COMPTE-RENDU, récital de piano. La Roque d’Anthéron, le 14 août 2019. Vikingur Ólafsson, piano. Rameau, Debussy.

COMPTE-RENDU, récital de piano. La Roque d’Anthéron, le 14 août 2019. Festival International de piano de La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans. Oeuvres de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928) . Par notre envoyé spécial YVES BERGÉ. Grand, mince, allure de gendre idéal, lunettes , costume clair, très classe, le pianiste trentenaire, originaire de Reykjavik, s’avance vers le public, micro à la main et explique, en anglais, qu’il est un heureux papa depuis quatre mois, ce qui a changé sa vie et l’a amené aussi à modifier quelque peu le programme. On n’entendra donc pas Les Tableaux d’une exposition de Moussorgsky, initialement prévus. Deux seuls compositeurs au programme : Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928). Ólafsson précise qu’il adore la Provence, la France et qu’il tient dans une très haute estime ces deux compositeurs majeurs. Il nous annonce un voyage étonnant en croisant ces deux génies, synthèse de la musique française, entre baroque et couleurs impressionnistes, si éloignés et pourtant si proches ! Ólafsson ose présenter Rameau comme un musicien de la couleur, « futuriste », proche finalement de l’idéal des peintres impressionnistes, malgré les très nombreuses compositions pour le clavecin, instrument offrant peu de nuances et Debussy pas si éloigné de l’univers de la musique baroque, par sa liberté et sa conquête du timbre, des images et des contours! Dans la première partie, qu’il veut sans applaudissements, seize pièces des deux compositeurs vont s’enchaîner !

 

 

L’islandais Vikingur Ólafsson rapproche Rameau et Debussy
dans un éblouissant voyage sensoriel

 

 

