ALMAZIS, Iakovos Pappas jouent les FABLES de LA FONTAINE

la-fontaine jean de la fontaine 400 ans en juillet 2021LA FONTAINE, 400 ans. Le 17 juillet 2021 : Almazis. Pour cĂ©lĂ©brer les 400 ans en 2021 de la naissance de l’illustre conteur, l’ensemble ALMAZIS et son chef Iakovos Pappas abordent 9 fables de Jean de La Fontaine mises en musique par ClĂ©rambault et plusieurs extraits des « Deux chasseurs et la laitiĂšre », opĂ©ra comique d’Egidio Duni, que les interprĂštes connaissent bien pour les avoir dĂ©jĂ  jouĂ©s entre autres en VendĂ©e, il y a quelques annĂ©es. Outre la portĂ©e moraliste des textes, souvent frappĂ©s du bon sens, l’écriture musicale sait exploiter une langue Ă  plusieurs degrĂ©s de lecture, aussi poĂ©tique que riche en situations dramatiques cocasses, parfois dĂ©lirantes. Chacune rĂ©vĂšle de la part du fabuliste, une fabuleuse connaissance de la psychĂ© humaine, ses faiblesses comme ses indĂ©crottables travers (jalousie, envie, manipulation, mensonge, 
). Mais toujours l’esprit de La Fontaine garde l’espoir et une certaine tendresse fraternelle pour ses hĂ©ros qu’envisage l’élĂ©gance de sa prose, d’une rare acuitĂ© poĂ©tique.

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Samedi 17 juillet 2021
SOIRÉE MUSICALE au CHÂTEAU de VASCOEUIL
Jean de La Fontaine :
« LES FABLES EN MUSIQUE »
Ensemble ALMAZIS
IAKOVOS PAPPAS, direction
RÉSERVEZ vos places
(formule spéciale : exposition, dßner, concert)
http://www.chateauvascoeuil.com/Almazis.php

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almazis-vasta-iakovos-pappas-vasta-concert-annonce-critique-classiquenews-582FondĂ© depuis 1992 par l’excellent claveciniste et chef Iakovos Pappas, l’ensemble Almazis poursuit dans ce programme son goĂ»t des rĂ©pertoires oubliĂ©s, des compositeurs Ă  fort tempĂ©rament dont l’écriture musicale sert et articule la rhĂ©torique du texte : le dernier disque rĂ©alisĂ© par Iakovos Pappas dĂ©diĂ© aux Sonates du mĂ©connu ClĂ©ment en a tĂ©moignĂ© rĂ©cemment encore en dĂ©cembre 2020 – CLIC de CLASSIQUENEWS). Le chant de la musique, la qualitĂ© des textes sont ici servis par des interprĂštes pour lesquels le souci d’éloquence et la subtilitĂ© du geste ne sont pas de vains mots. Le travail spĂ©cifique sur la prononciation dans le chant, la dĂ©clamation, et la gestuelle, la curiositĂ© du chef pour les autres disciplines artistiques, sa grande culture et sa sensibilitĂ© Ă  servir le rĂ©pertoire baroque français des XVIIĂš et XVIIIĂš, confirment la singularitĂ© prĂ©cieuse d’Almazis.

 
 

 
 

Au programme :
9 fables de Jean de la Fontaine mises en musique par Louis-Nicolas ClĂ©rambault, contemporain du poĂšte et trois airs extraits de « Deux Chasseurs & La LaitiĂšre », opĂ©ra-comique d’Egidio Duni sur un livret d’Anseaume, inspirĂ© de deux fables.

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
et les Fables de La Fontaine
Bien que destinĂ©es Ă  ĂȘtre originellement rĂ©citĂ©es, les Fables de La Fontaine, mises en musique, gagnent un souffle dramatique inĂ©dit du fait mĂȘme des rythmes et des tempos ; le dĂ©bit plus rapide, l’articulation et l’accentuation permises par le chant les rendent mĂȘmes plus accessibles en particulier du jeune public.

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PROGRAMME 

 
Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749) / La Fontaine
La tortue et l’aigle (VanitĂ© opiniĂątre)

La chÚvre, le chevreau et le loup (La méfiance)

Jean-François Dandrieu (1681-1738)
La Chasse (clavecin seul)

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749) / La Fontaine
Le cerf se mirant dans l’eau (L’utile et le beau)

Louis-Claude Daquin (1694-1772)
Le coucou (clavecin seul)

Louis-Nicolas ClĂ©rambault (1676–1749) / La Fontaine
La grenouille et le bƓuf (L’ambition)
L’ñne et le chien (Secours mutuel)

François FrancƓur (1698-1787)
Sonate en RĂ© mineur
Adagio-Allemande,
marqué Rondeau-Sarabande-Rondeau, gay.

Louis-Nicolas ClĂ©rambault (1676–1749) / La Fontaine
Le rat et l’huitre (Le badaud)
La fourmi et la sauterelle (L’oisivetĂ©)
Le loup et le chien (La liberté)

Egidio Duni (1709-1775)
Les deux Chasseurs et la Laitiùre (La peau d’ours et le pot de lait)
VoilĂ  la petite LaitiĂšre
Voici tout mon projet
HĂ©las j’ai rĂ©pandu mon lait

Louis-Nicolas ClĂ©rambault (1676–1749) / La Fontaine
Les grenouilles qui demandent un roi (L’amour du changement)

Elizabeth Fernandez, soprano
CĂ©line Martel, violon
Pierre Charles, violoncelle
Iakovos Pappas, clavecin et direction

 
 

 
 

Concert présenté dans le respect des rÚgles sanitaires

Les différentes formules de la Soirée :
DĂšs 18h, visite du site et de l’exposition 2021 « LES FABLES »
ThĂ©matique : les Fables de la Fontaine (1621-1695) pour les 400 ans de la naissance du poĂšte fabuliste. A leur parution Ă  partir de 1668, Les Fables connaissent le succĂšs grĂące Ă  leur stratĂ©gie narrative – la mise en scĂšne d’animaux permet aux textes de critiquer et de dĂ©noncer- et dĂ©jĂ  leurs illustrations complĂštent leur impact immĂ©diat ; c’est un pan de notre patrimoine culturel et leurs morales enrichissent le fonds de la sagesse populaire. 17 artistes ont « interprĂ©tĂ© » selon leur sensibilitĂ© et leur maniĂšre (fantastique,
surrĂ©alisme et symbolisme) : La cigale et la fourmi, Le corbeau et le renard, Le loup et l’agneau, La grenouille qui se veut aussi grosse que le bƓuf, Le liĂšvre et les grenouilles
et tant d’autres. Au total, 65 toiles pour 65 fables.
A partir de 19h (sur réservation) AVANT le concert de 20h,
formule dinatoire à la Cascade: 19,50€ /12,50€ enfants

