36ème festival d’Ambronay : Du 11 septembre au 4 octobre 2015

Ambronay 2015 festival presentation classiquenews 2015Festival d’Ambronay (01), 36e édition: 11 septembre-4 octobre 2015. Sous l’invocation générale de « mythes et mystères ».  Du 11 septembre au 4 octobre 2015, en quatre week-ends et des intervalles. « Approchez ! Laissez-vous en conter, petits et grands, curieux et passionnés de l’Etrange », dit la recommandation stéréophonique de cette 36e édition d’un Festival  Phare. Cette année, c’est autour de quatre thématiques – le Roi-Soleil,chefs-d’œuvre mystérieux, figures mythologiques, déclinaisons personnelles – que  se groupent les… très nombreux concerts et manifestations de culture à Ambronay. Essai d’un tour d’horizon en partant de l’Abbatiale…ogivale de ce festival Baroque.

La fable et le caché, dieux et Dieu

L’étymologie antique n’est pas coquetterie : elle nous guide en bien des labyrinthes, nous rappelant à  des « poteaux indicateurs » les directions que prennent ces mots qu’on emploie maintenant sans y prêter attention… Ainsi les deux que la Direction d’Ambronay ( Alain Brunet, le Président ; Daniel Bizeray, le Directeur Général) a choisis pour sous-titrer son édition 2015 : « mythes et mystères »… Le mythe, c’est la fable, le récit, l’histoire, puis l’approfondissement de l’individuel pour aller vers une dimension universelle. Le mystère : ce qui est caché, peut-être parce que  défendu par les dieux, et que l’on peut feindre d’organiser en laissant dans l’ombre les intentions du culte (Mystères d’Eleusis…), ou même chez les adeptes d’un Dieu unique, ce en quoi un tel Dieu se dérobe à la connaissance (Deus absconditus, Dieu caché, dira Pascal)… Et le Baroque dont Ambronay a fait son lieu géométrique se situe bien dans l’ Histoire européenne entre Renaissance – retour à la civilisation antique, recherche d’une voie moderne que vont condamner les guerres de religion – et Révolution, qui ouvrira aussi bien sur le désenchainement de la conscience en face des dogmes monarcho-religieux que l’ exaltation d’un moi romantique poursuivant son « chemin vers l’intérieur ».

Change et Protée

Mais alors, entre ce XVIe et ce XVIIIe finissants, pourquoi une doctrine esthétique qui privilégie ce qu’on nomme le change (changement), l’illusion, l’instabilité, l’éloquence des formes mouvantes et captivantes des sens ? C’est que – du moins et surtout dans les pays catholiques- les pouvoirs ont décidé d’adopter la théâtralité comme arme  (plastique, musicale, poétique) contre la réflexion (réformée) sur les textes, en particulier après le Concile de Trente (2e tiers du XVIe), l’imaginaire paradoxalement encouragé contre la rigueur d’un ordre –classique, si on veut -…

… pour un Roi-Soleil, du berceau à la tombe

louis-XIV-celebrations-2015-tricentenaire-mort--451Le 1er thème 2015 – mythe du Roi-Soleil – se situe donc bien à la jonction de ces tensions que l’évolution de la France au cours du XVIIe illustre. Au fait, Louis le Magnifique, vous le préférez bébé ? alors ne manquez pas –une recréation mondiale, par le Galilei Consort de Benjamin Chénier – la Messe pour la naissance du Grand Dauphin, alias p’tit Louis-1638, commandée par Louis XIII au Vénitien Giovanni Rosetta. Un Louis qui devenu grand (bon guitariste,  fou de danse) devra beaucoup – esthétiquement – à un autre immigré italien, il signor Gian Battista Lulli : l’aîné, grand humaniste et ami protecteur de l’esprit ambronaisien, Jordi Savall à la tête  de son…mythique Concert des Nations, lui rend hommage, ainsi qu’à Rameau, Purcell et Boccherini. Puis il y a le guerrier, conquérant (et souvent metteur à sac) de l’Europe, glorifié par le même Lulli dans son Te Deum de 1677, célébrant en fait le baptême de son  fils, parrainé par le Souverain ; (c’est en le dirigeant dix ans plus tard que le povero  Signor se donna le coup de canne fatal porteur de gangrène…)

Je te viens voir pour la dernière fois

Et aussi le même hymne militaire par M.A.Charpentier, dit plus tard de l’Eurovision au temps si lointain où les « étranges lucarnes » s’indicativaient  de son leit-motiv… par Le Poème Harmonique de Vincent Dumestre (un des ensembles mythiques de la 3e génération baroqueuse). Et puis même le Soleil (« ce sacré Soleil dont je suis descendu », disait la coupable Phèdre racinienne) s’éteint après 54 ans de règne : en 1715, « Soleil, je te viens voir pour la dernière fois » (encore  Phèdre),  le héraut  baroque de l’Ostentation (le Grand Paon, que le mythique livre de J.Rousset mettait en dialogue avec  l’enchanteresse Circé)lâchait prise, après une vieillesse rangée en cagoterie morose. Franco Fagioli l’Argentin – « la voix-soleil » -, révélé par Ambronay, rend cet ultime hommage (1715-2015) via Lulli et Haendel, accompagné par l’Orchestre de Chambre de Bâle .