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Il y en aura quatorze dans la deuxième partie, avec cette même écoute transversale et ce même rituel de silence. Le Prélude, extrait de La Demoiselle élue de Claude Debussy est d’entrée magnifique : clarté, couleurs, alternance de grands arpèges et d’arrêts surprenants, d’une extrême sensibilité. L’enchaînement avec des extraits de la Suite en mi mineur de Rameau, sonne comme une adhésion au parti pris du pianiste ; on passera pendant pratiquement deux heures d’un compositeur à l’autre : Rameau / Debussy / Rameau / Debussy…et on s’habituera à cette cohabitation étrange au départ mais inouïe à la fin du parcours, comme une initiation évidente. Rameau a composé Trois Livres de Pièces pour clavecin: 1706-1724-1728, regroupés par tonalités. C’est l’un des plus grands musiciens français, synthèse de la musique baroque et apogée du classicisme, organiste, claveciniste, violoniste, chef d’orchestre, théoricien. Une œuvre pour clavecin très variée : pièces imitatives : Le Rappel des oiseaux, La Poule…, pièces de caractère : Les tendres Plaintes, Les Muses…,pièces de pure virtuosité qui rappellent Scarlatti : Les Tourbillons, Les Trois Mains…, pièces plus savantes, dans le sens des nouvelles recherches théoriques : L’Enharmonique, Les Cyclopes…La Suite en mi mineur a été rendu célèbre par Le Rappel des oiseaux et Le Tambourin. Dans le Rappel des oiseaux, on retrouve toute la science du compositeur: ornements, figuralismes, croisements des deux mains… Evocation narrative de 2 oiseaux, leurs gazouillis, agitation, dialogue. Ce n’est pas qu’une pièce descriptive; c’est aussi une pièce complexe qui permet à Rameau de nous offrir toute sa science compositionnelle, le motif des oiseaux servant de prétexte à une partition rigoureuse et « dramatique », toujours théâtrale. Ces oiseaux, comme le Rigaudon et le Tambourin sont certainement une évocation de la Provence que Rameau a connue lorsqu’il était organiste à Avignon. Ólafsson imprime à chaque pièce l’atmosphère idéale, soit enjouée, soit plaintive, jeu clair d’une grande élégance. La Tarentelle syrienne est une œuvre de jeunesse de Debussy éditée sous le titre « Danse ». Musique ternaire à 6/8, très vive, avec de nombreux contretemps qui donnent une allure de danse cabotine ; jeu brillant du pianiste islandais qui fait admirablement ressortir tous les motifs.
Le concert sera un feu d’artifice entre Rameau et Debussy, princes des couleurs, avides d’espaces et de liberté, malgré les codes ! Dans les deux pièces des Children’s Corner, (« Sérénade à la poupée », « la neige danse »), le pianiste trouve la justesse de ces pièces dédiées à Claude-Emma, la fille de Debussy, surnommée Chouchou et trop tôt disparue (14 ans!). Le compositeur note sur la partition : « A ma très chère Chouchou, avec les tendres excuses de son père pour ce qui va suivre ! ». Des comptines simples, mais aussi des passages de grande difficulté que surmonte aisément Olafsson. « Les tendres plaintes », de la Suite en ré majeur de Rameau, est d’une incroyable mélancolie, thème à la main droite avec cet élan sur la tierce : fa-la pour retomber sur la fondamentale ré et un accompagnement régulier en arpèges sur la tonalité de ré mineur : superbe ! Des pas sur la neige (sixième pièce du Premier Livre des Préludes) de Debussy, et cette impression de désolation, de solitude, est aussi dans la tonalité de ré mineur, clin d’œil du pianiste à la magie des Tendres plaintes de Rameau ? La Suite en sol mineur de Rameau nous offre une Poule très sautillante avec des notes piquées, répétées, le pianiste est survolté. Et cette danse des Sauvages, puissante, d’une théâtralité impressionnante, extraite du Troisième livre de clavecin, que Rameau réutilisera dans son Opéra-Ballets : Les Indes Galantes (1735), procédé baroque courant. Le pianiste s’amuse de ces pièces descriptives, par des attaques franches puis des pasages plus relâchés! La fille aux cheveux de lin et Ondine de Debussy, deux extraits des Ier et IIème livres des Préludes, avec ces effets de vagues rappellent La Mer (Troisième esquisse : le dialogue du vent et de la mer ». L’Indiscrète de Rameau assoit la forme Rondo avec cette alternance refrain/couplets que le pianiste distille avec une science étonnante, on croit entendre le clavecin, le violon, la viole de gambe, la flûte, car il s’agit à l’origine d’une Pièce de clavecin en concert ! L’exquise transcription par Ólafsson de « l’Entrée de Polymnie », des Boréades de Rameau, tragédie lyrique, avec ces relais permanents en croches régulières main gauche-main droite dans un tempo lent, binaire, est magique ! La Suite Pour le piano de Debussy, composé de trois pièces : « Prélude », « Sarabande », « Toccata » est le résumé de tout le compositeur : thème puissant du Prélude, martelé, ligne chromatiques, ondulations impressionnistes, sonorités très « jazzy » qui annoncent Gershwin, croisements, grandes vagues, succession d’accords de quartes vibrants et surprenants, qui noient la tonalité. Si Debussy a toujours refusé l’appellation d’impressionniste, son œuvre est baignée d’impressions, d’images, et nombreux sont les titres de ses œuvres qui font référence à des tableaux de la nature : La Mer , Jardins sous la pluie, Le vent dans la plaine….Estampes ou Images, rappellent la peinture.
La performance de Vikingur Ólafsson est gigantesque car il semble donner à Debussy une œuvre très structurée, d’une grande cohésion que certains lui reprochent souvent d’oublier et à Rameau la liberté, hors des systèmes d’écriture que le compositeur français codifiera, pourtant lui-même, dans son fameux Traité d’Harmonie réduite à ses principes naturels de 1722 qui fait référence encore aujourd’hui.
On sort de ce concert émerveillés et secoués par tant d’évidence, d’intelligence. Circonspects au début de ce collage qui paraissait osé, on salue, à la fin, l’audace d’un concert si rare dans ses choix de programmation : Rameau était un homme sec, rugueux, assez instable, brillant, musicien et savant. La carrure, la théâtralité, les ornements codés, l’agencement des formules semblaient si éloignés de Debussy, talentueux mais d’un esprit rebelle, novateur, moderne, anticonformiste, refusant de se plier aux règles de l’harmonie classique, rejetant les académismes esthétiques, et recherchant sans cesse des harmoniques audacieuses, refusant les formules, les cadences traditionnelles quand son éminent confrère posait en 1722 de nouvelles règles avec son Traité d’harmonie ! Mais si ses thèmes de prédilection : la mer, l’eau, les nuages… permettaient à Debussy une grande mobilité et des ondulations chromatismes noyant l’harmonie avec des nuances, des modes de jeux, d’un extrême raffinement, rappelant la palette des peintres, thèmes flottants, imprévus, comme insaisissables (Claude Monet (Impression, soleil levant,1872), il s’agissait d’une liberté était très structurée, ce que tente de prouver Vikingur Ólafsson, l’absence de de formules figées, n’excluant pas une extrême cohérence. L’immense pianiste Sviatoslav Richter, ne disait-il pas de Debussy : «  Dans la musique de Debussy, il n’y a pas d’émotions personnelles, il agit sur vous encore plus fortement que la nature. En regardant la mer, vous n’aurez pas de sensations aussi fortes qu’en écoutant La Mer. Debussy, c’est la perfection même ! ». Le public, debout, applaudissait, sans relâche, le plus français des islandais ! Un des très forts moments du Festival.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, récital de piano. La Roque d’Anthéron, le 14 août 2019. Festival International de piano de La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans. Oeuvres de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928) . Par notre envoyé spécial YVES BERGÉ

