La Ville morte de Korngold à Nantes

korngold erich_korngold unelogo_francemusiqueRADIO.France Musique, samedi 25 avril 2015, 19h. Korngold: La Ville Morte. Production événement reprise par Angers Nantes Opéra en mars dernier, La Ville Morte, opéra de jeunesse de Korngold (composé avec son père) et créé en 1920, serait le dernier grand opéra romantique assimilant et Strauss, et Wagner et Lehar. Une fresque flamboyante et lyrique qui adapte au théâtre, l’univers symboliste du roman Bruges la morte de Rodenbach. Paul est un jeune veuf qui ne parvient pas à se remettre de la mort de sa femme, Marie : rêve-t-il ou vit-il chaque scène d’un songe cauchemardesque? La jeune comédienne Marietta qui lui rappelle tant son aimée perdue, ne cesse pourtant de parjurer son idéal de pureté et d’absolu religieux. Futur compositeur pour Hollywood, Korngold naîtrise déjà tout le langage de l’orchestre et de l’opéra dans ce chef d’oeuvre absolu qui recycle avec tempérament et originalité l’opéra fleuve, autre défi pour les metteurs en scène et les chefs, La Femme sans ombre de Strauss.

Lire aussi le contre rendu critique de notre rédacteur Alexandre Pham qui assistait à la représentation nantaise du 13 mars dernier : La Ville Morte de Korngold présenté par Angers Nantes Opéra :

« La Ville morte c’est Bruges selon la vision de Paul : un monde sans espoir ni rémission. Le veuf inconsolable depuis la perte de son épouse Marie, s’enfonce dans un état dépressif dont l’opéra offre plusieurs facettes délirantes quoi qu’intensément poétiques.  C’est le génie du compositeur qui la vingtaine triomphante, assure à l’orchestre une langue flamboyante inversement suractive à l’apathie du héros.

Mort et illusion

korngold-villl-morte-angers-nantes-opera-plan-general-acte-I-copyright-jeff-rabillon-2015-angers-nantes-operaSoulignons d’emblée, la direction qui souligne le flux organique la démesure délirante et orgiaque de l’écriture orchestrale tout en n’oubliant pas toutes les autres sources et climats auxquels le jeune prodige Kongold a su puiser : l’incroyable sensualité de la Salomé de Strauss (pour les scènes de Marietta), les accents épiques et l’atmosphère mystérieuse et fantastique de La femme sans ombre du même Strauss,  l’expressionnisme post romantique d’un Schoenberg,  l’instrumentation mahlérienne aussi (ses climats et alliances instrumentales singulières), sans omettre l’orientalisme mélodique caressant, élégantissime d’un Lehar.  Cette culture musicale plutôt dense, se révèle dans la direction du chef Thomas Rösner et tout le mérite lui revient de porter l’architecture dramatique d’une oeuvre miroitante, en bien des points de vue fascinante : la succession des épisodes si contrastés dont il rétablit sous l’ampleur cinématographique de l’écriture symphonique,  la charge satirique et souvent grinçante du drame : tout le tableau dyonisiaque et délirant (parodie de Robert le Diable à l’acte II) où Paul imagine Brigitta en nonne – un nouvel avatar pour celle qui vit dans l’adoration,  de Paul puis de Dieu,  selon les propres termes de l’excellente mezzo Maria Riccarda Wesseling. C’est surtout un tableau charge contre la pensée corsetée du veuf, contre l’image de Brugges la morte (et la très pieuse) qui s’interdit tout nouveau souffle.

korngold-juntunen-helena-marietta-opera-nantes-graslin-jusqu-au-17-mars-2015Dans ce parcours spirituel et chaotique qui met en images le délire dépressif du héros percent plusieurs scènes et tempérament. La romance fascinée du Pierrot,  véritable double parodique de Paul, (somptueuse valse nostalgique “mon désir,  mon délire….”) la propension du drame pour le cauchemar et l’angoisse déformante qui fait naître dans l’esprit dépressif du pauvre Paul,  une tangible course à l’abîme. Le timbre articulé et subtilement suave du jeune baryton John Chest est à saluer. L’ivresse dont se réclame la si lascive Marietta est exprimée par l’enflure océane de l’orchestre,  un prolongement naturel du Strauss de La Femme sans ombre dont l’effectif orchestral est, comme ici, le plus vaste du répertoire. La proposition scénique de Philipp Himmelmann donne à voir la folie diffractée de Paul sous l’aspect d’une plateforme divisée en 6 cubes espaces, tour à tour éclairés, dont l’action est parfois simultanée. LIRE  la critique complète de La Ville Morte de Korngold par Alexandre Pham

VOIR notre reportage vidéo complet La ville Morte Die Töte stadt de Korngold présenté par Angers Nantes Opéra en mars 2015

France Musique, samedi 25 avril 2015, 19h. Korngold: La Ville Morte.

 

Angers Nantes Opérakorngold la ville morte angaers nantes operaville
Erich Wolfgang Korngold : Die Tote Stadt : La Ville Morte
Production créée à Nancy le 9 mai 2010

Thomas Rösner, direction
Philipp Himmelmann, mise en scène

Daniel KirchPaul
Helena JuntunenMarietta
Allen BoxerFrank
Maria Riccarda WesselingBrigitta
Elisa CenniJuliette
Albane CarrèreLucienne
Alexander SpragueVictorin et Gaston
John ChestFritz
Rémy MathieuLe Comte Albert

Nantes, Théâtre Graslin : les 8, 10, 13, 15 (14h30), 17 mars 2015 à 20h.

 

 

 

 

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Compte rendu critique, opéra. Nantes, Théâtre Graslin,  le 13 mars 2015. Korngold : La Ville Morte,  Die Töte Stadt,  1920. Daniel Kirch (Paul), Helena Juntunen (Marietta / Marie), Maria Riccarda Wesseling (Brigitta), Alex (Franck), (Pierrot)…. ONPL.  Thomas Rösner,  direction. Philipp Himmelmann,  mise en scène.

La Ville morte c’est Bruges selon la vision de Paul : un monde sans espoir ni rémission. Le veuf inconsolable depuis la perte de son épouse Marie, s’enfonce dans un état dépressif dont l’opéra offre plusieurs facettes délirantes quoi qu’intensément poétiques.  C’est le génie du compositeur qui la vingtaine triomphante, assure à l’orchestre une langue flamboyante inversement suractive à l’apathie du héros.

Mort et illusion

korngold-ville-morte-nantes-opera-graslinSoulignons d’emblée, la direction qui souligne le flux organique la démesure délirante et orgiaque de l’écriture orchestrale tout en n’oubliant pas toutes les autres sources et climats auxquels le jeune prodige Kongold a su puiser : l’incroyable sensualité de la Salomé de Strauss (pour les scènes de Marietta), les accents épiques et l’atmosphère mystérieuse et fantastique de La femme sans ombre du même Strauss,  l’expressionnisme post romantique d’un Schoenberg,  l’instrumentation mahlérienne aussi (ses climats et alliances instrumentales singulières), sans omettre l’orientalisme mélodique caressant, élégantissime d’un Lehar.  Cette culture musicale plutôt dense, se révèle dans la direction du chef Thomas Rösner et tout le mérite lui revient de porter l’architecture dramatique d’une oeuvre miroitante, en bien des points de vue fascinante : la succession des épisodes si contrastés dont il rétablit sous l’ampleur cinématographique de l’écriture symphonique,  la charge satirique et souvent grinçante du drame : tout le tableau dyonisiaque et délirant (parodie de Robert le Diable à l’acte II) où Paul imagine Brigitta en nonne – un nouvel avatar pour celle qui vit dans l’adoration,  de Paul puis de Dieu,  selon les propres termes de l’excellente mezzo Maria Riccarda Wesseling. C’est surtout un tableau charge contre la pensée corsetée du veuf, contre l’image de Brugges la morte (et la très pieuse) qui s’interdit tout nouveau souffle.

Dans ce parcours spirituel et chaotique qui met en images le délire dépressif du héros percent plusieurs scènes et tempérament. La romance fascinée du Pierrot,  véritable double parodique de Paul, (somptueuse valse nostalgique “mon désir,  mon délire….”) la propension du drame pour le cauchemar et l’angoisse déformante qui fait naître dans l’esprit dépressif du pauvre Paul,  une tangible course à l’abîme. Le timbre articulé et subtilement suave du jeune baryton John Chest est à saluer.
L’ivresse dont se réclame la si lascive Marietta est exprimée par l’enflure océane de l’orchestre,  un prolongement naturel du Strauss de La Femme sans ombre dont l’effectif orchestral est, comme ici, le plus vaste du répertoire.

La proposition scénique de Philipp Himmelmann donne à voir la folie difractée de Paul sous l’aspect d’une plateforme divisée en 6 cubes espaces, tour à tour éclairés, dont l’action est parfois simultanée.

Magique vidéo

korngold-juntunen-helena-marietta-opera-nantes-graslin-jusqu-au-17-mars-2015Le tableau le plus réussi reste l’apparition en grand écran de l’image de Marie l’épouse morte de Paul avec laquelle il communie concrètement aux portes de la folie : le dispositif est l’un des plus impressionnants de toutes les installations vidéos que nous avons pu voir jusque là : il ne s’agit plus d’une effet plaqué ni d’un gadget mais de l’expression la plus juste du monde surnaturel et fantastique qui colorent alors cette scène de résurrection : le duo qui se développe alors entre ce visage démesuré et vivant, et Paul enfoncé dans le culte de la défunte,  frappe par sa justesse,  sa profondeur, sa magie visuelle. Le dispositif évoque très précisément la distanciation des deux mondes réunis,  comme il rend très vivante la présence obsessionnelle dans l’esprit de Paul,  de son épouse.  Le fait que cette image projetée est en fait réalisée en direct dans un studio derrière la scène (la cantatrice chante en temps réel),  ajoute à la force stupéfiante de cette image ; il grandit aussi le mérite qui revient à la soprano incarnant Marie et Marietta : fabuleuse et vénéneuse Helena Juntunen,  soeur aînée de Salomé,  ou mieux Salomé elle même,  si elle n’avait pas été tuée par Strauss (à la fin de l’opéra éponyme : ici Marietta incarne toutes les sirènes vampirisantes et vénéneuses dont Paul très croyant s’interdit un temps le commerce…).

Bête de scène,  diffusant / incarnant cette ivresse sensuelle avec une innocence perverse,  la soprano finlandaise illustre idéalement cette créature provocante et dominatrice que Paul réussit un temps à neutraliser avant de succomber honteusement à ses charmes: il n’est que la mort pour effacer cette figure démoniaque pour apaiser l’esprit d’un Paul trop faible et coupable.
Qu’il ait rêvé ou pas,  Paul reste seul sur scène définitivement accablé par ses propres doutes. Pour lui les choses sont claires : ni rédemption ni salut. De ce fait, même s’il nous a semblé fatigué, avec des aigus tirés, le ténor Daniel Kirch relève les défis d’un rôle continûment exigeant qui réclame une endurance sans pareil au sein du répertoire. Vocalement perfectible,  l’intonation est juste et la faiblesse du veuf idéalement dépressive. Interdit de résurrection,  Paul semble finalement inerte dans son cube cercueil.

Mais pourtant,  quel somptueux cataclysme orchestral la fosse a su nous distiller. L’opéra se nourrit des désirs,  délires et fantasmes du héros. Qu’il les rêve ou les vive réellement, Paul est un archétype du héros solitaire romantique post wagnérien  la réussite de Philippe Himmelmann est de nous en offrir une flamboyante mise en image. Ici le rêve le dispute au cauchemar,  le réel à l’illusion, … l’opéra est une machine enchanteresse.  Après avoir vu la production présentée à Nantes,  nous n’en doutons pas. Voici assurément avec la Tristan und Isolde de Wagner version Olivier Py,  l’un des spectacles les plus envoûtants présentés par Angers Nantes opéra … on rêve d’y applaudir bientôt ce qui en serait un prolongement naturel par l’onirisme promis comme l’envoutement orchestral ( et avec un plateau vocal à l’avenant): la déjà citée Femme sans ombre de Richard Strauss, Die frau ohne schatten de 1919).

Compte rendu critique, opéra. Nantes, Théâtre Graslin,  le 13 mars 2015. Korngold : La Ville Morte,  Die Töte Stadt,  1920. Daniel Kirch (Paul), Helena Juntunen (Marietta / Marie), Maria Riccarda Wesseling (Brigitta), Allen Boxer (Franck), (Pierrot)…. ONPL.  Thomas Rösner,  direction. Philipp Himmelmann,  mise en scène.

Angers Nantes Opéra. La Tectonique des nuages (création)

cugny-tectonique-des-plaques-angers-nantes-opera-opera-jazz-582Angers Nantes Opéra. Cugny : La Tectonique des nuages, création. 7<29 avril 2015. Nantes et Angers présentent en création un nouvel opéra jazz né de la rencontre entre Laurent Cugny et surtout Bill Evans avec lequel il a partagé une tournée décisive dont allait déboucher plusieurs ouvrages hommages, de la part du Français pour le génial trompettiste et compositeur américain devenu son modèle: la biographie en 1989 : Las Vegas Tango, Une vie de Gil Evans ; puis l’étude : Électrique, Miles Davis 1968-1975… Nommé directeur de  l’Orchestre national de jazz entre 1994 et 1997, Laurent Cugny exprime encore son admiration pour Evans lors de concerts hommages mémorables. Naturellement, La Tectonique des nuages pose les jalons de rencontres fécondes. Ce nouvel opéra réalise surtout sa passion de la voix et du chant, c’est un essai pour concilier la forme lyrique très codée et la liberté du geste improvisé, musicalement ciselé qui est au cœur du jazz. Librement inspiré de Cloud Tectonics du portoricain José Rivera, l’opéra jazz imaginé par Laurent Cugny prolonge et enrichit une première forme créée au festival Jazz à Vienne en juillet 2006.

 

 

 

Nouvel opéra jazz

 

cugny-laurent-portraitAinsi en 2015, près de 10 ans après sa première esquisse, pour ses 60 ans, Laurent Cugny peut ainsi suivre au piano les avatars et métamorphoses, rencontres et petits miracles vécus par Celestina, Anìbal et Nelson… nouveaux héros ou antihéros de son opéra jazz.  La prose et les sujets de Rivera cultive ce réalisme onirique, le délire fantastique et magique déjà favorisés chez Gabriel Garcia Marquez que Rivera admire depuis toujours. Le portoricain avait écrit le scénario du film Sur la route (2012, à partir du roman de Jack Kerouac), road movie lumineux marqué par l’espoir et la soif de vivre d’un trio atypique et décalé.
Dans La tectonique des nuages, Célestine se laisse porter au gré de son désir dans les bras d’Anibal ou de son frère, Nelson. Trio sulfureux, bouleversant, humain… où le mouvement météorologique exprime les cataclysmes intérieurs et intimes des personnages amoureux.
Sur les scènes d’Angers Nantes Opéra, la voix du personnage principal, Annibal, est celle de David Linx, -vocalises et timbre spécifiques- qui avait déjà enregistré une première version en 2010.
Sur le plan musical, Laurent Cugny invente un subtil métissage mélodique où sensualité et swing tissent le fil d’une nouvelle épopée, riche en références et clins d’oeil au tango, à la valse et tant d’autres climats dans lesquels s’incarnent la grandeur dérisoire des amours en filigrane…

 

 

boutonreservationNantes, Théâtre Graslin
les 7,8,9, 10 avril 2015

Angers, Grand Théâtre
Les 28 et 29 avril 2015

La Tectonique des nuages
Opéra-jazz – [commande d’État].

Nouvel opéra, librement adapté de Cloud Tectonics de José Rivera. 
Traduction française de Isabelle Famchon. 
Musique de Laurent Cugny. 
Livret de François Rancillac. 
Textes chantés de Yann-Gaël Poncet.
Créé au Théâtre Graslin de Nantes, le 7 avril 2015.
Direction musicale : Laurent Cugny – 
assistante à la mise en scène et direction du mouvement: Charlotte Delaporte,
avec 
David Linx, Anìbal de la Luna. 
Laïka Fatien, Celestina del Sol
. Yann-Gaël Poncet, Nelson de la Luna
et
Laurent Cugny, piano. 
Thomas Savy, saxophone, clarinettes. 
Pierre-Olivier Govin, saxophones
. Arno de Casanove, trompette. 
Denis Leloup, trombone. 
Éric Karcher, cor. 
Laurent Derache, accordéon. 
Frédéric Favarel, guitares
. Joachim Govin, contrebasse. 
Frédéric Chapperon, batterie

Reportage vidéo : La Ville Morte de Korngold, 1920 au Théâtre Graslin de Nantes, jusqu’au 17 mars 2015

NANTES : La Ville Morte de Korngold, production événementVIDEO, reportage. Créé en 1920, l’opéra La Ville Morte de Korngold d’après le roman de Robenbach est un sommet lyrique dont le flamboiement fait la synthèse entre Strauss, Lehar, Mahler, Wagner… le futur grand compositeur pour le cinéma américain y signe une fresque symphonique plus expressionniste que symboliste dont le scintillement permanent de l’orchestre exprime l’impuissance dépressive de son héros, PAUL, jeune veuf inconsolable dont l’opéra représente le délire et les visions fantastiques. Production événement à l’Opéra Graslin de Nantes, les 8, 10, 13, 15 et 17 mars 2015. Entretiens avec Philipp Himmelmann, Thomas Rösner, Maria Riccarda Wesseling, Helena Juntunen, Daniel Kirch… © CLASSIQUENEWS.COM 2015

LIRE aussi notre présentation complète de la reprise de La Ville Morte de Korngold, au Théâtre Graslin de Nantes, 5 représentations : les 8, 10, 13, 15 et 17 mars 2015

Compte rendu, opéra. Nantes. Théâtre Graslin, le 8 novembre 2014. Cavalli : Elena. Monica Pustilnik, direction. Jean-Yves Ruf, mise en scène. Gaia Petrone, Anna Reinhold, Christopher Lowrey, Emiliano Gonzalez Toro, …

elena--trio-anagers-nantes-opera-jeff-rabillon-2014-580-380En 3 heures de temps, voici du pur bel canto non pas romantique ni bellinien… mais baroque ; formidable immersion dans le génie lyrique vénitien, creuset irrésistible d’une formidable et épique hybridation des genres.  Ce Cavalli dévoilé à Aix cet été, se voit confirmé à Nantes (avant Angers puis Rennes) : accompagnant le dernier Monteverdi à Venise, aussi créatif et moderne que son contemporain Cesti – autre génie du XVII ème italien précisément vénitien-, Francesco Cavalli démontre ici une maestria sublime dans l’expression des passions amoureuses,  travestissements,  lamentations pathétiques voire plongée tragique sans omettre nombre de saillies bouffonnes totalement délirantes à la clé. ..  autant de facettes irrésistibles qui fondent une scène lyrique parmi les plus foisonnantes jamais conçues.  L’opéra vénitien du XVII ème offre une synthèse exceptionnelle de l’invention théâtrale y musicale : tous les registres s’y mêlent. Certes pas de choeur (propre à l’opéra romain) ni de danses (emblème de la cour de France) mais une compréhension sensible et profonde du coeur humain proche souvent de la parodie,  de la satire aussi auxquelles se joint une bonne dose de cynisme saisissant.  Cavalli et son librettiste ont façonné un échiquier troublant et vertigineux – un « tourner manège shakespearien »- où les situations exacerbées – entre rêve ou cauchemar- révèlent les aspirations souterraines, et tous les moyens mis en oeuvre pour les réaliser.