Le Wanderer  par amour d’Euridice

1865 Machard Jules, Orphée aux EnfersDans l’histoire des Mythes hérités de l’Antiquité, le plus touchant et troublant ne revient-il pas à celui d’Orphée ? Et pas seulement pour les musiciens dont le chanteur thrace est devenu une sorte de Saint Patron (diraient les chrétiens).Mais surtout parce qu’à travers les variantes de l’Odyssée Orphéenne, beauté, défis à l’ordre « divin », amour fou pour la femme prisonnière, héroïsme du wanderer  amoureux aux enfers, et  cruauté des Puissants (ceux d’en-haut, les Ouraniens, ceux d’en-bas, les Chtoniens, selon la mise en catégorie des Grecs), chacun, spectateur ou lecteur, ressent que cela  parle vie et menaces de perte  à « l’être pour la mort » que nous sommes tous. Naissance de l’opéra aussi, en Italie, pour l’Europe et au-delà, avec  Peri, Caccini et Monteverdi : c’est ce qu’illustrent Scherzi  Musicali et le couple  Euridice (Deborah Cachet)- Orfeo (Nicolas Achten, qui dirige et s’accompagne au théorbe), en y ajoutant Rossi, Merula, Sartorio et Falconiero.

Alarcon_portrait_oblique_250Le grand découvreur argentin (naguère découvert par Ambronay), Leonardo Garcia Alarcon nous emmène avec sa Cappella Mediterranea  et trois chanteuses (A.Reinhold, G.Bridelli, M.Flores) du côté de chez Cavalli, immense auteur d’opéras (dites 33 !) « explorateur sans égal des passions amoureuses ». Et si vous échappez ici à l’inc….(complétez l’adjectif convenable) Orphée aux Enfers d’Offenbach, vous pouvez en revanche  faire raconter à vos enfants le Voyage doté d’ happy end, grâce à J.P.Arnaud, le hautboïste fondateur-directeur de Carpe Diem, avec marionnettes, théâtre d’ombres et musiciens du Théâtre  sans Toit. Version dérisoire et déridante de la mythologie  par l’écrivain XVIIe Scarron,baroque-burlesque français ( qui fut le premier mari de Madamede Maintenon,ultérieure et gardienne de la vertu très catholique de son Louis XIV revenu aux  bénitiers ), un Typhoo  relooké par Arnaud Marzorati et sa trépidante Clique des Lunaisiens.

Selon Saint Marc, Alessandro Striggio, Nicola Haym

Revenons au plus sombre,en tout cas, sans (trop de) soleil : ce sont « chefs-d’œuvre mystérieux », longtemps remisés à l’arrière-plan. Ainsi, la surprise peut venir encore de…Johann-Sebastian Bach, dont vous n’ignorez pas qu’il écrivit aussi une Passion selon Saint Marc, patchwork du début des Thirtheen XVIIIe, (de 1731 à 1744), dont « la seule copie connue brûla » pendant la Guerre de Six ans (la 2nde mondiale, bien sûr), mais dont la réapparition du livret en  Russie a inspiré l’organiste F.Eichelberger puis le chef Israelien Itay Jedlin pour une version intégrale-reconstituée  de la partition « perdue », ici donnée par le très internationaliste Concert Etranger. Et aussi, êtes-vous certain que « les grandes pages chorales de Vivaldi étaient écrites pour voix féminines » ? Geoffroy Jourdain en tout cas le pense et le fait réaliser par les chanteuses  de ses Cris de Paris, rebaptisées  Orphelines des Ospedali (Hôpitaux) de Venise. Retour  à  Monteverdi  via un Striggio père du librettiste d’Orfeo (1607), qui fut aussi compositeur, notamment d’une « Messe à 40 voix indépendantes, d’un gigantisme et d’une sensualité inouïs »,  (tiens, comme celle plus connue de l’Anglais Tallis), qui « disparut mystérieusement pendant quatre siècles ».

C’est un autre grand redécouvreur, Hervé Niquet qui la confie à son Concert Spirituel, et lui adjoint d’autres  oeuvres de Monteverdi, Corteccia et Benevolo. Et puisqu’on parle librettistes, voici « dans l’ombre du géant Haendel », l’un de ses inspirateurs de récits opératiques, un  Nicola Francesco Haym, qui ne mérite certainement pas la mise à l’oubli, et dont certaines pièces instrumentales et arias s’entrelacent à celles de Georg-Friedrich (L’Allemand puis Italien et enfin Anglais…) grâce au travail de l’ensemble Aura Rilucente.