 

 

RÉSERVATION TÉLÉPHONIQUE OBLIGATOIRE :
02 35 236 235
ATTENTION PLACES LIMITÉES

TARIFS (visite incluse) : 25€ et 15€ (enfants + 7 ans, Ă©tudiants, pĂŽle emploi)
AccĂšs : 20 Km ROUEN ou GOURNAY sur RN 31 et 10 Km FLEURY sur ANDELLE ou LYONS

 

 

 

 

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LIRE aussi notre dossier spécial 400 ANS de JEAN DE LA FONTAINE

la-fontaine jean de la fontaine 400 ans en juillet 2021GĂ©nie poĂ©tique, narrateur subtile autant que douĂ© d’une impertinence raffinĂ©e, le contemporain de Racine, n’eut pas contrairement Ă  ce dernier, les faveurs du Roi Soleil. Proche du surintendant Fouquet Ă  Vaux le Vicomte, La Fontaine prit la dĂ©fense du ministre malgrĂ© les foudres royales ; et la disgrĂące qui foudroya Fouquet, Ă©claboussa le poĂšte, Ă  jamais Ă©cartĂ© des privilĂšges et pensions de la Cour. Mais Ă  force de louanges et sollicitudes ciblĂ©es, il rĂ©ussira nĂ©anmoins Ă  se faire Ă©lire Ă  l’AcadĂ©mie, aprĂšs son contemporain (et ami) Boileau. On connaĂźt Ă©videmment ses fables (inspirĂ©es d’Esope), toujours Ă©tudiĂ©es, piliers dans l’apprentissage de notre langue, terrain propice pour aiguiser l’esprit critique de ous les Ă©coliers de France et de Navarre. Au total 3 recueils fondamentaux de Fables sont publiĂ©s en 1668, 1678 puis Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la carriĂšre en 1694 (Livre XII) ; on connaĂźt moins ses Contes. La Fontaine autant moraliste que fabuliste de gĂ©nie, et orfĂšvre-narrateur devient acadĂ©micien en 1684.

  

  

 

CD, VASTA : Reine de Bordélie (1 cd Maguelone, Almazis, Yakovos Pappas, 2018)

VASTA-almazis-cd-livre-critique-annonce-classiquenews-cd-par-classiquenewsCD, VASTA : Reine de BordĂ©lie (1 cd Maguelone, Almazis, Yakovos Pappas, 2018). Plus affĂ»tĂ© et engagĂ© que jamais, le chef et claveciniste Iakovos Pappas poursuit l’idĂ©e d’un Baroque sĂ©ditieux, libertaire, plus expĂ©rimental que convenu voire complaisant. VoilĂ  un Baroque qui dĂ©range et qui nous plapit
. dont les dĂ©lices ont ravi les spectateurs lors d’un concert bienvenu, prĂ©lude Ă  ce disque, prĂ©sentĂ© Ă  la BNF. Les manuscrits concernĂ©s y sont tous conservĂ©s – dormants, oubliĂ©s,
 jusqu’à aujourd’hui. Les cordes Ăąpres, mordantes, expressives, le clavier et les voix trĂšs en verve savent ici ressusciter l’irrĂ©vĂ©rence inventive des libres penseurs et des Ă©rotomanes du XVIIIĂš. Le texte de Piron (Vasta, Reine de BordĂ©lie) choisi dans ce programme rĂ©jouissant, souligne combien dĂšs son dĂ©but, le XVIIIĂš français manie la langue avec dĂ©lire, poĂ©sie et invention ; l’épigrammiste Ă©voque cet essor remarquable du Baroque insoumis, revenu Ă  son irrespect critique ; interprĂštes, textes et musique accrĂ©ditent l’émergence d’une pensĂ©e souveraine, fĂ©conde pour les arts, stimulante pour l’esprit. A travers un texte provocateur en façade, c’est la libertĂ© recrĂ©atrice de l’art qui est cĂ©lĂ©brĂ© et grĂące Ă  Almazis, l’inspirante libertĂ© (pour les interprĂštes) de la satire critique.

EROTIQUE INSOLENCE, BAROQUE PARODIQUE

En liaison avec l’insolence inspirĂ©e de l’épigrammiste français Alexis Piron (1689-1773) qui fournit le texte de cette tragĂ©die imaginaire, Iakovos Pappas a scrupuleusement sĂ©lectionnĂ© les musiques les plus adaptĂ©es. L’AcadĂ©micien dĂ©chu, qui perdit son fauteuil et ses palmes d’Immortel, en raison justement de ses saillies et pointes gĂ©niales (Ode Ă  Priape, texte de jeunesse) laisse surtout un texte d’une rare Ă©loquence comique, prĂ©texte de ce programme : « Vasta, reine de BordĂ©lie ».  Piron concentre l’inspiration emblĂ©matique du XVIIIĂš français : la comĂ©die, en ce qu’elle cultive et rĂ©vĂšle les vertus de la verve satirique,  de l’insolence poĂ©tique. Erotique et mĂȘme poĂ©tiquement obscĂšne, le texte cible en rĂ©alitĂ© la censure et la politique, la chape asphyxiante qui corsĂšte toute la sociĂ©tĂ© de l’Ancien RĂ©gime.