Le génie de Cavalli confirmé à Nantes. Aucun des nombreux personnages n’est épargné. Sauf Créon peut être : roi magnanime au III qui rétablit l’innocence d’Hippolyte et permet à Thésée de retrouver celle qu’il n’avait au final jamais cessé d’aimer. Au départ, dès le début du Prologue, la truculente « Discorde » montre bien ce qui dirige le monde… Ainsi contre tout attente et avec le soutien de Neptune (fieffé agitateur), Thésée enlève Hélène à la barbe de son faux père Tyndare. Ajoutez que la plus belle femme du monde ne pourrait se contenter d’un seul prétendant…. comptez au moins un autre : Ménélas … que ses sentiments conduisent au travestissement : il prend l’identité d’une amazone, « Elisa » pour pénétrer jusqu’à la palestre où la divine blonde a coutume de s’entraîner à la lutte avec ses suivantes expérimentées.

1000 nuances du désespoir…

Gaia_Petrone_QFVenise aime la confusion des sentiments et des sexes aussi notre Elisa/ Ménélas suscite elle-même le désir de deux mâles imprévus ici : le roi Tyndare et le compagnon de Thésée,  Pirrithoüs. .. la galerie ne serait pas complète sans les figures obligées de tout opéra vénitien : désespoir noir, délire buffon. Donc d’abord, l’emblème du désespoir dont les vénitiens ont fait une spécialité : le lamento. .. Ainsi sont taillés les arias si fugaces de Tyndare (pauvre chenu frappé par la beauté d’Elisa : très crédible Krzysztof Baczyk, jeune basse russe à suivre) mais surtout des sublimes victimes de l’amour au comble de l’anéantissement : Ménestée, le fils de Créon (claire référence au Nerone monteverdien : Anna Reinhold fait scintiller son timbre sombre et chaud),  soupirant en souffrance face à l’inaccessible Hélène qui en taquine et cruelle veille bien à lui refuser tout regard compréhensif;  et surtout la remarquable figure d’Hippolyte,  compagne légitime de l’ignoble et volage Thésée (on est loin de Rameau car ce Thésée là est une crapule de la première espèce). Tyndare, Ménestée, Hippolyte… Cavalli leur réserve de sublimes airs de désenchantement amoureux, vertiges et abysses émotionnels dont l’opéra vénitien est bien le seul alors à sonder tous les reliefs de la profondeur. Juste et foudroyante Hippolyte : ce que fait la jeune mezzo italienne Gaia Petrone (portrait ci-dessus) du personnage humilié, trahi, relève… du miracle vocal. Son incarnation illumine toute la seconde partie du spectacle (fin du II, totalité du III : tant pis pour nos voisins partis à l’entracte)…

Du délire bouffon déjanté au voluptueux ineffable…

Puis, à l’extrémité de cette palette d’affects,  se hisse lui aussi très haut dans l’investissement peut-être plus scénique que vocal, le bouffon délirant,  incarnation de la folie qui gouverne les hommes, d’Iro du ténor argentin Emiliano Gonzalez Toro : Platée délurée avant l’heure, parfois lubrique, souvent mordante,  aiguillon dramatique qui exacerbe toute situation si elle n’a pas donné ce qu’il en attendait. N’oublions pas non plus cet autre lyre qui depuis Monteverdi fait la valeur du drame vénitien : le sublime langoureux, cette sensualité conquérante qui est l’apanage de la première scène d’Elena (le soprano voluptueux jamais forcé et coloré de Giulia Semenzato se glisse très naturellement dans le corps de la sirène envoûtante).

Volupté cynique. On comprend bien que de la part de Cavalli, le thème d’Hélène n’est qu’un prétexte : prétexte à aborder toutes les tares humaines qu’amour suscite en une cascades d’effets imprévus. Faux semblants, quiproquos, langueur feinte (Ménélas/Elisa vis à vis de Pirithoüs), vraie détestation jusqu’au crime organisé (Menestro contre Teseo)… tout cela révèle l’éloquente maturité de l’opéra vénitien  des années 1640-1650 (une source à laquelle s’abreuve la France de Mazarin et du jeune Louis XIV puisque Cavalli fait créer Ercole Amante à Paris en 1660) : un opéra pionnier premier qui sait divertir en brossant une satire délicieusement abjecte de l’âme humaine. Après une telle traversée éprouvante, du pur bouffon aux cavernes tragiques, il faut bien ce final d’un langoureux souverain où les deux couples recomposés se retrouvent, comme après le songe d’une nuit de cauchemar : Elena/Menelao et Ippolita/Teseo.

Comme dans La Calisto, autre joyau lyrique dû au génie cavallien, hier ressuscité avec une audace devenue légendaire par le trio Maria Bayo/René jacobs/Herbert Wernicke, voici cette Elena plus voluptueuse et terriblement cynique encore, où coule un vrai sens du théâtre et des situations dramatiques contrastées déjantées. Du pain béni pour les chanteurs-acteurs et les metteurs en scène. A Nantes aux côtés des interprètes déjà cités, soulignons la versatilité piquante du soprano toujours incarné de Marianna Flores (tour à tour : Erginda, la suivante d’Elena au I qui désespère de n’être pas ravie comme sa patronne ! ; Junon du Prologue et même Pollux au III, prêt à venger sa soeur Hélène) ; la vocalità elle aussi très sûre du contre ténor Christopher Lowrey à la tenue vocale et scénique irréprochable, sans omettre le Diomède et Créonte très crédibles également de Brendan Tuohy. Voilà longtemps que l’on avait pas écouté une telle distribution. La palme du trouble séduisant allant au Ménélas du contre-ténor américano coréen Kangmin Justin Kim qui joue très habilement de sa silhouette gracile et souple, de sa voix androgyne pour incarner le Ménélas le mieux efféminé qu’on ait jamais vu. De telle sorte que le désir de Pirithoüs s’en trouve ô combien légitime.

Tout cela compose un spectacle captivant de bout en bout, dont on aurait parfois aimé un continuo plus nuancé et subtilement lascif, quoique continûment expressif (ce n’est pas Leonardo Garcia Alarcon qui dirige ce soir mais Monica Pustilnik) et judicieusement caractérisé (le clavecin-luth toujours lié aux rôles d’Elena et de Menelao). La mise en scène en forme d’arène insiste sur la conception d’un théâtre de confrontation et d’opposition d’autant plus légitime que le livret dans la première partie souligne l’éloge du larcin, de la tromperie, de la fraude, actes familiers du duo Thésée/Pirithoüs, parfaits bandits-escrocs des coeurs.

On savait que l’opéra vénitien du XVIIè marquait un premier âge d’or du genre : la preuve en est clairement donnée ce soir à Nantes. Prochaines représentations à Angers vendredi 14 (20h) et dimanche 16 novembre 2014 (14h30). Incontournable.

Nantes. Théâtre Graslin, le 8 novembre 2014. Cavalli : Elena. Dramma per musica, en un prologue et trois actes. Livret de Nicolò Minato sur un argument de Giovanni Faustini. Créé au Teatro San Cassiano de Venise, le 26 décembre 1659.

Monica Pustilnik, direction musicale
Jean-Yves Ruf, mise en scène

avec

Giulia Semenzato, Elena et Venere
Kangmin Justin Kim, Menelao
Fernando Guimarães, Teseo
Gaia Petrone, Ippolita et Pallade
Carlo Vistoli (Nantes)
& Rodrigo Ferreira (Angers), Peritoo
Emiliano Gonzalez Toro, Iro
Anna Reinhold, Menesteo et La Pace
Krzysztof Baczyk, Tindaro et Nettuno
Mariana Flores, Erginda, Giunone et Castore
Milena Storti, Eurite et La Verita
Brendan Tuohy, Diomede et Creonte
Christopher Lowrey, Euripilo, La Discordia et Polluce
Job Tomé, Antiloco

Cappella Mediterranea

Illustrations : Jeff Rabillon © Angers Nantes Opéra 2014

Elena de Cavalli : l’opéra vénitien triomphe à Nantes et à Angers

elena-la-pepite-du-festival-d-aix-en-provence,M115762Opéra, annonce. Cavalli:Elena. Angers Nantes Opéra : 2>16 novembre 2014. Renaissance de Cavalli. A propos de l’opéra Elena (1659). Peu à peu Francesco Cavalli reprend la place qui lui est propre, la première parmi les plus grands compositeurs d’opéras italiens au XVIIè (avec Cesti, le favori de la Reine Christine de Suède), après la mort de leur maître Claudio Monteverdi en 1643. L’ouvrage de Cavalli prend en compte l’évolution de sa manière, après l’opéra qu’il livra pour les noces du jeune Louis XIV, Ercole Amante. Flamboiement orchestral nouveau, mais confusion émotionnelle et sensualité renforcées… En témoigne le labyrinthe trouble d’Elena (1659), créé au San Cassiano de Venise avec le castrat vedette Giovanni Cappello en Menelas et un soprano grave la courtisane Lucietta Gamba, dans le rôle titre. En s’inspirant du rapt d’Hélène par Thésée, convoitée par Ménélas qui va jusqu’à se travestir en femme pour l’approcher… Cavalli se laisse prendre par le jeu des identités masquées : marivaudage piquant avant l’heure, où Ménélas efféminé (devenu la belle Elisa) suscite les ardeurs de deux mâles séduits : Pirithöus et le roi Tyndare. Chacun ici se désespère (nombreux lamenti), n’aspire qu’à l’amour, le vrai… La production déjà sujet d’un dvd, occupe l’affiche d’Angers Nantes Opéra, jusqu’au 16 novembre 2014. Evénement lyrique. Prochain compte rendu d’Elena de Cavalli sur classiquenews.com.

 

 

Lire notre présentation de la production d’Elena de Cavalli présentée par Angers Nantes Opéra

Reprise ensuite à l’Opéra de Rennes, les 23,25 et 27 novembre 2014

 

 

 

Elena de Cavalli présenté par Angers Nantes Opéra en novembre 2014 :

Nantes / Théâtre Graslin
Dimanche 2, mardi 4, jeudi 6 et samedi 8 novembre 2014

Angers / Grand Théâtre
vendredi 14, dimanche 16 novembre 2014

en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

 

 

 

cavalli-elena-dvd-ricercar-alarcon-rufDVD. Cavalli : Elena (1659). Alarcon, Aix 2013. Peu à peu,l’immense génie du vénitien Francesco Cavalli (1602-1676),premier disciple de Montevedi à Venise (et certainement avec Cesti, son meilleur élève), se dévoile à mesure que la recherche exhume ses opéras. Le premier défricheur fut en ce domaine René Jacobs dont plusieurs enregistrements à présent pionniers, demeurent clés (Xerse, Giasone, surtout La Calisto cette dernière, portée à la scène avec Maria Bayo dans la mise en scène du génial et regretté Herbert Wernicke …). Voici le temps d’ Elena (sommet lyrique, surtout comico satirique de 1659) dont l’histoire légendaire croise la figure initiatrice ici de la discorde. Dès le prologue, en geisha perverse et sadique en diable, l’allégorie distille son venin conquérant ; de fait, les héros auront bien du mal à se défaire d’une intrigue semé de chassés croisés et de quiproquos déconcertants… propres à éprouver leurs sentiments. Lire notre critique complète du dvd Elena de Cavalli 

L’Opéra de Pékin à Angers

pekin-opera-Mei-Fanlang-Angers-Serpent-blancAngers Nantes Opéra. Angers, Opéra de Pékin, les 21 et 22 octobre 2014. Place à la légende du serpent blanc, féerie  épique chinoise qui permet de découvrir l’Opéra de Pékin dans toute sa splendeur retrouvée. Li Shengsu
 (directrice) et Yu Kuizhi (écrivain inteprète) portent aujourd’hui la destinée de l’opéra de Pékin, compagnie qui renoue avec son prestigieux passé.  La jeune beauté Bai Suzhen aime le jeune Xu Xian qui l’aime en retour. Leurs noces semblent tissées de fils blanc un épisode amoureux sans ombres, or la jeune femme est aussi le serpent blanc, “une Immortelle qui se travestit pour rassurer ces pleutres mortels qui redoutent d’être dévorés par des femmes renardes ou serpents”. L’action, rebondissements et catastrophes, ne tarde pas à s’accomplir, éprouvant le jeune couple élu. La figure de la femme serpent inspire l’opéra chinois depuis le XVIIIème. La version écrite en 1952 par Tian Han en fixe et synthétise le sens et les enjeux, tout en facilitant son transfert sur la scène. Ainsi s’y est illustré en particulier l’interprète fameux, Mei Lanfang, le fondateur de ce qui deviendra la compagnie nationale de Chine d’opéra de Pékin. Angers Nantes Opéra accueille la troupe dans un spectacle majeur de son répertoire où les rôles majoritairement incarnés par des acteurs masculins, recréent en un illusionnisme troublant, la féminité sensible et envoûtante… C’est un art exceptionnel du geste, du regard, de la posture où les comédiens deviennent divinités sous les feux de la rampe…

mei-lanfang-opera-de-pekinAux côtés du Kunju, opéra classique, le Jingju -opéra national, s’affirme ici à travers  airs célèbres et grands poèmes chantés mais aussi capacités spécifiques des chanteurs à jouer et interpréter scéniquement chaque situation dramatique. Mêlant opéra, ballade, spectacle, théâtre, le jingju est avant tout un art du corps dans l’espace, un corps qui chante et parle mais un corps tenu, sacralisé, vidé de nature humaine aspirant à devenir sur scène celui des dieux.  Les défis du Jingju ont façonné des générations d’interprètes – chanteurs et acteurs- d’exception. Depuis sa création en 1955 par Mei Lanfang (portrait ci-contre), la compagnie nationale de Chine d’opéra de Pékin a donc recruté, au sortir des meilleures écoles chinoises, les plus grands dramaturges, réalisateurs, compositeurs, comédiens et chanteurs, notamment des célébrités chinoises comme Li Shaochun, Yuan Shihai, Ye Shenglan et Du Jinfang, le réalisateur A Jia, et les dramaturges Weng Ouhong et Fan Junhong. Au total, plus d’une centaine de ses artistes et plus d’une quarantaine de ses dramaturges ont ainsi récolté des récompenses nationales et internationales prestigieuses, comme le prix Wen Hua, la médaille d’or Mei Lanfang, le prix de la mise en scène élaborée nationale, le prix Mei Hua et la médaille d’or du Festival chinois de l’opéra de Pékin. Au cours des cinquante dernières années, la compagnie a produit et diffusé plus de cinq cents pièces traditionnelles ou modernes, de la Légende du serpent blanc au Détachement féminin rouge, de Crépuscule dans la cité interdite aux Femmes-soldats de la famille Yang.  Portant et défendant la réalisation de productions diverses et minutieusement restituées dans les règles de l’art, la compagnie nationale de Chine d’opéra de Pékin est aujourd’hui devenue l’un des meilleurs ambassadeurs de la culture chinoise à travers le monde..

acteurs :

Li Shengsu, Bai Suzhen [Serpent blanc], une femme qui fut initialement une Immortelle  ; 
Jiang Qihu, Xu Xian [Branche de cannelier], un jeune lettré qui épousera Bai Suzhen  ; 
Yu Kuizhi, Fa Hai [Océan de la discipline], est le singe moine gardien du Temple du Mont d’Or  ; 
Dai Zhongyu, Xiao Qing [Serpent bleu], qui fut initialement un Immortel mâle amoureux de Bai Suzhen dans le monde des Immortels et se transforme en femme dans le monde des humains pour devenir la fidèle servante de Bai Suzhen…

instrumentistes :
Tambour à une peau et claquettes [guban]
,Grand et petit gongs [luo]
,Cymbales [bo]
,Grand tambour [dagu]
,Vièle de Pékin [jinghu]
,Vièle [erhu]
,Luth en forme de lune [yueqin]
,Luth à trois cordes [sanxian],
Luth rond [ruan]
,Orgue à bouche [sheng]
, Flûte traversière [dizi], 
Hautbois coniques [suona]

Angers / Le Quai
Mardi 21, mercredi 22 octobre 2014 à 20h

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Compte rendu, opéra. Nantes. Théâtre Graslin, le 28 mai 2014. Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte. Marie Arnet, Elmar Gilbertsson, Ruben Drole, Olga Pudova, James Creswell. Mark Shanahan, direction musicale. Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène

flute-47169Fin de saison pour Angers Nantes Opéra avec la reprise de la Flûte Enchantée mozartienne telle qu’imaginée par Patrice Caurier et Moshe Leiser, production créée in loco en 2006 mais qui s’est déjà installée sur les planches du Staatsoper de Vienne, un beau destin pour cette scénographie ravissante. S’inspirant du théâtre de tréteaux avec sa machinerie à vue, cette mise en scène prend pour cadre les coulisses d’un théâtre qu’on imagine aisément être celui dans lequel nous avons pris place, en l’occurrence Graslin, avec ses bleus et ses ors. L’histoire imaginée par Mozart et Schikaneder se déroule ainsi sous nos yeux avec une virtuosité pleine de naïveté et de poésie, nous faisant littéralement retrouver notre âme d’enfant, une sensation qu’il fait bon d’éprouver. On prend un plaisir gourmand à voir les trois Enfants s’envoler dans les airs et entraîner avec eux Pamina vers les épreuves où l’attend son prince, et les trappes qui font surgir et disparaître personnages autant qu’accessoires achèvent de faire fonctionner à merveille cette féérie aux couleurs bariolées.

