CD événement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD événement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018). Londres : 1733-1737. Les années 1730 marquent l’essor du seria italien à Londres. Au point que les spectateurs londoniens arbitrent une émulation inédite entre deux créateurs, d’un théâtre à l’autre, chacun selon ses ressources propres. Deux compositeurs, deux goûts, deux esthétiques… Porpora le napolitain, Haendel / Handel le Saxon présentent simultanément à Londres leurs ouvrages respectifs, dans un esprit défricheur et d’estime réciproque, dont témoignent leurs opéras « italiens », goûtés par l’élite et le public londoniens. La guerre n’aura pas lieu, d’ailleurs comme le rappelle les interprètes ici, elle n’eut jamais lieu.
« Stille amare », extrait du Tolomeo de Handel était très admiré de Porpora… dont les cantates opus 1 étaient bien connues et plutôt très appréciées de Haendel. Estime réciproque avérée vous disait-on. De fait, le geste de Franck-Emmanuel Comte, fondateur de son ensemble sur instruments historiques, Le Concert de l’Hostel Dieu, souligne la noblesse des écritures, surtout leur plasticité expressive et leur essence dramatique.

En choisissant la soliste Giuseppina Bridelli, la réalisation insiste aussi sur l’articulation saisissante du texte, dans ses éclaircissements vocaux propres : la jeune diva proposant même sa propre résolution des vocalises, selon le témoigne de contemporains qui au XVIIIè ont laissé des écrits sur le chant des castrats … napolitains évidemment, pour lesquels ont composé Porpora comme Handel (cf variations da capo et section B pour Scherza infida d’Ariodante de Handel : superbe révélation du programme).
En 1733, Handel qui règne sur la scène lyrique londonienne doit subir la concurrence de l’Opera of Nobility qui invite Porpora. Le Prince de Galles Frederick souhaite mettre à l’affiche les plus grands chanteurs d’alors Francesca Cuzzoni, Senesino, Antonio Montagnana, et bien sûr Farinelli, dans des pièces composées directement par les Italiens, surtout Napolitains… d’où Porpora. Dès lors une rivalité, souvent exacerbée par les medias de l’époque, s’impose aux deux compositeurs ; Handel allant même jusqu’à démontrer son ouverture stylistique en intégrant des ballets français, avec le concours de la ballerine vedette Marie Sallé (cf les ballets ici joués de l’acte II d’Ariodante).
PORPORA HANDEL concert hostel dieu bridelli opera italien classiquenewsDramatique et d’une étonnante sensibilité orchestrale, Handel varie ses effets comme dans Alcina (Sta nell’ircana pietrosa tana) où Ruggiero en chasseur hésitant (alors chanté par Carestini) brille par sa virtuosité technique, une flexibilité vocale dont Giuseppina Bridelli transmet le feu et l’énergie expressive. Assurent alors pour sa performance incarnée, habitée, les instrumentistes du Concert de l’Hostel Dieu. C’est pour le chef et l’orchestre un retour éloquent aux sources de l’opéra baroque, une manière de revisiter ce qu’ils connaissaient déjà, et qu’ils réinvestissent avec feu et vérité.

 
 
 

LONDRES, 1733…
Handel / Porpora : essor du verbe incarné
Giuseppina Bridelli et Le Concert de l’HOSTEL DIEU

 
 
 

Le grand succès de ses années pour Porpora demeure Polifemo (écrit simultanément à Ariodante de Handel) qui regroupe les divos et divas d’alors : Cuzzoni, Mantagnana, Farinelli, Senesino, Francesca Bertolli, Maria Segatti. Giuseppini Bridelli en chante l’air de Calypso, amoureuse éperdue et admiratrice lumineuse d’Ulysse dont elle raconte alors l’exploit sur le cyclope géant Polyphème (Il gioir qualor s’aspetta, plage 10). Tout l’art de la jeune mezzo sait y fusionner la chair agile, ductile de sa technique et la justesse de ses intonations, celles d’un chant clair et explicite, qui suit avec intelligence et variations de nuances, le sens du texte (l’attente et l’espérance alimentent l’ardeur du désir).
Mais l’échec global de la venue de Porpora à Londres tient aux limites de la langue italienne : les récitatifs fussent-ils aussi ciselés que ceux de David dans l’oratorio (unique) David e Bersabea, ne suffirent pas à convaincre l’audience londonienne, trop volage ; on sait avec quel talent Handel recompose totalement son style en adoptant des recitatifs plus courts et en anglais. Le sens du verbe incarné défendu par Giuseppina Bridelli, la souple ardeur du continuo comme sculpté, nerveux, mordant, bondissant par Franck-Emmanuel Comte réussissent pourtant une superbe scène amoureuse (David exprime son amour naissant pour Bethsabée qu’il rencontre alors). Entre émoi et ravissement, le travail sur le texte et les couleurs de l’orchestre témoignent d’une vision et d’une conception très fouillées de la part des instrumentistes et du chef du Concert d’Hostel Dieu.

CLIC_macaron_2014On ne cesse de pesner, du début à la fin de ce programme, qu’ils ont eu bien raison de revenir aux fondamentaux du Baroque lyrique, le théâtre à la fois linguistique et coloratoure de Handel. L’intonation poétique sert avant tout le sens de la situation dramatique et la direction du texte : la franchise du chef de ce point de vue, son efficacité et sa poésie soulignent aussi chez Handel comme chez Porpora, à travers les exemples que nous avons mis en avant, tout ce qui caractérise et distingue l’un par rapport à l’autre. Entre un Handel obligé au renouvellement, et un Porpora ductile, naturellement agile mais contraint lui aussi à une nouvelle exigence dramatique et vocale, nous tenons dans ce récital lyrique, une claire évocation d’un âge d’or du seria italien à Londres. Magistrale réalisation pour un sujet original, idéalement explicité. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS du mois d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

LIRE AUSSI notre prĂ©sentation du cd DUEL / PORPORA vs HANDEL – Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-duel-porpora-and-handel-in-london-le-concert-de-lhostal-dieu-franck-emmanuel-comte-1cd-arcana-2018/

 
 
 
 
 
 

CD événement, annonce. DUEL, Porpora and Handel in London (Le Concert de l’HOSTEL DIEU, Franck Emmanuel Comte (1cd Arcana 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD événement, annonce. DUEL, Porpora and Handel in London (Le Concert de l’HOSTEL DIEU, Franck Emmanuel Comte (1cd Arcana 2018). Dans les faits, la rivalité entre les compagnies d’opéra dirigées par Handel et Porpora à Londres (1734-1737) s’expose outrageusement. La réalité est autres, car sur le plan strictement musical, il est plus approprié de parler d’estime réciproque car chacun d’eux admirait la musique de l’autre. Leur rivalité produit des effets artistiques majeurs : les opéras nouveaux Ariodante de Handel et Polifemo de Porpora sont des sommets lyriques (même si le second est moins joué que le premier…). Les compositeurs rivalisent de trouvailles et de nouvelles formes pour renouveler le genre et séduire le public londonien. Chacun peut s’appuyer sur le talent des chanteurs de sa troupe dont les fameux castrats (Farinelli, Senesino, Carestini…).

