CD événement, critique. ANNA NETREBKO : Amata delle Tenebre (1 cd DG Deutsche Grammophon, 2020, 2021)

Anna-netrebko-amata-delle-tenebre-scala-dg-cd-review-critique-cd-classiquenews-opera-critiqueCD Ă©vĂ©nement, critique. ANNA NETREBKO : Amata delle Tenebre (1 cd DG Deutsche Grammophon, 2020, 2021) – EnregistrĂ© Ă  La Scala de Milan en octobre 2020 et avril 2021, le rĂ©cital new look de la diva des divas actuelles met l’accent sur la couleur tragique : « AimĂ©e des TĂ©nĂšbres » / Amata delle tenebre
 Cette couleur funĂšbre s’affiche dĂšs le premier air, celui d’Ariane abandonnĂ©e, trahie Ă  Naxos, qui s’éveille alors au gouffre noir ; Strauss y dĂ©veloppe une ample priĂšre Ă  la mort dont le chant de la soprano dĂ©sespĂ©rĂ©e mais digne, et qui veut disparaĂźtre, exprime dĂ©jĂ  le souffle libĂ©rateur. S’il n’était que ce premier air, le programme laisserait une impression mitigĂ©e tant les aigus sont tendus voire arrachĂ©s, Ă  peine tenus, et l’articulation alĂ©atoire. « Es gibt ein Reich, wo alles rein ist
  / Il y a un royaume oĂč tout est pur », pris de surcroĂźt sur un tempo trop lent (pour mĂ©nager la voix), s’enlise, techniquement imparfait. Dommage. On y dĂ©cĂšle la mĂȘme fragilitĂ© que dans ses 4 derniers lieder du mĂȘme Strauss, jadis enregistrĂ©s avec Barenboim, en un cycle certes audacieux et risquĂ©, mais trop disparate vocalement. De plus la cantatrice ne maĂźtrise pas l’abattage straussien.

 

 

 

 

Dans son nouvel album, Anna Netrebko en fiancée des TénÚbres, convainc surtout chez les véristes et Wagner


TĂ©nĂšbres Ă©clectiques inconstantes

 

 

Cette rĂ©serve Ă©noncĂ©e derechef, le reste du programme suscite l’admiration tant la voix cette fois est naturelle, plus flexible et Ă©gale tant sur le plan des aigus que du medium, toujours large, riche, onctueux et dense, parfois sĂ©pulcral.
En italien, la verdienne avĂ©rĂ©e depuis ses dĂ©buts (et sa premiĂšre Traviata Ă  Salzbourg), affirme un tempĂ©rament de feu, en particulier pour Aida qu’elle a chantĂ© sur scĂšne : Ăąme en transe, palpitante voire incandescente ; par contre son Elisabeth (Don Carlo) manque de brillance ; CĂŽtĂ© Puccini, oui sans rĂ©serves pour sa Butterfly dont l’intensitĂ© du timbre se montre dĂ©chirant, sincĂšre, direct ; comme sa Manon, Ă  l’intonation trĂšs juste ; idem pour Adriana Lecouvreur de Cilea dont la prosodie s’écoule naturellement
 on en redemande Ă©videmment tellement l’extrait nous paraĂźt trop court alors. L’air de Lisa (Dame de Pique) de Tchaikovski est un sommet de brillance tragique (comme d’ailleurs sa Iolanta chantĂ©e sur scĂšne et enregistrĂ©e, mais qui n’apparaĂźt pas ici) ; avouons notre surprise enthousiaste pour ses 3 Wagner : son Elisabeth (TannhĂ€user) rayonne, ardente, Ă©clatante mĂȘme quand Elsa (Lohengrin) exprime la candeur d’une jeune amoureuse trop naĂŻve ; reste en conclusion de ce rĂ©cital hors norme, son Isolde : le liebestod est un grand moment de plĂ©nitude enivrĂ©e (voluptĂ© caressante du timbre) qui inscrit l’aimĂ©e de Tristan et sa veuve Ă©perdue, telle une torche brĂ»lante prĂȘte Ă  rejoindre dans la mort le seul ĂȘtre qui l’inspire. Il est temps que la diva chante le rĂŽle sur scĂšne ! Dommage que cette fin CLIC_macaron_2014salvatrice ne trouve pas dans le tout dĂ©but straussien la mĂȘme Ă©vidence caractĂ©risĂ©e. Nous tenions lĂ , entre ses deux extrĂȘmes qui se rĂ©pondent, un admirable rĂ©cital lyrique dont la sincĂ©ritĂ© aurait Ă©tĂ© pleine et entiĂšre. Quoiqu’il en soit, celle qui s’apprĂȘte en dĂ©cembre 2021 Ă  inaugurer justement la nouvelle saison lyrique de la Scala (en Lady Macbeth) continue de nous surprendre et nous troubler par une implication personnelle parfois sidĂ©rante, toujours entiĂšre et viscĂ©rale.

Plusieurs clips vidĂ©os dont certains filmĂ©s Ă  la Scala, accompagnent la sortie de cet album marquant dont la mort de Didon de Purcell (qui laisse aussi mitigĂ© en raison de la ligne vocale pas toujours tenue et claire, malgrĂ© comme toujours la sincĂ©ritĂ© ardente de l’intonation). RIccardo Chailly suit les volutes envoĂ»tantes de ce rĂ©cital sans Ă©gal aujourd’hui. La cinquantaine diverse et gĂ©nĂ©reuse, la diva continue de nous subjuguer.