A travers l’intrigue, une mĂšre (Vasta) et sa fille (Conille) s’affrontent Ă  travers leurs amants. La « goulue », Vasta dĂ©montre sans morale, sa souveraine prĂ©Ă©minence, – un tempĂ©rament virile en vĂ©ritĂ© (formidable, sincĂšre, hallucinĂ©e Elizabeth Fernandez), sacrifiant sa fille (trop molle : larmoyante et habitĂ©e elle aussi Delphine Guevar) ; la reine dĂ©cide : elle cĂ©lĂšbre l’endurance admirable du prince « Fout Six coups » (et son accent provincial bien trempĂ© : truculent Christophe Crapez). Tous les chanteurs rehaussent par leur esprit de caractĂ©risation, et un vrai plaisir de la langue (et ses mĂ©andres sĂ©mantiques souvent hilarants), l’irrĂ©vĂ©rence du livret ; tous sont habiles Ă  transfĂ©rer d’authentiques situations tragiques et nobles, dans un texte d’une libertĂ© amorale, provocante, 
 voire dangereuse.  L’amateur des tragĂ©dies en musique retrouve le caractĂšre des vraies scĂšnes Ă©plorĂ©es, Ă  la fois langoureuses et suspendues, de vraies tensions affrontĂ©es,
 mais dans une langue crue, totalement et outrageusement dĂ©calĂ©e.
Ce principe parodique prend une dimension emblĂ©matique dans le rĂ©cit du viol de Vit-Mollet par Fout Six coups, rapportĂ© par Couille au cul (excellent Guillaume Durand, fin du II) : au rĂ©cit savoureux rĂ©pond l’engagement des instrumentistes trĂšs proches du texte.

La force du programme vient aussi de la variĂ©tĂ© des auteurs, et des contrastes que leur style font naĂźtre : abandon lacrymal – « la princesse n’est plus » / en dĂ©chargeant (Benda, plage 25) : noblesse et majestĂ© de la Reine (Marche de Campra, 26) qui salue l’arrivĂ©e de son  hĂ©ros final (Fout-six-coups, exposant les parties de son rival vaincu, Vit-Mollet)
 tout s’enchaĂźne avec un sens dĂ©lectable des saillies percutantes.

AprĂšs les actes de la « tragĂ©die », Iakovos Pappas agence enfin un grand « divertissement » (selon les codes du genre), et agence plusieurs fragments musicaux d’une Ă©vidente tension dramatique  : on y relĂšve plusieurs extraits de « ZaĂŻde » de Pancrace Royer (encore une perle oubliĂ©e, opportunĂ©ment rĂ©vĂ©lĂ©e ici : « Chasse » en prĂ©lude ; enfin « Air des turcs » et « tambourins » pour conclusion.
Le verbe n’est pas omis, grĂące Ă  la restitution de 4 sĂ©quences chantĂ©es, dĂ©clamĂ©es : Nous perdons Philis (duo de dĂ©ploration Ă  deux voix mĂąles); Monologue « Cucumane » (Caquire de De Vessaire, 1780), en voix de tĂȘte par le tĂ©nor Christophe Crapez, dont la verve insolente exprime dĂ©jĂ  le climat rĂ©volutionnaire des annĂ©es 1780

Tout l’esprit libertaire, dĂ©lirant est dĂ©jĂ  Ă©noncĂ© entre autres dans le Prologue avec « Vive les cons », extrait du DĂ©serteur de Monsigny, 1769 ; dans « On dit que le mĂ©decin » de JC Gillier, tout en gouaille et vulgaritĂ© ; il est mĂȘme exacerbĂ© et servi en un geste libĂ©rĂ©, dĂ©lurĂ©, essentiellement linguistique et thĂ©Ăątral : « C’est fait Minon, Minette  » dans l’inoubliable « L’autre jour » de Louis Lemaire dĂ©cĂ©dĂ© en 1750.
De mĂȘme, le scabreux voire scato (« le pot de chambre », puis « Les CheminĂ©es » ) nourrit la tension du divertissement final, conclusion magnifique de la tragĂ©die Ă©rotique proprement dite.
Toujours la verve des chanteurs et des instrumentistes redouble en cocasserie linguistique et triple lecture expressive
 c’est une parodie insolente et paillarde (relecture de « Plaisirs d’amour » de Martini placĂ© en fin de Prologue) ; c’est un procĂšs en rĂšgle des canons de la tragĂ©die officielle, de ses rĂšgles si strictes et asphyxiantes qui ont prĂ©valu de Lully Ă  Rameau, Ă©touffant certainement l’écriture des auteurs : il fallait bien toute la crĂ©ativitĂ© des forains satiriques (que reprennent Ă  leur compte avec combien de justesse, les interprĂštes d’Almazis) pour en mesurer Ă  la fois le ridicule et le potentiel humoristique ; tous ces dĂ©calages en dĂ©noncent allusivement l’artificialitĂ© et le manque de vĂ©ritĂ© d’un genre que Gluck rĂ©formera Ă  Paris au dĂ©but des annĂ©es 1770.
Or le geste d’Almazis retrouve cette franchise et cette sincĂ©ritĂ© qui manque tant (que JJ Rousseau apprĂ©ciait tant). Les textes osĂ©s, provocants rĂ©tablissent le sang, la pulsion certes primitive, un naturel « populaire » totalement absent du genre noble.
Au clavecin, et Ă  la direction, Iakovos Pappas sait exalter et Ă©lectriser sa troupe : chanteurs acteurs et comĂ©diens, capables de transformer leur voix, jouant des registres et des types de projection ; instrumentistes sans rĂ©serve, soulignant tout ce qu’ont d’irrĂ©vĂ©rence sĂ©ditieuse textes et musique : sous leurs doigts amusĂ©s mais conscients, se profilent dĂ©jĂ  les ferments de la rĂ©volte et de la sainte libertĂ©.

On goĂ»te la causticitĂ© mordante du texte, paillarde donc choquante au premier degrĂ© ; et pourtant furieusement critique Ă  l’endroit du politique, rĂ©duit Ă  des ĂȘtres de pulsions et de jouissance immĂ©diate ; sur le plan musical, Iakovos Pappas a ainsi rĂ©sumĂ© tous les effets de la palette lyrique expressive, propre au genre officiel au XVIIĂš et XVIIIĂš, la tragĂ©die en musique. D’ailleurs, c’est l’une des partitions les plus scandaleusement musicale, d’un dĂ©bridĂ© ici dĂ©sopilant (et qui prĂ©figure toutes les comĂ©dies musicales Ă  venir),  PlatĂ©e de Rameau (1745) qui ouvre l’action centrale. 
 