Le nouvel enregistrement du Concert de l’Hostel Dieu, dirigé par Franck-Emmanuel Comte évoque les méandres et les apports d’une relation intellectuelle et artistique complexe : plus qu’un duel, l’équation Handel / Porpora précise une étonnante émulation qui a profité à l’expressivité du genre lyrique; les interprètes proposent plusieurs exemples éloquents de chaque style (restituant aussi la vocalisation d’époque dans les reprises) ; offrent un tour d’horizon éloquent et superbement caractérisé de l’art vocal et lyrique au début du XVIIIè dans le genre seria. Chef et instrumentistes s’associent au mezzo-soprano ductile, expressif, articulé de Giuseppina Bridelli qui relève les défis de partitions aussi intenses dramatiquement que virtuoses sur le plan technique. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

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Tracklisting :

George Frideric Handel (1685-1759)
1. Sta nell’ircana pietrosa tana – Alcina HWV 34 (London, 1735)
Nicola Porpora (1686-1768)
2. Nume che reggi ’l mare – Arianna in Naxo (London, 1733 )
3. Dolce è su queste alte mie logge a sera – David e Bersabea (London, 1734)
4. Fu del braccio onnipotente – David e Bersabea (London, 1734)
5-7. Ouverture – Polifemo (London, 1735)
8. A questa man verrĂ  – Calcante e Achille (London, 1735)
George Frideric Handel
9. Scherza infida – Ariodante HWV 33 (London, 1735)
Nicola Porpora
10. Il gioir qualor s’aspetta – Polifemo (London, 1735)
George Frideric Handel
11-14. Suite de ballet – Ariodante HWV 33
Nicola Porpora
15. Alza al soglio i guardi – Mitridate (London, 1736)
George Frideric Handel
16. Inumano fratel, barbara madre – Tolomeo HWV 25 (London, 1728)
17. Stille amare, giĂ  vi sento – Tolomeo HWV 25 (London, 1728)
18. Quando piomba improvvisa saetta – Catone in Utica HWV A7 (London, 1732)

 

 

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DUEL : PORPORA ET HANDEL À LONDRES
Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano
LE CONCERT DE L’HOSTEL DIEU
Franck-Emmanuel Comte, direction
1 CD ARCANA – A 461 – 1 CD TT : 1h05mn

 

 

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LA VIDEO du cd DUEL

https://youtu.be/5RWzXj5y6Nw

 

 

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CONCERTS 2019
Duel, Handel vs Porpora :

Felicia Blumental International Festival, Tel Aviv (30 mars) I
Salle Molière, Lyon (7 avril) |
Handel Festival, Londres (8 avril) |
Handel-Festspiele, Halle (9 juin)
Festival Bach de Saint-Donat (11 août)

Folia : Theaterhaus, Stuttgart (2-3 juillet) |

Festival 1001 Notes en Limousin, Zenith de Limoges (20 juillet)
Sinfonia en Périgord, Périgueux (24 août)

 

 

+ d’infos sur le site du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU

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CD événement, annonce. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA)

stradella doriclea cd critique de marco arcana critique opera stradella critique concerts opera classiquenews musique classiqueCD Ă©vĂ©nement, annonce. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA). Suite de l’intĂ©grale des Ĺ“uvres lyriques de l’immense Stradella. InstallĂ© Ă  GĂŞnes depuis dĂ©cembre 1677, Alessandro Stradella n’en poursuit pas moins une intense activitĂ© de compositeur d’opĂ©ras pour l’Ă©lite romaine (la famille Orsini par exemple) dont plusieurs opĂ©ras vĂ©nitiens sur la scène du Teatro de Tordinona.
Ainsi sur les livrets de Lelio Orsini, Stradella compose la musique des oratorios Ester, Santa Edita et probablement San Giovanni Grisostomo : 3 ouvrages dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©s et enregistrĂ©s par Andrea De Carlo dans le cadre de son cycle exemplaire STRADELLA PROJECT. Pour Stradella, Flavio Orsini fournit le texte de l’opĂ©ra Il Moro per amore et sĂ»rement celui de la Doriclea ici enregistrĂ©e…
La composition remonterait au milieu des annĂ©es 1670, et jusqu’en 1677 au moment oĂą Stradella fuit Ă  Venise. Avant Stradella, Cavalli a composĂ© une Doriclea (1645); puis Vivaldi conçoit sa propre Doriclea (1716) mais Ă  part leur titre, les autres compositions n’ont rien de commun avec l’opĂ©ra de Stradella.
STRADELLA alessandro stradellaOrsini s’inspire des drames de capes et d’Ă©pĂ©e lĂ©guĂ©s par les Ă©crivains espagnols oĂą deux premiers couples nobles, (Doriclea, Soprano / Fidalbo, contralto ; et Lucinda, soprano et Celindo, tĂ©nor) Ă©voquent dames et chevalier de la petite noblesse dont les profils croisent intrigues amoureuses et joutes d’honneur. Un 3ème couple, plĂ©bĂ©ien (serviteurs, gouvernante, soldats…) incarne la seconde action plus comique : ici Delfina, contralto et Giraldo, basse qui sont plus âgĂ©s, plus expĂ©rimentĂ©s et porteurs de « sagesses » et leçons de vie, souvent mordantes et savoureuses (selon le mĂ©lnages des genres et le cynisme de l’opĂ©ra vĂ©nitien du XVIIè) ; tous ont des costumes contemporains Ă  ceux des spectateurs.
Au comble de l’illusion et des travestissements, Lindoro (Fidalbo dĂ©guisĂ© et envoĂ»tĂ©) manque de tuer sa bien aimĂ©e Doriclea (finale du III) , et c’est finalement la gouvernante Delfina (et son bon sens) qui dĂ©jouant les quiproquos, sauve l’hĂ©roĂŻne Doriclea des menaces d’un amour ensorcelĂ©. Les trois couples cĂ©lèbrent l’harmonie recouvrĂ©e en fin d’action.
L’action sentimentale se dĂ©roule Ă  la campagne (environs de Rome) devant une assemblĂ©e princière choisie et plutĂ´t intimiste dans un cadre pastoral au printemps ou en automne. Ici Fidalbo l’agent de la folie presque meurtrière Ă  l’air le plus complexe (Chi sa dove dimori la beltĂ  Ă  l’acte II). Rebondissements en tous genres, cynisme et dĂ©lire parodique, rĂ©alisme poĂ©tique mais grinçant sur les passions humaines, sens du drame et raffinement musical, La Doriclea de Stradella mĂ©rite absolument ce très convaincant enregistrement. Un opus majeur au sein du STRADELLA PROJECT dĂ©fendu avec art et vivacitĂ© par Andrea De Carlo. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana). MalgrĂ© des aigus qui dĂ©rapent dan se prologue la soprano fait une allĂ©gorie caractĂ©risĂ©e invectivant, et prenant Ă  tĂ©moin l’auditeur par la seule intensitĂ© de sa dĂ©clamation : voix longue et incisive qui impose un Ă©clat en ouverture. L’Edita de Veronica Cangemi imposĂ© un sens du texte et une très belle tenue accentuĂ©e malgrĂ© un timbre volĂ©e. La nobilta incandescente e lexcellentz soprano Francesca Aspromonte (jeune tempĂ©rament Ă  suivre) accuse le relief d’une Ă©criture très vocale car le gĂ©nie de Stradella se dĂ©voile surtout dans la conduite des rĂ©citatifs, vrais chantiers passionnants de cette intĂ©grale en cours.
D’ailleurs on connaĂ®t l’engagement du continuiste Andrea De Carlo, soucieux d’une articulation juste et naturelle comme d’une intonation poĂ©tique Conforme Ă  cette Ă©loquence Ă©lĂ©gante et très sensuelle d’un Stradella maĂ®tre de l’oratoirio du plein Seicento  (xvii ème Le très beau timbre racĂ©e fin de la basse bien chantante de Sergio Foresti complète un plateau de solistes très finement caractĂ©risĂ©s.