Une Flûte de féérie

flute-47612Le plateau réuni pour cette reprise répond à merveille au projet voulu par les deux metteurs en scène, et on est heureux d’entendre la musique de Mozart servie avec autant de respect et d’humilité. Les Enfants issus de la Maîtrise de la Perverie font de leur mieux de tout leur cœur, autant que les des seconds rôles tous bien chantants, des deux hommes d’armes à l’Orateur noble et percutant de Tyler Duncan. Le trio des Dames formé par Katia Welletaz, Emilie Renard et Ann Taylor fonctionne admirablement, trois voix et autant de personnalités très différentes mais qui s’apparient avec bonheur, parfaitement complémentaires. Juché sur ses échasses durant toute la représentation, James Creswell réussit néanmoins à offrir un Sarastro de haut niveau, à la ligne de chant d’une belle égalité, grâce surtout à une clarté d’émission devenue rare parmi les voix de basses, permettant pourtant une exacte profondeur dans les notes graves. Sa nocturne rivale, la Reine de la Nuit, trouve en Olga Pudova une interprète de choix, un rien timide durant la première partie de son air d’entrée mais aux vocalises assurées et au contre-fa triomphant. La jeune soprano russe abat ses meilleures cartes dans son second air, d’une grande précision jusque dans le suraigu et porté par une énergie vindicative du meilleur effet. Irrésistible Papageno, Ruben Drole porte parfaitement son nom, tant sa composition se révèle attachante et pleine d’humour. Il bénéficie en outre de la quasi-intégralité des dialogues parlés dévolus à son personnage – complétude inhabituelle mais ô combien indispensable pour une totale caractérisation du rôle –, ce qui lui permet toutes les facéties. Vocalement, il paraît avoir choisi une émission plutôt rustique, un rien pataude et quasiment campagnarde, et il surprend dans de nombreux passages en allégeant soudain sa voix, découvrant alors un timbre totalement différent, et osant quantités de nuances rarement exécutées. Un portrait aux multiples facettes, qui lui vaut un triomphe au rideau final. Excellente Pamina, Marie Arnet reprend le rôle qu’elle incarnait déjà lors de la création de cette production en ce même lieu. La chanteuse suédoise trace les contours d’une figure féminine forte et volontaire, à l’image de son chant très incarné et généreusement déployé. Son air lui permet en outre de dérouler un phrasé élégant et de belles demi-teintes, en une très belle performance.

Remplaçant Stanislas de Barbeyrac initialement prévu, le ténor islandais Elmar Gilbertsson demeure pour nous la révélation de la soirée, tant il correspond à un art du chant que nous défendons ardemment dans ces colonnes. Dès son entrée, pourtant redoutable et redoutée par plus d’un chanteur, il expose une émission très percutante et concentrée, claire et puissante, assumant fièrement la vaillance contenue dans l’écriture musicale. Si son air du portrait, scrupuleusement chanté – mais dans des positions physiques qui ne facilitent pas la régularité du soutien –, pourrait cependant gagner encore en abandon et en tendresse, dès son arrivée devant les trois portes il comble nos attentes dans ce rôle, avec une exactitude dans les voyelles et un impact dans la projection qui font notre bonheur. Un nom à suivre, dont en entendra certainement reparler dans le répertoire mozartien.

Galvanisant le chœur maison, d’une grande musicalité, et l’Orchestre National des Pays de la Loire, Mark Shanahan offre aux artistes un accompagnement idéal, véritable écrin pour les voix. Attentif aux chanteurs, il les suit comme leur ombre, ajustant tempi et nuances, dans une écoute qui force l’admiration tant elle paraît rassurante pour tous. Un admirable travail de vrai chef d’opéra, un modèle du genre.

Le public nantais ne boudant pas son plaisir de retrouver le chef d’œuvre de Mozart, c’est un triomphé mérité qui a salué cette magnifique reprise, une fin de saison au goût d’enfance, un régal.

flute-47585Nantes. Théâtre Graslin, 28 mai 2014. Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte. Livret d’Emmanuel Schikaneder. Avec Pamina : Marie Arnet ; Tamino : Elmar Gilbertsson ; Papageno : Ruben Drole ; La Reine de la Nuit : Olga Pudova ; Sarastro : James Creswell ; Papagena : Mirka Wagner ; Première Dame : Katia Welletaz ; Deuxième Dame : Emilie Renard ; Troisième Dame : Ann Taylor ; Monostatos : Eric Huchet ; L’Orateur et le Premier prêtre : Tyler Duncan ; Les trois enfants : Enfants de la Maîtrise de la Perverie ; Second prêtre et Premier homme d’armes : Gijs van der Linden ; Second homme d’armes : Guy-Etienne Giot. Chœur d’Angers Nantes Opéra ; Chef de chœur : Xavier Ribes. Orchestre National des Pays de la Loire. Direction musicale : Mark Shanahan. Mise en scène : Patrice Caurier et Moshe Leiser ; Décors : Christian Fenouillat ; Agostino Cavalca ; Lumières : Christophe Forey

La Flûte enchantée de Caurier,Leiser par Angers Nantes Opéra (annonce)

flute-enchantee-angers-nantes-opera-caurier-leiser-2014Angers Nantes Opéra. Mozart: La Flûte enchantée,22mai>17juin 2014. Production de Caurier/Leiser (2006), reprise. Pour l’année anniversaire des 250 ans de Mozart en 2006, Angers Nantes Opéra avait demandé au duo de metteurs en scène – familiers du théâtre, Patrice Caurier et Moshe Leiser, une nouvelle production dont voici la reprise, clôturant la saison 2013-2014 de l’auguste maison nantaise et angevine.

Sans gommer les symboles francmaçons, le dispositif visuel et scénique emprunte à tout un imaginaire enchanteur, celui du théâtre pur, ses machineries les plus simples et les plus accessibles et compréhensibles du public : un public ravi qui avait en 2006 non sans raisons applaudi à ce miracle de justesse, d’intelligence et de fine et facétieuse poésie. Un théâtre à la Wernicke, celui de La Calisto de Cavalli : où trappes, filins visibles semblant aspirer les protagonistes jusqu’aux cintres, sons préenregistrés et bruitages… précisent ce spectacle de l’illusion féerique dont le sens du rythme crée tout au long de son déploiement lyrique, une histoire sans temps morts. Un spectacle dont la grâce enfantine et l’essor du rire le plus enchanteur, saisit immédiatement. Reprise événement.

Nos 3 raisons pour ne pas manquer La Flûte Enchantée de Mozart à Nantes et à Angers :

Pourquoi ne pas manquer la reprise de La Flûte enchantée de Mozart à Angers Nantes Opéra ?

- son imaginaire poétique et accessible, vrai livre d’image qui fait sens tout au long des deux actes de La Flûte.

- la nouvelle distribution qui promet tout autant que celle de 2006

- la direction vive, soignée, affûtée du britannique habitué de la maison, Mark Shanahan.

Angers Nantes Opéra. Mozart: La Flûte enchantée,22mai>17juin 2014.

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La Flûte enchantée de Caurier,Leiser par Angers Nantes Opéra

flute-enchantee-angers-nantes-opera-caurier-leiser-2014Angers Nantes Opéra. Mozart: La Flûte enchantée,22mai>17juin 2014. Production de Caurier/Leiser (2006), reprise. Pour l’année anniversaire des 250 ans de Mozart en 2006, Angers Nantes Opéra avait demandé au duo de metteurs en scène – familiers du théâtre, Patrice Caurier et Moshe Leiser, une nouvelle production dont voici la reprise, clôturant la saison 2013-2014 de l’auguste maison nantaise et angevine.

Sans gommer les symboles francmaçons, le dispositif visuel et scénique emprunte à tout un imaginaire enchanteur, celui du théâtre pur, ses machineries les plus simples et les plus accessibles et compréhensibles du public : un public ravi qui avait en 2006 non sans raisons applaudi à ce miracle de justesse, d’intelligence et de fine et facétieuse poésie. Un théâtre à la Wernicke, celui de La Calisto de Cavalli : où trappes, filins visibles semblant aspirer les protagonistes jusqu’aux cintres, sons préenregistrés et bruitages… précisent ce spectacle de l’illusion féerique dont le sens du rythme crée tout au long de son déploiement lyrique, une histoire sans temps morts. Un spectacle dont la grâce enfantine et l’essor du rire le plus enchanteur, saisit immédiatement. Reprise événement.

Nos 3 raisons pour ne pas manquer La Flûte Enchantée de Mozart à Nantes et à Angers :

Pourquoi ne pas manquer la reprise de La Flûte enchantée de Mozart à Angers Nantes Opéra ?

- son imaginaire poétique et accessible, vrai livre d’image qui fait sens tout au long des deux actes de La Flûte.

- la nouvelle distribution qui promet tout autant que celle de 2006

- la direction vive, soignée, affûtée du britannique habitué de la maison, Mark Shanahan.

Angers Nantes Opéra. Mozart: La Flûte enchantée,22mai>17juin 2014.

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Un éblouissant Pelléas et Mélisande à Angers, les 11 et 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaOPERA. Angers: Pelléas et Mélisande. Les 11 et 13 avril 2014. Avec Stéphanie d’Oustrac, Armando Nogera, Jean-François Lapointe… La nouvelle production de Pelléas et Mélisande de Debussy présentée par Angers Nantes Opéra se distingue par son fini visuel et théâtral. Sous la direction précise et détaillée du chef Daniel Kawka et de l’excellente distribution vocale dans les rôles principaux : Pelléas (Armando Noguera), Stéphanie d’Oustrac (Mélisande), Jean-François Lapointe (Golaud), sans omettre Chloé Briot (Yniold) …

CLIC_macaron_2014Extrait du compte rendu critique de notre rédacteur Alexandre Pham à propos de la production de Pelléas et Mélisande de Debussy à Angers et à Nantes : ” … Le scintillement perpétuel accordé au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcèlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  océane semble inéluctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant où Golaud et Pelléas s’enfoncent sous la scène par une trappe dévoilée est en cela emblématique… Toutua long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement éclatant dont le principe exprime l’ambiguïté des personnages,  leur mystère impénétrable à commencer par la Mélisande fauve et féline,  voluptueuse et innocente de Stéphanie d’Oustrac : véritable sirène fantasmatique,  la mezzo réussit sa prise de rôle. Déesse innocente et force érotique,  elle est ce mystère permanent qui détermine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour à tour amoureux,  protecteur puis dévasté et violent (scène terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier Pelléas,  le baryton québécois habite un prince dépossédé de toute maîtrise,  jaloux, hanté jusqu’à la fin par le doute destructeur. La mise en scène souligne l’humanité saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course à l’abîme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rôle là aussi.” En lire +

Radio. Debussy : Pelléas et Mélisande. Stéphanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h.

 

Angers Nantes Opéra : le Pelléas éblouissant d'Emmanuelle Bastet (reportage 1/2)

 

 

VOIR le clip vidéo de Pelléas et Mélisande de Debussy nouvelle création d’Angers Nantes Opéra.
VOIR les 2 volets de notre grand reportage Pelléas et Mélisande de Claude Debussy, la nouvelle production événement d’Angers Nantes Opéra :
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Angers Nantes Opéra, volet 1
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Angers Nantes Opéra, volet 2

 

 

 

 

 

Reportage vidéo (2/2). Angers Nantes Opéra. Pelléas et Mélisande de Debussy, jusqu’au 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaReportage vidéo (2/2). Angers Nantes Opéra. Pelléas et Mélisande. Contrairement à bien des réalisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginée par Bob Wilson par exemple),  la mise en scène d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le réalisme d’une intrigue étouffante, au temps psychologique resserré, aux références cinématographiques et picturales, efficaces, esthétiques. Ce retour du théâtre à l’opéra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la réalité d’une famille aristocratique à l’agonie apporte aux héros de Maeterlinck, une présence nouvelle dont la personnalité se révèle dans chaque détails ténus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’éléments qui restituent à la partition sa chair et sa mémoire émotionnelle, d’où jaillit et prend corps chacun des tempéraments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  où chaque élément du décor pèse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  répond un esthétisme souvent éblouissant qui emprunte au langage cinématographique d’un Hitchcok … des images poétiques dont la puissance suggestive révise aussi les tableaux de l’américain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenêtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. … qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de Pelléas et Melisande (scène de la tour), en un tableau qui restera mémorable ; échappée salutaire également à la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fébrilement, l’espoir d’un monde condamné… Lire notre compte rendu critique de Pelléas et Mélisande présenté par Angers Nantes Opéra

VIDEO : visionner le reportage 1

Reportage vidéo (1/2). Angers Nantes Opéra. Pelléas et Mélisande de Debussy, jusqu’au 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaReportage vidéo (1/2). Angers Nantes Opéra. Pelléas et Mélisande. Contrairement à bien des réalisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginée par Bob Wilson par exemple),  la mise en scène d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le réalisme d’une intrigue étouffante, au temps psychologique resserré, aux références cinématographiques et picturales, efficaces, esthétiques. Ce retour du théâtre à l’opéra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la réalité d’une famille aristocratique à l’agonie apporte aux héros de Maeterlinck, une présence nouvelle dont la personnalité se révèle dans chaque détails ténus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’éléments qui restituent à la partition sa chair et sa mémoire émotionnelle, d’où jaillit et prend corps chacun des tempéraments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  où chaque élément du décor pèse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  répond un esthétisme souvent éblouissant qui emprunte au langage cinématographique d’un Hitchcok … des images poétiques dont la puissance suggestive révise aussi les tableaux de l’américain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenêtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. … qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de Pelléas et Melisande (scène de la tour), en un tableau qui restera mémorable ; échappée salutaire également à la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fébrilement, l’espoir d’un monde condamné… Lire notre compte rendu critique de Pelléas et Mélisande présenté par Angers Nantes Opéra

VOIR notre reportage Pelléas et Mélisande n°2

Debussy : Pelléas et Mélisande. Armando Noguera, Stéphanie d’Oustrac

pelelas_melisande-ANO_kawkaRadio. Debussy : Pelléas et Mélisande. Stéphanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h. La nouvelle production de Pelléas et Mélisande de Debussy présentée par Angers Nantes Opéra se distingue par son fini visuel et théâtral. A défaut de voir la production, les auditeurs de France Musique pourront se délecter de la direction précise et détaillée du chef Daniel Kawka et de l’excellente distribution vocale dans les rôles principaux : Pelléas (Armando Noguera), Stéphanie d’Oustrac (Mélisande), Jean-François Lapointe (Golaud), sans omettre Chloé Briot (Yniold) …

logo_francemusiqueExtrait du compte rendu critique de notre rédacteur Alexandre Pham à propos de la production de Pelléas et Mélisande de Debussy à Angers et à Nantes : ” … Le scintillement perpétuel accordé au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcèlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  océane semble inéluctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant où Golaud et Pelléas s’enfoncent sous la scène par une trappe dévoilée est en cela emblématique… Toutua long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement éclatant dont le principe exprime l’ambiguïté des personnages,  leur mystère impénétrable à commencer par la Mélisande fauve et féline,  voluptueuse et innocente de Stéphanie d’Oustrac : véritable sirène fantasmatique,  la mezzo réussit sa prise de rôle. Déesse innocente et force érotique,  elle est ce mystère permanent qui détermine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour à tour amoureux,  protecteur puis dévasté et violent (scène terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier Pelléas,  le baryton québécois habite un prince dépossédé de toute maîtrise,  jaloux, hanté jusqu’à la fin par le doute destructeur. La mise en scène souligne l’humanité saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course à l’abîme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rôle là aussi.” En lire +

Radio. Debussy : Pelléas et Mélisande. Stéphanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h.

VOIR le clip vidéo de Pelléas et Mélisande de Debussy nouvelle création d’Angers Nantes Opéra.