 

BONUS
 La cantate « burlesque » et d’une belle insolence, ActĂ©on de Pierre-CĂ©sar Abeille (dĂ©cĂ©dĂ© en 1733) atteste de l’essor de ce courant baroque paillard, qui sait avec quelle intelligence et raffinement se moquer des codes mythologiques et tragiques. Abeille appartient Ă  la colonie d’auteurs douĂ©s d’une extrĂȘme acuitĂ© expressive et poĂ©tique, dont Monteclair ou mĂȘme JB Rousseau (Odes tirĂ©es des Psaumes, 1716) sont d’autres penseurs douĂ©s.
La solide gouaille articulĂ©e du baryton Guillaume Durand (qui incarne Couille-au-cul dans la tragĂ©die qui prĂ©cĂšde) sert idĂ©alement le texte, avec une attention affĂ»tĂ©e Ă  l’intelligibilitĂ©, une exquise et savoureuse comprĂ©hension des enjeux des images poĂ©tiques, un rien lubrique, et bien habitĂ©e. Le vrai sujet ici, c’est ce qu’a vu le chasseur : la nuditĂ© de la dĂ©esse (prĂ©cisĂ©ment ses jolies fesses) : c’est la dĂ©esse calipige que cible Abeille dans sa fabuleuse cantate / et le regard impudique du chasseur, sa curiositĂ© irrespectueuse sont le vrai sujet de cette sĂ©quence qui ne manque pas de piquant, et lĂ  encore ni cocasserie trĂšs imaginative:  « Diane se lave le cul avec ses nymphes potagĂšres qui lui servent de chambriĂšres  » etc


CLIC D'OR macaron 200BAROQUE INSOLENT, BAROQUE INVENTIF…Nerveux et souple, le continuo d’Almazis expose chaque mot, le commente, l’enveloppe d’une ironie poĂ©tique dĂ©lectable.  En choisissant d’achever le cycle de Piron, par cette cantate, vĂ©ritable joyau en irrĂ©vĂ©rence poĂ©tique et irrespect des convenances mythologiques, Iakovos Pappas rĂ©tablit la place de la cantate comme Ă©crin expĂ©rimental, propice Ă  renouveler l’écriture lyrique et la construction dramatique, officielles. Abeille, Piron
 le chef d’Almazis a bien raison de souligner et la force du texte et la qualitĂ© de la musique. On l’on ce dit face Ă  tant de crĂ©ativitĂ© censurĂ©e, qu’il nous manque encore bien des informations pour connaĂźtre vraiment la diversitĂ© de notre patrimoine. VoilĂ  posĂ©es, les bases d’une nouvelle recherche Ă  la fois littĂ©raire, poĂ©tique, lyrique et musicale qu’il faudrait encore et encore approfondir. A suivre.

 
 
  
 
 

LIRE AUSSI notre présentation critique du CD VASTA

 
 
  
 
 

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VOIR un extrait vidĂ©o de VASTA, Reine de BordĂ©lie, 1773 – extraits du spectacle donnĂ© Ă  la BNF BibliothĂšque National de France, en avril 2018.
https://www.youtube.com/watch?v=iIzsuzZUDag
 
 
 
VOIR LE TEASER VASTA,  reine de BordĂ©lie, tragĂ©die Ă©rotico-lyrique d’Alexis Piron (1773)
Ensemble Almazis – Iakovos Pappas / Co rĂ©alisation BibliothĂšque Nationale de France
https://vimeo.com/301819639  

VASTA-reine-de-bordelie-iakovos-pappas-teaser-video-classiquenews-critique-cd

 

https://vimeo.com/301819639  

 
 
 

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yakovos pappasENTRETIEN avec Iakovos PAPPAS, Ă  propos de VASTA, Reine de BordĂ©lie, 1773
 Le 23 novembre 2018 paraĂźt le nouvel album d’Almazis : « Vasta, Reine de BordĂ©lie », tragĂ©die Ă©rotico-lyrique d’Alexis Piron. A partir de textes du XVIIIĂš, le chef et claveciniste, dĂ©fricheur impertinent, poursuit un travail souvent percutant / pertinent sur les sources baroques. En associant baroque et Ă©rotisme, Iakavos Pappas renoue avec l’instinct dĂ©fricheur des plus grands « baroqueux », 
 en dĂ©coule un drame d’un nouveau genre, oĂč lĂ  encore, textes et musique, drame et poĂ©tique sont indissolublement liĂ©s. LIRE notre entretien avec IAKOVOS PAPPAS


 
 
 

almazis-vasta-iakovos-pappas-vasta-concert-annonce-critique-classiquenews-582

 
 
 

CD, critique compte-rendu. Clérambault : Fables de La Fontaine. Almazis, Yakovos Pappas (1 cd Maguelone)

clerambault-fables-de-la-fontaineCD, critique compte-rendu. ClĂ©rambault : Fables de La Fontaine. Almazis, Yakovos Pappas (1 cd Maguelone). TRUCULENCE MORALE. On les a quittĂ©s chez Duni, les voici dans les Fables de La Fontaine, rĂ©Ă©crites en une prosodie efficece, dramatique… Musiciens et chanteurs d’Almazis, dirigĂ©s par Yakovos Pappas dĂ©voilent l’intelligence d’un ClĂ©rambault respectueux de la subtilitĂ© de son prĂ©dĂ©cesseur La Fontaine. La collection de perles ici dĂ©fendue sĂ©lectionne au total 16 fables, mis en musique sur des airs Ă  la mode et Ă©ditĂ©es dans un cycle de 8 volumes entre 1730 et 1733 (l’Ă©poque est celle du scandale D’Hippolyte et Aricie de Rameau Ă  l’opĂ©ra)… D’emblĂ©e, c’est la gĂ©nĂ©reuse gouaille Ă©loquente et particuliĂšrement expressive qui s’affirme Ă  l’Ă©coute, rĂ©alisation dĂ©lectable de chaque interprĂšte d’Almazis  qui met le texte en avant, un souci linguistique d’autant plus percutant que l’Ă©criture de ClĂ©rambault saisit par son intelligence prosodique et sa prĂ©cision dramatique ; vivacitĂ© Ă©loquente qui rend grĂące Ă  chaque texte conçu par le librettiste de ClĂ©rambault, – demeurĂ© anonyme ; le geste expressif des interprĂštes a ici tout pour sĂ©duire. Chaque Ă©pisode repose sur un puissant coup de thĂ©Ăątre qui dĂ©voile ce en quoi le sujet animal principal est, soit le dupĂ©, soit le trompeur ; c’est toujours un jeu de dupes dont les identitĂ©s combinĂ©es sont finement dĂ©voilĂ©es en fin d’action. Mais sous le masque animal perce l’idiotie crasse (le “MaĂźtre” de la poule aux oeufs d’or…) ou l’esprit astucieux des hommes (le Coq et le renard). AviditĂ©, vanitĂ© (doublement traitĂ©e), ingratitude, beautĂ© Ă©cervelĂ©e (celle du jeune cerf se mirant dans une onde…)… partout ici la noblesse des sentiments et qualitĂ©s cĂ©lĂ©brĂ©s savent captiver, servi par une parure musicale et linguistique qu’il Ă©tait urgent de rĂ©vĂ©ler.