 

 

tracklisting / Programme des airs “Amata delle Tenebre”
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1. Richard Strauss – Ariadne auf Naxos : « Es gibt ein Reich, wo alles rein ist aus »
2. Giuseppe Verdi – Aida : « Ritorna vincitor! … Numi, pieta »
3. Giuseppe Verdi – Don Carlo : « Tu che le vanita conoscesti del mondo »
4. Richard Wagner – TannhĂ€user : « Dich, teure Halle, grĂŒĂŸ ich wieder »
5. Francesco Cilea – Adriana Lecouvreur : « Poveri diori, gemme de’ prati »
6. Pyotr I. Tchaikovsky – Pique Dame : « Uzh polnoch blitzitsya » – Pique Dame
7. Giacomo Puccini – Madama Butterfly : « Un bel di vedremo »
8. Richard Wagner – Lohengrin : « Einsam in trĂŒben Tagen » – Lohengrin
9. Giacomo Puccini – Manon Lescaut : « Sola, perduta, abbandonata »
10. Henry Purcell – Dido and Aeneas : « Thy hand, Belinda … When I am laid in earth »
11. Richard Wagner – Tristan und Isolde : « Mild und leise wie er lĂ€chelt »

Anna Netrebko, soprano / Orchestre du Teatro alla Scala
Riccardo Chailly, direction – 1 cd Deutsche Grammophon 2894860531 – DurĂ©e : 1h06’

 

 

 

 

 

 

VIDEO : ANNA NETREBKO / DIDO alal Scala, MIlano – CLIP vidĂ©o

Anna Netrebko – Purcell: Dido and Aeneas, Z. 626: “When I am laid in earth”

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Les autres cd ANNA NETREBKO critiqués sur CLASSIQUENEWS :

 

Verismo : le nouvel album choc d'Anna NetrebkoCD, compte rendu critique. « VERISMO » : Boito, Ponchielli, Catalani, Cilea, Leoncavallo, Mascagni, Puccini, airs d’opĂ©ras par Anna Netrebko, soprano (1 cd Deutsche Grammophon). De La Wally Ă  Gioconda, d’Adrienne Lecouvreur Ă  Marguerite, sans omettre les pucciniennes Butterfly, LiĂč et Turandot, aux cĂŽtĂ©s de Manon Lescaut, Anna Netrebko confirme son immense talent d’actrice. En plus de l’intensitĂ© d’une voix de plus en plus large et charnelle (medium et graves sont faciles, amples et colorĂ©s), la soprano Ă©merveille et enchante littĂ©ralement en alliant risque et subtilitĂ©. C’est Ă  nouveau une rĂ©ussite totale, et aprĂšs son dernier album Iolanthe / Iolanta de Tchaikovsky et celui intitulĂ© VERDI, la confirmation d’un tempĂ©rament irrĂ©sistible au service de l’élargissement de son rĂ©pertoire
 Au trĂšs large public, Anna Netrebko adresse son chant rayonnant et sĂ»r ; aux connaisseurs qui la suivent depuis ses dĂ©buts, la Divina sait encore les surprendre, sans rien sacrifier Ă  l’intelligence ni Ă  la subtilitĂ©. Ses nouveaux moyens vocaux mĂȘme la rendent davantage troublante. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016.

 

 

netrebko anna strauss barenboim staatskapelle berlin deutsche grammophon cd anna netrebkoCD / Le Strauss d’Anna Netrebko
 Leonora du TrouvĂšre (Salzbourg l’étĂ© dernier, aprĂšs l’avoir crĂ©Ă© Ă  Berlin en dĂ©cembre 2013), aujourd’hui furieuse et battante Lady Macbeth du mĂȘme Verdi actuellement au Met, Anna Netrebko poursuit son amour du risque avec une Norma de Bellini annoncĂ©e pour l’ouverture de la saison 2017-2018 du Metropolitan Opera
 Pas vraiment belcantiste comme ont pu l’ĂȘtre Callas, puis Sutherland ou CaballĂ©, Anna Netrebko n’en partage pas moins le goĂ»t des dĂ©fis de ses ainĂ©es. Elle a su affirmer ainsi une Ă©blouissante Elvira dans I Puritani, il y a dĂ©jĂ  sept ans (dĂ©jĂ  au Met en 2007). Son Bellini comme souvent chez elle, touche par son timbre corsĂ©, ses aigus diamantins et mĂ©tallisĂ©s, surtout en dĂ©pit d’une coloratoure parfois fastidieuse cĂŽtĂ© agilitĂ© et une justesse pas sĂ»re, une sincĂ©ritĂ© de ton qui saisit par son angĂ©lisme hyper fĂ©minin, plutĂŽt trĂšs incarnĂ© (une couleur charnelle qui fait la valeur de sa Manon puccinienne)
 De quoi nous rendre dĂ©jĂ  impatients car Norma est le rĂŽle fĂ©minin par excellence : digne et tragique. Parution : octobre 2014.

 

 

 

anna Netrebko, cd souvenris 2008CD. Anna Netrebko : Souvenirs (2008) 
   Anna Netrebko n’est pas la plus belle diva actuelle, c’est aussi une interprĂšte Ă  l’exquise et suave musicalitĂ©. Ce quatriĂšme opus solo est un magnifique album. L’un de ses plus bouleversants. Ne vous fiez pas au style sucrĂ© du visuel de couverture et des illustrations contenues dans le coffret (lequel comprend aussi un dvd bonus et des cartes postales!), un style maniĂ©riste Ă  la Bouguereau, digne du style pompier pure origine
 C’est que sur le plan musical, la diva, jeune maman en 2008, nous a concoctĂ© un voyage serti de plusieurs joyaux qui font d’elle, une ambassadrice de charme
 et de chocs dont la tendresse lyrique et le choix rĂ©flĂ©chi des mĂ©lodies ici regroupĂ©es affirment une maturitĂ© rayonnante, un style et un caractĂšre,  indiscutables.