Compte-rendu : Paris. ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 20 juin 2013. FaurĂ© : PĂ©nĂ©lope. Roberto Alagna, Anna Caterina Antonacci 
 ChƓur et Orchestre Lamoureux. Fayçal Karoui, direction ‹

Antonacci pianoIl fallait bien recourir Ă  deux « superstars » lyriques comme Roberto Alagna et Anna Caterina Antonacci, pour faire salle comble avec PĂ©nĂ©lope de Gabriel FaurĂ©.‹DeuxiĂšme tentative opĂ©ratique du compositeur, l’Ɠuvre entrĂ©e en 1913 au rĂ©pertoire du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es avait toute sa place pour cette saison centenaire 2012-2013 qui touche Ă  sa fin. Elle aura pourtant connu moins d’une dizaine de reprĂ©sentations dans toute son histoire et bĂ©nĂ©ficiĂ© de seulement deux enregistrements : l’un en live par Ingelbrecht  avec RĂ©gine Crespin (1956), l’autre en studio par Charles Dutoit avec Jessye Norman (1980).

 

 

PĂ©nĂ©lope, rare et ensorcelante …

 

Le succĂšs mitigĂ© de cet opĂ©ra peut s’expliquer de plusieurs maniĂšres : le livret de RenĂ© Fauchois plat et mal construit ; une partition de FaurĂ©, elle aussi peu thĂ©Ăątrale, loin du style habituel du compositeur et encore plus Ă©loignĂ©e de ce qui se faisait de plus moderne Ă  l’époque pour rester Ă  la postĂ©ritĂ©. La musique, il faut bien l’avouer, n’est pas des plus sĂ©duisantes. Elle fonctionne plutĂŽt en longs tableaux diluant une mĂȘme ambiance, sans contrastes forts ni arrĂȘtes saillantes, avec des couleurs orchestrales qui Ă©voquent des tons pastels
 Tandis que l’écriture vocale et la prosodie restent assez plats. NĂ©anmoins, en dehors de son intĂ©rĂȘt purement « historique », sa richesse harmonique comme la beautĂ© de plusieurs de ses pages – notamment aux actes II et III – en font une Ɠuvre Ă  ne pas nĂ©gliger.
Les quelques faiblesses de la partition ont d’ailleurs Ă©tĂ© accentuĂ©es par l’interprĂ©tation peu frĂ©missante de Fayçal Karoui. Le chef semble pourtant vouloir insuffler de l’énergie Ă  l’Orchestre Lamoureux – dont le niveau est, au demeurant, tout Ă  fait respectable – mais la mayonnaise ne prend pas et laisse une impression assez molle de l’ensemble, sauf lors de quelques passages brillants.
Avec un plateau vocal aussi luxueux, cette interprĂ©tation fera certainement date dans la (courte) histoire discographique de l’opĂ©ra. HabituĂ©e aux hĂ©roĂŻnes plus ardentes, Anna Caterina Antonacci est parvenue Ă  insuffler au rĂŽle de PĂ©nĂ©lope la vigueur et la passion qui lui fait parfois dĂ©faut. La tessiture et la vocalitĂ© du rĂŽle lui convenaient Ă  merveille, laissant libre court Ă  son talent de tragĂ©dienne. Quant Ă  Roberto Alagna, son aisance et son charisme en font un Ulysse lumineux, solaire… irrĂ©sistible.
L’opĂ©ra ne comporte pas de vĂ©ritable de second rĂŽle, hormis peut-ĂȘtre le berger EumĂ©e, incarnĂ© par Vincent Le Texier dont la voix ample trĂšs engorgĂ©e semblait en dĂ©calage dans ce rĂ©pertoire.
PĂ©nĂ©lope n’est pas une Ɠuvre qui se livre aisĂ©ment, elle dĂ©voile ses charmes progressivement, Ă  force de persĂ©vĂ©rance. Malheureusement, si le spectacle a Ă©tĂ© enregistrĂ© par le ThĂ©Ăątre, aucune diffusion n’est prĂ©vue pour l’instant, alors que cette Ɠuvre mĂ©rite un vĂ©ritable coup de projecteur et une visibilitĂ© digne de ce nom.

Paris. ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 20 juin 2013. FaurĂ©, PĂ©nĂ©lope. Roberto Alagna, Anna Caterina Antonacci, Vincent Le Texier, Edwin Crossley-Mercer,  Marina de Liso, Julien Behr, Sophie Pondjiclis, JĂ©rĂ©my Duffau, Khatouna Gadelia, Marc Labonette  et Antonin Rondepierre. ChƓur Lamoureux, direction Patrick Marco. Orchestre Lamoureux, direction Fayçal Karoui.

Illustration : Anna Caterina Antonacci (DR)