Yakovos Pappas et Almazis redouble d’Ă©loquence dramatique au service d’un ClĂ©rambault magicien de la litote. …

Fables truculentes et moralisatrices

clerambault-fables-de-la-fontaine-1La verve ciselĂ©e qu’y dĂ©veloppe la fine Ă©quipe rĂ©unie par Yakovos Pappas, chanteurs et instrumentistes, dĂ©passe le prĂ©texte pĂ©dagogique et de sensibilisation qui au dĂ©part du projet artistique a ciblĂ© surtout le jeune public;  l’attention Ă  chaque atmosphĂšre et chaque situation exprimĂ©e par le baryton narrateur, contrastĂ©, dĂ©clamĂ© (Paul-Alexandre Dubois) oĂč le tenor (Christophe Crapez) s’affirme franchement afin que l’auditeur goĂ»te et le jeu llinguistique des poĂšmes fables de La Fontaine, et les ressorts purement dramatiques de chaque situation ; la musique souligne les passages forts ou les effets de surprise de l’action moralisatrice. Dans La formidable Ă©vocation-Ă©popĂ©e de La Tortue (& l’Aigle, sur un air de l’Alcyone de Marais), la soprano Elizabeth Fernandez ajoute un dĂ©lire lyrique qui sait rester proche de l’articulation du texte : l’une des perles les plus brillantes de la collection. Les instrumentistes expriment  sans emphase quant Ă  eux, la fluiditĂ© expressive d’un XVIII Ăšme qui regarde rĂ©trospectivement vers le XVII Ăšme : preuve que du vivant de ClĂ©rambault, les vers de La Fontaine savaient encore sĂ©duire par la justesse de leur inspiration, la concision d’un style chantant d’une exceptionnelle drĂŽlerie mordante et finalement trĂšs compassionnelle pour la gent animale qui y est ainsi raillĂ©e, sous couvert d’humanisation ou d’anthropomorphisme, ou vice versa.

DRAMES EN LITOTE... De fait, aspect remarquable du filon ainsi rĂ©vĂ©lĂ©,le librettiste de ClĂ©rambault toujours anonyme adapte avec un sens inouĂŻ de l’efficacitĂ© prosodique, chaque fable de La Fontaine : science de la synthĂšse, maĂźtrise de contrastes dramatiques, Ă©conomie et pour le dire dun seul mot central: art brillant de la litote – spĂ©cificitĂ© du gĂ©nie français,  l’intelligence des textes captive de part en part: deja remarquĂ©, applaudi Ă  juste titre chez Duni, et dans un spectacle riche en rebond et verve thĂ©Ăątrale, lĂ  aussi d’aprĂšs le fabuliste gĂ©nial, Yakovos Pappas a eu le nez creux en sĂ©lectionnant cette collection de joyaux lyriques et poĂ©tiques;   sa direction met en avant cette science de l’Ă©loquence resserrĂ©e qui affirme la perfection d’une langue fugace, brillante, synthĂ©tique Ă©tonnement vivante ; Ă©coutez par exemple Le rat de ville et le rat des champs : recyclĂ©s / rĂ©Ă©crits, les 7 paragraphes originaux Ă©crits par le poĂšte dĂ©fenseur de Fouquet lors de l’affaire de Vaux, … s’affirme ici en seulement 2 rĂ©cits aussi courts mais d’une verve prĂ©servĂ©e avec un sens du raccourci exceptionnel.
La durĂ©e de chaque fable y gagne prĂ©cision, concentration prenant appui sur la seule force des mots et leur mise en musique d’une rapiditĂ© aussi Ă©loquente qu’efficace;  ce temps raccourci s’expose facilement Ă  l’Ă©coute des jeunes auditeurs sĂ©duits par un Ă  propos percutant. La France a toujours eu le sens des formules et des raccourcis synthĂ©tiques,  – art de la litote donc magnifiquement incarnĂ© ici, – art et expertise permettant d’Ă©crire le moins pour exprimer le plus : compositeur de l’exactitude, ClĂ©rambault, – maĂźtre Ăšs contrastes, a su visiblement s’associer la compĂ©tence d’un versificateur dramaturge d’un exceptionnel talent.

CLIC D'OR macaron 200PIECES POUR CLAVECIN sur un mode animal… A l’appui de cette rĂ©ussite en caractĂ©risation vocale, soulignons aussi le mĂȘme brio caractĂ©risĂ© dans les piĂšces purement instrumentales pour clavecin : d’une belle assurance suggestive, la digitalitĂ© de Yakovos Pappas, claveciniste, rĂ©tablit ce jeu expressif mais ici sans paroles, choisissant par exemple entre autres le caquetage truculent, hoquets Ă  la clĂ©-, de La Poule de Rameau, ou surtout le sublime Vertigo du si dramatique Pancrace Royer dont le seul clavier fait surgir l’opĂ©ra;  on ne pouvait concevoir plus habile et juste association. Vrais tempĂ©rament taillĂ©s pour le thĂ©Ăątre et la caractĂ©risation dĂ©lirante et loufoque mais toujours finement troussĂ©e, Yakovos Pappas et ses partenaires enchantent tout en dĂ©voilant une collection irrĂ©sistible de perles morales Ă  la puissante Ă©vocation dramatique. C’est tout le gĂ©nie d’un ClĂ©rambault dĂ©cidĂ©ment enchanteur et mordant qui s’impose dĂ©sormais Ă  nous. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016

CD, critique compte-rendu. Clérambault : Fables de La Fontaine. Almazis, Yakovos Pappas (1 cd Maguelone MAG 358.406)

Duni, Philidor, … Musiques et Franc-Maconnerie par Almazis

yakovos pappasPARIS. Concerts Ă  la BNF : Duni, Philidor, … musique et Franc-maçonnerie. Jeudi 9 juin 2016, 18h30. Avec l’impertinence/pertinence que nous lui connaissons Ă  prĂ©sent, le plus dĂ©fricheur des clavecinistes baroques, Yakovos Pappas a choisi une collection de joyaux lyriques et dramatiques parmi les fonds oubliĂ©s de la BibliothĂšque nationale de France… La BNF explore ses trĂ©sors musicaux, sĂ©lectionne les partitions mĂ©connues parmi ses archives et les dĂ©voile en concert : ce sont “les inĂ©dits de la BnF”. Car toutes les partitions avant cette premiĂšre passionnantes Ă©taient oubliĂ©es, mĂ©sestimĂ©es, en tout cas jamais Ă©coutĂ©es jusque lĂ  depuis leur composition.