 

Compte rendu, opéra. Nantes. Théâtre Graslin, le 27 mars 2014. Debussy: Pelléas et Mélisande. Stéphanie D’Oustrac, Armando Noguera, Jean-François Lapointe… Emmanuelle Bastet, direction. Daniel Kawka, direction

pelelas_melisande-ANO_kawkaCompte rendu, opéra. Debussy : Pelléas et Mélisande … Contrairement à bien des réalisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginée par Bob Wilson par exemple),  la mise en scène d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le réalisme d’une intrigue étouffante, au temps psychologique resserré, aux références cinématographiques et picturales, efficaces, esthétiques. Ce retour du théâtre à l’opéra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la réalité d’une famille aristocratique à l’agonie apporte aux héros de Maeterlinck, une présence nouvelle dont la personnalité se révèle dans chaque détails ténus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’éléments qui restituent à la partition sa chair et sa mémoire émotionnelle, d’où jaillit et prend corps chacun des tempéraments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  où chaque élément du décor pèse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  répond un esthétisme souvent éblouissant qui emprunte au langage cinématographique d’un Hitchcok … des images poétiques dont la puissance suggestive révise aussi les tableaux de l’américain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenêtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. … qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de Pelléas et Melisande (scène de la tour), en un tableau qui restera mémorable ; échappée salutaire également à la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fébrilement, l’espoir d’un monde condamné…
A cela s’invite l’éloquence millimétrée de l’orchestre qui sous la direction souple, évocatrice,  précise de Daniel Kawka diffuse un sensualisme irrésistible mis au diapason des innombrables images et références marines du livret. C’est peu dire que le chef, immense wagnérien et malhérien, élégantissime, nuancé, aborde la partition avec une économie, une mesure boulézienne,  sachant aussi éclairer avec une clarté exceptionnelle la continuité organique d’une texture orchestrale finement tressée (imbrication des thèmes, révélée ; accents instrumentaux, filigranés : bassons pour Golaud, hautbois et flûtes amoureux pour Mélisande et Pelléas…, sans omettre de somptueuses vagues de cordes au coloris parfois tristanesque : un régal). Le geste comme les options visuelles réchauffent un ouvrage qui souvent ailleurs, paraît distancié, froid, inaccessible. La réalisation scénographique perce l’énigme ciselée par Debussy en privilégiant la chair et le drame, exaltant salutairement le prodigieux chant de l’orchestre, flamboyant, chambriste, viscéralement psychique. A Daniel Kawka d’une hypersensibilité poétique, toujours magistralement suggestive, revient le mérite d’inscrire le mystère (si proche musicalement et ce dès l’ouverture, du Château de Barbe Bleue de Bartok, – une œuvre qu’il connaît tout aussi profondément pour l’avoir dirigée également pour Angers Nantes Opéra), de rétablir avec la même évidence musicale, le retour au début, comme  une boucle sans fin : les derniers accords renouant avec le climat énigmatique et suspendu de l’ouverture. Pelléas rejoint ainsi le Ring dans l’énoncé d’un recommencement cyclique. L’analyse et la vivacité qu’apporte le chef se révèlent essentielles aussi pour la réussite de la nouvelle production. On s’incline devant une telle vibration musicale qui sculpte chaque combinaison de timbres dans le respect d’un Debussy qui en plein orchestre, est le génie de la couleur et de la transparence.

 

 

 

PELLEAS-ANO-575

 

Pelléas éblouissant, théâtral, cinématographique

Le scintillement perpétuel accordé au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcèlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  océane semble inéluctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant où Golaud et Pelléas s’enfoncent sous la scène par une trappe dévoilée est en cela emblématique… Tout au long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement éclatant dont le principe exprime l’ambiguïté des personnages,  leur mystère impénétrable à commencer par la Mélisande fauve et féline,  voluptueuse et innocente de Stéphanie d’Oustrac : véritable sirène fantasmatique,  la mezzo réussit sa prise de rôle. Déesse innocente et force érotique,  elle est ce mystère permanent qui détermine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour à tour amoureux,  protecteur puis dévasté et violent (scène terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier Pelléas,  le baryton québécois habite un prince dépossédé de toute maîtrise,  jaloux, hanté jusqu’à la fin par le doute destructeur. La mise en scène souligne l’humanité saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course à l’abîme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rôle là aussi.
Mais Emmanuelle Bastet rétablit également la place d’un autre personnage qui semble ailleurs confiné dans un rôle ajouté par contraste, sans réelle épaisseur : Yniold (épatante Chloé Briot), le fils de Golaud dont le spectacle fait un observateur permanent du monde des adultes, de l’attirance de plus en plus irrépressible des adolescents Pelléas et Melisande, de la névrose criminelle de son “petit” père Golaud. La jeune âme scrute dans l’ombre la tragédie silencieuse qui se déroule sous ses yeux… elle en absorbe les tensions implicites, tous les secrets confinés dans chaque tiroir de l’immense bibliothèque qui fait office de cadre unique. Le poids de ce destin familial affecte l’innocence du garçon manipulé malgré lui par son père dans l’une des scènes de voyeurisme les plus violentes de l’opéra. Comment Yniold se sortira d’un tel passif? La clé de son personnage est magistralement exprimée ainsi dans une vision qui rétablit aux côtés de l’érotisme et de la folie,  l’innocence d’un enfant certainement traumatisé qui doit dans le temps de l’opéra, réussir malgré tout, le passage dans le monde inquiétant et troublant des adultes. Son air des moutons prend alors un sens fulgurant renseignant sur ses terribles angoisses psychiques.  De part en part, la conception nous a fait pensé au superbe film de Losey,  Le messager où il est aussi question d’un enfant pris malgré lui dans les rets d’une liaison interdite entre deux êtres dont il est l’observateur et le messager.

pelleas melisande noguera doustrac angers nantes opera stephanie-d-oustrac_Dernier membre de ce quatuor nantais,  le Pelléas enivré d’Armando Noguera dont le chant incarné (Debussy lui réserve les airs les plus beaux, souvent d’un esprit très proche de ses mélodies) nourrit la claire volupté de chaque duo avec Mélisande.  Certes le timbre a sonné plus clair (ici même dans La Bohème, Le Viol de Lucrèce, surtout pour La rose blanche… ), mais la sensualité parcourt toutes ses apparitions avec toujours, cette précision dans l’articulation de la langue, elle, exemplaire. Chaque duo (la fontaine des aveugles, la tour, la grotte) marque un jalon dans l’immersion du rêve et de la féerie amoureuse,  l’accomplissement se produisant au IV où mûr et déterminé,  Pelléas affronte son destin, déclare ouvertement son amour quitte à en mourir (sous la dague de Golaud). Ce passage de l’adolescence à l’âge adulte se révèle passionnant (terrifiant aussi comme on l’a vu pour Yniold,  son neveu). Mais sa mise à mort ne l’aura pas empêcher de se sentir enfin libre, maître d’un amour qui le dépasse et l’accomplit tout autant.

Pictural (il y a  aussi du Balthus dans les poses alanguies, d’une félinité adolescente de la Mélisande animale d’Oustrac), psychologique, cinématographique, gageons que ce nouveau Pelléas restera comme l’événement lyrique de l’année 2014. Sa perfection visuelle, sa précision théâtrale (véritable huit clos sans choeur apparent), la puissance et l’envoûtement de l’orchestre (transfiguré par la direction du chef Daniel Kawka) renouvelle notre approche de l’ouvrage. Un choc à ne pas manquer… Angers Nantes Opéra. Debussy : Pelléas et Debussy. A l’affiche jusqu’au 13 avril 2014. A Nantes, les 30 mars, 1er avril. A Angers, les 11 et 13 avril 2014.

 

VOIR le clip vidéo de Pelléas et Mélisande de Debussy nouvelle création d’Angers Nantes Opéra.

Radio. Diffusion sur France Musique, samedi 5 avril 2014, 19h. 

Illustrations : Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2014

Clip vidéo. L’éblouissant Pelléas d’Angers Nantes Opéra (jusqu’au 13 avril 2014)

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453CLIP VIDEO. Angers Nantes Opéra. Debussy: Pelléas et Mélisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes Opéra, Pelléas et Mélisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production éblouissante, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois réaliste et onirique, la mise en scène d’Emmanuelle Bastet exprime les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poétique…
Pour ce nouveau Pelléas, la metteure en scène retrouve son complice Tim Northam, qui signe les costumes et la scénographie. Ni abstraite ni symboliste/lique, le Pelléas de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rêve amoureux. Esthétiquement, le spectacle relève le défi : les références à Hitchcock, aux espaces énigmatiques et ouverts du peintre américain Edouard Hopper (superbe échappée présente sous la forme d’une immense fenêtre trop rarement ouverte) nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions présentes mais silencieuses, violence aussi à peine cachée, omniprésence nouvelle d’un personnage jusque là tenu dans l’ombre… la nouvelle production de Pelléas présentée par Angers Nantes Opéra permet au théâtre de réinvestir la scène, aux chanteurs, d’y paraître tels les fabuleux acteurs d’un film à suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrésolu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destiné à la mort : Pelléas et Mélisande dans Allemonde. Au réalisme du décor (immense bibliothèque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale très présente encore avec ses mystères et ses filiations, ses intrigues oubliées et tues) s’oppose le rêve des deux amants… A chaque retrouvaille correspond un épanchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte réaliste. Cette présence du rêve et de l’harmonie avait déjà suscité dans la mise en scène d’Orphée et Eurydice des épisodes réussis dont pour le tableau des Champs Élysées, l’évocation de l’enfance des époux, brève et saisissante échappée dans l’innocence… Ici, la présence d’un corps étranger (Mélisande) dans une famille « bourgeoise « au passé mémoriel précipite le drame et rend visible ce qui était tenu caché ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et précisément décrits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une décor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. Genneviève et même Pelléas qui en part sans être capable de le quitter, restent à demeure dans un château pourtant étouffant comme … un cercueil. Comme exténués avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux.

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

Pour Emmanuelle Bastet, Mélisande reste une énigme, un être insaisissable qui renvoie comme un miroir fascinant l’image fantasmatique que les autres veulent voir d’elle. Fragile mais fatale, elle fait naître la curiosité, surtout le désir : le mariage pour Golaud, l’interdit pour Pelléas, avec la fameuse scène de la chevelure (emblème qui fixe l’attraction de Pelléas sur le corps de Mélisande). Ce pourrait être une préfiguration de Lulu, victime et bourreau, ingénue innocente mais aussi provocatrice sans être cependant manipulatrice… Le mystère qui enveloppe Mélisande comme Pelléas, c’est la présence implicite d’un traumatisme ancien qui au moment de l’action, laisse envisager toujours l’ombre et la menace de la catastrophe. Chacun d’eux a cette blessure présente où l’écoute et l’attention du spectateur tendent à s’enfoncer : la musique est là aussi pour les y encourager.

A travers les yeux d’Yniold … Rêve ou réalité ?
pelelas_melisande-ANO_kawkaVisuellement, Emmanuelle Bastet cite les tableaux de Hopper, les films de Hitchcok (En attendant Marnie particulièrement) dans une réalisation qui devrait évoquer le climat tendu et vénéneux des films du cinéaste britannique. Le seul être qui souffre vraiment ici serait le petit garçon Yniold (rôle travesti) qui assiste impuissant mais fortement impressionné au lent délitement de la famille, à la folie de son père Golaud, à la déroute des amants dévoilés… Le drame familial est ainsi représenté à travers ses yeux, ce qui est explicitement indiqué quand Golaud utilise l’enfant pour espionner Pelléas et Mélisande dans l’une des scènes les plus violentes de l’opéra … L’enfance contrepoint et révélateur de la sauvagerie et de la barbarie des adultes, est un élément moteur dans les mises en scène d’Emmanuelle Bastet. En réalité, la relation de Pelléas et de Mélisande ne serait-elle pas aussi le fruit de l’imagination du garçon troublé par les membres d’une famille qui l’interroge et déconcerte sa petite âme en mal d’évasion ?
Dans ce bouillonnement émotionnel qui fait naître la confusion et le trouble, l’essentiel n’est peut-être pas de rétablir la cohérence d’une œuvre dans son déroulement explicite, mais de suivre les images de la musique qui souvent exprime plus clairement ce que les mots du livret tentent toujours à cacher ou sans les dire précisément.
C’est donc un opéra d’atmosphère où la mémoire et le rêve submergent le réel, où l’inconscient surgit là où on ne l’attend pas, où les actes de la psyché se manifestent différemment et de façon imprévisible, dont les enjeux et l’activité souterraine pourront nous être enfin révélés à Nantes et à Angers à partir du 23 mars 2014.

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’après sa pièce éponyme.
Créé à l’Opéra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scène : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
Lumière : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
Stéphanie d’Oustrac, Mélisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, Geneviève
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

Chœur d’Angers Nantes Opéra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

5 à NANTES Théâtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 à ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € à 30 € / Réduit : de 50€ à 20 € / Très réduit : de 30 € à 10 €. Places Premières : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

Nouveau Pelléas et Mélisande par Emmanuelle Bastet à Angers Nantes Opéra

Angers Nantes Opéra : Pelléas idéalAngers Nantes Opéra. Debussy: Pelléas et Mélisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes Opéra, Pelléas et Mélisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production très attendue, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois réaliste et onirique, la mise en scène d’Emmanuelle Bastet devrait exprimer les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poétique… Elle a rencontré pour la première fois Pelléas au moment de la mise en scène de l’opéra par Yannis Kokkos (avec lequel elle travaillait) à Bordeaux et Montpellier en 2002. Depuis Emmanuelle Bastet rêvait de nourrir sa propre conception de l’ouvrage.
Pour ce nouveau Pelléas, la metteure en scène retrouve son complice Tim Northam, qui signe les costumes et la scénographie, et avait déjà été à ses côtés pour les productions précédemment réalisées pour Angers Nantes Opéra : Lucio Silla de Mozart et Orphée et Eurydice de Gluck. Ni abstraite ni trop symboliste/lique, le Pelléas de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rêve amoureux. Esthétiquement, le spectacle relève le défi : les références à Hitchcock, aux espaces énigmatiques et ouverts du peintre américain Edouard Hopper nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions présentes mais silencieuses, violence aussi à peine cachée, omniprésence nouvelle d’un personnage jusque là tenu dans l’ombre… la nouvelle production de Pelléas présentée par Angers Nantes Opéra permet au théâtre de réinvestir la scène, aux chanteurs, d’y paraître tels les fabuleux acteurs d’un film à suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrésolu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destiné à la mort : Pelléas et Mélisande dans Allemonde. Au réalisme du décor (immense bibliothèque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale très présente encore avec ses mystères et ses filiations, ses intrigues oubliées et tues) s’oppose le rêve des deux amants… A chaque retrouvaille correspond un épanchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte réaliste. Cette présence du rêve et de l’harmonie avait déjà suscité dans la mise en scène d’Orphée et Eurydice des épisodes réussis dont pour le tableau des Champs Élysées, l’évocation de l’enfance des époux, brève et saisissante échappée dans l’innocence… Ici, la présence d’un corps étranger (Mélisande) dans une famille « bourgeoise « au passé mémoriel précipite le drame et rend visible ce qui était tenu caché ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et précisément décrits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une décor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. Genneviève et même Pelléas qui en part sans être capable de le quitter, restent à demeure dans un château pourtant étouffant comme … un cercueil. Comme exténués avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux.

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

Pour Emmanuelle Bastet, Mélisande reste une énigme, un être insaisissable qui renvoie comme un miroir fascinant l’image fantasmatique que les autres veulent voir d’elle. Fragile mais fatale, elle fait naître la curiosité, surtout le désir : le mariage pour Golaud, l’interdit pour Pelléas, avec la fameuse scène de la chevelure (emblème qui fixe l’attraction de Pelléas sur le corps de Mélisande). Ce pourrait être une préfiguration de Lulu, victime et bourreau, ingénue innocente mais aussi provocatrice sans être cependant manipulatrice… Le mystère qui enveloppe Mélisande comme Pelléas, c’est la présence implicite d’un traumatisme ancien qui au moment de l’action, laisse envisager toujours l’ombre et la menace de la catastrophe. Chacun d’eux a cette blessure présente où l’écoute et l’attention du spectateur tendent à s’enfoncer : la musique est là aussi pour les y encourager.

A travers les yeux d’Yniold … Rêve ou réalité ?
Visuellement, Emmanuelle Bastet cite les tableaux de Hopper, les films de Hitchcok (En attendant Marnie particulièrement) dans une réalisation qui devrait évoquer le climat tendu et vénéneux des films du cinéaste britannique. Le seul être qui souffre vraiment ici serait le petit garçon Yniold (rôle travesti) qui assiste impuissant mais fortement impressionné au lent délitement de la famille, à la folie de son père Golaud, à la déroute des amants dévoilés… Le drame familial est ainsi représenté à travers ses yeux, ce qui est explicitement indiqué quand Golaud utilise l’enfant pour espionner Pelléas et Mélisande dans l’une des scènes les plus violentes de l’opéra … L’enfance contrepoint et révélateur de la sauvagerie et de la barbarie des adultes, est un élément moteur dans les mises en scène d’Emmanuelle Bastet. En réalité, la relation de Pelléas et de Mélisande ne serait-elle pas aussi le fruit de l’imagination du garçon troublé par les membres d’une famille qui l’interroge et déconcerte sa petite âme en mal d’évasion ?
Dans ce bouillonnement émotionnel qui fait naître la confusion et le trouble, l’essentiel n’est peut-être pas de rétablir la cohérence d’une œuvre dans son déroulement explicite, mais de suivre les images de la musique qui souvent exprime plus clairement ce que les mots du livret tentent toujours à cacher ou sans les dire précisément.
C’est donc un opéra d’atmosphère où la mémoire et le rêve submergent le réel, où l’inconscient surgit là où on ne l’attend pas, où les actes de la psyché se manifestent différemment et de façon imprévisible, dont les enjeux et l’activité souterraine pourront nous être enfin révélés à Nantes et à Angers à partir du 23 mars 2014.