Crédits photos : Christophe Grémiot
Mercredi 14 août 2019.
• Récital de piano : Vikingur Ólafsson
• Oeuvres de Jean-Philippe Rameau et de Claude Debussy

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’Anthéron 2019, le 13 août 2019.. récital Benjamin GROSVENOR, piano. SCHUMANN. CHOPIN. JANACEK

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’Anthéron, Parc du château de Florans, le 13 Août 2019. R. SCHUMANN. F. CHOPIN. L. JANACEK.  S. PROKOFIEV. V. BELLINI/F. LISZT. B. GROSVENOR. Le monde du piano classique ne cesse de pouvoir compter sur cette nouvelle génération très prometteuse de pianistes hyper doués techniquement, venant de tous pays. C’est ainsi que la programmation des plus grands festivals est toujours renouvelée. La Roque d’Anthéron l’an dernier nous avait présenté l’immense Daniil Trifonov (lire notre chronique d’alors : été 2018), l’incroyable Alexandre Kantorov cette année … sans omettre, la découverte du prodigieux Benjamin Grosvenor. Prodige qui à 11 ans jouait déjà avec les plus grands orchestres et a signé depuis chez Decca 4 disques remarquables d’intelligence.

 

 

 

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L’anglais Grosvenor impressionne parce qu’il a déjà fait à tout juste 26 ans. Mais ce n’est pas un prestidigitateur digital, une mécanique bien huilée que rien n’arrête jamais. Rien d’histrionique dans son jeu, pas de gestes déplacés, un maintien digne, une aisance princière et un sang froid tout British. Il joue d’abord Blumenstück comme le plus beau bouquet offert à sa bien-aimée. Une sorte d’innocence, de pureté due à un jeu d’une totale évidence, sans pédale, juste comme ça. Le son est naturellement beau, tout est souple, nuancé et coloré avec art. Une sorte de don simple et sans complication.
Il aborde  ensuite les Kreisleriana (R. Schumann)en musicien suprême mettant en valeur le génie de Schumann comme renouvelé. En l’écoutant je me suis souvent dit que jamais je n’avais entendu cela ainsi, c’est vraiment très beau. Un Schumann rempli d’élégance et de délicates images musicales diffusant sans violence, sans peine, sans efforts sa riche imagination. La première partie du récital s’achève avec le sentiment d’un pianiste simplement musicien, osant un Schumann d’une grande bonté dans ses emportements romantiques. Le pianiste anglais a une sorte d’élégance aristocratique que rien ne peut perturber.

Pour la deuxième partie du programme, Benjamin Grosvenor nous propose sa somptueuse version de la barcarolle de Chopin. Dans son « CD Hohomages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2mages », nous l’avons pour l’éternité. Souplesse totale dans des nuances subtiles ; cela balance doucement, mais surtout c’est le chant qui se développe avec un sentiment d’infini. Un piano enchanteur comme il en est peu, sur un rythme envoûtant, constamment entretenu. Cette pièce dans la nuit de Provence prend une dimension poétique nocturne apaisante.

 

 

Benjamin Grosvenor à La Roque
PIANO MAGICIEN D’UNE SUPREME MUSICALITÉ…

 

 

Les deux mouvements de la première sonate de Janacek ont une histoire particulière. Touché par la mort d’un ouvrier lors d’une manifestation de soutien de l’ Université de Brno, Janacek avait composé une sonate en trois mouvements. Il la détruisit insatisfait après une unique audition. La créatrice, Ludmila Toutchkova, avait réussi à copier les deux premiers mouvements. Cette musique sauvée et en quelque sorte non autorisée, est fort belle. Benjamin Grosvenor aborde en toute simplicité la partition, ce qui met en lumière la beauté des thèmes comme leurs dérivations. Les nuances généralement piano, la beauté du son plein et la rigueur du jeu emportent l’adhésion du public.

PIANO grosvenor benjamin critique concert piano classiquenews la roque anthéron août 2019 Grosvenor_© Christophe GREMIOT_13082019-9

 