Musique maçonnique ou d’inspiration maçonnique. La musique est au coeur de la maçonnerie dĂšs le XVIIIe siĂšcle, composante centrale des rites avec la “colonne d’harmonie” ; elle est aussi, une discipline propice aux Ă©changes Ă©clairĂ©s de nombreux crĂ©ateurs engagĂ©s dans les loges de rĂ©flexion : favorisant la rĂ©flexion et l’esprit de progrĂšs social, la Franc-maçonnerie encourage l’effort des intellectuels et des philosophes pour construire une nouvelle sociĂ©tĂ© celle des LumiĂšres. On connaĂźt l’engagement du claveciniste et chef d’orchestre Yakovos Pappas pour le rĂ©pertoire français baroque, surtout son intuition hors normes et hors convention, pour dĂ©nicher, explorer les partitions les plus raffinĂ©es et les moins convenues. Les perles de la BnF profitent de son talent dĂ©fricheur : Tous les auteurs ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s sortent de l’ombre dans laquelle les tenait notre indiffĂ©rence, Ă  torts, tant la pertinence/impertinence des textes, l’intelligence de l’Ă©criture musicale justifient amplement cette collection de redĂ©couvertes lyriques et dramatiques, de surcroĂźt servis par une cohorte de jeunes interprĂštes inspirĂ©s prometteurs, dont l’excellent tĂ©nor Martin Candela dont nous suivons les pas et les avancĂ©es chez Opera Fuoco ou dans ce nouveau programme des plus rĂ©jouissants. Yakovos Pappas vient de publier en mars 2016 un superbe cd dĂ©diĂ© aux fables de La Fontaine, travail ciselĂ© sur le verbe français du XVIIĂš, mis en musique au siĂšcle suivant par ClĂ©rambault…

 

 

 

PROGRAMME

Egidio Duni (1709-1775)
Ouverture des Moissonneurs (1768)

Jacques Christophe Naudot (1690?-1762)
Marche des Francs Maçons, Unissons nous mes frÚres

Louis François Lemaire (1676-1749)
Les Francs-Maçons, Cantate nouvelle pour une Basse-Taille (1744)

André-Ernest-Modest Grétry (1741-1813)
Lucille (1769)

François-André Danican Philidor (1726-1795)
Le Bûcheron ou les trois souhaits (1763),
Ernelinde, princesse de NorvĂšge (1767)

François Giroust (1738-1799),
Le DĂ©luge, Rituel funĂšbre

Ensemble Almazis
Stéphanie VARNERIN et Elizabeth FERNANDEZ, sopranos
Martin CANDELLA, ténor
Guillaume DURAND, basse-taille
Vlad CROSMAN, basse
Iakovos PAPPAS, direction et clavecin.

(toutes les piÚces jouées sont inédites et issues des collections de la BnF) :

INFOS, RESERVATIONS
Visitez le site des Inédits de la BnF

CD. André Danican Philidor : Blaise le Savetier, 1759 (Almazis, Pappas, 2013)

philidor-blise-savetier-almazis-pappas-cd-maguelone-300CD. AndrĂ© Danican Philidor : Blaise le Savetier, 1759 (Almazis, Pappas, 2013)… Iakovos Pappas nous dĂ©voile ici l’un des joyaux bruts du comique français Ă  l’Ă©poque oĂč le thĂ©Ăątre de la Foire Saint-Germain Ă©blouit par sa verve dĂ©lirante, sachant prolonger en le transfigurant le modĂšle du buffa italien. CrĂ©Ă© en 1759 sur la scĂšne du thĂ©Ăątre de l’OpĂ©ra Comique de la Foire Saint-Germain, Blaise le Savetier appartient Ă  un cycle particuliĂšrement convaincant oĂč encore au dĂ©but de sa florissante carriĂšre, AndrĂ© Danican Philidor se met au diapason des Italiens, d’autant plus aprĂšs la Querelle des Bouffons (1752). Mais avec cette truculence spĂ©cifique, Ă  la gouaille parisienne, Ă  l’esprit satirique et parodique. Sedaine librettiste de Philidor rĂ©Ă©crit le conte de La Fontaine : au couple de Blaise et Blaisine, l’Ă©crivain acoquine le couple des huissiers, Mr et Mme Pince, venus saisir leurs biens (Blaise prĂ©fĂšre se ruiner au cabaret avec Mathurin que travailler et gagner honnĂȘtement sa vie). Ici s’affrontent les caractĂšres et tempĂ©raments abrupts : l’ignoble Mme Pince, nourrie au fiel de l’avarice et de la convoitise Ă  laquelle rĂ©pond la bonhommie dĂ©braillĂ©e du Savetier, alcoolique et volage que soulage son Ă©pouse bien sage (voire toute aussi paillarde que son Ă©poux si sympathique). Au demeurant, tenants d’une sexualitĂ© qui ne se cache pas, Blaisine (ex Margot) et Blaise s’avouent leur ancienne aventure avec Mr et Mme Pince… Leur sens de la rivalitĂ© et de la surenchĂšre dont se souviendra encore Mozart dans le fameux air du Catalogue de Don Giovanni (air de Leporello Ă  propos des conquĂȘtes de son maĂźtre) inscrit davantage l’opĂ©ra dans la dĂ©mesure satirique la plus audacieuse. Sur le plan musical comme poĂ©tique.