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’après sa pièce éponyme.
Créé à l’Opéra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scène : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
Lumière : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
Stéphanie d’Oustrac, Mélisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, Geneviève
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

Chœur d’Angers Nantes Opéra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

5 à NANTES Théâtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 à ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € à 30 € / Réduit : de 50€ à 20 € / Très réduit : de 30 € à 10 €. Places Premières : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

Création: La Dernière Fête en région Pays de la Loire, jusqu’au 25 avril 2014

ANO_derniere_fete_2014_550Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête, création. Jusqu’au 25 avril 2014. Délirant, poétique, tragique et léger, le nouveau spectacle d’Angers Nantes Opéra confie au seul chœur maison le soin d’exprimer le théâtre nostalgique et joyeux de Tchekhov. Entre théâtre et opéra, La Dernière Fête met en avant les prouesses du collectif de comédiens Leporello et les choristes du Théâtre dirigés par Xavier Ribes. Burlesque, grave et tendre, La Dernière Fête, scénographiée par Dirk Opstaele synthétise avec esprit et facétie l’essence de la scène tchékhovienne. Après avoir été créé à Nantes et à Angers, en février 2014, le spectacle poursuit sa vie, lors d’une tournée en région Pays de La Loire, jusqu’au 25 avril 2014. Coup de cœur de CLASSIQUENEWS.COM

La Dernière Fête
Création présentée par Angers Nantes Opéra
A Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014
Tournée en région Pays de la Loire, jusqu’au 25 avril 2014
Infos et réservation sur le site d’Angers Nantes Opéra
Production événement élue ” coup de cœur de classiquenews.com ”

 

 

 

 

Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête d'après Tchekhov

 

 

CLIC_macaron_2014Le dernier spectacle créé par Angers Nantes Opéra est un formidable travail d’acteurs et de choristes. Sans interruption, pendant environ 1h45, le chœur d’Angers Nantes Opéra revisite avec les acteurs de la Compagnie Leporello, les 5 pièces majeures de Tchekhov : Oncle Vania, La Mouette, Ivanov, Les Trois Sœurs, La Cerisaie… C’est dans sa continuité recomposée un opéra choral hors normes et un défi pour le collectif de comédiens : nostalgie, tendresse, délire et burlesque, la production enchante et captive… Nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra. Coup de cœur de notre rédaction, La Dernière Fête reçoit le ” clic d’or ” de CLASSIQUENEWS.COM

 

 

7 dates événements
Agenda de la tournée de La Dernière Fête en région Pays de la Loire, avril 2014
:

Bouguenais, Piano’cktail, jeudi 27 février 2014, 20h

Saumur, Salle Baurepaire, Pôle culturel, mardi 15 avril 2014, 20h

Haute-Goulaine, Le Quatrain, mercredi 16 avril 2014, 20h30

Segré, Espace culturel, Vendredi 18 avril 2014, 20h30

Laval, Le Théâtre, mardi 22 avril 2014, 20h30

Pont-Château, Carré d’argent, jeudi 24 avril 2014, 20h30

Châteaubriant, Théâtre de verre, vendredi 25 avril 2014, 20h45

 

 

Infos et réservation sur le site d’Angers Nantes Opéra
Production événement élue ” coup de cœur de classiquenews.com ”

 

 

Angers, Grand Théâtre. La Dernière Fête, l’opéra événement d’après Tchekhov

ANO_derniere_fete_2014_550ANGERS, Grand Opéra. Jeudi 13, vendredi 14, dimanche 16 février 2014. La Dernière Fête, création. Délirant, poétique, tragique et léger, le nouveau spectacle d’Angers Nantes Opéra confie au seul chœur maison le soin d’exprimer le théâtre nostalgique et joyeux de Tchekhov. Entre théâtre et opéra, La Dernière Fête se met au diapason de l’ombre lumineuse, de cette gaieté triste purement tchékhovienne, défis des contradictions et divines tensions où s’inscrit l’apport superlatif des interprètes de la produciton. Le spectacle éclaire les prouesses du collectif de comédiens Leporello et les choristes du Théâtre dirigés par Xavier Ribes. Burlesque, grave et tendre, La Dernière Fête, scénographiée par Dirk Opstaele synthétise avec esprit et facétie l’essence de la scène tchékhovienne. Création à Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014. En tournée en région Pays de La Loire, jusqu’au 25 avril 2014. Coup de cœur de CLASSIQUENEWS.COM

La Dernière Fête
Création présentée par Angers Nantes Opéra
A Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014

ANGERS, Grand Théâtre : 3 dates incontournables
jeudi 13, vendredi 14, dimanche 16 février 2014
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

Tournée en région Pays de la Loire, jusqu’au 25 avril 2014
Infos et réservation sur le site d’Angers Nantes Opéra
Production événement élue ” coup de cœur de classiquenews.com ”

 

 

 

 

Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête d'après Tchekhov

 

 

CLIC_macaron_2014Le dernier spectacle créé par Angers Nantes Opéra est un formidable travail d’acteurs et de choristes. Sans interruption, pendant environ 1h45, le chœur d’Angers Nantes Opéra revisite avec les acteurs de la Compagnie Leporello, les 5 pièces majeures de Tchekhov : Oncle Vania, La Mouette, Ivanov, Les Trois Sœurs, La Cerisaie… C’est dans sa continuité recomposée un opéra choral hors normes et un défi pour le collectif de comédiens : nostalgie, tendresse, délire et burlesque, la production enchante et captive… Nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra. Coup de cœur de notre rédaction, La Dernière Fête reçoit le ” clic d’or ” de CLASSIQUENEWS.COM. Visionner notre reportage vidéo La Dernière Fêtes d’après Tchekhov, création présentée par Angers Nantes Opéra

Angers Nantes Opéra. La Dernière Fête, l’opéra événement d’après Tchekhov, jusqu’au 16 février 2014

ANO_derniere_fete_2014_550Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête, création. Jusqu’au 16 février 2014. Délirant, poétique, tragique et léger, le nouveau spectacle d’Angers Nantes Opéra confie au seul chœur maison le soin d’exprimer le théâtre nostalgique et joyeux de Tchekhov. Entre théâtre et opéra, La Dernière Fête se met au diapason de l’ombre lumineuse, de cette gaieté triste purement tchékhovienne, défis des contradictions et divines tensions où s’inscrit l’apport superlatif des interprètes de la produciton. Le spectacle éclaire les prouesses du collectif de comédiens Leporello et les choristes du Théâtre dirigés par Xavier Ribes. Burlesque, grave et tendre, La Dernière Fête, scénographiée par Dirk Opstaele synthétise avec esprit et facétie l’essence de la scène tchékhovienne. Création à Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014. En tournée en région Pays de La Loire, jusqu’au 25 avril 2014. Coup de cœur de CLASSIQUENEWS.COM

La Dernière Fête
Création présentée par Angers Nantes Opéra
A Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014
Tournée en région Pays de la Loire, jusqu’au 25 avril 2014
Infos et réservation sur le site d’Angers Nantes Opéra
Production événement élue ” coup de cœur de classiquenews.com ”

 

 

 

 

Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête d'après Tchekhov

 

 

CLIC_macaron_2014Le dernier spectacle créé par Angers Nantes Opéra est un formidable travail d’acteurs et de choristes. Sans interruption, pendant environ 1h45, le chœur d’Angers Nantes Opéra revisite avec les acteurs de la Compagnie Leporello, les 5 pièces majeures de Tchekhov : Oncle Vania, La Mouette, Ivanov, Les Trois Sœurs, La Cerisaie… C’est dans sa continuité recomposée un opéra choral hors normes et un défi pour le collectif de comédiens : nostalgie, tendresse, délire et burlesque, la production enchante et captive… Nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra. Coup de cœur de notre rédaction, La Dernière Fête reçoit le ” clic d’or ” de CLASSIQUENEWS.COM. Visionner notre reportage vidéo La Dernière Fêtes d’après Tchekhov, création présentée par Angers Nantes Opéra

Compte-rendu, opéra. Nantes. La Cité, le 4 février 2014. Georges Bizet : Les Pêcheurs de perles. Anne-Catherine Gillet, Frédéric Antoun, Etienne Dupuis, Nicolas Courjal. Mark Shanahan, direction musicale

bizet_georges_carmenAngers Nantes Opéra réussit un coup d’éclat avec des Pêcheurs de perles de grande qualité. Grâce à l’acoustique excellente de la Cité des Congrès nantaise, à la réverbération idéale pour l’aisance des chanteurs, la richesse de l’orchestration imaginée par Bizet se déploie dans toute sa force, chaque détail instrumental trouvant sa juste place et les couleurs s’entremêlant avec bonheur. Le chef Mark Shanahan tire ainsi le meilleur de l’Orchestre National des Pays de la Loire, sculptant les sonorités et galvanisant les musiciens. Seuls les tempi choisis paraissent parfois un rien rapides, notamment dans la romance de Nadir et l’air de Leila – qui demandent à notre sens davantage d’abandon et de rubato pour exhaler pleinement leurs parfums –, mais il faut reconnaître que l’urgence dramatique s’en trouve accrue dans les moments d’éclat.

De nouvelles perles à pêcher

Puissants et admirablement préparés, les chœurs d’Angers-Nantes et Montpellier réunis offrent les points culminants de la soirée, dans des déferlements sonores dévastateurs et proprement jouissifs, toujours d’une absolue précision dans les attaques et la précision du texte. Beau également, le quatuor de solistes réuni sur le plateau.
Luxueux Nourabad, Nicolas Courjal met sa grande voix de basse au service de ce rôle qu’on aimerait plus long, toujours dans la grande tradition française dont il est depuis plusieurs années un héritier.
Familier du rôle de Zurga et entendu dans ce personnage à l’Opéra du Rhin en mai dernier, le baryton canadien Etienne Dupuis confirme son adéquation avec cette écriture vocale. L’instrument sonne sans effort jusqu’à l’aigu, l’intelligibilité du texte demeure excellente, et son air, intensément vécu, touche sincèrement par sa vérité émotionnelle. Seule l’émission vocale pourrait gagner en hauteur, trahissant parfois une attache laryngée, mais la performance du chanteur reste à saluer.

 

 

bizet_pecheurs_de_perles

 

 

Nous pressentions une belle réussite de la part de Frédéric Antoun pour son premier Nadir, c’est chose faite, mais à rebours de nos prévisions. Nous attendions sa célèbre romance, c’est dans les passages les plus vaillants du rôle que le ténor canadien nous a impressionnés. Comme nous l’écrivions à l’occasion de son Gérald parisien, l’instrument paraît s’être corsé en un an et demi, gagnant en éclat ce qui paraît pour l’instant se perdre en délicatesse pure. « Je crois entendre encore » est ainsi superbement phrasé, mais le chanteur semble ne pas oser cette voix mixte qui nous avait enchantés dans l’Amant jaloux de Grétry à l’Opéra Comique en 2010 et qui nous faisait voir en lui l’héritier d’Alain Vanzo.
Peut-être aussi doit-il simplement remplir la salle, bien plus grande que le Théâtre Graslin, et ne peut-il tenter pareilles nuances. Nonobstant cette remarque, nous tenons ici un magnifique Nadir, au style exemplaire, à l’aigu facile et à la musicalité jamais prise en défaut.
Il forme un couple idéalement assorti avec la Leila d’Anne-Catherine Gillet, dont c’est également la prise de rôle. La soprano belge nous émeut toujours par son timbre à la vibration si particulière, doté d’une couleur aussi pure que de l’eau de roche, qui rend parfaitement crédible l’innocence de la jeune femme.
Son placement haut et la limpidité de ses voyelles lui permettent ainsi de passer l’orchestre sans effort, semblant littéralement flotter au-dessus. La musicienne demeure toujours sincère et à fleur de peau, et c’est avec les honneurs qu’elle sert la ligne de chant que lui offre Bizet. Son air reste ainsi un des plus beaux moments de la soirée, malgré un souffle parfois court mais admirablement géré. Sa confrontation avec Zurga paraît la pousser dans ses retranchements en terme de largeur vocale, notamment dans le bas du registre, mais en grande interprète qu’elle est, l’émotion affleure une fois encore, bouleversante de justesse.
Une très belle Leila, qui nous permet d’espérer d’autres prises de rôles dans le répertoire français, qui convient si bien à la vocalité de la chanteuse.
Grand succès de la part d’un public conquis, une réussite de plus à porter au crédit d’Angers Nantes Opéra, une des maisons françaises qui comptent et où l’on se sent bien.

Nantes. La Cité, 4 février 2014. Georges Bizet : Les Pêcheurs de perles. Livret d’Eugène Cormon et Michel Carré. Avec Leila : Anne-Catherine Gillet ; Nadir : Frédéric Antoun ; Zurga : Etienne Dupuis ; Nourabad : Nicolas Courjal. Chœur d’Angers Nantes Opéra ; Chef de chœur : Xavier Ribes. Chœur de l’Opéra National Montpellier Languedoc-Roussillon ; Chef de chœur : Noëlle Geny. Orchestre National des Pays de la Loire. Mark Shanahan, direction musicale

 

Illustration : Les Pêcheurs de perles de Buzet en version de concert © Jef Rabillon 2014

Les Pêcheurs de perles de Bizet à La Cité de Nantes

bizet_pecheurs_ANO_57visuel_opera-Bizet-pecheurs-de-perlesNantes, La Cité. Bizet: Les Pêcheurs de perles. Les 4 et 6 février 2014,20h. En version de concert, Les Pêcheurs de perles confirment le talent d’orchestrateur raffiné d’un Bizet qui tente alors en 1863 de s’imposer sur la scène lyrique. Pour deux dates événements à Nantes, la distribution vocale comprenant deux talents sûrs : Anne-Catherine Gillet et Frédéric Antoun, sans omettre l’excellent baryton Etienne Dupuis défend l’articulation et la musicalité du texte. Accordés avec le tissu orchestral somptueux, la production que propose Angers Nantes Opéra a toutes les qualités pour réévaluer une partition musicalement irrésistible : une œuvre décisive avant Carmen, déjà perlée et constellée de trouvailles instrumentales et harmoniques, révélant derechef le génie de Bizet.
Orientalisante, c’est à dire doucement exotique selon l’usage au Second Empire, l’oeuvre ne cherche ni la vraisemblance ni le réalisme anthropologique ; c’est une plongée dans un imaginaire onirique que porte l’écriture musicale. L’une des plus riches et brillante, subtiles et poétiques, transparentes et colorée (méditerranéenne dira Nietzsche à propos de Carmen à venir) comme l’avait relevé le pourtant très difficile Berlioz.

3 raisons pour aller écouter Les Pêcheurs de perles à Nantes :

- pour la distribution réunit une équipe de chanteurs parfaits dans l’élocution musicale d’un français intelligible
- pour le chef Mark Shanahan, familier des scènes angevine et nantaise, toujours très scrupuleux dans la finesse et le dramatisme
- pour une partition de pleine maturité qui avant Carmen, illustre l’ambition de Bizet à se faire un nom sur la scène lyrique parisienne

Georges Bizet: Les Pêcheurs de perles, 1863
Livret de Eugène Cormon et Michel Carré.
Créé au Théâtre Lyrique de Paris, le 30 septembre 1863.

Anne-Catherine Gillet, Leïla 
Frédéric Antoun, Nadir 
Etienne Dupuis, Zurga 
Nicolas Courjal, Nourabad
Chœur d’Angers Nantes Opéra Direction Xavier Ribes 
Chœur de l’Opéra national Montpellier Languedoc-Roussillon Direction Noëlle Geny 
Orchestre National des Pays de la Loire
Mark Shanahan, direction
[Opéra en français avec surtitres]

Nantes, La Cité
mardi 4, jeudi 6 février 2014 à 20h

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Angers Nantes Opéra. La Dernière Fête, l’opéra événement d’après Tchekhov, jusqu’au 16 février 2014

ANO_derniere_fete_2014_550Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête, création. Jusqu’au 16 février 2014. Délirant, poétique, tragique et léger, le nouveau spectacle d’Angers Nantes Opéra confie au seul chœur maison le soin d’exprimer le théâtre nostalgique et joyeux de Tchekhov. Entre théâtre et opéra, La Dernière Fête se met au diapason de l’ombre lumineuse, de cette gaieté triste purement tchékhovienne, défis des contradictions et divines tensions où s’inscrit l’apport superlatif des interprètes de la produciton. Le spectacle éclaire  les prouesses du collectif de comédiens Leporello et les choristes du Théâtre dirigés par Xavier Ribes. Burlesque, grave et tendre, La Dernière Fête, scénographiée par Dirk Opstaele synthétise avec esprit et facétie l’essence de la scène tchékhovienne. Création à Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014. En tournée en région Pays de La Loire, jusqu’au 25 avril 2014. Coup de cœur de CLASSIQUENEWS.COM

La Dernière Fête
Création présentée par Angers Nantes Opéra
A Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014
Tournée en région Pays de la Loire, jusqu’au 25 avril 2014
Infos et réservation sur le site d’Angers Nantes Opéra
Production événement élue ” coup de cœur de classiquenews.com ”

 

 

 

 

Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête d'après Tchekhov

 

 

CLIC_macaron_2014Le dernier spectacle créé par Angers Nantes Opéra est un formidable travail d’acteurs et de choristes. Sans interruption, pendant environ 1h45, le chœur d’Angers Nantes Opéra revisite avec les acteurs de la Compagnie Leporello, les 5 pièces majeures de Tchekhov : Oncle Vania, La Mouette, Ivanov, Les Trois Sœurs, La Cerisaie… C’est dans sa continuité recomposée un opéra choral hors normes et un défi pour le collectif de comédiens : nostalgie, tendresse, délire et burlesque, la production enchante et captive… Nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra. Coup de cœur de notre rédaction, La Dernière Fête reçoit le ” clic d’or ” de CLASSIQUENEWS.COM. Visionner notre reportage vidéo La Dernière Fêtes d’après Tchekhov, création présentée par Angers Nantes Opéra

VIDEO. Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête, création. Jusqu’au 16 février 2014

