CD coffret événement, annonce. JUAN SEBASTIAN ELKANO : 500 ans du premier tour du monde (2 cd ALIA VOX 2018).

elkano juan sebastian ELKANO cd alia vox 2 cd clic de classiquenews critique cd euskal enrike solinis cd critique review cd classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWSCD coffret Ă©vĂ©nement, annonce. JUAN SEBASTIAN ELKANO : 500 ans du premier tour du monde (2 cd ALIA VOX 2018). ELKANO, le GÉNIE BASQUE DES MERS… A Magellan, la gloire de dĂ©couvertes maritimes spectaculaires, repoussant encore et encore la connaissance gĂ©ographique au delĂ  des vastes mers du XVIĂš, Ă  son second en navigation, le prestige du premier tour du monde, circumnavigation complĂšte de la Terre Ă  travers les ocĂ©ans connus pendant 3 annĂ©es, 1519 Ă  1521, soit 3 annĂ©es d’un pĂ©riple entre MĂ©diterranĂ©e et Atlantique, voyage extraordinaire et Ă©prouvant : sur les 240 marins embarquĂ©s pour l’expĂ©dition, seuls 18 hommes revinrent avec le lĂ©gendaire navigateur basque : Juan Sebastian ELKANO (dont parmi les victimes Magellan lui-mĂȘme).

ELKANO, le GÉNIE BASQUE DES MERS…

Les interprĂštes basques de l’ensemble EUSKAL Barrokensemble et leur chef Enrike Solinis offrent d’abord le portrait musical du navigateur basque, puis Ă©voquent toutes les contrĂ©es et donc les cultures rencontrĂ©es durant ce pĂ©riple inimaginable, rĂ©alisĂ© au dĂ©but du XVIĂš siĂšcle.
Opus aprĂšs opus, ALIA VOX et Jordi Savall ne cessent de dĂ©montrer le merveilleux des mondes de la Renaissance au Baroque, des XVĂš au XVIIIĂš siĂšcles : fraternitĂ©s favorisĂ©es d’un monde si vaste qu’il semblerait infini, mais qui n’est qu’un et global ; interdĂ©pendant et d’une diversitĂ© dĂ©sormais prĂ©cieuse. Cette vision humaniste se fait chant collectif, depuis le premier air basque (traditionnel attestĂ© du vivant d’ELKANO) aux liturgies, villancicos jusqu’en PolynĂ©sie et aux Moluques, sans omettre la culture musulmane, autant de sĂ©quences qui jalonent cette fabuleuse traversĂ©e au delĂ  des mers. Au final c’est un magnifique livre des merveilles qui se dĂ©ploie Ă  l’écoute, aux confins des imaginaires, dans la richesse des civilisations du XVIĂš, celui de Charles Quint : ainsi sont Ă©voquĂ©s tour Ă  tour Ă  travers les 2 cd, chants basques, de MacĂ©doine, liturgie Navarraise, airs français, autant de mĂ©tissages qui se dĂ©finissent dans leurs simultanĂ©itĂ©s harmonisĂ©es, quelles soient juives, chrĂ©tiennes, musulmanes

CLIC D'OR macaron 200Ici Jordi Savall confie Ă  un autre collectif que le sien, le soin d’éclairer le vaste pĂ©riple de Juan Sebastian ELKANO. Les familiers d’Hesperion XXI n’en seront pas pour autant dĂ©paysĂ©s ; ils y retrouvent ce geste habitĂ©, fraternel de chaque soliste ; ils s’y dĂ©lectent d’une complicitĂ© dĂ©sormais emblĂ©matique, fruit des sensibilitĂ©s rĂ©unies dans un partage rĂ©alisĂ©. AgrĂ©mentĂ© de rĂ©cits, de citations multiples faisant rĂ©fĂ©rence aux sources de cette fabuleuses Ă©vocation (dont le testament d’Elkano, rĂ©digĂ© au terme de sa derniĂšre expĂ©dition aux Moluques), le programme s’écoute tel une odyssĂ©e fabuleuse qui restitue les mondes du dĂ©but du XVIĂš : plus qu’une Ă©vocation musicale et chantĂ©e, le coffret est surtout le tĂ©moignage d’une Ă©popĂ©e unique Ă  ce jour, qui reliant les extrĂȘmes connus, de la MĂ©diterranĂ©e “maternelle et primitive” Ă  l’Atlantique – vaste contrĂ©e inconnue et ouverte Ă  explorer-, restitue cette quĂȘte d’un monde unique, singulier, multiple oĂč tous les hommes ont leur place. Passionnant. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS le 16 sept 2019. CLIC de classiquenews, de septembre 2019.

CD coffret événement, annonce. JUAN SEBASTIAN ELKANO : 500 ans du premier tour du monde (2 cd ALIA VOX 2018).

CD, coffret Ă©vĂ©nement. MOZART : les 3 derniĂšres Symphonies (39, 40, 41 “Jupiter”) / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox)