A l’Ă©cole de la satire cynique …

CLIC D'OR macaron 200AndrĂ© Danican Philidor fait paraĂźtre toutes les figures d’une vie domestique au bord de l’implosion : maris et Ă©poux en pĂ©ril, affrontements musclĂ©s, quiproquos cocasses (quand Blaisine ex Margot manipule son ancien amant, Pince), … la force du drame vient du jeu des renversements constants : contre le couples des huissiers pourtant retors, Blaise et Blaisine se montrent autrement plus astucieux, complices dans la malice, solidaires, fins et subtils ou diaboliquement acoquinĂ©s, ils trompent le benĂȘt Mr Pince. Au sommet de ce dĂ©lire bouffe : l’air de Blaise oĂč le baryton chante pour lui-mĂȘme et singe sa femme (en voix de poitrine), duo pour une seule voix, prouesse vocale en caractĂ©risation et aussi, effet comique intense ; le trio qui suit (plage 21) est l’autre apogĂ©e de ce thĂ©Ăątre bouffon (oĂč Philidor singe lui-mĂȘme avec une impertinente pertinence) MontĂ©clair encore : les options musicales collent parfaitement Ă  la situation concernĂ©e. En recyclant une formule de l’opĂ©ra tragique, Philidor affirme l’apogĂ©e du thĂ©Ăątre comique : il lui offre la langue la plus raffinĂ©e qui soit. Et mĂȘme Mozart ensuite, dans Les Noces de Figaro saura distribuer un sublime trio lui aussi dans une scĂšne oĂč il faut cacher celui qui ne devrait pas se trouver lĂ  : acmĂ© dramatique et point d’accomplissement oĂč se rĂ©vĂšle le gĂ©nie des crĂ©ateurs. Beaumarchais connaissait Ă©videmment le thĂ©Ăątre et la farce de Sedaine.

Tenardier avant l’heure, les Pince façon Sedaine sont d’un cynisme repoussant. Sans morale, voraces et jouisseurs, ils prennent, consument, savent se dĂ©lecter avec perversitĂ© : l’air de Pince (plage 17 : l’argent seul fixe le caprice oĂč les spasmes du basson Ă  peine voilĂ©s inaugurent aussi ce rĂ©alisme surrexpressif, ce bon sens cinglant et glaçant, idĂ©alement efficace).


Aussi facĂ©tieux que ses protagonistes, le jeune Philidor rehausse chaque caractĂšre et chaque situation avec une intelligence pĂ©tillante. Le mordant du style sait parodier avec finesse le thĂ©Ăątre tragique et “noble” de MontĂ©clair (JephtĂ©). En moins d’une heure de temps, voici une pochade superbement troussĂ©e, qui Ă©pingle la folie domestique la plus dĂ©jantĂ©e. Le sexe, l’argent : la guerre du quotidien envahissent le thĂ©Ăątre contemporain d’un Baroque qui critique, analyse, frappe par sa conscience de la dĂ©chĂ©ance et du dĂ©senchantement social et sociĂ©tal. La farce offre alors une rĂ©ponse en guise de baume. PassionnĂ© depuis longtemps par le genre comique et ses grivoiseries inventives, musicalement et dramatiquement succulentes, Iakovos Pappas et son ensemble Almazis sont les ambassadeurs les plus fervents de ce thĂ©Ăątre inhumain en quĂȘte d’humanitĂ©. Le claveciniste mĂšne un travail passionnants sur le genre comique dont il dĂ©voile ici avec fougue et Ă©nergie, le fini et l’esprit spĂ©cifiques. Superbe rĂ©vĂ©lation.

André Danican Philidor : Blaise le Savetier, 1759. Caroline Chassany, Blaisine. Elisabeth Fernandez, Mme Pince. Christophe Crapez, Mr Pince. Paul-Alexandre Dubois, Blaise. JérÎme Gueller, un recors. Almazis. Iakovos Pappas, clavecin et direction. Enregistrement live réalisé en août 2013. 1 cd Maguelone MAG 111 196.

Illustrations : Iakovos Pappas (DR)

Approfondir : Iakovos Pappas et Almazis ont Ă  l’Ă©tĂ© 2013 rĂ©vĂ©lĂ© avec la mĂȘme intelligence dĂ©lectable le thĂ©Ăątre dĂ©lirant poĂ©tique de Duni, grand triomphateur du thĂ©Ăątre italien Ă  Paris : lire notre compte rendu des deux chasseurs et la laitiĂšre d’Egidio Duni au festival Musique Ă  la Chabotterie en VendĂ©e

CD. Philidor : Blaise le savetier par Almazis, Iakovos Pappas (1 cd Maguelone)

philidor-blaise-savetier-almazis-pappas-cd-maguelone-300CD. Philidor : Blaise le savetier par Almazis, Iakovos Pappas (1 cd Maguelone). Le chef et claveciniste Iakovos Pappas et son ensemble Almazis abordent un nouveau joyau de l’opĂ©ra comique français baroque : Blaise le Savetier d’AndrĂ© Danican Philidor. Depuis le dĂ©but des annĂ©es 1750, l’heure est aux Italiens mais aussi Ă  l’essor d’actions scĂ©niques cocasses et pittoresques qui Ă©pinglent avec facĂ©tie et esprit satirique les travers et dĂ©fauts de la condition humaine. En un acte, crĂ©Ă© Ă  la Foire Saint-Germain le 9 mars 1759, Blaise le savetier Ă©blouit par son rythme musical, son intelligence dramatique, son essence parodique. InspirĂ© par un conte de La Fontaine, l’opĂ©ra de Philidor exploite l’opposition des deux couples en prĂ©sence : Blaise et son Ă©pouse Blaisine, plutĂŽt modestes, harcelĂ©s par un couple de propriĂ©taires. Le jeu des faveurs, orchestrĂ© par le savetier, finit par renverser le pouvoir des nantis. EnregistrĂ© en septembre 2013 Ă  la Villa Rose de Malakoff, l’Ɠuvre profite d’une captation rĂ©alisĂ©e sur le vif. Sa verve s’appuie sur l’engagement de la troupe rĂ©unie par Iakovos Pappas toujours trĂšs soucieux d’exprimer la saveur mordante des textes du genre comique : un travail sur le verbe, l’énergie des ensemble,  la vitalitĂ© sĂ©ditieuse des situations dramatiques, la poĂ©sie dĂ©lirante des dialogues et des rapports entre les personnages font ici toute la valeur de cette premiĂšre mondiale. Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le mag cd de clasiquenews.com.