STRADELLA-alessandro-stradellaSTRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE
. Après un cd très convaincant – malgrĂ© quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigĂ© par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dĂ©diĂ© aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inĂ©dit sur un sujet spĂ©cifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement Ă©crite Ă  Rome au dĂ©but des annĂ©es 1670 (reprises attestĂ©es en 1684 puis 1692). CrĂ©Ă©e en Italie lors du dernier festival Stradella Ă  Nepi (probable citĂ© natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en aoĂ»t 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance Ă©blouit littĂ©ralement, sur le plan musical, grâce Ă  une Ă©criture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualitĂ© directe.

aspromonte francesca s200_francesca.aspromonteSur le plan artistique grâce Ă  un plateau vocal qui rĂ©unit les jeunes talents du chant italien, l’Ĺ“uvre peut scintiller par sa fine Ă©criture expressive, soulignant le contraste nĂ© entre l’aspiration Ă  la vie monastique et les tentations des sĂ©ductions mondaines : entre les deux mondes, oĂą penchera l’âme (faussement) tourmentĂ©e de la souveraine ? Ainsi rayonne l’irrĂ©sistible Francesca Aspromonte, NobiltĂ  (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rĂ©tablit aussi ce gĂ©nie des rĂ©citatifs qui caractĂ©rise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des Ă©toiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux rĂ©alisations au concert puis au disque critiquĂ©es par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beautĂ©, servi par de jeunes chanteurs très impliquĂ©s. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase Ă©motionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au dĂ©sir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontĂ©e Ă  plusieurs allĂ©gories : UmiltĂ  (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando GuimĂŁraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…
Toujours un souci du verbe agissant, un relief dĂ©clamatoire qui force l’admiration. Et tĂ©moigne du niveau vocal et de l’exigence globale dĂ©fendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

Voix usĂ©e et ligne continue mais contournĂ©e (ports de voix) qui n’a pas le mordant piquant des voix plus jeunes qu’elle, Veronica Cangemi dĂ©ploie une belle ligne d’une fragilitĂ© touchante, dans la seconde partie, Ă  l’expressivitĂ© juste, rendant Ă  Edith ce profil vacillant, fĂ©brile, en proie au doute existentiel, emblème Ă©difiant de la condition humaine.
Chacune de ses confrontations avec les allĂ©gories (Bellezza, Senso, Grandezza, NobilitĂ ) se fait prise de conscience sur la vanitĂ© de toute forme de plaisir terrestre et sensuel : fastes, pompe, plaisir, … saisissante rĂ©vĂ©lation et leçon de rĂ©alisme que condense la question d’Editta, Ă©noncĂ©e, dans la seconde partie comme un leit motiv avant chaque apparition : ” Dite su, piacer, che siete ?” / DĂ®tes-moi Plaisir, qui ĂŞtes vous ?”…
Autant de questions / rĂ©ponses qui jalonnent un rite de passage, celui du renoncement, vĂ©ritable Ă©cole de l’adieu et qui culmine dans l’air d’Editta (n°40) : “L’orme stampi veloce il piè…” / Que les pas, vite, foulent le sol… Tout cĂ©lèbre le choix moral de la Reine qui a su renoncer au pouvoir, aux futilitĂ©s terrestres et matĂ©rielles.

Vraie tempĂ©rament grave et caverneux, la basse Sergio Foresti Ă©blouit par son sens du verbe Ă©loquent, percutant sans boursouflures, sur un souffle naturellement expressif (Senso) ; les chanteurs savent caractĂ©riser tous sans exception les arĂŞtes vives de leurs textes respectifs. Avec cet engagement prĂŞt Ă  prendre des risques et Ă  s’exposer au delĂ  d’une rĂ©alisation conforme sans âme ; de fait l’imprĂ©cation finale par HumilitĂ  (d’un sentiment de culpabilitĂ© excessive : – “qui sème la douleur, rĂ©colte le bonheur”) permet Ă  la jeune soprano Claudia Di Carlo, de refermer le livre qu’elle avait ouvert, un Sybille embrasĂ©e, vive, nerveuse.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohĂ©rence vocale du plateau, du soutien subtilement caractĂ©risĂ© du continuo, voici l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours : l’oeuvre est passionnante, belle rĂ©vĂ©lation du Festival Nepi 2015 jouĂ© pour son ouverture (le 30 aoĂ»t). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta, vergine e monaca, Regina d’Inghilterra. Oratorio pour 5 voix et basse continue. Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction (1 cd Arcana), enregistrĂ© en aoĂ»t 2015.

CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). STRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE. Après un cd très convaincant – malgrĂ© quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigĂ© par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dĂ©diĂ© aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inĂ©dit sur un sujet spĂ©cifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement Ă©crite Ă  Rome au dĂ©but des annĂ©es 1670 (reprises attestĂ©es en 1684 puis 1692). CrĂ©Ă©e en Italie lors du dernier festival Stradella Ă  Nepi (probable citĂ© natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en aoĂ»t 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance Ă©blouit littĂ©ralement, sur le plan musical, grâce Ă  une Ă©criture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualitĂ© directe ; sur le plan artistique grâce Ă  un plateau vocal qui rĂ©unit les jeunes talents du chant italien dont l’irrĂ©sistible Francesca Aspromonte, NobiltĂ  (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rĂ©tablit aussi ce gĂ©nie des rĂ©citatifs qui caractĂ©rise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des Ă©toiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux rĂ©alisations au concert puis au disque critiquĂ©es par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beautĂ©, ici servi par de jeunes chanteurs très impliquĂ©s. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase Ă©motionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au dĂ©sir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontĂ©e Ă  plusieurs allĂ©gories : UmiltĂ  (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando GuimĂŁraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…

Toujours un souci du verbe agissant, un relief dĂ©clamatoire qui force l’admiration. Et tĂ©moigne du niveau vocal et de l’exigence globale dĂ©fendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohĂ©rence vocale du plateau, du soutien subtilement caractĂ©risĂ© du continuo, voici assurĂ©ment l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016. CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le mag cd dvd livres de Classiquenews.com. Parution annoncĂ©e : le 10 mai 2016 (1 cd Arcana).

 

 

LIRE aussi notre critique complète du cd SAN GIOVANNI CRISOSTOMO de Stradella par Andrea de Carlo

LIRE aussi notre critique complète du cd La Forza delle Stelle (la Force des étoiles) de Stradella par Andrea de Carlo

 

 

MARE NOSTRUM : redécouvrir STRADELLA

 

 

 

Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux Orphée. Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. Angélique Mauillon, harpe double (1 cd Arcana 2015)

caccini peri li due orfei marc mauillon arcana baryton review presentation account of critique cd classiquenews clic de classsiquenews 517HSXhxs8L._SS280Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux OrphĂ©e. Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. AngĂ©lique Mauillon, harpe double (1 cd Arcana 2015). Voici un rĂ©cital lyrique des plus aboutis : non seulement le baryton Marc Mauillon affirme sa maĂ®trise dans l’un des rĂ©pertoires qui exposent le chanteur, mais portĂ© par une belle complicitĂ© cultivĂ©e avec sa soeur harpiste AngĂ©lique, le baryton francais trouve le style et l’intonation les plus justes pour exprimer ce chant si subtil qui se prĂ©cise Ă  Florence Ă  la fin du XVI  ème  siècle. Le chanteur excelle Ă  ciseler ce premier bel canto qui exige souffle, parfaite intelligibilitĂ©, finesse expressive, Ă©lĂ©gance intĂ©rieure et affirmation dramatique… Chez Peri, l’Ă©loquence du diseur enchante, sĂ©duit, envoĂ»te. Son chant est d’un très beau relief  linguistique qui cisèle et sculpte chaque mot et relance l’acuitĂ© de chaque image et jeu linguistique qui lui sont liĂ©s. Caccini, l’aĂ®nĂ© des deux compositeurs, impose un verbe plus viril et nerveux, puissant, dĂ©clamĂ©e mais non moins virtuose.

Diseur enchantĂ© d’une saisissante flexibilitĂ© avec de surcroit un souffle souverain, le soliste dĂ©ploie un exceptionnel abattage, un goĂ»t de la langue dramatique qui s’impose en modèle absolu ; douĂ© d’aigus clairs et soutenus, le baryton saisit par sa diction prĂ©cise, vivante, naturelle.  Un legato qui semble infini et surtout pour chaque sĂ©quence, une intonation idĂ©ale. Chez Caccini, on salue la langueur d’Amarilli  (8), l’Ă©tonnante dĂ©clamation puissante et d’une mâle sensualitĂ© qui dans l’Ă©pisode suivant Tutto ‘l Di piangi  (9) Ă©gale la vocalita dĂ©clamĂ©e de l’Orfeo montĂ©verdien. C’est comme chez les cubistes, la parentĂ© qui rapproche ici des tempĂ©raments fraternels entre Jacopo Peri et Giulio Caccini semble parfois interchangeable comme s’il s’agissait de crĂ©ateurs provenant du mĂŞme atelier, – comme Picasso et Braque qui sans le concours de la correspondance seraient indiscernables. Ici mĂŞme identitĂ© des langages, mĂŞme absolue obsession du texte.

Mais la finesse de Marc Mauillon Ă©claire chacun d’une diffĂ©rence qu’il rend explicite ; le chanteur maĂ®trise absolument l’Ă©lĂ©gance aristocratique de l’articulation de chaque poème mais avec un sens de l’expression palpitante qui rend tout cela extrĂŞmement vivant, avec un Ă©quilibre subtil et d’une rare intelligence entre expressivitĂ©, suggestivitĂ©, intelligibilitĂ© et sobre musicalitĂ©;  le charme de la  voix convainc sans les habituelles affèteries ou effets vocaux frĂ©quents chez tant de ses confrères  (Odi Euterpe plage 10, sommet de son articulation vivante, ou le numĂ©ro 16 d’une verve prĂ©cise et naturelle sur une mĂ©lodie vraie tube de l’Ă©poque). Or Ă©videmment  le maniĂ©risme et le surjeu si frĂ©quents ailleurs sont totalement hors sujet.

L’Ă©coute globale permet de distinguer ce qui fait la diffĂ©rence des styles de Caccini et de Peri : si ce dernier accuse accents et dramaturgie du verbe, on le sent nettement plus bavard, plus mou et moins efficace que son aĂ®nĂ©, l’immense Caccini qui resserre toujours le discours Ă  l’essentiel, architecture chaque sĂ©quence selon une grille harmonique d’une superbe Ă©vidence, dont les trouvailles mĂ©lodiques se renouvellent et se calent selon le sens de la situation. Pas de rĂ©pĂ©tition mais une dramatisation qui suit l’itinĂ©raire psychologique d’une très fine justesse.