MOZART-testament-symphonique-symphonies-39-40-41-jordi-savall-alia-vox-cd-critique-3-cd-alia-vox-les-nations-classiquenews-cd-critique-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement. MOZART : les 3 derniĂšres Symphonies (39, 40, 41 “Jupiter”) / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox). En 1788, Mozart ĂągĂ© de 32 ans est dĂ©jĂ  Ă  la fin de sa trop courte existence : il meurt 3 ans plus tard. Les 3 derniĂšres Symphonies n°39, 40 et 41 « Jupiter » sont Ă©laborĂ©es en 6 semaines, de juin Ă  aoĂ»t 1788, 3 sommets absolus, en plĂ©nitude orchestrale, justes, profonds, d’une sincĂ©ritĂ© et d’un Ă©lan intĂ©rieur, irrĂ©sistibles. Mi bĂ©mol, sol mineur, do majeur
 le parcours des tonalitĂ©s n’en finissent pas de fasciner car il y a bien unitĂ© et cohĂ©rence organique de l’une Ă  l’autre, ce que tend Ă  exprimer et argumenter Jordi Savall qui parle mĂȘme de « Testament symphonique ». La vision est d’autant plus lĂ©gitime que ce portique inouĂŻ, totalement visionnaire sur le plan de l’histoire musicale et du genre symphonique, n’obĂ©it pas Ă  une commande mais prolonge un besoin impĂ©rieux, viscĂ©ral de la part d’un crĂ©ateur mĂ©sestimĂ©, Ă©cartĂ© mĂȘme du milieu officiel et politique, qui de surcroĂźt est aux abois : la ruine financiĂšre et les dettes de Wolfgang l’obligent Ă  quĂ©mander auprĂšs de tous ses proches, dont ses « frĂšres » franc-maçons, une piĂšce ou un billet (florins ou ducats) pour survivre (cf lettre Ă  Michael Puchberg, comme lui membre de la loge Zur Wahrheit / A la vĂ©ritĂ©). Franc maçon depuis 1784 (comme Haydn), Mozart plonge Ă  Vienne de la pauvretĂ© Ă  la misĂšre fin 1787. La souffrance, la mort, la vanitĂ© de toute chose
. sont des sentiments dĂ©sormais explicites dans l’écriture. D’oĂč l’urgence qui s’en dĂ©gage ; le dĂ©sarroi et l’espĂ©rance aussi qui innervent tout le retable orchestral.
savall-jordi-nuit-des-rois-versaillesSavall rĂ©tablit la place des Ă©vĂ©nements, le contexte d’une existence humaine dĂ©primĂ©e et affligeante en vĂ©ritĂ©, alors que l’acuitĂ© artistique du compositeur, la vitalitĂ© et les trouvailles de son gĂ©nie musical, atteignent des sommets d’audaces comme d’accomplissements inĂ©dits. TrĂšs juste et pertinent, le chef catalan ajoute la fameuse marche funĂšbre – Maurerische Trauermusik K 477 de 1785, rĂ©alisĂ© pour les funĂ©railles de deux frĂšres de la loge : le lugubre bouleversant qui s’en dĂ©gage exprime au plus prĂšs, la conscience d’un Mozart touchĂ© par le sentiment de sa propre fragilitĂ© comme de sa mort. Puis deux ans aprĂšs au printemps 1787 surviendra sa sĂ©paration avec la soprano Nancy Storace (sa Suzanne des Nozze), rupture elle aussi trĂšs douloureuse. La mort inspire constamment son Ɠuvre (d’autant plus avec la mort du pĂšre, Leopold survenue en mai 1787), sublimĂ©e prĂ©sente dans son nouvel opĂ©ra Don Giovanni (crĂ©Ă© en oct 1787).
Jordi Savall rappelle le masque et la prĂ©sence de la mort comme Ă©quation permanente dans la rĂ©solution des 3 symphonies : endettĂ©, Mozart implore la gĂ©nĂ©rositĂ© de moins en moins franche de ses frĂšres dont le mĂȘme Pucheberg (qui rĂ©duit considĂ©rablement ses dons Ă  son ami) ; seul Swieten se montrera plus constant et d’un soutien indĂ©fectibe.
MalgrĂ© cette indigence injuste, le gĂ©nie mozartien, foudroyĂ©, produit ses plus grands chefs d’Ɠuvres symphoniques. Et pour mieux souligner encore leur continuitĂ© naturelle, la Symphonie en sol mineur (n°40), centrale, est prĂ©sente sur les 2 cd ; passage continue depuis la mi bĂ©mol n°39 sur le cd1 ; volet prĂ©alable nĂ©cessaire Ă  la Do majeur n°41 « Jupiter », sur le cd2 ; de facto, l’écoute en continu laisse se manifester l’absolue relation et la complĂ©mentaritĂ© des 3 cimes symphoniques, faisant ainsi sens en leur flux ininterrompu.

Savall se joue des timbres d’époque dans chaque partition, soulignant souvent la rĂ©sonance et la rĂ©verbĂ©ration pour mieux accentuer l’effet de solennitĂ© grave, d’ampleur souterraine liĂ©e au sentiment tragique. D’autant que surgissant d’une nĂ©cessitĂ© et d’un ordre intĂ©rieur et personnel impĂ©rieux, les 3 Symphonies ne furent probablement jamais crĂ©Ă©es et jouĂ©es du vivant de Wolfgang. En tout cas, pas dans leur continuitĂ© organique ainsi rĂ©tablie.

 

 

Testament symphonique de Mozart
et déjà romantique


 

 

MOZART wolfgang vienne 1780 1790 classiquenews 1138381-portrait-wolfgang-amadeus-mozartDĂšs la couleur particuliĂšre de la 39 (la clarinette placĂ©e au centre de l’échiquier instrumental y joue des contrastes et aussi de la riche texture orchestrale), Savall souligne les accents d’une partition entre ombre et lumiĂšre, panique et sĂ©rĂ©nitĂ©. De la mĂȘme façon, le chef saisit et amplifie les harmonies inquiĂštes qui occupent le cƓur de l’Andante con moto. Et Haydn est bien prĂ©sent dans le raffinement Ă©blouissant du Finale. AchevĂ©e en juillet 1788, la 40 est tout aussi lumineuse et solaire mais aussi emprunte d’un sfumato Ă©motionnel qui est liĂ© Ă  l’utilisation du sol mineur, le mode doloriste (celui de Pamina dans La FlĂ»te). L’allegro initial est de loin la crĂ©ation la plus puissante et exaltante de Mozart, un mouvement dont Savall exprime l’agitation quasi syncopĂ©e, l’exaltation des sens et une ivresse Ă©perdue, presque panique et pourtant dĂ©jĂ  romantique, totalement magicienne
 MĂȘme naturel Ă©vident dans la Sicilienne qui est le mouvement lent (Andante) ; avant le surgissement d’une angoisse indicible dans le Finale qui affirme la haute conscience de la mort. Mozart s’y livre avec une acuitĂ© irrĂ©sistible que Savall sculpte dans la masse, en une danse ivre, exaltĂ©e, Ă©perdue, comme d’un dernier souffle chorĂ©graphique, l’ultime dĂ©sir intime contre la tempĂȘte adverse : il n’est pas un mouvement orchestral de tout le XVIIIĂš qui affirme clairement son esprit dĂ©jĂ  romantique. Quel saisissant contraste avec la musique funĂšbre enchaĂźnĂ©e oĂč la rĂ©verbation noble du lieu d’enregistrement amplifie la grandeur lugubre, portĂ©e par les bois. Mozart va trĂšs loin dans cette exploration personnelle de la mort.