Dans les visions fugitives de Prokofiev, le jeune homme arrive à en réordonner 12 pour proposer une grande cohérence dans l’écoute. Certes la modernité de Prokofiev est présente mais surtout une sorte d’harmonie naît de ce jeu si parfait. Les vers qui inspirèrent le compositeur sont en toute simplicité et même évidence, rendus par la musique sous les doigts magiques du pianiste britannique. «  Dans chaque vision fugitive , je vois des mondes. Plein de jeux changeants et irisés » : le poème est de Constantin Balmont. L’interprète avec un grand sérieux et un calme olympien, organise les pièces pour créer ces mondes variés ; les couleurs, les nuances, tout participe à cette création. Voici de la poésie par la musique en forme d’idéal.
Il nous restait pour découvrir le talent de virtuose de l’absolu sans rien lâcher de la suprême musicalité qui l’habite à vivre l’expérience de ces réminiscences de Norma (LISZT). De l’ouverture aux dernières notes du final, l’opéra de Bellini se déroule. Avec un sens du drame, un équilibre du son orchestral, Benjamin Grosvenor n’a plus seulement deux mains. D’ailleurs, il ne sera pas possible de voir clairement le mouvement de tous les doigts tant la rapidité d’exécution est fantastique. Les abellimenti, les enluminures, les notes perlées, saccadées ou encore les accords développés, tout cet art Litzien inimitable sert la beauté de la partition de Bellini.

 

 

DANS LISZT,
Le piano de Grosvenor arrive
à chanter comme une diva romantique

 

 

Le piano de Grosvenor arrive à chanter comme une diva romantique. Il est sidérant d’assister à un moment si incroyablement musical alors que tant de pianistes virtuoses ne font que belles notes rapides dans ce genre d’œuvres de Liszt. Ce soir le sublime a été entrevu dans ces Réminiscences de Norma. Benjamin Grosvenor a eu un succès considérable pour ce final mais aussi pour cette rare qualité de composition d’un programme d’une grande intelligence. Le premier bis relance s’il se peut la virtuosité diabolique avec une « Danza del gaucho matrero » de Ginestera à faire danser les montagnes. Là aussi impossible de croire que deux mains peuvent faire tout cela. Et pour refermer la nuit sur plus de paix et une pointe de sensualité, « le poème érotique »  de Grieg extrait de ses pièces lyriques nous a ravi.

grosvenor benjamin piano decca danses photoBenjamin Grosvenor est un grand artiste qui semble gérer sa carrière avec la prudence des sages. Il semble suivre le chemin de Grigory Sokolov; il joue le même concert en une tournée mondiale. Cela apporte une vraie connaissance intime des oeuvres et une perfection de jeu inoubliable qui marque le public. Il ne se précipite pas non plus à enregistrer trop et trop vite. Cette génération des moins de trente ans est fabuleuse de promesses : Ce sont Benjamin Grosvenor, Daniil Trifonov et Alexandre Kantorov dans mon triumvirat personnel de musiciens complets, qui jouent du piano.

 

 

 
 

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Compte- rendu, Concert. Festival de La Roque d’Anthéron 2019. La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans, le 8 Août 2019. Robert Schumann ( 1810-1856) : Blumenstück Op.19 ; Kreisleriana Op.16 ; Frédéric Chopin  (1810-1849) : barcarolle en fa dièse majeur Op.60  ; Les Janacek (Sonate pour piano n°1, octobre 1905 « From the street » ; Sergei Prokofiev (1891-1953) : Visions fugitives Op.22 ( ext.) Vincezo Bellini (1801-1835)/ Frantz Liszt (1811-1886) Réminiscences de Norma. Benjamin Grosvenor, piano. Illustration / Photo : © Christophe Gremiot

 

 

 

 

COMPTE-RENDU critique, récital piano, Aix-en-Provence, le 28 juil 2019. Grigory Sokolov, piano. Beethoven, Brahms

COMPTE-RENDU critique, récital piano, Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence, Festival International de la Roque d’Anthéron, le 28 juillet 2019. Grigory Sokolov, piano. Beethoven, Brahms. Un récital de piano au Grand Théâtre de Provence hors saison, faut-il que l’interprète soit un titan pour une telle exception! Grigory Sokolov n’aime pas jouer en plein air. Alors pas le choix! Il faut un lieu à la mesure de ce géant qui fut révélé à l’âge de 16 ans lorsqu’il remporta le concours Tchaïkovski. Ce soir du 28 juillet 2019, à Aix-en-Provence, le Grand Théâtre a donc ouvert ses portes au plus fascinant pianiste russe, et rempli ses rangs d’orchestre et de balcons. Retour sur ce rendez-vous incontournable du Festival International de la Roque d’Anthéron.