CLIC_macaron_2014Chanteur lui mĂŞme Caccini compte une intelligence du verbe lyrique et dramatique d’une sublime intelligence qui Ă©videmment se rapproche du chant montĂ©verdien. RĂ©ussir ce passage expressif et poĂ©tique aux multiples facettes expose  le chanteur ; et ici Marc Mauillon affirme un tempĂ©rament souverain et une maĂ®trise musicale qui imposent un goĂ»t et un style d’une sĂ»re et irrĂ©sistible perfection. Rares les solistes du chant baroque formĂ©s dans le sĂ©rail des formations et acadĂ©mies historiquement informĂ©es; l’ex laurĂ©at du Jardin des voix sait insufler et caractriser avec une belle intensitĂ© mais il sait surtout  suggĂ©rer;  sa finesse fait sa valeur et l’on s’Ă©tonne que les directeurs de casting ne lui donnent pas plus de grands rĂ´les que cela. Il a pourtant lui aussi autant que Cyril Auvity (dont le rĂ©cent album dĂ©diĂ© au Cid est CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016), la carrure d’une hĂ©ros opĂ©ratique mais il est loin de compter des prises de rĂ´les aussi prestigieuses et captivantes que son confrère tĂ©nor. Les directeurs et producteurs manqueraientls de discernement ?
Cet album est un joyau vocal baroque : la nouvelle référence du chant caccinien et la harpe polyphonique de sa soeur Angélique ne dépare pas dans ce florilège de délices ciselés entre musique et poésie, texte et musique.

aux origines de l’opĂ©ra italien, en ses premiers essais florentins autour de 1600

Marc Mauillon, chantre enchanté

A partir de deux recueils lyriques conçus par les intĂ©ressĂ©s : Le nuove musiche (1602) de Giulio Caccini, et Le varie musiche (1609) de Jacopo Peri, Marc Mauillon restitue la riche effervescence des nouveaux auteurs dramatiques, l’Ă©loquente palette de registres Ă©motionnels dont ils sont capables : langueur de l’amant dĂ©laissĂ©, dĂ©claration palpitante de l’amoureux conquĂ©rant (Ă  Amarillis), confession d’un coeur toujours vaincu par la flèche d’Amour, extase caressante jusqu’Ă  l’Ă©vanouissement (Torna, deh torna de Caccini, 12)… autant de dĂ©fis pour l’inteprrète. Le programme Ă©claire considĂ©rablement cette Ă©locution particulière nĂ©e Ă  Florence dans un contexte aristocratique oĂą l’important est d’articuler et de rendre vivant le texte du poème, en un vĂ©ritable drame oĂą les sentiment sont portĂ©s comme jamais auparavant par une voix soliste.
L’individualisation, la caractĂ©risation et l’incarnation sont primordiales et simultanĂ©ment Ă  la rĂ©volution picturale de la pleine Renaissance,  une nouvelle expression des passions humaines voit le jour : le stile rappresentativo (style monodique). C’est tout cela que le chant superbement clair et humanisĂ© de Marc Mauillon met en lumière. Le surgissement du moi Ă  travers un texte qui raconte non pas une narration mais projette et articule la force et l’engagement d’un tĂ©moignage (biens ouvent une Ă©preuve amoureuse).

mauillon marc et angelique duo caccini peri portrait crtique cd classiquenews Capture d’écran 2016-02-22 Ă  10.26.49Les deux crĂ©ateurs florentins, membre de la Camerata Bardi oĂą se pressent aussi poètes, pense Ă©crivains philosophes … incarnent avant Monteverdi l’âge d’or du chant baroque italien ; l’intelligentsia italienne se concentre alors sur les bords de l’Arno. Les deux frères rivaux nourrissent une relation quasi gĂ©mellaire, plutĂ´t stimulante particulièrement crĂ©ative, pour chacun d’entre eux. Jacopo Peri jouait l’orgue et des instruments Ă  clavier, mais Ă©tait Ă©galement un chanteur reconnu. MĂŞme virtuositĂ© polyvalente pour le tĂ©nor Giulio Caccini dont le gĂ©nie du texte et de l’expressivitĂ© poĂ©tique nous paraĂ®t supĂ©rieur dans cette compĂ©tition / comparaison spĂ©cifiquement Ă©loquente; le duo Mauillon frère et soeur  rĂ©active aussi le caractère familial de la pratique musicale car le chanteur Peri ou Caccini s’accompagnait lui mĂŞme ou Ă©tait accompagnĂ© par un instrument polyphonique Ă  cordes pincĂ©es jouĂ© par un membre de sa famille. Pour mesurer l’Ă©cart qui sĂ©pare les deux pensĂ©es musicales, un indice est livrĂ© dans “Tutto ‘l di piango” / Je pleure tout le jour…. un mĂŞme poème diffĂ©remment abordĂ© par les deux compositeurs. LĂ  oĂą Peri (17) sĂ©duit dans la langueur d’une courtoise façon, le style ornementĂ© mais franc (17) de Caccini s’impose par une dĂ©clamation virtuose qui s’affirme telle une question demeurĂ©e sans repos… soulignant certain mot clĂ© (Lasso / HĂ©las) qui indique la pure lyre tragique qui rĂ©sonne comme le dernier soupir hallucinĂ© d’un cĹ“ur trop Ă©prouvĂ©. Par sa finesse, sa subtilitĂ©, son intelligence, son naturel… Marc Mauillon signe un rĂ©cital magistral. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

CLIC_macaron_2014Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux OrphĂ©e. Airs et mĂ©lodies de Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. AngĂ©lique Mauillon, harpe double (3 registres). 1 cd Arcana A 393 — Enregistrement rĂ©alisĂ© en Pologne en fĂ©vrier 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

MARC MAUILLON, baryton enchanteur

CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014)

STRADELLA san giovanni crisostomo oratorio recreation review compte rendu account of cd critique CLASSIQUENEWS septembre 2015 Mare nostrum Andrea De Carlo cd arcana arcanaa389-1CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014). Pas d’introduction fervente prĂ©parant l’auditeur dans les affres expressives entre vanitĂ© et vertu mais immĂ©diatement un duo (entre deux conseillers impĂ©riaux de la Cour d’Eudoxie, soit comme la conversation et les commentaires de personnages secondaires) qui plonge dans l’acuitĂ© d’une action sacrĂ©e aussi ciselĂ©e que son oratorio dĂ©jĂ  Ă©ditĂ© et mieux connu : San Giovanni Battista, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation qui alors confirmait l’autoritĂ© et la sĂ©duction d’un compositeur adulĂ© en son temps, protĂ©gĂ© par les grands dont la Reine Christine de Suède… Stradella rĂ©vĂ©lĂ© : voilĂ  une gravure opportune qui vient accrĂ©diter l’originalitĂ© d’un tempĂ©rament qui sait sculpter la matière vocale avec une rare pertinence expressive car de toute Ă©vidence ici c’est essentiellement la langue des rĂ©citatifs qui porte la tension et la cohĂ©rence poĂ©tique comme la valeur mĂ©ditative et spirituelle de l’oeuvre.