Les étoiles et le scintillement hivernal

4e catégorie retenue par Ambronay : « déclinaisons personnelles des artistes autour de Mythes et Mystères ». Les Surprises (L.N.Bestion de Camboulas) explorent le versant chrétien de méditation  sur vie et mort, à partir  du finalement mystérieux H.Biber, surprenant Allemand fin XVIIe (ses Sonates du Rosaire…), et d’autres contemporains ou successeurs de Biber, en y joignant la recherche du jeune F.Brennecke sur la notion de chaconne… Le 15e Quatuor de Schubert est-il mythique, en son ampleur de Winterreise dans le tremolo du froid glacial qui va vers l’inconnu ? Le Quatuor Terpsychordes  qui l’interprète lui adjoint en création mondiale un 4e  op.54, (« mythes et mystères »), de la compositrice française Florentine Mulsant. C’est rappeler la vocation permanente d’Ambronay : prolonger le Baroque jusqu’au-delà de ses frontières historiques ou géographiques. Ici donc F.Mulsant, et F.Brunnecke. »Au dessous des étoiles », les polyphonies et madrigaux du groupe Voces Suaves  (F.S.Pedrini) organisent la rencontre quelque part dans l’espace-temps  des métaphysiciens baroques ou renaissants (Vittoria, Gesualdo, Palestrina, Monteverdi) et des XXIe Thierry Pécou, Silvan Loher et Joanne Metcalf. Et revenons vers  le mystère du temps bi-polaire (baroque errant et classique canalisé) de Louis XIV, avec son compositeur de la Chapelle Royale, Henry du Mont, dont on ne jouait naguère qu’une Messe, et qui se révèle maintenant « inventeur du grand motet à la française, cette forme qu’il porte immédiatement à des sommets stupéfiants » : c’est le jeune et très lancé ensemble Correspondances (d’origine lyonnaise, via le CNSMD) qui  explore ce Mystérium, sous la direction de Sébastien Daucé, son chef fondateur.

Orient-Occident

L’intemporel  fado, porteur de la mélancolie lusitanienne de « saudade », surgit dans Mistérios de Lisboa (Duarte) ; dans Contar,Cantar, les polyphonies ibériques de la Seconda Pratica  (l’ensemble s’est donné un titre monteverdien)remontent à travers XVe,XVIe et XVIIe les chemins de la mémoire, pour interroger « la vérité fantasmée du passé »(musical et psychologique). Selon l’esprit d’autres Correspondances analogues à celles que reconstruit l’esprit de Jordi Savall, un trio baroque (luth de T.Dunford, clavecin de J.Rondeau)et oriental (percussions de K.Chemirani, « révélation de récentes  Victoires, donne vie à une toccata aux fragrances de jasmin,parsemée d’improvisations et de rythmes endiablés ». Et encore voici Aashenayi,(qui signifie en Persan : rencontre), en terre ottomane et séfarade du temps de Soliman  le Magnifique, par le Canticum Novum (Emmanuel Bardon)….

Ambronay ou Avignon ?

Ou sans rattachement trop catalogué aux thématiques (foin du tiroir à compartiments étanches, proclame tout le baroque d’hier et aujourd’hui !), mais baignant aussi en mythe et mystère : la Messe en si de J.S.Bach par le Collegium 1704 de Vaclav Luks, quatre cantates sacrées (BWV 4,153,156 et 159) avec le Banquet Céleste de Damien Guillon,  l’énigmatique King Arthur de Purcell relu par le si imaginatif Jean Tubéry (La Fenice, Vox Luminis), le Dixit Dominus de Vivaldi par le même Ghislieri Choir de G.Prandi qui honora le Dixit de Haendel, et insiste ici sur les œuvres sacrées de Galuppi,  et l’ancêtre toujours en fleurs polyphoniques des ZartsFlo (W.Christie pour les intime)s, ici dirigé par Paul Agnew, dans des Madrigaux de  Monteverdi.  Et puis ne pas oublier les anniversaires, tel  le 10e du label-disques d’Ambronay (plus de 50 titres et de 100.000 exemplaires vendus), le festival interne eeemerging (jeunes ensembles émergeants européens)qui persiste et signe en son engagement, les spectacles en résidence future proposés par l’Académie Européenne,  formules toniques du Chapiteau, les afters, les visites patrimoniales, les « mises en oreilles », conférences… Bref, tout un monde pas si lointain de Lyon et Ailleurs. Ou pour oser la formule-maison cependant laissée dans l’interrogatif : « Ambronay, Avignon de la musique baroque ? »…

Ambronay 2015 festival presentation classiquenews 2015Ambronay (01), 36e édition du Festival  Baroque. Du 11 septembre au 4 octobre 2015, quatre week-ends et leurs intervalles. Environ 30 concerts à Ambronay (Abbatiale, Tour des Archives, Chapiteau, Salle Monteverdi, Parc…), Ambérieu, Lagnieu, Jujurieux, Bourg-en-Bresse (01),Lyon. Renseignements, réservations : T.04 74 38 7404 ; www.ambronay.org

compte rendu, concert. Lyon, Auditorium. Festival d’Ambronay, le 2 octobre 2014. Mozart : Requiem, Concerto pour clarinette. Leonardo Garcia Alarcon, direction. Benjamin Dieltjens, clarinette

Alarcon_portrait_oblique_250Ambronay sur Rhône ? Le festival baroque s’est décentralisé en sa 4e semaine pour un concert Mozart -1791 à l’Auditorium Ravel. Le chef Argentin Leonardo Garcia Alarcon fait rayonner son New Century Baroque et le ChÅ“ur de Namur dans une version épurée du Requiem, et le clarinettiste B.Dieltjens poétise avec lui le concerto K.622 Bien sûr c’est l’Auditorium en  sa logique de réfraction sonore – fût-elle brevetée AGDG d’Ingénierie Acoustique – , un cadre où  baroque et post-baroque ne sont guère idéalement placés, et  où de toute façon le mystère tend à s’absenter. Et l’architecture – finalement banale en sa modernité… d’il y a 40 ans –n’évoque en rien la fine complexité de l’abbatiale d’Ambronay (elle-même en  lumière ogivale, à l’inverse antérieur  du baroque dont les musiques la parent au temps de chaque Festival).Mais avec le double concert qu’Ambronay a ici « transféré » au milieu de sa 4e et dernière semaine, on a le mérite d’une fusion de publics – Lyon, et un « ailleurs », fût-il distant de 60 kilomètres -, réunis pour célébrer l’une des partitions les plus « mythologisées » de la culture européenne, ce  Requiem où Mozart  consigna une part – mais une part seulement – de ses pensées sur la vie et son issue.