 

 
 

 

GRIGORY SOKOLOV AU CŒUR DE LA MUSIQUE

 

 

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Pas d’épate avec Grigory Sokolov : ceux qui attendaient un grand huit pianistique, ceux qui venaient chercher les émotions fortes d’une montagne russe et de ses avalanches de notes se seront trompés. Grigory Sokolov n’emprunte pas forcément les pistes noires du clavier. Il construit ses programmes pour la musique, et rien d’autre. Et pas plus qu’il n’aime le plein air, il n’apprécie pas le plein jour sur la scène. C’est dans une lumière tamisée qu’il commence son récital avec la Sonate n°3 en ut majeur opus 2 n°3 de Beethoven. Composée entre 1794 et 95, dédiée comme les premières à son maître Haydn, elle affirme déjà un propos très contrasté. Dès la première exposition on est ébahi par la netteté de trait avec laquelle Sokolov joue cette sonate, sa façon d’opposer impétuosité, fougueuse énergie, et tendre discours, tout cela sans affèterie aucune, mais dans une dynamique stupéfiante. L’adagio est d’un dépouillement, d’une simplicité touchante: quelle délicatesse en si peu de notes! Sokolov nous entretient tout bas, à l’oreille: mots tendrement distillés un à un, prolongés de leur douce rémanence dans les silences qui les séparent, suspensions…nous voici alors dans cette prodigieuse sensation d’être dans un cocon sonore! Le scherzo a la grâce et la légèreté d’une danse et le finale est vibrant et aérien, animé d’un joyeux enthousiasme. Sokolov enchaîne la forme consacrée de la sonate avec quelques « babioles », comme le compositeur les qualifiait lui-même: les onze Bagatelles de l’opus 119. Il fait de ces miniatures, de réputation faciles, un ensemble de tableaux vivants, aux charmes incomparables. Chacune a sa vie propre, son caractère; le pianiste passe ainsi de l’une à l’autre, avec la plus grande aisance, cueillant avec esprit et élégance la foison d’idées semées par Beethoven. C’est un pur régal!

En seconde partie Sokolov a choisi de donner les deux derniers opus de Brahms, d’abord les  six Klavierstücke opus 118. Tout l’univers intérieur brahmsien passe dans ces pages, dont il semble profondément imprégné. Depuis le mouvement passionné du premier intermezzo, soutenu par la vague puissante de la basse, les états d’âme changent et se succèdent pratiquement sans interruption. Le deuxième est l’endroit des confidences intimes et tendres, dites avec ferveur même à mi-voix, dans un rubato subtil et expressif: comme il prend le temps des phrases, des respirations! Comme il sait convaincre et émouvoir! Le ton brave de la Ballade et celui déchiré qui conclut le quatrième intermezzo laissent place à la réconciliation, l’apaisement de la Romance, ses arpégés et ses trilles paradisiaques, qui s’assombrissent à la fin dans un climat doucement résigné. Les nuages noirs s’amoncellent  sur le dernier intermezzo, lourd d’inquiétude et de révolte, au caractère profondément dépressif. L’opus 119 n’en est pas moins poignant. Écouter le silence, ne rien faire d’autre que rentrer dans la contemplation du silence, dans le silence lui-même, Sokolov semble nous y inviter avec les notes lentement égrainées de l’adagio (premier intermezzo). Et si le chant déborde un moment comme la bonté d’un cœur trop grand, exprimant peut-être l’inassouvi, il se retranche vite dans les insondables pensées suggérées par ces quelques notes éparses. Ces « berceuses de ma douleur », comme le compositeur les qualifiait, Sokolov en livre la nostalgie parfois douce-amère, parfois tendre et retenue, dans un sentiment d’inachevé, en particulier dans le second intermezzo. Le troisième « grazioso e giocoso », n’est pas si pétillant: le pianiste donne de l’amplitude au chant, de la longueur de son et du lié aux phrases, restant dans la cohérence de l’opus, qu’il couronne avec la Rhapsodie finale, par opposition jouée comme une marche triomphale.

Comme à son habitude, il prolongera la soirée de six bis, représentatifs de tout son art musical: un impromptu de Schubert (op.142 n°2 D.935), une mazurka de Chopin, Les Sauvages de Rameau dans la perfection de ses ornements baroques, l’intermezzo n°2 de l’opus 117 de Brahms, un prélude de Rachmaninov et un allegro de Schubert. Comme d’habitude, il nous aura submergés d’émotion, avec la musique et rien d’autre! – crédit photo: © Vico Chamla

 

 
 

 

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COMPTE-RENDU critique, récital piano, Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence, Festival International de la Roque d’Anthéron, le 28 juillet 2019. Grigory Sokolov, piano. Beethoven, Brahms.

COMPTE-RENDU, critique concert piano. La Roque, le 13 août 2019. Benjamin Grosvenor, piano. Schumann, Chopin, Liszt…

COMPTE-RENDU, concert piano. La Roque d’Anthéron, Parc du château de Florans, le 13 août 2019. Benjamin Grosvenor, piano. Schumann, Chopin, Liszt… Par notre envoyé spécial YVES BERGÉ… Depuis sa finale remportée au Concours de la BBC, à l’âge de onze ans, le jeune pianiste britannique, vingt-sept ans, originaire de Southend-on-Sea, dans le Comté de l’Essex, parcourt le monde et fascine par sa technique et sa sensibilité. Lauréat de plusieurs prix, il enregistre son premier disque chez Decca à onze ans ! Ce disque, consacré à Chopin, Liszt, Ravel, est unanimement salué par la critique internationale. (Grammophon Awards et Diapason d’or!). C’est un programme en crescendo qu’il nous offrait ce mardi 13 août 2019 au Festival International de piano de La Roque d’Anthéron. Des pièces essentiellement romantiques de Robert Schumann (1810-1856), Frédéric Chopin (1810-1839), Franz Liszt (1811-1886) et plus modernes de Leoš Janáček (1854-1928) et Sergueï Prokofiev (1891-1953).