Mozart_1780Symphonie 41 « Jupiter » : à notre avis elle aurait mĂ©ritĂ© plutĂŽt le surnom d’Apollon ; certes il y a du militaire dans la remise en ordre du premier mouvement, superbe proclamation des forces de l’esprit sur tout ferment instable ; l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© se fait volontĂ© et autodĂ©termination, d’autant plus impĂ©riale et « pacificatrice » aprĂšs le tumulte intranquille de la 40Ăš, ocĂ©an de sensations jaillissantes, exaltĂ©es. Mozart affirme ici le calme tranquille et l’équilibre des forces maĂźtrisĂ©es en une Ă©criture d’un lumineuse finesse. Ce dĂ©but proclame une rage dĂ©terminĂ©e prĂ©beethovĂ©nienne, dans son Ă©lan, et aussi son orchestration : le sommet de l’expĂ©rience orchestrale contenue dans le triptyque. Savall grĂące Ă  une attention aux dĂ©tails fait briller les nuances de cet Ă©clat spĂ©cifique, saisi dans sa puissance comme dans ses reflets les plus infimes. On reste saisi par la hauteur du regard de l’interprĂšte, comme de la pensĂ©e mozartienne : qu’aurait Ă©crit le compositeur s’il n’était pas mort en 1791, dĂ©passant le siĂšcle et s’affirmant mĂȘme tel un Haydn, encore prodigieusement actif Ă  l’aube romantique ? Tout Mozart, le plus volontaire, le plus humain, le plus dĂ©chirant se trouve ici condensĂ© dans ce lever de rideau ouvertement positif.
La caresse du chef, pleine de renoncement et de nostalgie dans l’Andante, n’oublie pas les arĂȘtes vives, la tranche des contrastes aux cordes nettes et nerveuses, presque acĂ©rĂ©e. La forte rĂ©verbĂ©ration accuse encore l’ampleur lugubre du morceau dont la lumiĂšre chatoyante se rapproche des dĂ©plorations maçonniques

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsLe Menuetto est rĂ©glĂ© comme une mĂ©canique pleine de rebond Ă©lastique oĂč rutilent les couleurs des bois. Savall y distille un Ă©lan rond et Ă©nergique, lĂ  encore dĂ©jĂ  beethovĂ©nien.
Mais le morceau de bravoure se dĂ©ploie Ă  la fin. Rien ne peut rĂ©sister Ă  l’affirmation olympienne, triomphante et conquĂ©rante du Finale, de fait « JupitĂ©rien », dont Savall sait distiller (cordes) une couleur trĂšs fine qui ajoute Ă  la trĂ©pidation nerveuse de l’architecture. FlĂ»tes, hautbois, bassons dansent tandis que les cordes assĂšnent leur miraculeuse volontĂ© Ă©prise d’ordre et de grandeur, d’élĂ©vation et de jubilation. Aux bois aĂ©riens, abstraits, Savall fait rĂ©pondre les cordes engagĂ©es, mordantes, presque rageuses, d’une superbe autoritĂ© ryhtmique, creusant le sillon d’une volontĂ© dĂ©sormais invincible. Aucun doute, dans cette proclamation jubilatoire s’inscrit lĂ  encore, le premier Beethoven. Transparence, clartĂ©, nervositĂ©, articulation et souffle prĂ©romantique : le voici ce Mozart visionnaire, poĂšte et moderne. Magistral.

L’élĂ©vation de l’inspiration, la poĂ©sie qui s’en dĂ©gage et qui confine Ă  l’abstraction (mais il serait erronĂ© d’en Ă©carter tout  ancrage dans l’expĂ©rience humaine) impose aujourd’hui le triptyque comme un sommet de l’écriture symphonique dont l’ampleur de la vision, l’expĂ©rience intime qui y est concentrĂ©e, impressionnent. Mozart est dĂ©jĂ  un romantique car sa musique est fondĂ© sur la vĂ©ritĂ© du cƓur. Et Berlioz se trompait en fustigeant ce dernier sommet mozartien par son « absence de but » liĂ© Ă  « trop de procĂ©dĂ©s techniques ». De toute Ă©vidence, le premier romantique français n’avait pas compris la modernitĂ© singuliĂšre de la symphonie mozartienne. Beethoven prendra la relĂšve 11 annĂ©es plus tard en 1799 dans sa Symphonie n°1 (Ă  29 ans et encore trĂšs mozartien de facture).
CLIC D'OR macaron 200Aujourd’hui, grĂące Ă  Savall, c’est a contrario la vĂ©ritĂ© et l’étonnante sincĂ©ritĂ© de Mozart qui nous touche tant, car chez lui, le procĂ©dĂ© n’est jamais dĂ©veloppĂ© pour lui-mĂȘme, s’il ne sert pas d’abord une intention Ă©motionnelle. Coffret de 3 cd Ă©vĂ©nement, Ă©videmment CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2019. A consommer sur la plage et pendant vos vacances estivales, sans modĂ©ration.