Homme en noir et légende de l’empoisonneur

Et pour explorer une fois encore cette Å“uvre aussi fréquentée que demeurant énigmatique, un jeune  chef à la renommée grandissante,  Leonardo Garcia Alarcon. Cet Argentin est grand redécouvreur de partitions – son Diluvio, de Falvetti, superbe  exemple -, et l’énergie réinventive dont il fait  preuve n‘est pas la seule marque d’un tempérament à la fois savant et intuitif. Il y a un son d’orchestre Alarcon, et surtout une  tonalité, passionnelle, rigoureuse, et plus discrètement, poétique : le croisement en concert de deux partitions ultimes de Mozart met en valeur – dans le concerto pour clarinette K.622,d’octobre 1791 – cette dernière vertu, en face du Requiem si universellement connu que certains croient en avoir sondé tous les secrets. Oui, le Requiem K.626 est-il  « comme d’autres » ? Génial(e), à l’évidence, et comme tant d’œuvres de Mozart. Mais Symphonie( funèbre) Inachevée, entourée d’une aura étrange – celle de la « chronique d’une  mort annoncée » – , avec son commanditaire-comte Walsegg, l’homme en noir qui poursuit l’auteur et l’enjoint d’en terminer  au plus vite, en une atmosphère de thriller implicite  donnant même lieu post mortem à du délire sur ce pauvre Salieri – les réseaux  tweeter d’époque « inspirant » Pouchkine, Rimsky,Shaffer et Forman – qui eût empoisonné Wolfie…

Un franc-maçon militant 

Mais relisons une  vérité plus  historique : Mozart mourut de maladie (« une épidémie virale qui courait à Vienne  » ?), et son « état d’épuisement profond  à l’automne 91 »)(C.Delamarche) était plutôt dû à la surcharge de commandes (La Clémence de Titus, La Flûte Enchantée),accablant un Mozart qui n’était pas « criblé de dettes et dans le plus grand dénuement ». Ce (trompeur) « tableau tragique pour poète maudit », on comprend aussi que la veuve, Constance, ait voulu le renforcer post mortem, non seulement pour renflouer ses finances, mais surtout parce que son génie de mari avait été franc-maçon militant, et  dans l’Autriche repassée sous la férule contre-révolutionnaire des successeurs du libéral éclairé Joseph II, c’était marque d’infamie posthume.

Autriche-d’en-bas et d’en-haut

 On notera encore que la dernière partition complète et signée par Mozart était une cantate maçonnique (K.623, Eloge de l’amitié, octobre), et que, selon les témoins des  derniers moments,  le compositeur  songeait surtout aux représentations de sa Flûte  qui…enchantait non la prétendue élite bien-pensante des Viennois mais les spectateurs du faubourg, l’Autriche-d’en-bas contre l’Autriche-d’en-haut.  Bref, l’ultime Mozart  ne devait pas penser qu’ « une méchante vie amène une méchante mort », et que selon Sganarelle dans Molière, « par conséquent vous serez damné à tous les diables ». Mais qu’à l’inverse une spiritualité fraternelle, tant soit  peu égalitaire et donc devenue subversive, eût contribué à « changer le monde ». Idées insupportables aux dévots de l’après-1790,qui « reprennent le pouvoir » après la mort de Joseph II,   adeptes d’union définitive du sceptre et du goupillon…

La fièvre du récit en continuo

Certes le travail de Garcia Alarcon est surtout d’ordre musicologique, et on dira qu’ « il en vaut un autre », s’appuyant sur la suppression de trop évidents süssmayerismes ( le disciple qui continua et termina le Requiem : donc s’en vont Sanctus, Benedictus, Agnus Dei…) et y faisant entrer le jeu compliqué des ajouts d’autres musicologues actuels. Il va même jusqu’à copier-coller un Amen conclusif du Lacrymosa, tracé ailleurs par Mozart et ressemblant  plus à du fugué de Haendel que de J.S.Bach. Mais nous importe surtout l’esprit qui guide en ce labyrinthe d’inspiration sacrée l’écriture de Mozart et son interprétation par un chef d’aujourd’hui. Et il y a une fièvre étonnante – non symptôme  d’une « maladie de la mort » – dans « son » Requiem, devenu kaléidoscope, récit en continuo et pourtant très heurté. Avec Garcia Alarcon, ce n’est plus « baguette-tradition », en quelque sorte rassurante dans sa mise en perspective des numéros successifs d’un opéra du sacré catholique, mais sorte d’ « œuvre en progrès », qui contient aussi bien la réminiscence dans le terrible (la Damnation de Don Giovanni) que la menace sournoise (début de l’œuvre), une agogique de course à l’abîme, une pulsation visible ou souterraine,  des moments suspendus qui appellent de futures mélodies de timbres (Recordare) et une conception étale du temps… Tout  est lié par une direction d’énergie inlassable, souvent d’un tempo spectaculairement accéléré, et malgré la rigueur absolue de la mise en place, analogue à une improvisation en recherche d’elle-même,  des buts techniques et philosophiques poursuivis.