ANO_derniere_fete_2014_550Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête, création. Jusqu’au 16 février 2014. Délirant, poétique, tragique et léger, le nouveau spectacle d’Angers Nantes Opéra confie au seul chœur maison le soin d’exprimer le théâtre nostalgique et joyeux de Tchekhov. Entre théâtre et opéra, La Dernière Fête met en avant les prouesses du collectif de comédiens Leporello et les choristes du Théâtre dirigés par Xavier Ribes. Burlesque, grave et tendre, La Dernière Fête, scénographiée par Dirk Opstaele synthétise avec esprit et facétie l’essence de la scène tchékhovienne. Création à Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014. En tournée en région Pays de La Loire, jusqu’au 25 avril 2014. Coup de cœur de CLASSIQUENEWS.COM

La Dernière Fête
Création présentée par Angers Nantes Opéra
A Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014
Tournée en région Pays de la Loire, jusqu’au 25 avril 2014
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Production événement élue ” coup de cœur de classiquenews.com ”

 

 

 

 

Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête d'après Tchekhov

 

 

CLIC_macaron_2014Le dernier spectacle créé par Angers Nantes Opéra est un formidable travail d’acteurs et de choristes. Sans interruption, pendant environ 1h45, le chœur d’Angers Nantes Opéra revisite avec les acteurs de la Compagnie Leporello, les 5 pièces majeures de Tchekhov : Oncle Vania, La Mouette, Ivanov, Les Trois Sœurs, La Cerisaie… C’est dans sa continuité recomposée un opéra choral hors normes et un défi pour le collectif de comédiens : nostalgie, tendresse, délire et burlesque, la production enchante et captive… Nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra. Coup de cœur de notre rédaction, La Dernière Fête reçoit le ” clic d’or ” de CLASSIQUENEWS.COM

Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête, création. Jusqu’au 16 février 2014

ANO_derniere_fete_2014_550Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête, création. Jusqu’au 16 février 2014. Délirant, poétique, tragique et léger, le nouveau spectacle d’Angers Nantes Opéra confie au seul chœur maison le soin d’exprimer le théâtre nostalgique et joyeux de Tchekhov. Entre théâtre et opéra, La Dernière Fête met en avant les prouesses du collectif de comédiens Leporello et les choristes du Théâtre dirigés par Xavier Ribes. Burlesque, grave et tendre, La Dernière Fête, scénographiée par Dirk Opstaele synthétise avec esprit et facétie l’essence de la scène tchékhovienne. Création à Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014. En tournée en région Pays de La Loire, jusqu’au 25 avril 2014. Coup de cœur de CLASSIQUENEWS.COM. Visionner notre grand reportage vidéo exclusif : La Dernière Fête d’après Tchekhov par Angers Nantes Opéra

La Dernière Fête
Création présentée par Angers Nantes Opéra
A Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014
Tournée en région Pays de la Loire, jusqu’au 25 avril 2014
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Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête, création. Jusqu’au 16 février 2014

ANO_derniere_fete_2014_550Angers Nantes Opéra : La Dernière Fête, création. Jusqu’au 16 février 2014. Délirant, poétique, tragique et léger, le nouveau spectacle d’Angers Nantes Opéra confie au seul chœur maison le soin d’exprimer le théâtre nostalgique et joyeux de Tchekhov. Entre théâtre et opéra, La Dernière Fête met en avant les prouesses du collectif de comédiens Leporello et les choristes du Théâtre dirigés par Xavier Ribes. Burlesque, grave et tendre, La Dernière Fête, scénographiée par Dirk Opstaele synthétise avec esprit et facétie l’essence de la scène tchékhovienne. Création à Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014. En tournée en région Pays de La Loire, jusqu’au 25 avril 2014. Coup de cœur de CLASSIQUENEWS.COM

La Dernière Fête
Création présentée par Angers Nantes Opéra
A Nantes et à Angers, jusqu’au 16 février 2014
Tournée en région Pays de la Loire, jusqu’au 25 avril 2014
Infos et réservation sur le site d’Angers Nantes Opéra

 

 

 

Production événement élue ” coup de cœur de classiquenews.com “

 

CLIC_macaron_2014Le dernier spectacle créé par Angers Nantes Opéra est un formidable travail d’acteurs et de choristes. Sans interruption, pendant environ 1h45, le chœur d’Angers Nantes Opéra revisite avec les acteurs de la Compagnie Leporello, les 5 pièces majeures de Tchekhov : Oncle Vania, La Mouette, Ivanov, Les Trois Sœurs, La Cerisaie… C’est dans sa continuité recomposée un opéra choral hors normes et un défi pour le collectif de comédiens : nostalgie, tendresse, délire et burlesque, la production enchante et captive… Nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra. Coup de cœur de notre rédaction, La Dernière Fête reçoit le ” clic d’or ” de CLASSIQUENEWS.COM

Compte-rendu, opéra. Angers Nantes Opéra. Nantes, Théâtre Graslin : La dernière Fête. Dirk Opstaele, mise en scène et scénographie.

ANO_derniere_fete_opstaele_bikkembergsLa dernière Fête… Tout est dit dans le titre du nouveau spectacle présenté par Angers Nantes Opéra en création mondiale ce jour dimanche 19 janvier 2014. L’ultime et la fin traversent chaque séquence de mondes en perdition ; mais l’esprit de la fête s’invite aussi à cette danse sur un volcan. A partir des 5 pièces les plus importantes de Tchekov, le metteur en scène Dirk Opstaele revisite et condense l’un des théâtres les plus subtilement sombre et nostalgique du répertoire.  C’est un miracle de gestes et d’attitudes millimétrés, de tableaux qui empruntent au mime et à la pantomime avec le délire et un sens poétique pur qui caractérise depuis toujours l’excellente troupe des comédiens du collectif Leporello fondé par Dirk Opstaele en 1985. Il en résulte un théâtre du loufoque, parodie enchantée de notre comédie humaine dont les situations et les personnages qui se répondent d’un épisode à l’autre,  offrent aussi un condensé finement élaboré des climats tchékhoviens.
Si souvent la farce aux tensions grimacantes s’achève par la mort inévitable d’un personnage, la délicatesse et la justesse d’un regard psychologique plein de tendresse, enrichissent aussi un spectacle éminemment théâtral qui frappe par l’originalité de son déroulement formel.

Performances d’acteurs et de choristes

Véritable poumon du spectacle qui en assure le souffle et les respirations,  le choeur d’Angers Nantes Opéra (dirigé par Xavier Ribes) y est particulièrement sollicité, autre véritable prouesse pour laquelle s’engage sans compter le chef de chœur, installé en coulisses et marquant les tempos justes par un système de caméras sur le plateau; le choeur est, aux côtés des 12 comédiens qui investissent le plateau, le protagoniste de la production : disposés en arc de cercle et le plus souvent à peine visibles derrière une séparation de fils suspendus depuis les cintres. Pendant 1h45, les voix diffusent un chant d’atmosphère où le texte est de moindre importance;  ce qui importe ici c’est la couleur des situations, l’intensité des sentiments que porte chacun des acteurs…, la rugueuse mélopée d’une voix caractérisée et collective qui fait jaillir en vagues irrésistibles, vertiges et secousses de l’âme slave. De ce point de vue, le spectacle est totalement réussi.

 

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Illustration : © Jeff Rabillon pour Angers Nantes Opéra 2014

D’autant que sans décor,  toute l’action se concentre sur la seule présence et le jeu gestuel des formidables acteurs. Parmi ses partenaires, Dirk Opstaele incarne une esthétique de gestes économes, expressionnistes, d’une précision inouïe. .. pour l’oeil comme pour l’oreille, c’est un festival de chaque instant, un régal aux saveurs particulières qui semblent récapituler toute l’histoire du théâtre comique et l’esprit des tréteaux.  De sorte qu’à chaque nouveau tableau synthétisant l’intrigue d’une pièce de Tchekhov, comédiens et choristes réinventent et répètent mais de façon différente comme s’ il s’agissait d’un ring ou d’une joute d’acteurs,  la grande farce de la vie humaine. Aux propres mots de Tchekhov revient ce regard à la fois désenchanté et tendre d’un spectacle dramatiquement ciselé et qui vient de façon imprévue régénérer le genre lyrique.

Tchekhov transposé, préservé

Pour les amateurs de Tchekhov, lecteurs familiers d’Oncle Vania, de La Mouette, d’Ivanov, des Trois Sœurs et de La Cerisaie, les puristes déconcertés par le seul principe de la coupure comme de la réduction seront évidemment … déconcertés. Pour tous les autres qui (re) découvriront l’univers et les sujets tchékhoviens, le spectacle en création s’affirme comme une formidable clé de compréhension, une manière d’hommage et d’évocation justes qui reste une performance d’acteurs et de choristes épatants car fidèles à la source. Les exemples d’adaptations du théâtre de Tchekhov à l’opéra sont désormais nombreux : des Trois Sœurs de Peter Eötvös (1996), à la plus récente Cerisaie commandée par l’Opéra de Paris à Philippe Fénelon (Palais Garnier, février 2012).

Avouons que le spectacle conçu et scénographié par Dirk Opstaele, mis en musique par Kurt  Bikkembergs est de loin celui qui dans ses options scéniques et ses choix dramatiques et musicaux,  sert de la plus claire façon, Tchekhov et sa joie mélancolique.
Production événement coup de coeur de la rédaction spectacles de classiquenews.

A l’affiche dAngers Nantes Opéra jusqu’au 16 février 2014 puis en tournée sur tout le territoire Pays de la Loire, du 27 février au 25 avril 2014.

Compte-rendu : Nantes. Théâtre Graslin, le 2 juin 2013. Verdi : La Traviata, 1853. Mirella Bunoaica, Tassis Christoyannis … Roberto Rizzi Brignoli, direction. Emmanuelle Bastet, mise en scène.

La traviata emmanuelle bastet nantesNouvelle Traviata, raffinée, féminine et fragile pour le bicentenaire Verdi. Prochaines représentations les 5  (Nantes) puis 16 et 18 juin 2013 (Angers). Lolita en tutu rose fuchsia (ou plutôt rose camélia, fleur omniprésente dans cette nouvelle production) et chaussures à hauts talons vernis et lacets (la chaussure et ce fétichisme ostentatoire dont elle est l’objet, sont eux aussi très présents), la Violetta imaginée par Emmanuelle Bastet tient de la poupée manipulée, autant idolâtrée que maltraitée. C’est un objet sexuel ritualisé dans une société inhumaine qui peu à peu (ouverture et dépouillement progressif du décor, au cours des actes I, II et III) réussit un chemin initiatique au terme duquel la courtisane retrouve sa dignité d’être humain : l’amour d’Alfredo qui la désire pour ce qu’elle est et non ce qu’elle fait, lui restitue cette vérité et cette essence qui au début lui sont refusées. La mise en scène rend clairement ce voyage de l’artifice à la vérité : individu social instrumentalisé, Violetta devient une âme accomplie, expiatoire certes, mais par son sacrifice et son renoncement ultimes, libérée de ses chaînes et de sa souillure.

 

 

Courtisane en déclin

 

Au I, c’est d’abord la collectionneuse de chaussures (une armoire entière haute jusqu’aux cintres !) qui s’affiche sans pudeur … Comme prise au piège, asphyxiée dans un écrin fermé, ceint de murs en miroirs, la jeune femme s’enivre en s’affaissant prise de vertiges. L’ouverture l’indique clairement : La Traviata est surtout un opéra intimiste et son ouverture est davantage qu’un lever de rideau: les cordes pleurent; elles indiquent l’état d’exténuation totale d’une jeune femme usée qui va bientôt expirer. Mais que l’on ne s’y trompe pas : il s’agit bien du combat d’une femme contre la société puritaine et bourgeoise à l’époque de Verdi (soit 1853, date de la création) ; la violence s’y invite ; elle est même terrifiante car surtout psychologique ; en noir et rouge ou rose, tout le travail d’Emmanuelle Bastet renforce et suit ce périple intérieur ou ce sont la finesse et la fragilité, et finalement la résistance d’un être terrassé mais libre, qui se dévoilent devant nous.
Si les miroirs sont un poncif éculé vu et revu dans nombre de productions lyriques, les perspectives qu’ils dessinent au I, s’avèrent géniales : l’image démultipliée de l’héroïne souligne les vertiges d’une existence creuse et factice dont tous les gestes exhibés en public, singent une mécanique écœurante ; le miroir permet aussi autre chose : il offre  ensuite une scène collective (le brindisi) à la dramaturgie millimétrée : nous rappelant certaines scènes cinématographiques (les Enfants du Paradis ? …), ou les futurs amants à peine présentés, se perdent au sein de la foule des parasites jouisseurs, pour mieux  … se reconnaitre l’un à l’autre : regards croisés, instants suspendus essentiels … complicité silencieuse au sein d’un tumulte démonstratif de rires et de bluf social… La direction d’acteurs est prodigieuse; d’une intelligence saisissante : merci pour cet instant de pure finesse théâtrale qui rétablit la justesse des gestes simples mais si puissants et suggestifs… Du grand art. On croit soudainement au pur amour, à ce miracle inouï …  qui se glisse dans la vie artificielle d’une Violetta déjà condamnée.

Dans ce portrait tout en sensibilité et fragilité, la mise en scène plonge dans l’esprit de  l’héroïne, au point qu’après le sacrifice exigé par Germont père au II, la scène exprime les visions déformées d’une vie exténuante : chez Flora où Violetta objet sexuel sur son lit d’exposition dévoilée face à la foule, retrouve son ancien amant Alfredo qui l’humilie… Plus intéressantes encore, ces voix du Carnaval parisien au III sont de vrais chanteurs en fond de scène, masse indistincte qui concrétise ainsi les hallucinations d’une Violetta mourante, abandonnée, seule à Paris… Les choristes prennent ici des risques méritants pour une séquence qui se chante normalement en coulisses. Mais l’idée est géniale et se justifie pleinement dans le portrait d’une femme oppressée délirante qui revendique son droit à la liberté et l’apaisement … En énumérant avec ô combien de finesse, l’espace mental de l’héroïne, – ses vertiges, ses espoirs, ses  vaines espérances-,  la mise en scène touche au plus juste, la vérité d’un être multiple : un portrait de femme admirablement brossé dont seule la Lulu de Berg, au regard de sa complexité, serait l’héritière plus tardive.

Saisissante Violetta

Cette Violetta étonne a contrario de son image érotisée, par sa … sincérité humaine. Une justesse souvent déchirante qui par un jeu économe dévoile les failles, les doutes, les blessures d’une femme-enfant réellement poignante. C’est peu dire que la jeune soprano roumaine, Mirella Bunoaica, donne corps et âme au personnage : elle est Violetta, âme ardente, corps déchiré, accablé … jusqu’à sa libération finale ; et sa jeunesse, outre la couleur délectable du timbre, la facilité des aigus toujours magnifiquement couverts et ronds, souligne idéalement la fragilité incandescente de l’héroïne. Quelle révélation ! Elle chante déjà Gilda et Mimi, mais sa Violetta nous touche infiniment ; au contraire de ses consoeurs qui ont parfois attendu toute une carrière pour aborder le rôle, au risque de paraître trop âgées, Mirella Bunoaica saisit par sa pureté dramatique, son innocence naturelle : une rencontre captivante entre un rôle et une interprète qui demain chantera La Sonnambula à l’Opéra de Stuttgart.

A ses côtés, on reste moins convaincus par la santé vocale toujours rien que musclée et tendue, toute en muscles et ressorts de l’indiscutable Edgaras Montvidas : le ténor lituanien montre ses capacités bien chantantes mais le style fait défaut : son Verdi ne sonne jamais intimiste ni intérieur ; manque de nuances, projection systématique et intensité jamais mesurée, le personnage perd de cette vérité émotionnelle, de cette blessure si délectable chez sa partenaire. Pour nous, il n’est pas au même diapason émotionnel que celui de sa partenaire …

Par contre, Tassis Christoyannis incarne un Germont d’une subtilité humaine aussi troublante que Violetta : on a rarement vu et écouté la fragilité et la souffrance du père avec autant de finesse ; s’il est capable au nom de la morale bourgeoise d’exiger de Violetta, l’inacceptable, l’homme se révèle aussi dans le déchirement que lui a causé le départ du fils (hors de sa famille, aux côtés de la jeune courtisane …) ; dans cette compassion nouvelle qui le rend si proche de la Violetta détruite au II ; c’est à la fois un bourreau moralisateur et un père aimant ; deux visages a priori antinomiques, pourtant bien présents dans la partition et que réalise avec un style irréprochable le très subtil baryton né à Athènes. Comme c’est le cas de sa jeune consœur, Tassis Christoyannis captive par ses dons d’acteur comme ses phrasés mielés d’une suavité irrésistible. La performance est d’autant plus remarquable qu’elle rétablit une facette essentielle chez Verdi, la relation du père à sa fille : certes Violetta n’est pas sa fille mais il joue symboliquement ce rôle en particulier chez Flora où il défend la jeune femme des accusations proférées par Alfredo ; puis au chevet de la mourante au III, réalisant sa promesse … Si ce thème éclaire les opéras Rigoletto, Simon Boccanegra et avant, Stiffelio (le rôle de Stankar les anticipe tous), un tel lien se noue aussi dans La Traviata et la mise en scène d’Emmanuelle Bastet a l’immense mérite d’éblouir aussi sur ce point crucial de l’oeuvre. A l’inverse combien de Germont statufiés et raides, souvent caricaturaux dans leur dignité bourgeoise, avons-nous pu voir jusque là …
Restent les chœurs vaillants et présents (parfaits dans l’intervention des masques du Carnaval parisien au III, exposés comme nous l’avons dit hors de la coulisse, en fond de scène), l’orchestre de plus en plus cohérent et juste en cours de représentation, sous la direction vive de Roberto Rizzi Brignoli. Pour son bicentenaire 2013, Verdi ne pouvait espérer meilleure dramaturgie ni réalisation visuelle plus fine et intelligente. La preuve est faite à nouveau qu’Angers Nantes Opéra, grâce à l’exigence artistique de Jean-Paul Davois, son directeur général, réussit en combinaison parfaite, l’union de la musique et du théâtre. Après Son Orphée et Eurydice de Gluck,  présenté également à Nantes et à Angers, Emmanuelle Bastet, ex assistante de Robert Carsen, démontre sa très subtile inspiration. A voir absolument … à l’affiche le 5 juin (dernière représentation à Nantes, Théâtre Graslin) puis les 16 et 18 juin 2013 sur la vaste scène du Quai à Angers.