 

 

 

 

 

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CD critique, coffret événement. MOZART : les 3 derniÚres Symphonies / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox)

Approfondir

LIRE aussi notre dossier critique complet sur les 3 derniĂšres symphonies de MOZART, “oratorio instrumental” par Nikolaus Harnoncourt (dĂ©cembre 2012, Concentus Musicus Wien) / CLIC de CLASSIQUENEWS

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalParues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, les plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La ClĂ©mence de Titus, La FlĂ»te enchantĂ©e
), suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste

LIRE aussi notre entretien avec MATHIEU HERZOG, directeur musical de l’Orchestre Appassionato, Ă  propos des 3 derniĂšres Symphonies de MOZART:

http://www.classiquenews.com/entretien-avec-mathieu-herzog-fondateur-et-directeur-musical-de-lorchestre-appassionato-les-3-dernieres-symphonies-de-mozart/

CD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41. Les Nations. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX, 2017 – 2018)

MOZART-testament-symphonique-symphonies-39-40-41-jordi-savall-alia-vox-cd-critique-3-cd-alia-vox-les-nations-classiquenews-cd-critique-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41. Les Nations. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX, 2017 – 2018). MOZART MON FRERE. L’équation que reprĂ©sente les 3 ultimes symphonies de Mozart s’apparente Ă  un rĂ©bus musical que les plus grands chefs abordent avec un sĂ©rieux et une humilitĂ©, une profondeur et une « sagesse » quasi philosophique. D’aucun en sont particuliĂšrement Ă©mus et mĂȘme saisis, d’autant plus qu’ils sont eux aussi au sommet de leur carriĂšre comme de leur expĂ©rience humaine. Mozart permet cela : exprimer le caractĂšre le plus noble de l’ñme humaine, dans sa dĂ©tresse, sa grandeur, ses souffrances. Une rencontre que les interprĂštes les mieux inspirĂ©s savent mesurer et ciseler. En dĂ©tails comme en profondeur.

Ainsi le dernier Harnoncourt qui en faisait un « oratorio instrumental » d’une portĂ©e bouleversante pour tous ceux Ă©pris d’humanitĂ© ; le cas rĂ©cent du jeune maestro Mathieu Herzog, chambriste inspirĂ©, est plus rare, rĂ©vĂ©lant une prodigieuse maturitĂ© sur le sujet. Le cas de Jordi Savall ici au travail en 2017 et 2018 s’inscrit dans une lignĂ©e plutĂŽt convaincante, elle aussi sur instruments anciens ; aucun doute, la rĂ©volution instrumentale actuelle concerne bel et bien les orchestres dont les timbres revivifiĂ©s selon le format sonore d’époque et l’intensitĂ© expressive proche de l’original rĂ©vĂšlent de nouvelles avancĂ©es artistiques profitables
 qui supplantent dans bien des cas, l’épaisseur tonitruante et spectaculaire des orchestres modernes.

Dans un format intimiste proche de l’humain, l’orchestre les Nations de Savall dĂ©ploie de solides arguments : Ă©quilibre des pupitres, clartĂ© structurelle, surtout dans un scintillement millimĂ©trĂ© des timbres trĂšs caractĂ©risĂ©s, Ă©tonnante expressivitĂ© qui balance entre profondeur voire gravitĂ© et ivresse joyeuse
 voire jubilation gĂ©nĂ©reuse. Le tact et le style du chef catalan prennent naturellement leur essor sur le sujet conçu par un Mozart qui en 1788 Ă  Vienne connait dĂ©sespoir, dĂ©pression malgrĂ© une clairvoyance humaine exceptionnelle. Sa sincĂ©ritĂ© qui nous parle de fraternitĂ© et d’espoir déçus mais vivaces bouleverse et l’on est convaincu de la prodigieuse intelligence qui unifie les 3 symphonies en un retable symphonique parmi les plus modernes du XVIIIĂš – l’équivalent de ce qu’a rĂ©alisĂ© Rameau en France au dĂ©but des annĂ©es 1760 : une rĂ©volution du langage musical, un goĂ»t pour les timbres instrumentaux oĂč percent Ă©videmment chez Mozart, les sons maçonniques (le compositeur rĂ©servant Ă  la clarinette un solo anthologique dans le volet central, la Symphonie n°40 en sol mineur (la plus personnelle).

Symphonies 39, 40 et 41 « Jupiter » de Mozart
Jordi Savall Ă©claire l’humanitĂ© fraternelle
d’un Mozart, fils des Lumiùres

Mozart sur France MusiqueEn effet, on distingue la grande ouverture qui ouvre la 39, Ă©lĂ©ment premier absent des deux suivantes ; l’absence d’un rĂ©el mouvement de dĂ©but dans la 40, ce qui la place d’emblĂ©e comme un mouvement central ; enfin la fugue derniĂšre de la 41, dont la dimension, le souffle, l’ambition dans la joie et la noblesse lui donnent avec raison, selon le mot de l’impresario et violoniste Johann Peter Salomon Ă  Londres, son titre postmozartien de « Jupiter ». Les 3 opus s’inscrivent ainsi dans cette unitĂ© qui les rend complĂ©mentaires.
Jordi Savall dans un texte fondamental Ă  notre avis (livret du prĂ©sent triple coffret), prĂ©cise les enjeux humains des 3 partitions : tout ce qui prend racine ici dans la vie misĂ©rable et dĂ©chirante de Wolfgang alors en galĂšre Ă  Vienne. EcartĂ© de toute commande officielle d’importance, (- le futur Empereur Habsbourg Leopold II ne l’apprĂ©ciera guĂšre et c’est un doux euphĂ©misme), victime de l’humeur volatile, glissante des Viennois sur son Ă©criture et son style (Ă  la diffĂ©rence des Praguois qui l’adulent), sans ressources dignes, surtout endettĂ© jusqu’à la moelle, Wolfgang Ă  l’étĂ© 1788 (32 ans) atteint les gouffres de l’existence terrestre alors qu’il est au sommet de son expĂ©rience artistique.
mozart1790Comme le dit trĂšs justement Jordi Savall, Mozart est un artiste crĂ©ateur libre, indĂ©pendant, douĂ© d’une conscience hors normes : il a dĂ©montrĂ© son idĂ©al de libertĂ© dans L’EnlĂšvement au sĂ©rail ; d’égalitĂ© dans Les Noces de Figaro d’aprĂšs Beaumarchais ; de fraternitĂ© bientĂŽt, dans La FlĂ»te enchantĂ©e. Ce pur esprit des LumiĂšres, comme le sera Beethoven au dĂ©but du siĂšcle suivant et lui aussi Ă  Vienne, affirme une profondeur qui est gravitĂ© et espoir. La lecture de Jordi Savall Ă©claire la vĂ©ritĂ© et la grande sincĂ©ritĂ© des partitions, rĂ©ussissant sur le plan formel un modĂšle de symphonisme classique
. dĂ©jĂ  romantique.
CLIC D'OR macaron 200C’est donc une lecture fondamentale et magistrale qui rĂ©volutionne de facto notre connaissance des Symphonies derniĂšres de Mozart. Le « testament symphonique » de Wolfgang est rĂ©vĂ©lĂ©. La vision est aussi Ă©blouissante que celles antĂ©rieures et relativement rĂ©centes de Nikolaus Harnoncourt et de Mathieu Herzog. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com / Coffret Ă©lu “CLIC de CLASSIQUENEWS” de l’Ă©tĂ© 2019.