D’autres liens de conscience

A l’auditeur galvanisé d’établir  d’autres liens de conscience, de croiser lignes, courbes et arrière-plans, en songeant à ce que pourrait être une Messe des Morts sans terreur (ah ! l’encombrant Dies Irae dont plus tard Fauré fit l’économie en inscrivant son Requiem en douceur et consolation…), ou, pourquoi pas, mélangée  par Mozart à ses Å“uvres maçonniques (les cantates, et l’Ode Funèbre K.477) pour s’épargner, en toutes Lumières, les tribunaux  de la pénitence et la peur de l’enfer, dans une interrogation lucide sur le mystère.

 Pour cela, le très subtil orchestre réuni par le chef (New Century Baroque) et le Chœur de chambre Namurois, homogène, inventif et ample, font bien saisir un nouveau regard. Les quatre solistes vocaux ne sont plus des « chargés d’air de concert », mais les protagonistes sans auto-valorisation d’une œuvre en recherche : l’alto Sophia Patsi, le ténor Valerio Contaldo, la basse Josef Wagner, et la soprano Joëlle Harvey, si délicieusement humble et intimiste.

Tiepolo et Watteau 

En cette lumière si contrastée, parfois violente, du Requiem, on saisit mieux la précieuse éclaircie du début de concert, le concerto pour clarinette K.622, lui aussi écrit en octobre 1791, pour l’instrumentiste Anton Stadler – un bon compagnon de fêtes comme les aimait Mozart, et qui rappelle aussi les relations moqueuses de Wolfgang avec le corniste (et marchand de fromages)  Leitgeb – , mélangeant l’ardeur constructrice ( allegro), le jeu (rondo-finale) et en son centre un adagio qui idéalise l’inspiration, la reliant au maçonnisme (le cor de basset cher au compositeur) et à ce que murmure le sublime. Un clarinettiste d’exception – tête de Baudelaire, mais convivial ! -, Benjamin Dietljens, fait constamment se demander s’il « chante » ainsi la beauté du monde, l’espace de l’intime, les couleurs en bleu et or de Tiepolo ou Watteau, s’estompant jusqu’à l’imperceptible de ses fins de phrase… Et aussi parfois cite les femmes tant aimées de Mozart, Aloysia Weber et Nancy Storace, ses cantatrices si désirées mais absentées, la Comtesse, Pamina ou Fiordiligi, les créations de son rêve plus réelles encore d’être passées dans l’écriture.

Van Eyck, aussi

En ouvrant le concert, L. Garcia Alarcon rend hommage à deux grands pionniers récemment disparus, Christopher Hogwood, et l’admirable Frans Brüggen,  chef si poétique dans le territoire mozartien… Et la véritable, la plus sincère dédicace qu’on eût pu souhaiter  vient « en bis », avec un Ave Verum (juin 1791), complètement et merveilleusement apaisé, bercement idéal, tendresse et pureté flamandes comme un Agneau Mystique de Van Eyck,  à bouches murmurantes et couleurs extasiées.

Auditorium Ravel de Lyon (pour le festival d’Ambronay), jeudi 2 octobre 2014. W.A. Mozart (1756-1791), Requiem, Concerto pour clarinette. New Century Baroque , Chœur de chambre de Namur, J.Harvey (soprano), Sophia Patsi (alto), Valerio Contaldo (ténor),Josef Wagner (basse), Benjamin Dieltjens (clarinette), direction Leonardo Garcia Alarcon.

Ambronay (01), 35 ème Festival. 12 septembre – 5 octobre 2014. “Célébrations”…

ambronay 2014 festivalAmbronay (01), 35 ème Festival. 12 septembre – 5 octobre 2014. “Célébrations”… Haut-lieu d’hexagone et même d’Europe, Ambronay célèbre tous les ans à la fin de l’été le Baroque dans  tous ses états. On en est à la 35e, et si on a changé de Directeur l’hiver dernier, l’esprit du Fondateur (toujours présent dans le rôle de l’inspirateur) demeure pour les choix ambitieux des concerts, de l’Académie Européenne, des Résidences, des Recherches, des Éditions,  du Patrimoine architectural, du Chapiteau, de la dispersion en lieux régionaux….  Ancien, Nouveau, thématiques …  35ème, et 1ère « sans » le fondateur, puisque Daniel  Bizeray   succède à Alain Brunet… L’esprit ne change évidemment pas. D’ailleurs l’Ancien conserve en la Demeure plusieurs  responsabilités, notamment dans le domaine qui lui est particulièrement cher, et qui fut  en son métier initial d’enseignant, la formation des jeunes « Académiciens d’Ambronay ». Mais le Nouveau – qui a travaillé « sur le terrain » des institutions culturelles – direction artistique à Saint-Etienne, Royaumont, Rouen – est bien « aux affaires » (comme disait un Militaire illustre devenu Politique), en commençant par la définition et la description des objectifs pour cette 35e édition. Ambronay, devenu au fil des ans et décennies, un vaste théâtre  où, comme chez tout Baroqueux qui se respecte, « la vie » où l’on «songe » aussi « l’action », continue à décliner ses quatre semaines  de 2014 « autour d’un thème – « Célébrations » – en quatre chapitres : anniversaires de compositeurs, grand  répertoire sacré, expériences musicales inédites, ensembles émergents européens -.

