). Après l’éléection d’Innoncent X, les Barberini fuient Rome et trouve refuge en France, accueilli par Mazarin.  Marazzoli souffre alors de la perte de ses principaux employeurs.
A partir de 1650, le style du compositeur change, à la faveur de son goût pour les textes de Sebastiano Baldini, membre de l’Académie des humoristes. Avec l’avènement du successeur d’Innoncent X, Alexandre VII (1655), les Barberini reviennent à Rome et le compositeur retrouve la période fastueuse des années 1630 et 1640. En témoigne la première cantate du programme Salutate il nuovo Aprile écrite pour l’élection d’Alexandre VII dont l’ivresse vocale et sa suprême sensualité, la gravité aussi de certaines références poétiques du texte … font oublier le conventionnel d’une commande officielle. De toute évidence, voici l’autre meilleur morceau de ce récital lyrique très convaincant.
Oublions surtout les pièces pour violes, assez ennuyeuses (signées Cherubino Waesich) qui manquent d’une sérieuse approche impliquée, a contrario des épisodes chantés. Savourez comme nous l’ineffable effusion tendre de la cantate Sopra la rosa, superbe lamento caché, de  plus de 10 minutes, certainement écrit pour honorer une défunte trop tôt fauchée et peut-être aimée de notre compositeur. La clé du mystère Marazzoli se trouve toute entière dans ce chef d’oeuvre d’incarnation et d’exacerbation raffinées. Le programme vaut surtout pour ses trouvailles vocales à ranger parmi les meilleures réalisations dédiées à Marazzoli.

Maro Marazzoli, ca 1605 Р1662. Occhi belli, occhi neri. Cantates romaines. Soledad de la Rosa, soprano. Ensemble Mare Nostrum. Enregistr̩ en 2011. 1 cd Arcana A 370. Dur̩e : 55mn.

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