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LIRE notre critique du cd Symphonies n°39, 40 et 41 de MOZART par l’orchestre Appassionato et Mathieu Herzog:
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-mozart-symphonies-n39-40-et-41-jupiter-appassionato-mathieu-herzog-direction-1-cd-naive/

LIRE notre critique des Symphonies 39, 40, 41 de Mozart / «  Instrumental Oratorium «  par Nikolaus Harnoncourt (déc 2012 2 cd Sony classical)
http://www.classiquenews.com/cd-mozart-3-dernieres-symphonies-n3940-41-nikolaus-harnoncourt-concentus-musicus-wien-decembre-2012-2-cd-sony-classical/

CD, événement, ANNONCE. JS BACH : Markus Passion BWV 247 (1744) : Capella Reial Catalunya, Concert des Nations, Jordi Savall (2 cd Alia Vox, mars 2018).

JS-BACH-markus-passion-cd-alia-vox-jordi-savall-critique-cd-critique-review-opera-concert-musique-classique-news-actualites-infos-opera-classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement, ANNONCE. JS BACH : Markus Passion BWV 247 (1744) : Capella Reial Catalunya, Concert des Nations, Jordi Savall (2 cd Alia Vox, mars 2018). Aux cĂŽtĂ©s des sommets musicaux que sont les plus connues Passion selon Saint-Mathieu et surtout, celle plus dense, resserrĂ©e, contrastĂ©e, selon Saint-Jean, Jordi Savall et ses troupes s’intĂ©ressent ici Ă  la troisiĂšme Passion de Bach basĂ©e sur l’évangile de Saint-Marc. JS Bach l’a bien prĂ©sentĂ©, pour le Vendredi Saint de 1731, sur un texte de Picander, que celui-ci Ă©dite une annĂ©e plus tard en mĂȘme temps que le troisiĂšme tome de ses poĂ©sies. En 2009, une version plus tardive du livret utilisĂ© pour une nouvelle exĂ©cution de l’Ɠuvre en 1744, est dĂ©couverte Ă  Saint-PĂ©tersbourg. Par rapport au livret de 1732, elle comporte certaines modifications des textes, ainsi que des emplacements diffĂ©rents des chorals et des airs, et aussi l’ajout de deux nouveaux airs.

 
 
 

NOUVELLE RECONSTITUTION
DE LA PASSION SELON SAINT-MARC

 
 
 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianCette version offre un Ă©clairage plus complet de la troisiĂšme Passion de Bach. Mais la musique que composa Bach demeure introuvable
 pas de partition autographe, ni de copie, pas de partie sĂ©parĂ©e 
 il serait donc raisonnable de penser que le compositeur, comme il le fit souvent, a rĂ©utilisĂ© du matĂ©riel musical prĂ©cĂ©dent pour cette nouvelle Passion, selon le principe du « pasticcio », ou parodie. Le gĂ©nie de Bach est d’assembler d’anciennes partitions, tout en prĂ©servant la grande cohĂ©sion Ă  la fois musicale et spirituelle de l’ensemble ainsi rebĂąti.

Dans cette nouvelle approche de la Passion, Jordi Savall dĂ©voile les sources qui lui ont permis de reconstituer l’architecture musical et le contenu poĂ©tique du cycle selon Saint-Marc.
D’aprĂšs le Dr. Alfred DĂŒrr, Bach rĂ©utilise ainsi une bonne partie des ChƓurs et des Airs de son Trauerode (Ode FunĂšbre) BWV 198, donnĂ©e Ă  Leipzig le 17 octobre 1727, en hommage funĂšbre Ă  la princesse Christiane Eberhardine, Reine de Pologne et Princesse de Saxe; Laß FĂŒrstin, laß noch einen Strahl (Laisse, princesse, laisse encore un rayon ) se transformant en Geh, Jesu, geh zu deiner Pein (Va, JĂ©sus, va Ă  ton supplice !).
Savall Ă©carte tout matĂ©riel Ă©tranger Ă  Bach (dont chƓurs de foule /turbae, et rĂ©citatifs de la Passion selon saint Marc de son contemporain et collaborateur  Reinhard Keiser : 1674-1739).

RĂ©alisant une rĂ©vision globale pour unifier les parties diverses choisies pour la reconstruction, Jordi Savall suit Ă  la lettre le texte de la version de 1744, – commentaires des chapitres 14 et 15 de l’évangile de Marc, depuis l’onction Ă  BĂ©thanie jusqu’à l’ensevelissement-. Pour respecter la progression du livret de Picander, le chef catalan rĂ©unit ainsi plusieurs groupes de musiques antĂ©rieures, toutes signĂ©es JS Bach : l’Ode funĂšbre, la Passion selon Saint Matthieu, diffĂ©rentes versions de la Passion selon Saint Jean et de certaines cantates
 Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 
 
 
 
 
 

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CLIC_macaron_2014CD, Ă©vĂ©nement, ANNONCE. JS BACH : Markus Passion BWV 247 (1744) : Capella Reial Catalunya, Concert des Nations, Jordi Savall (2 cd Alia Vox, mars 2018 – AVSA9931). CLIC de CLASSIQUENEWS

 
 
 
 