Oeuvre de jeunesse de Robert Schumann, Blumenstück, littéralement morceau de fleurs ou par prolongement bouquet de fleurs, (Blumenstrauss) est écrit autour d’un seul thème, inlassablement varié ; beaucoup de grâce, de clarté dans le jeu du pianiste britannique qui n’en rajoute pas pour faire plus « romantique ».. Schumann pose une partition, à l’apparence facile, mais où les deux mains, dans une polyphonie de questions-réponses, se partagent les difficultés et les motifs mélodiques, la main gauche n’étant pas, comme trop souvent, l’accompagnement, le faire-valoir de la main droite, plus libre, plus mélodique. Ici, au contraire, les deux déroulent le thème, se chevauchent, s’entrelacent, métaphore du bouquet qui se crée devant nous, cadeau de Robert à Clara dont il était fou amoureux, elle, l’immense pianiste, de neuf ans sa cadette, lui, cherchant sans cesse sa voie, entre ses études de Droit à Leipzig, sa carrière de pianiste-compositeur, sans compter ses conflits incessants avec le terrible beau-père Friedrich Wieck, l’un des plus célèbres professeurs de piano de l’époque. Mais la musique, plus que la jurisprudence, sera son refuge. Schumann le prouve encore avec cette deuxième œuvre au programme : le cycle des Kreisleriana, opus 16, évoque le maître de chapelle Johannes Kreisler, personnage créé par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1776-1822), familièrement orthographié E.T.A Hoffmann, écrivain romantique, écrivain, musicien, dessinateur ; Hoffmann inspirera de nombreux artistes dont le plus célèbre Jacques Offenbach qui lui consacrera son seul opéra non bouffe: Les Contes d’Hoffmann en 1881.
Schumann compose certainement, ici, ses plus belles pages pour le piano, s’identifiant tour à tour au mélancolique Eusébius ou au passionné Florestan, entre rêverie et impulsivité qui seront ses traits de caractères majeurs. Tout l’idéal romantique est là. Chaque pièce est ainsi divisée en deux parties distinctes. Kreisler est décrit par Hoffmann comme un maître de chapelle étrange, emporté, spirituel, sensible, créativité débordante, sensibilité excessive, alter ego d’Hoffmann et de… Schumann  ce qui permet à ce dernier de composer ce florilège de sentiments divers! La magnifique lettre de Robert à Clara (Clara Wieck qui deviendra Clara Schumann !) du 3 mai 1838 témoigne de cet emportement passionné: Des mondes tout à fait nouveaux s’ouvrent devant moi. J’ai composé en quatre jours les Kreisleriana. Toi et ta pensée les dominent complètement ; je veux te les dédier. J’ai remarqué que mon imagination n’est jamais si vive que lorsqu’elle est anxieusement tournée vers toi…C’est ainsi, ces jours derniers encore, et en attendant une lettre de toi, j’ai composé de quoi remplir des volumes. Musique extraordinaire, tantôt folle, tantôt grave et rêveuse. Tu ouvriras de grands yeux quand tu la déchiffreras. Vois-tu, j’ai l’impression que je vais finir par éclater de musique, tant les idées se pressent et bouillonnent en moi quand je songe à notre amour ».
Dans ces huit pièces pour piano aux tempi et aux atmosphères contrastés (« Extrêmement agité, très intime, un peu plus lent, encore plus vif, plus animé, rapide et comme en jouant… »),  on retrouve tous les états-d’âme du compositeur.

 

 

Benjamin Grosvenor : Romantisme so british !

 

 

 

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Grosvenor arrive à les sublimer par un jeu précis, sans emphase, brillant ou enfantin, survolté ou simple. On passe de motifs très rapides à des motifs de quelques notes, clins d’œil aux comptines de notre enfance, harmonies très classiques ou frottements judicieux parfois dissonances. On passe d’une écriture très mélodique à une polyphonie soudainement austère, proche d’un Choral de Bach ! Mélodies calmes puis chevauchées d’arpèges ininterrompus, entre quête et désespoir. Si les pianos Steinway sont rois à la Roque, brillants et majestueux, Grosvenor a choisi de jouer sur un piano Bechstein, de facture allemande, plus rond et sensuel. Robert écrit à Clara : « Dans certaines parties, il y a un amour vraiment sauvage, et ta vie et la mienne et beaucoup de tes regards ! » Entre passion et angoisse, très belle interprétation sensible et puissante.