Un enfant et son Ange Gardien

« Que la fête commence !  », conclut le prière d’insérer qui cite ainsi une Ode (du 7e Art)   aux  menus et larges plaisirs qu’on sut se donner dans la  France du Régent… Et tâchons de suivre en chronologie  ces quatre semaines (aux temps forts en fins de semaine), leurs  « 30 concerts en    lieux différents, grâce à près de 1500 artistes ». Et justement, le 1er week-end s’ouvre dans la présence enthousiaste et passionnée de Leonardo Garcia Alarcon, qui dans un entretien du printemps (avec Emmanuelle Giuliani, dans La Croix) se dit « enfant d’Ambronay », au sens le plus filial vis-à-vis d’Alain Brunet, « mon ange  gardien, l’une des plus rencontres de la vie » pour ce jeune Argentin  dont le Patron détecta aussitôt les dons immenses de chef, d’interprète et de chercheur. L.Garcia Alarcon fait donc l’Ouverture du Festival, entraînant ses solistes (Mariana Flores, Fr.Aspromonte, R.Pé, E.Gonzalez-Toro, M.Bellotto ) et les membres de sa Cappella Mediterranea   dans une nouvelle aventure : après la redécouverte du sublime Falvetti (Il diluvio universale), on puise aux racines de la musique baroque sicilienne, via les « mystérieuses archives de la cathédrale de Malte ». A  côté  de madrigaux des célèbres Gesualdo, d’India et A.Scarlatti, des  nouveaux  du Temps Retrouvé par Alarcon : Michele Mascitti, Cataldo Amodei.

La Peste

Puis, parlons ( d’)anniversaires… Ceux de mort ont  du sombre, en face des clarteux de naissance. Ainsi, il y a un quart de millénaire (250 ans, si vous préférez), Jean-Philippe Rameau s’en alla rejoindre la mécanique céleste et l’harmonie des sphères dont avait génialement parlé sa musique. Pour célébrer sous le ciel septembrien d’Ambronay, voici les pièces de clavecin en concert, accompagnées des Quatuors Français par lesquels l’Allemand prolifique Telemann rendait hommage à  J.P.R. Ce sont les Ombres (non Errantes), créées il y a 8 ans par Sylvain Sartre et Margaux Blanchard, qui portent ce programme : un jeune ensemble de la 4e Génération des Baroqueux (si nous comptons juste), mis  en avant par Ambronay dès 2010 et qui a enregistré sous ce label  Couperin et ses Nations. De l’autre côté du « génie françois », M.A.Charpentier offre les fastes de sa Victoire de Milan ; cependant  pour une fois cela n’aura pas été  obtenu par les armes, mais par le courage  d‘un  collectif  contre la mort épidémique, animé à Milan (1576) par Charles Borromée, prélat qui ne quitta pas sa ville et y soigna les malades sans les culpabiliser (voir le claironnant Père Paneloux dans La Peste camusienne), comme les futurs humanistes de la ville assiégée ( Rieux, Tarrou)….En complément, un Te Deum (ça, c’est guerrier !), une Messe pour les Trépassés, une Leçon de Ténèbres : autre jeune groupe (5 ans d’âge), Correspondances, qu’a fondé et mène à … la victoire Sébastien Daucé (cd.Charpentier chez Harmonia Mundi).

Porpora et Gardel

Mise en miroir de deux autres génies, l’un Italien, Nicolo Porpora (1686-1768), illustre professeur de chant pour  non moins illustres castrats (Farinelli…), puis de composition pour Josef Haydn.                                   L’autre, longtemps Italien avant de finir Anglais, l’Allemand Haendel. Ouvertures et airs d’opéra sont choisis  par l’Academia Montis Regalis (depuis 1994) et son chef Alessandro de Marchi, avec le  contre-ténor argentin Franco  Fagioli : ce très-aimé vocaliste ne sera-t-il pas en écho culturel des Hommages à Carlos Gardel par le bandonéiste William Sabatier ou du chanteur Diego Flores ?  On s’enchantera  aussi d’un Rêve d’Ariane sous chapiteau, jolie histoire de la comédienne belge Ariane Rousseau, qui se délasse des idées noires (criminologiques, sa formation universitaire) en contant aux enfants l’histoire du quatuor à cordes (Quatuor Alfano, depuis 2008).

Le Fils de Qui Nous Savons

Au 2nd week-end, un vrai anniversaire joyeux (300e  de la naissance) pour Karl-Philipp Emmanuel Bach – Fils Prodigue de Qui-nous-savons, ange du bizarre qui ouvrit  voie royale au pré-romantisme-, par la grande piano-fortiste et- claveciniste Aline Zylberajch (passionnée d’instruments anciens, enseignante, interprète au cd-Ambronay). Sonates, variations, et portraits de K.P.E., dont l’œuvre-testament de 1787 (« les sentiments de K.P.E. ») se lit comme un autoportrait terminal de Rembrandt…. En remontant vers le Père, immense classicisme (qui est aussi Théâtre Sacré) de la Passion selon Saint Jean, où le génie de Johann-Sebastian est magnifié… dans une économie du nombre, le chef israëlien  Itay Jedlin  et son Concert Etranger (2006)  travaillant selon l’esprit minimaliste de Joshua Rifkin ou de S.Kuijken, un ou deux chanteurs suffisant à chaque partie vocale, cette transparence divisant d’ailleurs le monde baroqueux initialement en guerre contre les super-effectifs qui faisaient naguère crouler Bach sous un néo-romantisme massif…