 
 

CD critique. LES ROUTES DE L’ESCLAVAGE – JORDI SAVALL : 2 cd Livre + 1 dvd ALIA VOX 2015

routes-de-l-esclavage-jordi-savall-concert-dvd-cd-critique-classiquenews-grand-format-530LES ROUTES DE L’ESCLAVAGE – JORDI SAVALL : 2 cd Livre + 1 dvd ALIA VOX 2015. Durant plus de 4 siĂšcles, entre 1492 (et bien avant en vĂ©ritĂ©) et 1888 (date de l’abolition de l’esclavage au BrĂ©sil), plus de 25 millions d’Africains ont Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s par les colons europĂ©ennes, rĂ©duits en esclavage. Le programme de livre disque offre la parole et la mĂ©moire aux descendants des victimes en esclavage au BrĂ©sil, au Mali, Ă  Madagascar, en Colombie, au Mexique, en Bolivie. Ainsi se prĂ©cise l’horreur d’un commerce et d’une exploitation Ă©dictĂ©s en systĂšme de sociĂ©tĂ© qui est le fruit d’une entente triangulaire (Europe, Afrique, Nouveau Monde). Musicien dĂ©fricheur, engagĂ© et humaniste, Jordi Savall en dĂ©duit ce concert hommage qui met en lumiĂšre les interactions culturelles nĂ©es de la barbarie humaine. Pour conjurer leur souffrance, souvent la musique a Ă©tĂ© pour les esclaves africains, une source de rĂ©confort voire de rĂ©sistance. Le concert a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© et crĂ©Ă© Ă  Saint-Denis en 2015, puis enregistrĂ© et filmĂ© lors du 10Ăš Festival de Musique et Histoire pour un Dialogue Interculturel Ă  l’Abbaye de Fontfroide, Narbonne.
Les textes et les sĂ©quences musicales dans leur variĂ©tĂ© et leur style attestent d’une affirmation viscĂ©rale, salutaire en dĂ©pit de l’horreur vĂ©cue par des millions de femmes, hommes, et enfants ainsi asservis. La parole des griots dialogue avec l’espoir ou la douceur ensanglantĂ©e des Villancicos de negros, mestisos, 
 negrillas, gugurumbĂ©s
 L’improvisation lĂ  encore qui s’appuie sur une solide transmission des pratiques traditionnelles Ă  travers les siĂšcles, rend vivants de nombreux tableaux souvent tragiques, que la flamboyante musique et les chants incarnĂ©s colorent d’un souffle Ă  la fois Ă©vocatoire et enivrant.
Le concert suit la chronologie d’une longue et progressive exploitation, organisĂ©e Ă  l’échelle mondiale, oĂč pour rĂ©pondre au besoin en main d’Ɠuvre, les esclaves dĂ©portĂ©s arrivent en Algarve (1444), dans les colonies anglaises (1620), Ă  la Barbade (rĂ©cit de 1657), Louis XIV affirmant dĂ©sormais son « code noir » – bible des sanctions Ă  infliger aux rĂ©calcitrants-, depuis 1685, en application jusqu’en 1848. Le CD2 commence d’ailleurs dans cette Ă©vocation qui entame l’éclat du Roi Soleil. Perle de rĂ©sistance et d’autodĂ©termination admirable, le rĂ©cit de 1782, qui est la requĂȘte de Belinda, esclave, devant le CongrĂšs du Massachussets ! un geste en prĂ©ambule Ă  l’abolition de 1848, et plus rĂ©cemment encore, le « Pouquoi nous ne pouvons plus attendre » de Martin Luther King en 1963


CLIC D'OR macaron 200Les musiques et les chants, les textes et les rĂ©cits se succĂšdent ainsi, d’une bouleversante poĂ©sie, incarnĂ©s magnifiquement par les instrumentistes habituels de La Capella Reial de Catalunya et d’HespĂšrion XXI, ainsi que par la prĂ©sence des interprĂštes invitĂ©s dont les excellents artistes du Mali (interprĂštes inouĂŻs des chants de tradition griotte). Le choix des timbres associĂ©s, la magie allusive des percussions, la sincĂ©ritĂ© des chants façonnent un rĂ©quisitoire et un hommage d’une humanitĂ© irrĂ©sistible. En bonus, l’éditeur, outre un excellent livret trĂšs documentĂ© (comme tous les titres de la collection « Raices & Memoria, ici le vol. XXIV) ajoute le dvd qui est la captation de ce concert mĂ©morable Ă  Fontfroide, le 19 juillet 2015.

 

 

 

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routes-de-l-esclavage-cd-livre-dvd-jordi-savall-fontfroide-critique-compte-rendu-concert-review-cd-classiquenews-ob_bd8c8c_pochette-reCD, livre-cd, Ă©vĂ©nement. LES ROUTES DE L’ESCLAVAGE – JORDI SAVALL / 2 cd Livre ALIA VOX - Live 2015 + DVD : 2h07mn – Avec La Capella Reial de Catalunya, HespĂ©rion XXI, Bakary Sangare, Maria Juliana Linhares, Tembembe Ensamble Continuo, KassĂ© Mady Diabate, ensemble 3M (BallakĂ© Sissoko, Driss el Maloumi et Rajery), Mamani Keita, Nana KouyatĂ©, Tanti KouyatĂ© … CLIC de CLASSIQUENEWS

 

CD, critique. IBN BATTUTA, le voyageur de l’Islam : 1304 – 1377 (2 cd Alia Vox, Jordi Savall).

