Arabella de Strauss avec Emily Magee

La Femme sans ombre de Richard StraussTĂ©lĂ©. France 2. R. Strauss : Arabella, jeudi 20 mars 2014 Ă  00h25. A l’occasion du 150 ème anniversaire de la naissance de Richard Strauss, France 2 vous propose Arabella, son chef d’œuvre, dans le temple de la musique germanique : l’OpĂ©ra de Vienne. Pour se sauver de la banqueroute, le comte Waldner cherche Ă  marier, sa fille aĂ®nĂ©e, Arabella, allant jusqu’Ă  dĂ©guiser en garçon son autre fille (Zdenka, devenue Zdenko… pour ne pas avoir Ă  la doter). Arabella tombera fort opportunĂ©ment amoureuse de Mandryka, un gentilhomme croate de province neveu et hĂ©ritier d’un (très riche) vieil ami du Comte, mais leur idylle sera freinĂ©e par quelques quiproquos liĂ©s Ă  l’amour de Zdenka pour Matteo, jeune officier lui-mĂŞme amoureux d’Arabella. Au final, Hofmannsthal et Strauss rĂ©alise leur idĂ©al lyrique, plus opĂ©ra de chambre, conversation en musique oĂą le texte et son articulation imprime au drame son rythme et ses soubresauts. A la fin de l’action, les deux auteurs imaginent un rituel amoureux comme ils l’avaient fait dans leur prĂ©cĂ©dent opĂ©ra Le Chevalier Ă  la rose : ici, la fiancĂ©e exprime son pardon et son indĂ©fectible amour non pas en offrant une rose, mais … un verre d’eau claire et transparente, miroir de sa puretĂ© de cĹ“ur qu’elle offre dĂ©finitivement au soupirant… En situant l’action dans la Vienne dĂ©cadente et ultra conservatrice des annĂ©es 1860, Strauss et Hofmannsthal brosse un portrait sans maquillage de la vanitĂ© des convenances. Seule importe en dĂ©finitive la noblesse du cĹ“ur et l’éclat moral des protagonistes.

 

 

 

france2-logo_2013Télé, France 2. « Au clair de la lune » : Arabella de Richard Strauss. D’après le livret de Hugo von Hofmannsthal


Orchestre du Wiener Staatsoper
Choeur du Wiener Staatsoper
Orchestre de scène du Wiener Staatsoper
Direction musicale : Franz Welser-Möst
Mise en scène : Sven-Eric Bechtolf

Avec :
 Arabella : Emily Magee / Zdenka : Genia Kühmeier / Mandryka : Tomasz Konieczny / Matteo : Michael Schade / Le Comte Waldner : Wolfgang Bankl
Adélaïde : Zoryana Kushpler / Le Comte Elemér : Norbert Ernst
Le Comte Dominik : Clemens Unterreiner / Le Comte Lamoral : Sorin Coliban Fiakermilli : Daniela Fally / Diseuse de Bonne Aventure : Donna Ellen
 / Welko : Michael Wilder / Djura : Roland Winkler / Jankel : Thomas Köber
 / Serveur : Gerhard Reiterer
 / Joueurs de cartes : Jeong-Ho Kim / Csaba Markovits / Jens Musger

Durée : 2h32 mn
RĂ©alisation : Don Kent
Production : LGM

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Strauss : Arabella (1928), un amour salvateur

Arabella (1928) : un amour salvateur. Par un quiproquo astucieusement Ă©laborĂ© par Strauss qui en souffle l’idĂ©e Ă  son librettiste Hofmannsthal, une jeune fille ici bien nĂ©e est l’objet d’un quiproquo qui pourrait bien dĂ©truire le projet de son beau mariage avec un jeune provincial fortunĂ©. Ainsi Arabella promise Ă  Mandryka pense avoir perdu son fiancĂ© car celui-ci entend une conversation oĂą la jeune sĹ“ur d’Arabella, Zdenka maquillĂ©e en garçon (pour Ă©viter aux parents de doter une seconde fois leur progĂ©niture) remet Ă  Matteo la clĂ© de sa chambre. Dans un milieu (Vienne, vers 1866) oĂą le respect des convenances vaut contrat, ce quiproquo signifie trahison et jusqu’Ă  la dernière scène, le sort des anciens promis semble bel et bien fatalement scellĂ©. Arabella Ă©tait Ă  deux doigts d’ĂŞtre une partition cynique sur les faux semblants et les blessures amères de l’amour bourgeois…
On l’a vu souvent dans le cas d’Hofmannshtal il s’agit de rĂ©former allusivement la forme mĂŞme de l’opĂ©ra, dĂ©passer l’hĂ©roĂŻsme des scènes trop pompeuses pour favoriser l’Ă©mergence d’une comĂ©die théâtrale plus psychologique, en cela proche du théâtre parlĂ©. Contre la convention, l’Ă©lĂ©gance et la vitalitĂ© de la conversation (un projet plus affinĂ© encore dans Capriccio). Mais l’opus n’est seulement une question de forme.
Ce qui fait la modernitĂ© du livret c’est encore une fois la personnalitĂ© d’Arabella, fiancĂ©e promise et mĂŞme vendue par ses parents soucieux de prĂ©server leur rang et leur train de vie… RĂ©signĂ©e avant l’âge et mĂŞme passive au projet de ses tuteurs, Arabella se conforme au choix de son père : elle Ă©pousera ce jeune hobereau nanti originaire des forĂŞts croates, sauveur de l’honneur d’une famille viennoise ruinĂ©e. Pour Hofmannsthal, il s’agit par la veine comique et lĂ©gère (surtout après la dĂ©faite de 1918) de rĂ©parer les plaies, assurer la continuitĂ© d’un ordre social qui s’il n’Ă©tait pas prĂ©server sombrerait dans le chaos. Donc Ă  l’issue du drame, pas de trouble ni d’ambiguitĂ© (comme Ă  la fin du Chevalier Ă  la rose : qui va Ă  qui rĂ©ellement et durablement ?), comme aussi dans le finale des Nozze mozartiennes oĂą l’on sent bien que l’Ă©quilibre de cette nuit conclusive vascillera dès le lendemain ; ici, dans Arabella, en tendant le verre d’une eau pure, la jeune fille pardonne Ă  son fiancĂ© abusivement soupçonneux, et lui dĂ©montrant que sa relation avec Matteo n’Ă©tait qu’un malheureux quiproquo, accepte de l’Ă©pouser : son exigence morale veut la vĂ©ritĂ©, et leur union sera fondĂ©e sur ce pacte. L’acte II s’achève enfin sur leur Ă©treinte apaisĂ©e, pleine d’espoir pour l’avenir. Retour Ă  l’harmonie après les mensonges et la parodie de la vie. Arabella est bien la figure la plus emblĂ©matique des comĂ©dies hautement morales conçues par Strauss et Hofmannsthal.
Comme dĂ©finitivement du monde d’hier, Hofmannsthal s’Ă©croule sans vie en juillet 1929, le jour de l’enterrement de son fils aĂ®nĂ© qui s’Ă©tait suicidĂ© quelques jours auparavant.

 

 

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Illustration : Winterhalter, portrait de femme, vers 1864 (DR)