On change complètement d’univers avec la Sonate pour piano 1er octobre 1905 de Leoš Janáček, évoquant la mort tragique d’un ouvrier de Brno, assassiné par baïonnette en défendant l’Université de sa ville, le 1er octobre 1905! Si le compositeur est passé à la postérité grâce, essentiellement, à son opéra Jenůfa en trois actes composé en 1904, cette sonate est très emblématique de son style, ses deux mouvements s’inscrivant dans l’univers expressionniste du compositeur tchèque :
1 Le Pressentiment : Allegro tragique, noté con moto, agitation du pressentiment que recrée merveilleusement Benjamin Grosvenor.
2 La Mort : Adagio ; appel torturé, nombreux silences introspectifs, puis motifs minimalistes que le pianiste dessine comme un orfèvre ; il attaque puis laisse résonner, pulsation régulière aux sonorités étrangement médiévales.
Le cycle Visions fugitives, opus 22 de Sergueï Prokofiev permet à Grosvenor d’explorer les affres du XX ème siècle. Il s’inspire, pour cette œuvre, de poèmes de son ami Constantin Dmitrievitch Balmont (1867-1942), poète symboliste franco-russe qu’il rencontre plusieurs fois en France et en Russie. Vingt pièces pour piano, composées entre 1915-1917, aux titres très évocateurs, l’indication de vitesse habituelle (lent, rapide…adagio, allegro…) étant systématiquement agrémenté d’une indication plus expressive Lentamente-Introduction/Andante-Pièce en forme d’arabesque/Allegretto-Danse/Animato-Pièce pleine d’énergie aérée…
Le début est un balancement dissonant, suivi immédiatement par un thème très ludique, joyeux, puis une atmosphère impressionniste surprenante, ensuite un morceau vif qui rappelle Satie ! Un enchaînement en arpèges main gauche quand la main droite se balade dans tous les registres ; sur cet ostinato main gauche et cette main droite si libre, Grosvenor est prodigieux, un toucher exquis, agile.

Le pianiste termine son récital en apothéose. Il joue la Réminiscence de Norma de Franz Liszt, arrangement titanesque de l’opéra de Vincenzo Bellini (1801-1835) La Norma. On sait que le compositeur hongrois, pianiste éblouissant, était un spécialiste des arrangements, paraphrases, réminiscences d’opéras : Wagner, Verdi et tant d’autres, l’ont inspiré. C’est très impressionnant techniquement et le pianiste britannique maîtrise toutes les difficultés, il se transcende et tout l’opéra est devant nous : airs, chœurs, passages symphoniques… ; l’intrigue semble défiler devant les spectateurs ébahis ! Moment fort du concert . Deux mains et c’est tout l’orchestre qu’on entend ! Prodigieux ! Par notre envoyé spécial YVES BERGÉ

 

 

PIANO grosvenor benjamin critique concert piano classiquenews la roque anthéron août 2019 Grosvenor_© Christophe GREMIOT_13082019-9

 

 

 

 

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Festival International de piano de La Roque d’Anthéron
Parc du Château de Florans, mardi 13 août 2019.
Crédit photo : © Christophe Grémiot

• Récital de piano : Benjamin Grosvenor
• Blumenstück opus 19 de Robert Schumann
• Kreisleriana, opus 16 de Robert Schumann
• Barcarolle en fa # majeur opus 60 de Frédéric Chopin
• Sonate pour piano 1er octobre 1905 de Leoš Janáček
• Visions fugitives, opus 22 de Sergueï Prokofiev
• Réminiscence de Norma de Franz Liszt, d’après l’opéra de Vincenzo Bellini

 

 

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’Anthéron, le 8 août 2019. RACHMANINOV. L. Geniusas. Varvara. Orch Tatarstan. A. Sladkosky.

RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0COMPTE-RENDU,Concert. Festival de La Roque d’Anthéron 2019. La Roque d’Anthéron. Parc du château de Florans, le 8 Août 2019. S. RACHMANINOV. L. GENIUSAS. VARVARA. ORH DU TATARSTAN. A. SLADKOSKY. Les nuits du piano à La Roque sont toujours un événement car deux concerts se suivent. Dans un but de jouer « tout russe », en l’honneur de Rachmaninov, la soirée a été organisée avec un orchestre, un chef et deux pianistes russes. L’ Orchestre national symphonique du Tatarstan et son chef titulaire ont animé toute la soirée avec beaucoup d’énergie comme de puissance. Débutant le concert par le concerto le plus célèbre, le n°2,  le jeune Lukas Geniusas, 29 ans, a d’emblée mis la barre très haut avec une introduction richement timbrée et un crescendo savamment organisé. Las, le chef avait décidé de lâcher toute la puissance de son orchestre, comme pour faire ses preuves. L’effet a été de noyer le soliste, sans pour autant mettre en valeur son orchestre. Il a fallu attendre le deuxième mouvement pour que le soliste et l’orchestre, sans trop d’interventions du chef, organisent un beau dialogue musical. Dommage car les sonorités de l’orchestre sont naturellement belles, il n’est pas besoin de forcer les choses.