IBN BATTUTA voyageur de l islam jordi savall critique cd classiquenews AVSA9930 Ibn Battura critique cd review classiquenewsCD, critique. IBN BATTUTA, le voyageur de l’Islam : 1304 – 1377 (2 cd Alia Vox, Jordi Savall). Voici la somme littĂ©raire et musicale, voire philosophique qui a occupĂ©, esprit et pratique instrumentale, Jordi Savall en 2014 puis 2016 – puisque l’enregistrement de ce nouveau double cd, a Ă©tĂ© enregistrĂ© en deux Ă©tapes. A nouveau, le chef catalan Ɠuvre pour l’expĂ©rience fraternelle, ressuscitant musique et texte qui dans l’histoire passĂ©e, attestent de rapprochements bĂ©nĂ©fiques. Il y est question d’un voyage historique au XIVĂš siĂšcle, dont les valeurs, – atemporelles-, valent Ă©clairage pour notre temps ; oĂč Ă  travers les lieux et les rencontres Ă©voquĂ©es s’intensifient et s’enrichissent les valeurs humaines, surtout humanistes et fraternelles, celles qui inspirent depuis ses dĂ©but, le chef et gambiste catalan Jordi Savall.

 

 

 

La Rihla de Battuta,
aux sources des métissages et des rencontres heureuses

 

 

 

Sur les traces du prophĂšte Mahomet qui exhortait ses fidĂšles au mouvement, aux voyages « à la recherche du savoir et de la connaissance 
 jusqu’au confins de la Chine». Ainsi s’inscrit la « Rihla », comme genre littĂ©raire, Ă  la fois rĂ©cit et tĂ©moignage, carnet de voyage, expĂ©rience humaine et fraternelle rĂ©alisĂ©e aux limites du monde connu d’alors (dĂšs le XIIĂš siĂšcle)
 Le voyage d’IBN BATTUTA est prĂ©cĂ©dĂ© par celui de Ibn Jubayr (1145-1217), le premier grand voyageur arabe originaire de Xativa (Valencia).
Jordi Savall s’intĂ©resse ici aux mondes et rencontres rapportĂ©s par IBN BATTUTA dont le rĂ©cit de voyage (rihla) a Ă©tĂ© traduit, commentĂ©, dĂ©cryptĂ©, publiĂ© par l’historienne Margarida Castells et le poĂšte et arabiste Manuel Forcano (Ă©ditions Proa Ă  Barcelone, 2005 : une nouvelle Ă©dition qui renforce l’attractivitĂ© d’un texte rĂ©vĂ©lĂ© dĂšs la 2Ăš moitiĂ© du XIXĂš). Le voyageur note les moeurs et les coutumes des terres explorĂ©s, dont certaines pratiques le choquent comme le cas de femmes impudiques aux Maldives, qui ne se couvrent pas le buste ni les seins (alors le droit matriarcal Ă©tait Ă  l’honneur, respectĂ© par la souveraine de l’üle)


Musulman, Battuta (nĂ© Ă  Tanger en 1304) a loisir d’écrire ses aventures de 1325 Ă  1354 ; il s’y montre sous des abords qui peuvent surprendre aujourd’hui ; rĂ©pudie et adopte, puis Ă©carte nombre de concubines a cours de ses pĂ©riples. Ainsi s’épaissit un rĂ©cit transcrit dĂšs 1356 par le jeune Ă©rudit Ibn Juzzay Ă  la demande du sultan du Maroc. Son pĂ©riple commence avec le pĂšlerinage Ă  la Mecque (haij) dĂšs 1325 : sur la route de l’Arabie, il traverse l’Afrique du Nord, l’Égypte, la Palestine et la Syrie. Puis, dĂ©couvre aprĂšs son Ă©tape Ă  la Mecque, la Perse (1326), l’Irak, l’Afrique de l’Ouest, et navigue jusqu’à Kilwa (actuelle Tanzanie), aprĂšs ĂȘtre passĂ© Ă  Mogadiscio, Mombasa et Zanzibar. Au retour, il visite Oman et le Golfe persique avant de se rendre de nouveau Ă  La Mecque.
En 1330, il reprend la route pour l’Inde 
 par l’Égypte, la Syrie, Constantinople, l’Asie Mineure, la Mer Noire et l’Afghanistan. Il restera ainsi huit ans en Inde, employĂ© par Muhammad Tughluq, le sultan de Delhi et devient juge (qadi). Puis cap vers la Chine (1341), par les Maldives, le Sri Lanka (ex Ceylan), la Birmanie et Sumatra
 avant de rejoindre Canton. Un dernier voyage le mĂšne ensuite au Sahara, jusqu’au Soudan, pour se fixer au maroc dĂ©finitivement Ă  partir de 1355.

SAVALL-582-390-jordi-savall-l-orfeo-reeditionJordi Savall Ă©voque musicalement les voyages vers le sud et l’est d’Ibn Battuta. Tout en contextualisant l’étendue d’une pĂ©rĂ©grination en soi impressionnante, rĂ©alisĂ© par un jeune homme encore voyageur au dĂ©but de sa cinquantaine
 Des repĂšres historiques sont Ă©voquĂ©s : la mort de Marco Polo (1324), le voyage Ă  bord d’une nef catalane (1346), la conquĂȘte de la Sardaigne et Pierre IV sur l’üle (1353), la Bataille de Baeza (1368), son arrivĂ©e Ă  Constantinople (1334). Concernant son avancĂ©e en Afrique, dans la Grenade de l’Al-Andalus, dans le Proche ou le grand Orient (Inde et Chine), chansons et danses traditionnelles Ă©voque chaque lieu. L’improvisation tient ici une place essentielle, comme preuve que la transmission par l’oralitĂ© et la pratique de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration s’est rĂ©alisĂ©e sans discontinuitĂ© jusqu’à nos jours ; comme libertĂ© d’un geste musical qui respire avec l’expĂ©rience et la sensibilitĂ© de chaque musicien interprĂšte.
Chaque concert live enregistrĂ© prĂ©serve l’intensitĂ© de ce geste collectif qui est avant tout le fruit d’une complicitĂ© Ă  plusieurs, entre instrumentistes et chanteurs : le CD 1 / Premiers voyages est le concert donnĂ© Ă  Abu Dhabi, dans l’Emirates Palace-Auditorium le 20 vovembre 2014 (les textes sont rĂ©citĂ©s en Arabe et en Anglais), / le CD 2 / derniers voyages (Ă  partir de « Voyage au centre de l’Asie  : 1335 », Ă©tait le programme donnĂ© Ă  Paris (Philharmonie), en novembre 2016 (textes en Français). Le parcours s’achĂšve avec la mort du voyageur en 1377.