 

 

FavorisĂ© par Innocent XI, Stradella compose un oratorio glorifiant le juste Crisostomo…

Joyau romain du XVIIème

Mare Nostrum en dĂ©voile l’art sculptural des rĂ©citatifs

STRADELLA alessandro stradellaAntonio Stradella (1639-1689) marqua voire refaçonna selon son goĂ»t (immense) le genre de l’oratorio si fĂ©cond et florissant dans la Rome baroque (et ailleurs), celle de la fin du XVIIè, action sacrĂ©e aussi reprĂ©sentĂ©e dans les confraternitĂ©s religieuses que dans les salons de la noblesse tels les Pamphili, Ottoboni, Ruspoli… Les “oratorios de palais” sont particulièrement prisĂ©s et aussi dĂ©fendus par le pape lui-mĂŞme : Innocent XI qui autour de 1680, se montre très exigeant voire interventionniste sur le genre lyrique : pour s’assurer de la conformitĂ© des drames jouĂ©s en musique, il marqua sa prĂ©fĂ©rence pour des livrets Ă©crits par les cardinaux lettrĂ©s de la Rome pieuse et Ă©rudite. Les moyens investis sont importants et coĂ»teux mĂŞme pour des actions sacrĂ©es reprĂ©sentĂ©es dans les salons patriciens : dĂ©cors, costumes, Ă©lĂ©ments scĂ©nographiques : c’est le cas de la Resurrezione de Haendel (1708) aboutissement emblĂ©matique de l’essor du genre, lui-mĂŞme prolongeant naturellement ainsi tous les oratorios d’Alessandro Scarlatti (livrets du cardinal Pietro Ottoboni) reprĂ©sentĂ©s au Palais de la Chancellerie Ă  Rome de 1693 Ă  …1708.

 

 

L’art du rĂ©citatif
L’oratorio tend non Ă  l’action et aux coups de théâtre comme Ă  l’opĂ©ra, mais Ă  la rĂ©flexion, voire la mĂ©ditation sur les thèmes sacrĂ©s, et aussi sur les questions thĂ©ologiques : le rĂ©citatif y est particulièrement ciselĂ© et expressif pour articuler et projeter, colorer et nuancer les riches thĂ©matiques du sujet sacrĂ©. L’air plus lyrique et vocal met en avant un sentiment pour sĂ©duire l’assemblĂ©e. Avant sa trentaine, Stradella oeuvre Ă  Rome (dès 1667) Ă  l’ArchiconfraternitĂ© du très saint crucifix (ArchiconfraternitĂ  del Santissimo Crocifisso de Rome) de Rome que l’auteur avait rejoint en 1653. Le compositeur si finement dramatique, est apprĂ©ciĂ© de ses patrons, tous riches patriciens romains : Chigi, Pamphili, Aldobrandini, Altieri, Christine de Suède donc, rĂ©cente convertie Ă  la foi catholique, laquelle Ă©crit le livret de sa sĂ©rĂ©nade, Il Damone. En totalitĂ©, Stradella compose 6 oratorios : San Giovanni Battista (1675), La Susanna (1681), Ester liberatrice, San Giovanni Crisostomo, San’Editta, vergine e monaca, enfin Santa Pelagia. Chaque partition relevant de la ferveur particulière du mĂ©cène commanditaire, d’oĂą le choix de sainte martyre plutĂ´t peu connue aujourd’hui….
L’oratorio San Giovanni Crisostomo est probablement liĂ© au pontificat direct d’Innocent XI Ă©lu en 1676 (ex cardinal Benedetto Odescalchi) qui oeuvra particulièrement Ă  affirmer l’autoritĂ© de l’Église face aux menaces musulmanes d’invasion. Giovanni Crisostomo, est Ă©vĂŞque de Constantinople en 398 ap JC, chef de l’Ă©glise orientale sous la pontificat d’Innocent I. C’est l’impĂ©ratrice Eudoxie qui le dĂ©posa en 403 l’obligeant Ă  l’exil en ArmĂ©nie. Le livret d’un auteur inconnu souligne le conflit entre Crisostomo, apĂ´tre du dĂ©nuement et de la vanitĂ© du pouvoir, et l’ImpĂ©ratrice Eudoxia, narcissique et vaniteuse, aidĂ©e de ThĂ©ophile, Ă©vĂŞque d’Alexandre et grand rival de Giovanni. Conflit entre “Bouche d’or” (car Giovanni Crisostomo Ă©tait un orateur hors pair) et celle qui voulait se faire Ă©difier une sculpture Ă  son image pour ĂŞtre adorer telle une divinitĂ© terrestre, comme ImpĂ©ratrice de Byzance.
Dans la seconde partie, l’envoyĂ© de Rome – donc du Pape, soutient Crisostomo dans sa lutte contre l’arrogance des grands. Puis quand Giovanni exhorte les puissants Ă  l’humilitĂ©, la rĂ©ponse est sans appel de la part de l’ImpĂ©ratrice : combat et dĂ©termination politique. Giovanni sera exilĂ©.

Une Ă©criture dramatique et contrastĂ©e proche du texte. La diversitĂ© des formes vocales (duos, trios pour les conseillers impĂ©riaux, associant aussi les protagonistes : Giovanni/l’envoyĂ© romain, ThĂ©ophile/idem, etc… ), la vitalitĂ© contrastĂ©es des airs (finalement très courts mais d’autant plus expressifs et intenses, la richesse des caractères de chaque sĂ©quence, cette maĂ®trise emblĂ©matique et exceptionnelle du rĂ©citatif stradellien, dĂ©fendent ici une partition somptueuse qui mĂ©rite par sa force dramatique et sa grande Ă©nergie expressive, la prĂ©sente exhumation. Dans son unique air, Crisostomo disparaĂ®t de la scène au II, laissant dĂ©sormais l’envoyĂ© de Rome et la suite de ThĂ©ophile dĂ©velopper l’enseignement allĂ©gorique de l’oratorio. Comme toujours l’apothĂ©ose des Ă©lus et des justes n’a pas lieu sur cette terre. Et la grandeur morale n’est rĂ©vĂ©lĂ©e qu’après leur mort ou leur destitution.