Vivaldi, Biber et le naturalisme

Les Quatre Saisons vivaldiennes, quel « boulevard du Temps qui passe » ! Enrico Onofri, superbe  virtuose, le met au programme de son Imaginarium, lui qui fut 1er violon chez Jordi Savall et le demeure au Giardino Armonico. Le concert s’ouvre sur une mélodie « symbolisant la disparition de l’hiver derrière les montagnes », air du XVIIe  qui a transité par La Moldau de Smetana et l’hymne national  israëlien. On continue avec une version instrumentale du Chant des Oiseaux de Janequin, des chansons de Merula, d’Uccellini (« mariage d’un coucou avec une poule »…), sans oublier la Sinfonia Representativa de Biber, qui fait intervenir chat, grenouille et rossignol.  Bref, le naturalisme baroque au point de joyeuse incandescence….Le w.e.  fait large place  aux « paysages sonores » (jardins, tour de l’abbaye), ouvrant  même le jeu à une « rencontre baroque-improvisations du Ciel et des Ténèbres », par les Musiciens du Louvre, le collectif La Forge et la Cie Nine Spirit. Un Cactus, synthèse des musiques baroques, est conté aux enfants par un groupe parole-chant (L.Carudel, B.Le Levreur). Pour ne pas négliger les absolus du baroque italien ivre de « la musica e le parole », Profeti della Quinta (jeune ensemble issu de la Schola de Bâle) madrigalise entre Monteverdi, Rossi,  Luzzaschi  et le Prince des Ténèbres Ambiguës, Gesualdo. « A l’inverse », on clôt avec Israel en Egypte, où Haendel Londonien  compose à la fin des années 1730 une « vaste épopée chorale exaltant les exploits  du Peuple Elu ». C’est un des illustres aînés anglais (2nde génération baroqueuse ?), Roy Goodman, qui  conduit  le vénérable Nederlands Kamerkoor (fondé à la fin des années 1930 !), explorateur de la musique la plus ancienne (et médiévale) à celle de notre temps (Kagel, Tavener, Canat de Chizy).

Dynastie Rebel, Jordi citoyen du Monde

Au 3e Temps, encore du Haendel en son Dixit Dominus, de « grande théâtralité » romanissime, et un anniversarié (300e de la naissance), Nicolo Jommelli, maître de chapelle au Vatican mais très novateur d’esthétique pour un Beatus Vir, au programme des cadets du Ghislieri Choir and Consort, menés par le non moins jeune Giulio Prandi.  Puis on  voyagera  dans la généalogie familiale des Rebel – le père, Jean-Féry, le fils, François – et les amitiés de François R. avec … François Francoeur, en fait co-auteurs de nombreux opéras et ballets qui magnifient à la cour de Louis XV (et pour la Pompadour) un style théâtralissime avec machines. « Les Surprises », fondé en  2010 par Juliette Grignard et L.N. Bestion de Camboulas entendent bien ici nous…en faire la surprise…. Le grand aîné, ami et protecteur d’Ambronay, Jordi Savall, citoyen du monde musical, aime à confronter – mais surtout pas affronter – civilisations et cultures esthétiques, pour mieux nous faire réfléchir sur l’indispensable (jadis, aujourd’hui, demain) Paix, notamment autour de la Méditerranée et entre Europe et Asie. Ce sera ici un peu plus à l’ouest, d’Espagne en Italie, de France, Allemagne en Angleterre, son Hesperion XXI variant  le thème d’un « âge d’or de la musique pour ensemble de violes ».

Miserere sans transcendance chrétienne

L’ensemble  Chemirami and co, de Keyvan Chemirani, hôte privilégié d’Ambronay,  dialogue avec Z.L.Nascimento et P.Edouard, fait rêver en improvisations et compositions de Brésil, Inde et Irak ; et le quatuor (lui aussi de percussions) Beat confie aux enfants son Drumblebee. Autre chapitre illustrant les principes du Festival : le récent prolonge sans rupture l’ancien, et les Folies Françoises de P.Cohen-Akenine font « Leçons de Ténèbres » et de la dramaturgie mortifère (A.Scarlatti) pour conduire vers la vision qu’en peut avoir un compositeur  actuel, Thierry Pecou, «éloigné de toute transcendance » et qui voit dans son Miserere comment « une musique occidentale peut s’entrechoquer avec l’animisme africain et le panthéisme des Indiens amazoniens ». Les Cris de Paris (Geoffroy Jourdain) itinère aussi de Janequin et Tallis (le mythique Spem in alium, motet à 40 voix réelles) en « jeune France » d’Aurélien Dumont, qui utilise le dispositif multicanal « 5 point 1 », où un « cercle imaginaire – l’auditeur – reçoit les informations spatialisées de la polychoralité dispersée ».