Nantes. Théâtre Graslin, le 2 juin 2013. Verdi : La Traviata,
1853. Mirella Bunoaica, Violetta Valéry. Edgaras Montvidas, Alfredo. Tassis Christoyannis, Germont père … Choeurs d’Angers Nantes Opéra (Sandrine Abello, direction). Orchestre national des Pays de La Loire. Roberto Rizzi Brignoli, direction. Emmanuelle Bastet, mise en scène.

Nouveau Pelléas et Mélisande à Nantes et à Angers

Debussy Claude PelleasAngers Nantes Opéra. Pelléas et Mélisande, du 23 mars au 13 avril 2014 … La production présentée à Nantes et à Angers promet d’être un nouvel accomplissement au crédit de la direction artistique de Jean-Paul Davois auquel nous devons cet événement mémorable du Tristan und Isolde de Wagner dans la mise en scène superlative d’Olivier Py (rien à voir avec ses récentes lectures parisiennes d’Alceste ou d’Aïda, infiniment moins inspirées et approfondies).
Dans la fosse de ce Wagner anthologique ” sévissait ” déjà la baguette détaillée et architecturée, claire, précise, transparente de Daniel Kawka qui ici aborde Pelléas avec la vitalité et la ciselure que nous lui connaissons depuis toujours.
Pour réaliser la scénographie et le déploiement visuel de cette nouvelle production très attendue, les habitués d’Angers Nantes Opéra retrouvent une metteure en scène justement admirée : Emmanuelle Bastet. Chaque approche gagne en vérité, en sensibilité : dans sa Traviata, le personnage du père Germont gagnait un relief inexploré jusque là ; dans son Orphée et Eurydice de Gluck (version Berlioz), tout le travail poétique d’Emmanuelle Bastet rendait tangible et explicite la pudeur, le deuil, l’épaisseur psychologique de chaque protagoniste. Avec une telle équipe, ce Pelléas présenté par Angers Nantes Opéra devrait créer un nouvel événement de la saison lyrique 2013-2014.

 

 

 

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453Pelléas choc par Angers Nantes Opéra

Claude Debussy
Nouvelle production

7 représentations 

 

Nantes, Théâtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

Angers, Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

Pelléas et Mélisande de Debussy
Drame lyrique – en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’après sa pièce éponyme.
Créé à l’Opéra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
Direction musicale Daniel Kawka
Mise en scène Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes Tim Northam
Lumière François Thouret
avec
Armando Noguera, Pelléas
Stéphanie d’Oustrac, Mélisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, Geneviève
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur
Chœur d’Angers Nantes Opéra Direction Xavier Ribes 
Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.
[Opéra en français avec surtitres]

 

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Le chant de deux amants dans un monde en perdition

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453En son château abandonné dans un monde (Allemonde) à l’agonie où le temps se dilate, suspendu, indéterminé, le vieux roi Arkel réunit ses petit fils, Golaud  et Pelléas. Surgit la jeune et incosnciente Mélisande, elle même victime d’un passé refoulé dont elle ne veut ni ne peut se souvenir… Parce qu’elle croise la route de Golaud, Mélisande s’unit à lui sans passion, mais elle vibre toute entière pour le jeune Pelléas qui toujours semble fuir et partir.
Loin d’expliciter et d’éclaircir les intrigues et l’action, la musique de Debussy épaissit le mystères, raconte une autre histoire, parallèle et complémentaire à la langue énigmatique du livret inspiré de la pièce de Maeterlinck.
Toute l’activité de la musique qui étire le temps comme Wagner le fait dans Tristan et Parsifal (que Debussy connaissait parfaitement), exprime l’émergence d’un amour impossible dans un monde condamné à l’anéantissement. C’est le désir jamais dit mais présent entre Pelléas et Mélisande, c’est la sourde et rugissante jalousie de Golaud pour son démi-frère qui précipite le drame.
” Chercher après Wagner et non pas d’après Wagner “, voilà un défi lancé à l’imagination de Debussy soucieux d’apporter de Nouveau et cet inédit tant espéré : pari relevé et défi réussi pour son unique opéra qui dès la générale de 1902, suscite étonnement, détestation, scandale. Il n’en fallait pas plus pour inscrire définitivement Pelléas dans l’histoire d’une modernité française… Les Demoiselles d’Avignon seront présentées par Picasso en 1907, et Le Sacre du Printemps ne paraîtra pas avant 1913. Décidément Claude de France demeure bien avec Pelléas, le pionnier de la musique de l’avenir. Quadra, ayant remporté le Prix de Rome en 1884, un souvenir romain détesté, Debussy a brisé l’idéal de l’Académie en plein vol : il a offert à la musique une toute autre destinée, plus symboliste que réaliste, essentiellement énigmatique, en rien classique ni académique.

Voir aussi notre dossier spécial Pelléas et Mélisande de Debussy

 

 

ANO: La Dernière Fête (d’après Tchekhov)

ANO_derniere_fete_opstaele_bikkembergsAngers Nantes Opéra, création : La dernière Fête d’après Tchekhov. 19 janvier – 16 février 2014. L’homme de théâtre Dirk Opstaele revisite le théâtre mélancolique de Tchekhov, aux teintes miroitantes qui mêle passé et présent dans le grand vertige d’un monde qui se dérobe. La fascination du théâtre tchékhovien est ici magistralement respectée dans la contemplation apparemment impuissante des individus qui semblent en être les sombres spectateurs ; dans la réflexion sur l’existence terrestre et la condition humaine, à la fois affective et spirituelle qui en découlent.. Pour débuter la nouvelle année 2014, Angers Nantes Opéra nous offre de vivre l’une de ses créations lyriques les plus originales … Nouvelle production événement, ” coup de coeur ” de classiquenews.com 2014.

 

 

La Dernière Fête

Tchekhoviade enneigée pour Angers Nantes Opéra

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Après avoir présenté Galantes Scènes (créée et diffusée au printemps 2010), qui était déjà une réflexion suggestive et poétique, mais d’après la théâtre baroque français et italien mâtiné de suaves et délicieux marivaudages, le metteur en scène propose à Angers Nantes Opéra une nouvelle production qui est aussi une commande passée au compositeur contemporain, Kurt Bikkembergs.

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Le spectacle met en scène les choristes d’Angers Nantes Opéra, seuls porteurs des climats musicaux, et donc a cappella sur les planches, évocateurs des choeurs traditionnels slaves qui ressuscitent l’atmosphère enneigée enivrante d’un Tchekhov intime et introspectif, proche du cœur de ses personnages. Dirk Opstaele traverse les intrigues recomposées des 5 pièces célèbres du dramaturge russe : Ivanov, La Mouette, Oncle Vania, Les Trois Sœurs, La Cerisaie … toutes évocations d’un monde à l’agonie où des individus souvent hébétés impuissants mais d’une résignation bouleversante demeurent frappés d’inactivité, comme de contemplation pudique.
Leur donnent la réplique les comédiens de la troupe fondée par Dirk Opstaele, Leporello, qui ressuscitent l’esprit fantaisiste parfois surréaliste de la commedia della arte filtrée par l’imaginaire belge : des acteurs funambules en mal d’enfance, naïfs et touchant par leur profonde et pudique nostalgie.

 

création, opéra contemporain
Kurt Bikkembergs, compositeur
Dirk Opstaele, mise en scène
Tableaux chantants pour 12 comédiens et choeur a capella
D’après le théâtre de Tchekov (1860-1904)
Création mondiale
le 19 janvier 2014 à Nantes

 

ANO_derniere_fete_opstaele_bikkembergsNantes / Théâtre Graslin
dimanche 19, mardi 21, jeudi 23, vendredi 24, dimanche 26 janvier 2014
Angers / Grand Théâtre
jeudi 13, vendredi 14, dimanche 16 février 2014
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

 

 

Pour Dirk Opstaele, le théâtre de Tchekhov fourmille d’une secrète mélancolie face à une monde en dilution. Comme si les personnages convoqués dans cette fabuleuse tchekhoviade nous tendaient la main, frères d’une odyssée qui se poursuit encore de nos jours, entre aspiration au renouveau et profonde nostalgie extatique, entre repli et mouvement :

” L’œuvre foisonnante d’Anton Pavlovitch Tchekhov — plus de six cents textes publiés de 1880 à 1903 — fleurit de modernité sur le terreau d’une Russie déliquescente. Son écriture s’est nourrie de son histoire, ses parents fils de serfs, la violence d’un père religieux, la résignation d’une mère, l’enfer de la pauvreté. À ses propres tourments, jamais apaisés, Tchekhov mêle ceux de ces patients que son métier de médecin lui permet de confesser autant que de soigner, tourne en dérision les conservatismes de l’empire qui gâtent les esprits. Et quand son ami Maxime Gorki s’enflamme après Oncle Vania : « Je me suis mis à trembler d’admiration devant votre talent, et de peur pour les hommes, pour notre vie blême, misérable », il répond sans tarder : « Ma pièce n’est pas un drame, mais une comédie, et, par moments, même une farce ». ”

 

La dernière Fête

création

Tableaux chantants – pour douze comédiens et chœur a cappella.
Conception et livret de Dirk Opstaele, librement inspirés de Ivanov, La Mouette, Oncle Vania, Les Trois Sœurs, La Cerisaie de Anton Pavlovitch Tchekhov (1860-1904).
Créé au Théâtre Graslin de Nantes, le 19 janvier 2014.
Direction musicale : Xavier Ribes

Mise en scène et scénographie : Dirk Opstaele


Costumes et accessoires : Koen Onghena

Chœur d’Angers Nantes Opéra

Direction Xavier Ribes

Ensemble Leporello

Andrea Bardos, Wim Danckaert, Charlotte Deschamps, Mieke Laureys 
Gilles Le Roy, Koen Onghena, Vital Schraenen, Annelies Spanoghe
, Elise Steenackers, Machteld Timmermans, André Van Leuven, Dieter Verhaegen

La musique de La Dernière Fête est une commande d’Angers Nantes Opéra et de l’Ensemble Leporello à Kurt Bikkembergs. Coproduction Angers Nantes Opéra, Ensemble Leporello.
[Spectacle en russe avec surtitres en français]

Illustrations : Jeff Rabillon © 2014

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Compte rendu, opéra. Nantes. Théâtre Graslin, le 10 décembre 2013. Gioacchino Rossini : Il Turco in Italia. Nahuel di Pierro, Rebecca Nelsen, Franck Leguérinel, David Portillo, Nigel Smith. Giuseppe Grazioli, direction musicale. Lee Blakeley, mise en scène

Loin des sempiternels Barbiers et autres Italiennes à Alger, Angers-Nantes Opéra a eu le nez fin dans son exploration rossinienne en proposant à son public pour les fêtes le rare Turco in Italia, très peu joué dans l’hexagone. Créée en août 1814, la nouvelle turquerie du cygne de Pesaro fut mal accueillie et à tort accusée d’être un plagiat de l’Italiana in Algeri, présentée au public à peine un an auparavant. Pourtant, ni plagiat ni copie, l’ouvrage demeure bel et bien totalement original, et même, par certains aspects, bien plus que les ouvrages antérieurs du compositeur.
Réflexion sur l’écriture théâtrale, véritable mise en abyme, l’intrigue se noue entre la jeune Fiorilla, mariée au vieux Don Geronio et courtisée par Narciso, et Selim, prince turc fraichement débarqué et retrouvé par Zaida, son ancienne maîtresse. Et, dans la baie de Naples, entre terre et mer, celui qui tire les ficelles de ce vaudeville n’est autre que le poète Prosdocimo qui trouve ainsi un sujet en or pour sa nouvelle pièce.

 

 

 

La folie du Turc

 

angers_nantes_opera_turco_turc_italie_rossiniCe qui fait l’originalité de cette partition, c’est avant tout la richesse du matériau musical, toujours plein des formules, ensembles et savants crescendi, chères à Rossini, mais surtout traversé par de véritables fulgurances, autant hommages au passé que prémices de l’avenir. En effet, durant le bal du second acte, le temps se fige pour les protagonistes, perdus dans leurs travestissements, en un sextuor a cappella, aux lignes entremêlées, qui semble une révérence à Mozart, notamment les dernières phrases de Selim, qui rappellent irrésistiblement la conclusion du Trio des Masques de Don Giovanni.
Par ailleurs, la grande scène de Fiorilla, qui suit ce tableau, annonce déjà, par sa cabalette et ses motifs, celles d’héroïnes à venir, comme Norma et Lucia di Lammermoor, dans une écriture de véritable opera seria, moment tout à fait inattendu dans cette comédie.
Ce petit bijou rossinien a visiblement inspiré le Lee Blakeley, bien connu à Paris pour ces scénographies toujours magnifiques des comédies musicales de Sondheim. Le metteur en scène a utilisé ainsi tout son talent dans la direction d’acteurs et l’occupation intelligente du plateau. Transposée dans les années 20, l’intrigue fonctionne parfaitement, Prosdocimo devant un réalisateur de cinéma en panne d’inspiration, Fiorilla la gérante d’un bar napolitain et son Don Geronio d’époux un chef de gare. L’action se déroule ainsi sans aucun temps mort, dans de superbes décors composés de toiles peintes au réalisme bluffant, chaque rôle étant minutieusement croqué, sinon chorégraphié, tant les mouvements font corps avec la musique et ses accords. Les costumes sont à l’avenant, fantasques et somptueux, jusqu’aux membres du chœur, dont on retiendra les deux hilarantes religieuses aux gambettes interminables.
Saluons l’ensemble de la distribution, de très bon niveau, et dont chaque membre occupe la scène avec un plaisir jouissif.
On retrouve avec plaisir le jeune ténor Manuel Nuñez Camelino dans un rôle certes secondaire, mais mis en valeur par sa belle voix et tirant son épingle du jeu dans son unique air par un contre-ré spectaculaire, prouesse malicieuse qui fait son effet.
La Zaida de la mezzo Giuseppina Bridelli remplit efficacement son rôle, mais le personnage manque de relief et la voix de mordant pour marquer durablement.
Parfaitement à l’aise en Prosdocimo armé de son inséparable caméra, le baryton Nigel Smith retrouve une écriture qui lui convient à merveille, mettant en valeur la clarté de son émission et la puissance de son instrument. Toujours à l’affût d’un coup de théâtre pour son prochain film, notant tout et filmant tout, il est partout, aussi bien caché derrière le bar que juché en haut d’un palmier pour suivre le déroulement des évènements.
Belle découverte que le Narciso du ténor texan David Portillo, à la technique belcantiste affirmée, qui faisait ici ses débuts français. Emission haute et claire, timbre mordant, sens des couleurs et des nuances, aigus faciles, qualités servies par une grande élégance en scène, ce jeune chanteur possède tous les atouts pour se faire une place dans l’univers rossinien.
Inénarrable en Don Narciso naïf et dupé par tous, Franck Leguérinel parvient toujours, malgré l’usure évidente de la voix, à incarner un mari cocu attachant et d’une énergie scénique éblouissante, grâce à des mimiques irrésistibles et un sillabato d’une qualité rare, d’autant plus chez un chanteur non transalpin.
Portant beau et doté d’une classe folle, le Selim de la jeune basse argentine Nahuel di Pierro promet beaucoup. L’incarnation se révèle déjà très aboutie, l’engagement total, et l’instrument ne demande qu’à s’épanouir avec le temps.
Le médium, jamais grossi et le grave, impressionnant d’aisance sans être écrasé, laissent augurer du meilleur lorsque la vocalise sera parfaitement articulée sur le souffle, et que l’aigu, manquant encore de détente et d’ouverture, aura l’ampleur et l’assise du reste de l’instrument. Il paraît en outre trouver dans ce répertoire exigeant souplesse et brillance une piste de travail et un chemin de carrière intéressants, augurant d’une très belle carrière.
Révélation avec la Fiorilla au caractère bien trempé de la soprano américaine Rebecca Nelson. Ce petit bout de femme coquette et capricieuse remporte ainsi tous les suffrages grâce à sa technique remarquable de facilité et de précision, semblant se promener dans la partition au gré des vocalises qui parsèment sa partie, et dévoile une présence scénique gourmande et dévastatrice, menant littéralement son monde à la baguette. Pour ses débuts hexagonaux, un véritable régal.
Galvanisant des chœurs excellents et un Orchestre National des Pays de la Loire en bonne forme, Giuseppe Grazoli partage avec l’ensemble des artistes son amour pour cette musique et le fait sentir dans sa direction, à la fois souple et redoutable de rigueur.
Une belle redécouverte d’un joyau souvent négligé du grand Gioacchino, une équipe soudée au plaisir communicatif, et des voix rendant justice à l’écriture rossinienne, que demander de plus ?

