Compte rendu, concert. Saint-Céré, le 8 août 2015. JS Bach : Passion selon Saint Jean. Anass Ismat, direction.

bach_js jean sebastianEn ce troisième jour de notre parcours Ă  Saint-CĂ©rĂ©, la pluie s’est invitĂ©e Ă  la fĂŞte, obligeant ainsi les responsables du festival Ă  replier vers la Halle des sports le concert prĂ©vu au château de Castelnau Bretenoux. Au programme de ce samedi soir, la Passion selon Saint Jean de Johann Sebastian Bach (1685-1750); l’oeuvre baroque marque le retour au festival de Saint CĂ©rĂ© du grand oratorio. CrĂ©Ă©e en 1724, la Passion selon Saint-Jean est une oeuvre maintes fois reprise et adaptĂ©e par Bach. Pour “compenser” certaines faiblesses du texte de l’Ă©vangile selon St Jean, peu dĂ©veloppĂ© sur quelques points, notamment sur les pleurs de Pierre après qu’il ait par trois fois reniĂ© le Christ (“lorsque le coq chantera par trois fois, tu m’auras reniĂ©”) et la description du tremblement de terre, Bach a puisĂ© selon ses besoins dramatiques dans l’Evangile selon Saint-Mathieu. Pour marquer l’occasion le chef Anass Ismat s’est adressĂ© Ă  l’Ă©vangĂ©liste par excellence : Christophe Einhorn. Le tĂ©nor alsacien, bien qu’il ait un rĂ©pertoire assez large, est un grand spĂ©cialiste de l’oeuvre de Bach et il l’a dĂ©montrĂ© une nouvelle fois ce samedi soir.

Amateurs encadrés et solistes défendent le drame sacré de Bach

La Passion selon Saint Jean : le retour du grand oratorio à Saint Céré

Anass Ismat maestro chef orchestre saint cere saint jean js bach compte rendu critique classiquenewsDepuis de longues annĂ©es, le festival de Saint-CĂ©rĂ© permet Ă  des amateurs chevronnĂ©s de venir se perfectionner lors de sessions intensives de stage. En 2014, ils avaient chantĂ© le Requiem de Mozart avec un certain bonheur ; pour l’Ă©dition 2015, ils ont abordĂ© l’un des monuments de la musique baroque, cette Passion selon Saint-Jean de Bach, avec un certain panache. Le dĂ©but de soirĂ©e est d’abord compliquĂ© du cĂ´tĂ© des sopranos très tendues et parfois Ă  peine audibles, surtout dans les aigus, mais en cours de performance, il nous faut bien admettre qu’ils ont donnĂ© de très belles choses Ă  entendre. La diction est excellente, les voix bien prĂ©parĂ©es et globalement le travail avec le chef Anass Ismat et Jean-Blaise Roch, leur chef de choeur et professeur de chant, a donnĂ© un rĂ©sultat remarquable. CĂ´tĂ© solistes, grandes satisfactions et impressions plus mitigĂ©es se prĂ©cisent. Ainsi le jeune tĂ©nor Laurent Galabru, que nous avions apprĂ©ciĂ© en 2014 dans Le voyage sur la lune, déçoit quelque peu; la diction est excellente, mais musicalement sa prestation est trop tendue et il est Ă  la peine dans les aigus dans ses deux arias ayant mĂŞme parfois du mal Ă  aller au bout de ses phrases. De mĂŞme la mezzo soprano, Eva Gruber a bien du mal Ă  convaincre; ses deux arias sont assez monocordes et plutĂ´t lisses. En revanche, les voix graves sĂ©duisent au delĂ  de toute attente; Marc Labonette (JĂ©sus) et Paul Henri Vila (Ponce Pilate) affirment une belle assurance; les voix sont rondes, chaleureuses, larges; elles couvrent sans peine la tessiture des arias qui leur sont dĂ©volus (mĂŞme si, malheureusement Vila n’en n’a eu qu’un seul Ă  chanter). La soprano AnaĂŻs Constans sĂ©duit Ă©galement; sa diction est claire nette, prĂ©cise et ses deux interventions sont sobres. Quant Ă  Christophe Einhorn, il campe un Ă©vangĂ©liste remarquable. Le charismatique tĂ©nor strasbourgeois impose un rythme dynamique, vif qui ne relâche jamais la tension. Il passe d’un moment de violence intense Ă  un moment de tendresse (de JĂ©sus mourant envers sa mère par exemple) ou de douleur sans que quiconque s’aperçoive de quoi que ce soit tant il y met de subtilitĂ©. Samedi soir, c’est le chef d’origine marocaine Anass Ismat qui dirige l’orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©. Les musiciens qui ont trois chefs diffĂ©rents (Dominique Trottein pour Falstaff et JĂ©rĂ´me Pillement pour La PĂ©richole, complètent le “trio”) s’adaptent avec un professionnalisme rare Ă  la battue du jeune maestro. Anass Ismat dirige d’une main ferme un orchestre curieux et disponible intĂ©grant aussi l’organiste Marcello Gianini.

Le choeur des stagiaires du festival de Saint-CĂ©rĂ© ont affrontĂ© crânement une partition particulièrement difficile. Dommage qu’aux cĂ´tĂ©s d’un telle investissement dĂ©fendu par les « amateurs », certes encadrĂ©s, le quintette de solistes ne soit pas aussi cohĂ©rent que nous l’attendions, l’Ă©vangĂ©liste Ă©tant un rĂ´le Ă  part. MalgrĂ© tout son talent, Laurent Galabru nous a semblĂ© vraiment trop jeune pour chanter cette Passion vocalement redoutable; et une mezzo plus charismatique aurait Ă©galement Ă©tĂ© bienvenue. NĂ©anmoins le travail d’ensemble, artistique et pĂ©dagogique, est, globalement, très satisfaisant.

Compte rendu, concert. Saint-CĂ©rĂ©. La Halle des sports, le 8 aoĂ»t 2015. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Jean. Christophe Einhorn, l’Ă©vangĂ©liste; Marc Labonette, JĂ©sus; Paul Henri Vila, Ponce Pilate; Benjamin Villain, Pierre; AnaĂŻs Constans, soprano, Eva Gruber, mezzo soprano; Laurent Galabru, tĂ©nor; Marcello Gianini, orgue; Orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©; choeur du stage de chant choral; Anass Ismat, direction.