 

 

Les palmes de la caractĂ©risation vont Ă  la basse Matteo Bellotto dans le rĂ´le-titre ; ampleur, souffle, profondeur et justesse stylistique, avec une articulation limpide et claire. Sa partenaire dans le rĂ´le d’Eudosia, -Arianna Venditelli-, aux aigus durs et parfois stridents voire dĂ©chirĂ©s, si elle ne manque d’abattage et de flexibilitĂ©, manque surtout de finesse et de nuances, de saine mesure dans son approche globale : moins d’agressivitĂ© et d’aciditĂ© auraient gagner Ă  incarner une Eudosia Ă  l’oposĂ© de ce profil systĂ©matiquement hystĂ©rique (une vraie harpie dĂ©chaĂ®nĂ©e : on a bien compris la diabolisation exemplaire de l’arrogance politique mais Ă  surjouer ainsi, la charge devient caricaturale et parfois inaudible). Fin, racĂ©, souple lui aussi le Teofile du tĂ©nor Luca Cervoni s’affirme comme l’excellent contre-tĂ©nor Filippo Mineccia dans le rĂ´le vertueux et sage de l’envoyĂ© de Rome.

CLIC D'OR macaron 200Continuo chambriste mais expressif et nuancĂ©, rĂ©citatifs ciselĂ©s (un vrai travail de caractĂ©risation et de clarification linguistique a Ă©tĂ© menĂ© : il porte ses fruits de toute Ă©vidence), prise de son valorisant les voix tout en conservant une bonne balance avec les instruments font la valeur de cette recrĂ©ation qui atteste – en doutions-nous rĂ©ellement ?-, de l’exceptionnelle intelligence dramatique d’un compositeur savant et sensuel, l’inestimable Stradella. Une initiative mĂ©ritoire du festival Stradella de Nepi (Italie), ville natale du compositeur dans le cadre de son Stradella Project portĂ© par Andrea De Carlo, directeur musical de Mare Nostrum. MalgrĂ© nos rĂ©serves sur le chant d’Eudosia, la rĂ©alisation suscite un CLIC de classiquenews pour le mois de septembre 2015.

 

 

Cd, compte rendu critique. Alessandro Stradella (1644-82) : San Giovanni Crisostomo, Rome vers 1670. Ensemble Mare Nostrum. Andrea de Carlo, direction. 1 cd Aracana 3760195733899. Enregistrement en septembre 2014.

 

 

VOIR sur le reportage vidéo dédié à la recréation de San Giovanni Crisostomo, oratorio de Alessandro Stradella (réalisé en septembre 2014 à Nepi (Italie)

 

 

Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013).

stradella serenata forza delle stelleCD. Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013). MalgrĂ© son titre poĂ©tique et qui renvoie aux Ă©toiles, le sujet de ce passionnant ouvrage est une Serenata conçue pour la dĂ©lectation voire la jubilation littĂ©raire de son commanditaire, la Reine Christine de Suède ; la partition de Stradella Ă©blouit par sa maĂ®trise des modulations tonales d’une richesse expressive souvent irrĂ©sistible, alors que les couleurs de l’orchestre, divisĂ© en Concertino et Concerto Grosso-, se rĂ©duisent pourtant Ă  un collectif de cordes seules.
L’Ĺ“uvre frappe par sa franche expressivitĂ© poĂ©tique que le relief et le caractère des deux voix principales (Damone et Clori : Nora Tabbusch et Claudia Di Carlo), les deux amants en effusion renforce, dĂ©voilant et l’art superlatif de Stradella, et la sensibilitĂ© de son patron : la Reine Christine de Suède qui Ă  Rome, s’Ă©tant convertie au catholicisme, favorise une cour personnelle particulièrement raffinĂ©e, autant par le talent des musiciens qu’elle engage, que l’exigence littĂ©raire et poĂ©tique dĂ©fendue auprès des Ă©crivains qui lui fournissent livrets et textes; ayant renoncĂ© au trĂ´ne suĂ©dois dès 1654, menant grand train dans la citĂ© pontificale dès 1655, Christine permet en 1671, l’ouverture Ă  Rome du premier opĂ©ra public… inaugurĂ© par le Scipione Africano de … Stradella.  Ainsi Rome avant Venise, et 5 avant la SĂ©rĂ©nissime-, ouvrait son premier théâtre lyrique public et payant, preuve Ă©tant faite que le nouveau genre musical emblĂ©matique de l’âge baroque, avait trouvĂ© son public, suscitant dĂ©sormais une nouvelle Ă©conomie du spectacle.
Sebastiano Baldini Ă©crit le scĂ©nario d’une SĂ©rĂ©nade souhaitĂ©e par la Reine dont le sujet dĂ©libère Ă  la façon d’un cĂ©nacle de lettrĂ©s, – en Ă©cho Ă  l’Accademia littĂ©raire et artistique fondĂ©e par la Reine Ă  Rome-, des diverses vertus et mĂ©faits de l’amour. Les deux amants alanguis sont bientĂ´t rejoints par un groupe de passants, 5 participants, qui chacun, tĂ©moigne de sa propre vision et expĂ©rience amoureuse…

Si le continuo ou la Sinfonia d’ouverture mĂ©riteraient engagement plus finement canalisĂ© (le Balletto s’enlise par manque de vigueur et de tenue sur la durĂ©e), le choix du plateau vocal fait tout le sel de cette lecture caractĂ©risĂ©e et expressive, oĂą l’aciditĂ© parfois aigre des deux voix aiguĂ«s principales rend vie et sang Ă  un texte aux riches rĂ©fĂ©rences poĂ©tiques et mythologiques; la version retenue ici est celle Ă  7 personnages (selon le manuscrit conservĂ© Ă  Turin). La basse (Mauro Borgioni) comme le tĂ©nor ajoute une palette de timbres vocaux idĂ©alement mordants et flexibles. Leur souci du verbe Ă  travers l’Ă©tonnante diversitĂ© des recitatifs stradelliens fait mouche : la tension linguistique porte autant que la musique l’intense portĂ©e poĂ©tique de l’ouvrage. La beautĂ© de la musique et le gĂ©nie dramatique de Stradella Ă©clatent dans une partition qui mĂ©ritait totalement d’ĂŞtre ainsi redĂ©couverte et qui a fait la rĂ©ussite d’une soirĂ©e mĂ©morable au festival Alessandro Stradella.

Alessandro Stradella : La forza delle stelle. Ensemble Mare Nostrum. Andre De Carlo, direction. Enregistrement réalisé à Nepi (Viterbe, Italie) en septembre 2013.  1 cd Arcana.