Vrai crépuscule mozartien

Enfin, début octobre, quand couleurs et atmosphère d’Ambronay font entrer en automne, on commencera par le crépusculaire Requiem de Mozart : L. Garcia Alarcon – dirigeant le New Century Baroque de Namur – fait le tri entre l’irréductiblement mozartien et « les adjonctions » (entre autres Süssmayer), pour mieux en exalter les vertus admirables. (et pour ce concert, c’est à l’Auditorium Ravel de Lyon…). Avec Benjamin  Dieltjens, il veut rendre au K.622 (l’ultime concerto, de clarinette) « toute sa charge nostalgique », notamment en soulignant la « tonalité opératique » inhérente, selon lui, à  cette œuvre-testament.  Plus « classiquement baroque(ux) », Fabio Biondi et son Europa Galante travaillent la vocalité violonistique et orchestrale  des concertos (d’esprit italien) chez  Vivaldi, Brioschi, Corelli ou Leclair, avec la révélation d’une Sinfonia funebre, de Locatelli. L’autre aîné ambronaisien, maintenant Père du Baroque, William Christie ( dites : Lézards Flo pour son ensemble mythique) fait,lui, rayonner le « Grand Motet François » : Rameau, bien sûr, et aussi Cassanea  de Mondonville.

Trois fois  ” e “

Dans le cadre des créations, y compris linguistiques, on notera une concession à l’anglomanie régnante : il y a ici des « afters », et surtout un festival dans le Festival, eeemerging. Serait-ce que sous le Bugey en 2014, (comme dans les salons proustiens Odette de Crécy parle  selon  la mode « outre-Manche »  et s’affiche « fishing for compliments »), on se soumet, diraient les grincheux (nous en sommes, parfois) au verbiage franco-anglais  ? Donc : émergence et  triple e ( euro ?), nouvelle étape de soutien aux « jeunes qui seront peut-être les stars de demain ». Car à Ambronay on repère, invite et fait jouer  les neufs ensembles : ce sera Armonia degli affetti dans Chanter d’amour, Secunda Pratica dans Nouveau Monde Baroque, la Botta Forte  avec Mi palpita il core, , Voces Suaves A la Cour des Gonzague… Côté enfants, les charmants Esprits Animaux, déjà « émergés », dévoilent sous chapiteau un ludique B.a.-ba du Baroque, et on monte dans le Tram des Balkans de la claveciniste Violaine Cochard qui compose, arrange  et balkanise Vivaldi, Frescobaldi ou Bach.

Car on ne saurait finir le Festival 2014 sans retour et recours au Père Johann Sebastian et à ses cantates, ici pour la Saint Michel, non sans que Raphaël Pichon et son Pygmalion lui adjoignent le très original et spatialisé Heilig d’un Fils, notre cher K.P.E. si à part et en avance sur son temps…Allez, la fête commence bientôt. Bonne teufe roqueba !

ambronay 2014 festivalAmbronay (01 ) (Abbatiale, Tour, Parc, Chapiteau et autres lieux ( Saint Maurice de Gourdans, Pérouges, Brou, Lyon) : 35e Festival, du 12 septembre au 5 octobre 2014. Concerts, rencontres, colloques, visites, ateliers, tables rondes. Information et réservation en ligne : T. 04 74 38 74 04 ; www.ambronay.org

Leonardo Garcia Alarcon, invité de France Musique, Lundi 13 mai 2013, 7h-23h

Radio.Leonardo Garcia Alarcon, invité de France Musique. Lundi 13 mai 2013, 7h-23h

 

Chef d’orchestre argentin de 37 ans, l’ancien assistant de Gabriel Garrido, Leonardo Garcia Alarcon affirme une belle ardeur, curieuse et généreuse qui lui permet de diriger le répertoire baroque avec une sensibilité communicante. En résidence depuis 2010 au Centre Culturel de Rencontre d’Ambronay avec l’ensemble Cappella Mediterranea, il est également directeur artistique et chef principal du ChÅ“ur de Chambre de Namur.

Leonardo Garcia Alarcon,

Grand invité de France Musique

Lundi 13 mai 2013, 7h-23h

Alarcon_portrait_oblique_250Véritable résident du Centre Culturel d’Ambronay, il a pu y mener ses réflexions sur le renouvellement permanent du répertoire, et s’investir dans la recréation de partitions méconnues aujourd’hui phénomène musical comme l’oratorio « Il Diluvio Universale » de Michelangelo Falvetti, créé en septembre 2010 au Festival d’Ambronay avec le ChÅ“ur de chambre de Namur et l’ensemble Cappella Mediterranea.

En septembre 2013, l’actuel directeur du Centre Culturel d’Ambronay Alain Brunet quittera ses fonctions. En organisant cette journée spéciale, France Musique rend également hommage à son travail et son rôle de découvreur, de passeur infatigable.
L’enthousiasme et le charisme de Leonardo Garcia Alarcon s’invitent sur les ondes de France Musique dès 7h du matin pour une journée spéciale, avec notamment la diffusion à 14h, d’un concert d’œuvres baroques siciliennes de la Cappella Mediterranea enregistré à Ambronay, format diptyque avec un Matin des Musiciens consacré à la même thématique. Au programme: la Sicile baroque, Ginestra, baroque et création contemporaine.

Voir notre reportage vidéo Falvetti: Il Diluvio Universale par Leonardo Garcia Alarcon (Ambronay 2010)

VIDEO. Alarcon ressuscite Il Diluvio Universale de Falvetti (Ambronay 2010)

Pour son premier week-end, le festival d’Ambronay 2010 (31è édition) commencait très fort, en réalisant la résurrection d’une oeuvre oubliée de Michel Angelo Falvetti. le chef Leonardo Garcia Alarcon souligne deux temps forts (écriture du choeur des âmes englouties par les eaux, puis duo extatique des deux intercesseurs, Noé et son épouse Rad)… Avec Leonardo Garcia Alarcon et Mariana Flores, soprano.