Distribution :

Paul-Alexandre Dubois, Blaise

Caroline Chassany, Blaisine

Christophe Crapez, Monsieur Pince

Elizabeth Fernandez, Madame Prince

JĂ©rĂŽme Guiller, premier Recors

Didier Henry, second Recors

Almazis

CĂ©line Martel, Sophie Iwamura, violons

Pierre Charles, violoncelle

Jon Olaberria, haubois

Antoine Pecqueur, basson

Iakovos Pappas, clavecin et direction

Philidor : Blaise le savetier, 1759. 1 cd Maguelone MAG 111196. Parution : 24 avril 2014.

Lire aussi notre compte rendu des opĂ©ras d’aprĂšs La Fontaine de Duni par Almazis Iakovos Pappas, au festival Musiques Ă  la Chabotterie 2013.

Compte rendu, opĂ©ra. Saint-Sulpice le Verdon (VendĂ©e). Festival de la Chabotterie, Cour d’honneur, le 6 aoĂ»t 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la laitiĂšre, 1763. Almazis. Iakovos Pappas, direction

Pappas iakovos pappasQuand Duni revisite La Fontaine, le ton est au dĂ©lire dĂ©bridĂ©, une libertĂ© trĂšs XVIIIĂšme, d’une insolence mordante qui fait tous les dĂ©lices de ce thĂ©Ăątre de tous les possibles. Depuis plusieurs annĂ©es, la Cour d’honneur du Logis de la Chabotterie, sise au coeur du bocage vendĂ©en, accueille de grands concerts baroques, lors de soirĂ©es sous la voĂ»te Ă©toilĂ©e, souvent des comĂ©dies et farces baroques dans le goĂ»t du Grand SiĂšcle, ou plus tardifs vers Rameau…. la plupart avec mise en scĂšne. En 2014, l’idĂ©e de ressusciter deux perles comiques et dĂ©lirantes de l’italien Egidio Duni (1708-1775) se montre excellente : ce soir, Les deux chasseurs et la laitiĂšre d’aprĂšs les fables de La Fontaine (L’Ours et les deux compagnons, La LaitiĂšre et le pot au lait), et demain, Blaise le Savetier…
Les deux chasseurs et la laitiĂšre sont crĂ©Ă©s en 1763, deux aprĂšs que Duni fut nommĂ© directeur de la ComĂ©die Italienne Ă  Paris (1761), fixant de façon spectaculaire et incontestĂ©e le modĂšle de l’opĂ©ra comique si prisĂ© alors par le public français. Il avait peu avant triomphĂ©, en 1757, avec son ouvrage Le peintre amoureux de son modĂšle. Puis, La fille mal gardĂ©e (1758) qui impose davantage sa facĂ©tie irrĂ©sistible comme son intelligence dramatique.

Savante espiĂšglerie

La troupe Almazis menĂ©e par Iakovos Pappas sĂ©duit immĂ©diatement par la cohĂ©rence du geste lyrique, dans l’esprit d’une troupe et des trĂ©teaux de la foire. En petit effectif, soulignant un travail sur l’Ă©loquence du verbe et la sĂ©duction Ă  plusieurs lectures de chaque situation, chef et chanteurs expriment la libertĂ© inouĂŻe d’une action qui ne s’est choisie aucune limite.
Les interprĂštes excellent dans plusieurs tableaux dont l’esprit prend leçon des apports de la Querelle des Bouffons, quand Paris adopte avec Rousseau, la saveur des comĂ©dies italiennes. Duni avec lequel collaborent Anseaume, Mazet et Favart, incarne l’esprit du thĂ©Ăątre le plus fantaisiste mais d’une exigence mĂ©ticuleuse dans l’enchaĂźnement des sĂ©quences et l’architecture globale des ouvrages. Iakovos Pappas l’a bien compris : vif, sanguin, habitĂ©, le geste du chef sait insuffler sur la scĂšne, cette vitalitĂ© singuliĂšre capable de restituer l’intelligence lĂ©gĂšre parfois insolente qui ont fait de Duni, le compositeur italien le plus applaudi Ă  Paris.
Avec lui triomphe la pulsation napolitaine reformatĂ©e dans l’esprit de l’Ă©lĂ©gance parisienne qui aime autant rire du verbe que palpiter au son des mĂ©lodies. Quand Duni s’approprie la verve moralisatrice de La Fontaine, il cultive une irrĂ©vĂ©rence prĂ©cieuse pour le genre thĂ©Ăątral, il en rĂ©invente mĂȘme les ressorts comiques, n’hĂ©sitant pas ainsi pour le spectacle de ce soir Ă  fusionner deux fables connues sĂ©parĂ©ment. Les deux intrigues s’imbriquent avec habiletĂ©, soulignant encore cette facilitĂ© Ă©tonnante qu’a maĂźtrisĂ© le collaborateur de Favart. Le profil expressif de chaque caractĂšre y gagne en mordant et en saveur : la laitiĂšre ne manque ni d’aplomb (excessif qui la fera bientĂŽt trĂ©bucher) ni de savante astuce ; les deux chasseurs manquent singuliĂšrement de courage : poltrons apeurĂ©s, pas gaillards pour un sou. Il s’agit ici de savoir chanter autant que jouer. Le dĂ©fi est de taille car la farce Ă©paisse menace si la finesse et le juste Ă©quilibrage font dĂ©faut. Rien de tel chez les membres de la troupe rĂ©unie par Iakovos Pappas qui dirige et souligne le mordant de chaque saynĂšte, depuis le clavecin. On s’y dĂ©lecte des situations truculentes aux quiproquos astucieux ; on y retrouve une libertĂ© et un ton sachant tirer profit de l’instant qui dĂ©cidĂ©ment s’inscrivent idĂ©alement dans l’Ă©crin architecturale du Logis de la Chabotterie.

Compte rendu, opĂ©ra. Saint-Sulpice le Verdon (VendĂ©e). Festival de la Chabotterie, Cour d’honneur, le 6 aoĂ»t 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la laitiĂšre, 1763 (d’aprĂšs La Fontaine). Almazis. Iakovos Pappas, direction, dramaturgie et mise en scĂšne.

Romain BEYTOUT dans le rĂŽle de Guillo
Elisabeth FERNANDEZ dans le rĂŽle de Perrette
Christophe CRAPEZ dans le rĂŽle de Colas

Ensemble Almazis
CĂ©line MARTEL, Sophie IWAMURA, violons
Nathalie PETIBON, hautbois
Antoine PECQUEUR, basson
Pierre CHARLES, violoncelle
Iakovos PAPPAS, clavecin