CD. Marco Marazzoli : Occhi Belli, occhi neri… Cantates romaines (1 cd Arcana)

CD. Marco Marazzoli : Occhi Belli, occhi neri… Cantates romaines (1 cd Arcana)   …    AttachĂ© au service du cardinal Chigi entre autres, Marco Marazolli exprime l’Ă©loquente et flamboyante ferveur romaine du premier baroque. Mort en 1662, le compositeur ne cesse Ă  chacune des gravures qui lui sont dĂ©diĂ©es, de saisir par sa sensualitĂ© souveraine et conquĂ©rante, son sens de la dĂ©clamation linguistique, une attention particulière et souvent gĂ©niale au dramatisme lumineux du texte, entre tendresse, extase, ravissement : n’Ă©coutez que la cantate Ă  voce sola, Sopra la rosa : le texte d’une mordante acuitĂ© sur la fugacitĂ© et la fragilitĂ© de toute beautĂ©, surtout si elle s’effeuille ou se livre trop vite est un sommet de la passion langoureuse de ce baroque romain dont Marazzoli demeure ainsi le champion sans Ă©gal.
Il aurait pu devenir un gĂ©nie de l’opĂ©ra (de fait quelques ouvrages profanes …) mais sa langue et son vocabulaire demeurent surtout l’esthĂ©tique sacrĂ©e en conformitĂ© avec ses donneurs d’ordre, les personnalitĂ©s Ă©minentes de la Curie romaine. Les cardinaux avaient un goĂ»t dĂ©raisonnable pour la musique souvent d’une sensualitĂ© trouble… grand bien pour nos oreilles contemporaines car (re)dĂ©couvrir l’ardente prière de Marazzoli Ă  travers le chant suave et palpitant de la soprano au nom cinĂ©matographique Solitud de la Rosa (traduisez : Solitude de la Rose : un poème en soi) suscite une expĂ©rience musicale et Ă©motionnelle d’une belle intensitĂ© (enthousiasme adouci sĂ©vèrement dans les duos car sa consĹ“ur ne partage pas cette Ă©clat musical). La diva nous rappelle la fraĂ®cheur incandescente des cantatrices incarnĂ©es, embrasĂ©es qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©e : les espagnoles comme elles  Maria Bayo, ou Marta Almajano, et plus proche encore (toujours chantante) Roberta Invernizzi…  un chant franc, parfois touchĂ© par la grâce…  rĂ©habilite ici l’Ă©criture d’un compositeur qui attend toujours sa juste reconnaissance.

 

 

Marazzoli et le clan Barberini

 

marazzoli_marco_occhi-belli,occhi-neri_cd_arcanaCe malgrĂ© les extravagances sincères de l’historiographe Pier Maria  Capponi (dĂ©cĂ©dĂ© en 1973) et qui militait pour la redĂ©couverte de Marco tout en se disant sa propre rĂ©incarnation ! Jusqu’en 1644, Marazzoli sert au mieux le goĂ»t du clan Barberini très mĂ©lomane (surtout Antonio Barberini, neveu du pontife), surtout Ă©videmment le pape Urbain VIII : goĂ»t ” français ” pour les violes de gambes (plutĂ´t que la lire da braccio plus italiennes), pour les castrats (c’est le temps de Landi et de son oratorio pour divos : Sant’Alessio), et faveur pour Marco Marazzoli, cĂ©lĂ©brĂ© comme compositeur et aussi pour ses talents de harpistes virtuose (comme Landi). Un cĂ©lèbre tableau de Giovanni Lanfranco reprĂ©sente l’instrument prĂ©fĂ©rĂ© des Barberini, une toile que possĂ©da personnellement Marazzoli, lui-mĂŞme comme ses mĂ©cènes et patrons, collectionneurs de tableaux. Le succès se prĂ©cise immĂ©diatement après la crĂ©ation en 1639 de son opĂ©ra Chi soffre speri (Qui souffre, espère … dĂ©claration emblĂ©matique de toute la religion catholique), dont l’intermezzo entre autres, La Fiera di Farfa lui valut un triomphe immĂ©diat.
Sous le règne fastueux d’Urbain VIII, Marazzoli laisse plus de 400 cantates dont le duo Rosina e Olindo est ici emblĂ©matique d’un chant Ă  deux voix au texte Ă  multiples entrĂ©es et clĂ©s de comprĂ©hension. L’expressivitĂ© et les coups de théâtre intensĂ©ment dramatiques (que cultive le compositeur dans ses ouvrages pour le théâtre) s’affirment en particulier dans Mi fate pur ridere (Maintenant vous me faĂ®tes rire) oĂą les nombreuses onomatopĂ©es expriment les cascades de rires qui s’emparent du cĹ“ur amoureux, conscient des vertiges suscitĂ©s par la passion. Très vite, la renommĂ©e de Marco dĂ©passe Rome, des commandes lui parviennent de Venise et Ferrare. MĂŞme Mazarin en France le sollicite et il n’est pas impossible qu’en 1643, Marazzoli participe Ă  la crĂ©ation en France de La Finta pazza (la fausse folle). Après l’Ă©lĂ©ection d’Innoncent X, les Barberini fuient Rome et trouve refuge en France, accueilli par Mazarin.  Marazzoli souffre alors de la perte de ses principaux employeurs.
A partir de 1650, le style du compositeur change, Ă  la faveur de son goĂ»t pour les textes de Sebastiano Baldini, membre de l’AcadĂ©mie des humoristes. Avec l’avènement du successeur d’Innoncent X, Alexandre VII (1655), les Barberini reviennent Ă  Rome et le compositeur retrouve la pĂ©riode fastueuse des annĂ©es 1630 et 1640. En tĂ©moigne la première cantate du programme Salutate il nuovo Aprile Ă©crite pour l’Ă©lection d’Alexandre VII dont l’ivresse vocale et sa suprĂŞme sensualitĂ©, la gravitĂ© aussi de certaines rĂ©fĂ©rences poĂ©tiques du texte … font oublier le conventionnel d’une commande officielle. De toute Ă©vidence, voici l’autre meilleur morceau de ce rĂ©cital lyrique très convaincant.
Oublions surtout les pièces pour violes, assez ennuyeuses (signĂ©es Cherubino Waesich) qui manquent d’une sĂ©rieuse approche impliquĂ©e, a contrario des Ă©pisodes chantĂ©s. Savourez comme nous l’ineffable effusion tendre de la cantate Sopra la rosa, superbe lamento cachĂ©, de  plus de 10 minutes, certainement Ă©crit pour honorer une dĂ©funte trop tĂ´t fauchĂ©e et peut-ĂŞtre aimĂ©e de notre compositeur. La clĂ© du mystère Marazzoli se trouve toute entière dans ce chef d’oeuvre d’incarnation et d’exacerbation raffinĂ©es. Le programme vaut surtout pour ses trouvailles vocales Ă  ranger parmi les meilleures rĂ©alisations dĂ©diĂ©es Ă  Marazzoli.

Maro Marazzoli, ca 1605 – 1662. Occhi belli, occhi neri. Cantates romaines. Soledad de la Rosa, soprano. Ensemble Mare Nostrum. EnregistrĂ© en 2011. 1 cd Arcana A 370. DurĂ©e : 55mn.

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