 

 

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Chef exacerbé, pianistes plus mesurés…
Nuit Rachmaninov solidement russe

 

Geniusas lukas concert critique classiquenews critique piano _© Christophe GREMIOT_08082019-3

 

 

 

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Ce sont les forte trop appuyés qui dénaturent le son trop cuivré, et mettent en difficulté le soliste. Le final grâce à l’intelligence de jeu de Lukas Geniusas a gardé l’équilibre presque intact, trouvé dans le deuxième mouvement plus chambriste. Mais comment Alexander Sladkosky peut-il se laisser aller à hurler les phrases qu’il veut mieux entendre ? S’oublier en tapant du pied ? J’aime mieux les chefs qui savent obtenir autrement ce qu’ils souhaitent…  Le jeu de Lukas Geniusas a dû être athlétique et les moyens pianistiques énormes. Mais sa musicalité se déploie bien d’avantage dans les échanges chambristes subtils, les phrasés amplement développés, les nuances finement amenées. Cela a pu être présent dans un deuxième mouvement qui restera un merveilleux souvenir sous le ciel en train de s’étoiler et dans le bis, un prélude en sol de Desyatnikov, dans lequel sa fine musicalité a pu rayonner.

Le poème symphonique « L’ île des morts » d’après le tableau de Böcklin permet à l’orchestre de briller par des qualités de timbres et d’interventions subtiles. L’orchestre a été vraiment superbe mais dans sa manière de s’adresser à l’orchestre Alexander Sladkosky a surtout adopté de la terreur et du grandiloquent. Toute une part de mystère et de rêverie a été noyée dans les forte et les phrasés appuyés. Ainsi préside  une vision noire et terriblement écrasante de la mort.  Ce soir cette île des morts a été île de terreur !

En deuxième partie de nuit la pianiste russe, Varvara, toute de grâce et de délicatesse entre en scène. Après la furie orchestrale de la première partie bien des spectateurs ont pâli pour elle. Mais la frêle apparence est bien trompeuse et la pianiste a imposé son jeu d’emblée, obtenant bien plus de musicalité de la part d’ Alexander Sladkosky. Le concerto n°4 a été totalement réussi avec une précision des attaques orchestrales bien venue et un jeu pianistique d’une rare subtilité. Ce concerto à la virtuosité magnifiquement rendue avec une grande musicalité par le jeu subtil de Varvara a été un beau moment.

 

 

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piano concert critique varvara piano critique classiquenews critique concert festival La Roque antheron 2019 Varvara_© Christophe GREMIOT_08082019-3

 

 

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C’est dans la Rhapsodie sur le thème de Paganini que l’entente entre l’orchestre et la soliste a été musicalement parfaite. Impossible d’établir un rapport de force entre l’orchestre et la soliste dans cette subtile musique de Rachmaninov. Les variations sont rythmiquement et harmoniquement inventives et Varvara a pu développer un jeu subtil, nuancé, plein de couleurs. Les instrumentistes ont pu dialoguer librement avec elle car Alexander Sladkosky n’a pas eu d’interventions trop envahissantes. Le succès de Varvara  a été magnifique et le public a obtenu deux très beaux bis de Medtner ; ils nous ont régalés du jeu subtil de cette musicienne virtuose rare.

Il semble bien plus difficile de trouver un chef, qu’un bon orchestre ou d’extraordinaires pianistes à La Roque d’Antheron … En tout cas l’âme russe a soufflé ce soir, un peu contre les cigales, pour mettre en valeur le génie de Rachmaninov; certes il est russe d’origine mais a vécu aux États Unis et su très habilement mêler son tempérament à la musique américaine, en particulier au jazz.  La Russie était à l’honneur cette année à la Roque d’ Anthéron.

 

 

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Compte-rendu concert. La Roque d’Anthéron. Parc du Chateau de Florans, le 8 Août 2019. Serge Rachmaninov ( 1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en ut mineur Op.18 ; L’ile des morts Op.29 ; Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol mineur  Op.40 ; Rhapsodie sur un thème de Paganini Op.43 ;  Lukas Geniusas et Varvara, pianos ; Orchestre national du Tatarstan – Alexander Sladoksky, direction – Photos : © Christophe GREMIOT

 

 

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