Nantes. Théâtre Graslin, 10 décembre 2013. Gioacchino Rossini : Il Turco in Italia. Livret de Felice Romani. Avec Selim : Nahuel di Pierro ; Donna Fiorilla : Rebecca Nelsen ; Don Geronio : Franck Leguérinel ; Don Narciso : David Portillo ; Prosdocimo : Nigel Smith ; Zaida : Giuseppina Bridelli ; Albazar : Manuel Nuñez Camelino. Chœur d’Angers Nantes Opera ; Chef de chœur : Xavier Ribes. Orchestre National des Pays de la Loire. Direction musicale : Giuseppe Grazioli. Mise en scène : Lee Blakeley ; Décors et costumes : Adrian Linford ; Lumières : Emma Chapman ; Chorégraphie : Tess Gibs

Angers Nantes Opéra: Les Deux Veuves de Smetana, création française, jusqu’au 24 octobre 2012

Smetana_deux_veuves_ANO_operaSmetana : Les Deux Veuves, 1874 par Angers Nantes Opéra. En création française, l’opéra de Smetana, Les Deux Veuves (1874) tient le haut de l’affiche d’Angers Nantes Opéra. La mise en scène éblouit par sa justesse, son esthétisme, sa profondeur; tout en éclairant la saveur comique de certaines scènes, Jo Davies renforce la trame émotionnelle de l’intrigue: du contraste né entre les deux profils féminins, Karolina et Anezka, deux veuves portées par un tempérament opposé vis à vis du deuil et de l’amour, la production éclaire surtout la métamorphose qui s’accomplit à l’acte II: air d’Anezka d’une sensualité toute straussienne… En définitive, celle qui semble la plus pétillante et la plus insouciante garde le deuil tandis que sa cousine, apparemment plus recueillie, s’ouvre peu à peu à l’amour. Finesse des sentiments exprimés, confrontations et péripéties sincères et mordantes, surtout ivresse et vertige de la musique écrite par Smetana: Les Deux Veuves présentées en création française par Angers Nantes Opéra est bel et bien, l’événement lyrique de la rentrée 2012. A l’affiche jusqu’au 24 octobre 2012.

Verdi: La Traviata

Angers Nantes Opéra : nouvelle Traviata événement, du 26 mai au 16 juin 2013 …
Pour clôturer sa saison 12-13 en beauté, ANO Anges Nantes Opéra met comme toujours l’accent sur la réalisation et l’approfondissement théâtral des productions présentées : fidèle à un travail déjà développé avec la metteure en scène Emmanuelle Bastet , voici une nouvelle production de La Traviata, bicentenaire 2013 oblige mais avec le regard neuf et sensible, celui d’une femme scénographe dont le justesse et la vérité, ont le plus souvent séduit hors des poncifs scéniques.  Nouvelle production événement, à Nantes puis à Angers, du 26 mai au 16 juin 2013…  soit dates 7 incontournables. Production coup de coeur de Classiquenews.com. 
 

Angers Nantes Opéra présente sa nouvelle Traviata

Réalisme romantique alla Verdi

pUUT32L5Jf_2009785551ZPKTR7Pour clôturer sa saison 12-13 en beauté, ANO Anges Nantes Opéra met comme toujours l’accent sur la réalisation et l’approfondissement théâtral des productions présentées : fidèle à un travail déjà développé avec la metteure en scène Emmanuelle Bastet dont on se souvient à Nantes et à Angers d’un regard à la fois tendre, sensuel, esthétique opéré sur Lucio Silla de Mozart puis surtout Orphée et Eurydice de Gluck, voici une nouvelle production de La Traviata, bicentenaire 2013 oblige mais avec le regard neuf et sensible, celui d’une femme scénographe dont le justesse et la vérité, ont le plus souvent séduit hors des poncifs scéniques.
De ce fait, rares les mises en scène de La Traviata, sommet de la carrière lyrique de Verdi et nouveau jalon du romantisme lyrique italien, défendues par des femmes : le principe est prometteur et devrait éclairer des facettes oubliées ou atténuées de la courtisane parisienne dont le mythe est d’abord littéraire, écrit par un témoin inconsolable, Alexandre Dumas fils (La Dame aux camélias) qui laisse le portrait réel et fantasmé d’Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis, morte détruite et ruinée à l’âge canonique de… 23 ans. Il y a assurément du Manon chez Marie : une fragilité féminine qui enchante et bouleverse. Historiquement la Duplessis comme les grande courtisane du XVIIIè, envoûta les sens de Dumas II puis ceux de Liszt. Mais il se dessine chez Verdi, un réalisme sentimental qui éprouve la scène romantique édulquorée et annonce déjà le naturalisme de Zola (Nana), voire le vérisme d’un Puccini (quand il se passionne lui aussi pour une autre courtisane Manon Lescaut justement). Ne s’agirait-il pas chez Verdi de dénoncer les critiques voilées, les attaques toujours indirectes éprouvées quand au moment de la composition de La Traviata, il entretient déjà une relation avec la chanteuse Giuseppina Strepponi ?

Mélo tragique

La Traviata (la dévoyée) brosse le portrait d’une courtisane, Violetta Valéry, à Paris sous le Second Empire qui ne croyant plus à l’amour, découvre contre toute attente, la passion grâce à sa rencontre avec Alfredo Germont, jeune homme ardent et passionné. Mais “la dévoyée”, pêcheresse méprisable ne peut vivre impunément un bonheur qu’elle ne mérite pas. Surtout si cette liaison entâche la respectabilité du jeune homme et de sa famille… La vision reste morale, respectueuse des convenances sociales et bourgeoises, propres au XIXème siècle. Comme le ballet du torrero précédé par le fameux choeur des gitanes, La Traviata décrit aussi une mise à mort et Verdi met en branle une machine infernale qui aboutit à l’agonie de Violetta. La courtisane doit se sacrifier, apprendre le renoncement… et par ce geste ultime, pourra gagner son salut. L’oeuvre est créée à Venise, en 1853.
Outre le sacrifice obligée de l’héroïne, victime sur l’autel de la morale bourgeoise qu’incarne le redresseur de torts Germont père dans sa confrontation à la fois violente et inflexible au II, Verdi développe aussi en un contraste saisissant l’opposition des situations quand Violetta usée par sa vie dissolue, passant de riches protecteurs en mondains ostentatoires, découvre le pur amour, innocent, désintéressé, véritable …  : Alfredo. Suprême rencontre pour une femme qui a passé sa (courte) vie à monnayer ses charmes et vendre son corps… Malade, affaiblie et déjà condamnée physiquement, Violetta subit encore une condamnation morale et psychique sans issue : si elle aime vraiment le jeune Alfredo, elle doit renoncer à lui car il n’y a aucun avenir (social) pour les deux amants …

Nouvelle production événement présentée par Angers Nantes Opéra, à partir du 26 mai 2013 à Nantes. Puis les 16 et 18 juin 2013 au Quai à Angers.

La Traviata à Angers Nantes Opéra    Nantes, Théâtre Graslin
Du 26 mai au 5 juin 2013Angers, Le Quai
les 16 et 18 juin 2013


Direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli
mise en scène : Emmanuelle Bastet
décors : Barbara de Limburg
costumes : Véronique Seymat
lumières : François ThouretAvec

Mirella Bunoaica, Violetta Valéry
Edgaras Montvidas, Alfredo Germont
Tassis Christoyannis, Giorgio Germont
Leah-Marian Jones, Flora Bervoix
Cécile Galois, Annina
Frédéric Caton, Docteur Grenvil
Christophe Berry, Gastone, vicomte de Letorières
Laurent Alvaro, Baron Douphol
Pierre Doyen, Marquis d’Obigny
Choeur d’Angers Nantes Opéra (Sandrine Abello, direction)
Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.

VIDEO. Le Viol de Lucrèce de Britten par Carlos Wagner à Angers Nantes Opéra (février 2011)

Angers Nantes Opéra. Le Viol de Lucrèce de Benjamin Britten. Violent et chambriste, remarquablement écrit pour des chanteurs aguerris et un orchestre en petite formation, l’opéra Le Viol de Lucrèce de Benjamin Britten est écrit après la guerre, en 1946: il en dénonce la barbarie et l’inhumanité, faisant du mythe de Lucrèce, l’exemple d’un traumatisme perpétré par la cruauté et qu’il faut néanmoins surmonter. Comment? Pourquoi? Angers Nantes Opéra en donne une lecture lumineuse et pudique d’une indiscutable réussite scénique et musicale… jusqu’au 1er février 2011. Reportage classiquenews.com

OPERA CHOC. La Rose Blanche d’Udo Zimmermann

Zimmermann: La Rose Blanche. Angers Nantes Opéra, 5,6,8,10 février 2013

reportage vidéo

Opéra événement à Nantes les 5,6,8 et 10 février 2013
La Rose Blanche au Théâtre Graslin de Nantes
Honneur aux Justes, ces héros ordinaires doués d’un courage inouï,  traversés par un humanisme ardent et militant jusqu’au péril de leur propre vie. Sur l’action des deux adolescents Sophie et Hans Scholl, résistants convaincus à Munich, morts décapités par les nazis en février 1943, Udo Zimmermann fait un opéra chambriste à l’incandenscence hallucinée… attention chef d’œuvre.
La Rose Blanche désigne un courant éphémère de jeunes résistants allemands contre la terreur nazie. A Munich, Hans et Sophie Scholl ont osé écrire contre Hitler, distribuer des tracts, revendiquer le pouvoir de la réflexion critique contre l’endoctrinement passif et meurtrier… De leur véritable histoire – un procès précipité, leur décapitation ce 22 février 1943-, le compositeur Udo Zimmermann né en 1943 a conçu un opéra. Et quel opéra: un chef d’oeuvre, époustouflant de pudeur flamboyante, d’intimisme vindicatif.C’est un chambrisme à la fois fulgurant et crépusculaire: l’écriture de Zimmermann brossant le portrait de deux adolescents martyrisés, reste d’une beauté cristalline, diaphane, intimiste et même enchanteresse, inversement pudique et humaine, à la violence déchirante de son sujet. S’il y a des cris, ils sont nimbés dans une brume instrumentale des plus ciselées à laquelle la direction de Nicolas Farine sait restituer la richesse poétique, le flux allusif, la séduction formelle qui en font moins un acte de dénonciation historique qu’une allégorie universelle pour tous ceux qui souffrent de l’injustice, de l’enfermement, de l’arbitraire effroyable. L’intensité des climats psychologiques fait action. En lire +

Illustrations: © Jeff Rabillon 2013

Udo Zimmermann (né en 1943)

La Rose blanche 
6 représentations à Angers et à Nantes
du 29 janvier au 10 février 2013

compte rendu

La Rose Blanche désigne un courant éphémère de jeunes résistants allemands contre la terreur nazie. A Munich, Hans et Sophie Scholl ont osé écrire contre Hitler, distribuer des tracts, revendiquer le pouvoir de la réflexion critique contre l’endoctrinement passif et meurtrier… De leur véritable histoire – un procès précipité, leur décapitation ce 22 février 1943-, le compositeur Udo Zimmermann né en 1943 a conçu un opéra. Et quel opéra: un chef d’oeuvre, époustouflant de pudeur flamboyante, d’intimisme vindicatif.C’est un chambrisme à la fois fulgurant et crépusculaire: l’écriture de Zimmermann brossant le portrait de deux adolescents martyrisés, reste d’une beauté cristalline, diaphane, intimiste et même enchanteresse, inversement pudique et humaine, à la violence déchirante de son sujet. S’il y a des cris, ils sont nimbés dans une brume instrumentale des plus ciselées à laquelle la direction de Nicolas Farine sait restituer la richesse poétique, le flux allusif, la séduction formelle qui en font moins un acte de dénonciation historique qu’une allégorie universelle pour tous ceux qui souffrent de l’injustice, de l’enfermement, de l’arbitraire effroyable. L’intensité des climats psychologiques fait action.

2 jeunes âmes contre la mort et la barbarie…

La version que nous offre Angers Nantes Opéra est celle de 1986 : d’un premier ouvrage à plusieurs personnages et pour grand orchestre, Zimmermann a fait une épure ciselée comme du Britten, évocatoire et parfois âpre comme du Berg, proche par son éloquence et sa finesse linguistique de Bach.
Sur la scène, deux acteurs chanteurs à la présence vocale, dramatique et incantatoire d’une subtilité exemplaire traversent la série de tableaux conçus comme des transes, des visions hallucinées, entre terreur, douleur, surtout courage : Hans et Sophie, le frère aîné et la sœur, défient jusqu’à la mort les faiblesses, les lâchetés pourtant excusables. Leurs frêles silhouettes se dressent malgré tout et jusqu’au bout contre un climat de terreur intelligemment cultivée tout au long du spectacle. Les deux cœurs justes ullulent, murmurent ou expriment toute une palette de sentiments divers, véritable tour de force vocal et lyrique qui semble aussi revisiter les lamentos baroques et l’incantation montéverdienne.

Armando Noguera, familier de la scène angevine et nantaise, et familier des prises de risques contemporaines, accomplit ici un nouveau sommet: justesse du style, sûreté vocale, et surtout finesse dramatique, le baryton relève les défis de sa prise de rôle, ce avec d’autant plus de mérite, que la partie est originellement destiné à un ténor. Mais la douceur grave du timbre renforce l’accord contrasté des deux voix; soulignant tout ce qui inscrit le personnage du jeune homme dans le concret, la brutalité d’une vie trop courte, fauchée en plein essor volontaire et militant. A ses côtés, Elizabeth Bailey, qui connaît bien le rôle de Sophie pour l’avoir déjà chanté, exprime avec une grâce mesurée, la douceur d’une enfant qui veut rêver encore et toujours, au bord du précipice.

Dans sa forme concise, resserrée (à peine 1 heure), par la justesse de la réalisation scénique qui soigne en particulier l’esthétisme évocatoire des lumières, grâce à la performance des deux solistes portés par le geste du chef, lui aussi habité et tout en pudeur, la production de La Rose Blanche ne pouvait trouver meilleurs interprètes. Les œuvres traitant de l’injustice et plus encore de la barbarie nazie sont rares à l’opéra: Udo Zimmermann a fait d’un acte de dénonciation, un remarquable ouvrage poétique. Le spectacle est bouleversant. Et les 4 dates nantaises, incontournables. A l’affiche du Théâtre Graslin à Nantes, les 5,6,8 puis 10 février 2013.

Angers. Grand théâtre, le 30 janvier 2013. Udo Zimmermann: La Rose Blanche, 1986. Coproduction présentée par Angers Nantes Opéra. Avec Elizabeth Bailey, Sophie Scholl. Armando Noguera, Hans Scholl. Nouvel Ensemble Contemporain LE NEC. Nicolas Farine, direction. Stephan Grögler, mise en scène.

Udo Zimmermann: La Rose Blanche. Angers Nantes Opéra, du 29 janvier au 10 février 2013

Opéra. La Rose Blanche de Zimmermann. Angers Nantes Opéra dès le 29 janvier 2013

Deux âmes justes contre Hitler

rose_blanche_hans_sophie_scholl_1943Udo Zimmermmann aborde les heures les plus noires de l’histoire allemande à travers le destin tragique d’un frère et de sa sœur, Hans et Sophie Scholl (25 et 21 ans), livrés à la Gestapo le 18 février 1943, torturés pendant 3 jours, puis jugés sommairement le 23 février suivant au matin pour être exécutés le soir même… Face à la barbarie et l’arbitraire terrifiant, que vaut la vie humaine ?

Udo Zimmermann

(né en 1943)

La Rose blanche

6 représentations à Angers et à Nantes
du 29 janvier au 10 février 2013

Eduqués dans un milieu protestant, les deux jeunes âmes sont enrôlées de force dans les jeunesses hitlériennes: une première confrontation qui prend des allures de violation de la liberté. Voici le fondement de la reconstruction posthitlérienne: Sophie et Hans, allemands de souche ont montré le visage d’une Allemagne fidèle à Goethe: fraternelle, humaine, loyale… résistante.

Ces innocents étaient des héros, audacieux militants, bravant la terreur d’un régime cruel pour défendre coûte que coûte les valeurs du mouvement de résistance intitulé “ La Rose blanche ” (courant actif entre juin 1942 et février 1943): à coup de graffitis engagés et courageux “à bas Hitler” tracés au nom de l’esprit (celui de Novalis, Goethe mais aussi la Bible, Aristote ou Lao-tseu…) sur les murs visibles de l’Université de Munich.

Udo Zimmermann déroule l’action de son opéra dans le cachot qui enferme les martyrs du nazisme, le jour de leur exécution. En un vibrant témoignage, évoquant leurs écrits, leurs correspondances, les abîmes et la peur, les valeurs humanistes qui les habitent, le compositeur ressuscite leur combat, sublime geste d’une ténacité héroïque. Une foi plus forte que la mort contre le mal absolu.

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Adepte de l’essentiel, lui-même protestant originaire de Dresde et grand admirateur de Bach, Udo Zimmermann est frappé par le destin de Sophie et Hans Scholl. Une histoire qui prend valeur de mythe et de modèle, dont l’éclat peut rendre aux allemands foudroyés par le nazisme cet honneur perdu depuis le cataclysme. Rien de mieux pour rendre aux adolescents magnifiques, leur grâce admirable qu’un opéra où la force morale ainsi ressuscitée vivifie la force du souvenir jusqu’à le rendre vivant, sincère, présent. Amorcée dès 1967, la partition de La Rose Blanche trouve sa version finale en 1986, près de 20 ans plus tard, en une forme introspective, ardente, éblouissante.

Angers / Grand Théâtre
mardi 29, mercredi 30 janvier 2013

Nantes / Théâtre Graslin
mardi 5, mercredi 6, vendredi 8,
dimanche 10 février 2013

en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

Opéra de chambre en 16 tableaux
Créé au Conservatoire de Dresde, sur un livret de Ingo Zimmermann, le 17 Juin 1967. Version révisée créée à l’Opéra d’État de Hambourg, sur un livret de Wolfgang Willaschek, le 27 février 1986.

Nicolas Farine, direction
Stephan Grögler, mise en scène
Véronique Seymat, costumes
Didier Henry, lumières

Avec

Elizabeth Bailey, Sophie

Armando Noguera, Hans

Nouvel Ensemble Contemporain LE NEC

Coproduction Jeune Opéra Compagnie, Arc en Scènes Théâtre Populaire Romand — La Chaux-de-Fonds
(Suisse). 
[Opéra en allemand avec surtitres en français]