Alchimiste et grand orfĂšvre des timbres anciens et traditionnels, Jordi Savall mĂȘle avec beaucoup de finesse et de goĂ»t les alliages les plus imprĂ©vus, tĂ©moignant dĂšs le moyen Ăąge d’’une riche palette sonore : vielle, rebec, rebab mĂ©diĂ©val, cistre, luth mĂ©diĂ©val, organetto, chalemie, flĂ»tes, cornemuses, et percussions diverses 
 pour les musiques occidentales mĂ©diĂ©vales ; et pour l’évocation des contrĂ©es et cultures approchĂ©es par Battuta, instrumentarium des plus variĂ©s selon les peuples rencontrĂ©s : oud marocain et ney (piĂšces arabes), oud turc, qanun et kaval (Turquie), le santur (Irak et Perse), le rebab et le zir baghali (Afghanistan), le sarod et la tabla (Inde et Maldives), le pipa et le zheng (Chine), enfin la kora et la valiha (comme Ă©vocations du Mali).
CLIC D'OR macaron 200Les instrumentistes d’HespĂšrion XXI ressuscitent ainsi l’époque de Battuta, celle de Byzance et de l’empire Ottoman (Maroc, Syrie, Bulgarie, GrĂšce et Turquie
) ; l’Afrique, le proche-Orient et le grand Orient avec l’Inde et la Chine. A travers la diversitĂ© des rythmes, sonoritĂ©s, textes, styles ainsi incarnĂ©s, Jordi Savall rĂ©alise avec ses troupes, ce mĂ©tissage fraternel oĂč l’Autre et le DiffĂ©rent sont le sujet d’une quĂȘte permanente. Et dans la musique, la rĂ©alisation d’une expĂ©rience humaine souvent bouleversante. Au final, IBN BATTUTA est bien aux cĂŽtĂ©s de Marco Polo, l’un des voyageurs et curieux, les plus actifs Ă  son Ă©poque. Tous deux ont rĂ©unis l’Occident et l’Orient. Ils ont montrĂ© cette idĂ©e de fraternitĂ© des peuples qui fondent avec justesse et poĂ©sie, tout le travail du chef Catalan, depuis toujours, prophĂšte du rapprochement et de la rĂ©conciliation des nations.

CD, livre cd, Ă©vĂ©nement, critique. IBN BATTUTA, le voyageur de l’Islam – 2 sacd ALIA VOX - 2014, 2016. HespĂšrion XXXI, Jordi Savall / 1h18 + 1h08.

https://www.alia-vox.com/fr/catalogue/ibn-battuta-le-voyageur-de-lislam-1304-1377/

 

 

 

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TRACKLISTING

CD1 : 1304-1335 (live nov 2014)
1-2. 1304 · Tanger. Narration : Naissance d’Ibn battuta 
 / Bismillah ir-Rahman
3-4. 1311-1315 · ApogĂ©e de l’Empire musulman du Mali. Taqsim : Valiha / Kouroukanfouga (instr.) – Mali
5-6. 1324 · Mort de Marco Polo. Narration : Le cĂ©lĂšbre voyageur meurt Ă  Venise 
 / Plainte grĂšcque
7. 1325 · Maroc – Égypte. Taqsim : Oud / Narration : À l’ñge de 21 ans, Ibn Battuta de Tanger

8-9. 1326 · Le Caire – JĂ©rusalem – Damas. Narration : Ibn Battuta remonte le Nil 
 / Kevoque (instr.)
10-11. À Damas. RĂ©c. I. Battuta : C’est l’un des Ă©difices les plus surprenants 
 / Qays ibn al-Moullawwah
12-13. 1326 · Mort d’Osman Ier. / Taqsim : Oud & Kaval / Nihavent (Chant ottoman)
14. 1326 · Arabie : la Mecque. Taqsim : Ney & Oud / Narration : AprĂšs une visite 

15-16. Danse de l’ñme, Taqsim / RĂ©c. I. Battuta : La majoritĂ© de ceux 
 / Sallatu Allah
17. 1326-27 · Irak – Perse. Narr. : Une fois / RĂ©c. I. Battuta : La partie occidentale de Bagdad. / Chahamezrab
18. Taqsim – Neveser · Hal asmar
19. 1328-1330 · YĂ©men – Zanzibar. Narration : AprĂšs la Perse et l’Irak 

20. Véro (instr.) / Récité I. Battuta : Depuis la ville de Mogadiscio 

21-22. 1329 · Bataille de Pelekanon. Narration: Bataille 
 / Der makām-ı HĂŒseynÄ« SakÄ«l-i – Anon. Ottoman
23-24. 1331 · Oman et le Golfe Persique. Narration : Revenu de son pĂ©riple 
 / Talaa’ al-badr ‘aleina
25-26. 1332-1333 · Anatolie. Narration : Ibn Battuta prendra deux ans
 / SufĂ­ Dance (instr.)
27. 1334 · Ukraine – Constantinople. Narration : Depuis la cĂŽte turque de la Mer Noire 

28-29. RĂ©c. I. Battuta : Notre arrivĂ©e dans la grande Constantinople 
 / En to stavro pares tosa – Chant byzantin
30. Samarcande. ĐŻŃĐ”Đœ ĐŒĐ”ŃĐ”Ń† ĐČДч ĐžĐ·ĐłŃ€ŃĐ°ĐČĐ° (Une lune claire se lĂšve) / RĂ©c. I. Battuta : Ensuite, je me suis dirigé 
31. 1334-1335 · L’Asie centrale. Impro: Tabla / Narration : Ibn Battuta quitte Constantinople 

32. Laïla Djñn (instr.) – Chant-danse de Kabul (Afghanistan)

CD2 : 1335-1377 (live, nov 2016)
1.2 1335 · Voyage au centre de l’Asie. LaĂŻla DjĂąn (instr.) – Chant-danse de Kabul (Afghanistan)
3. 1336 · Fondation du royaume de Vijayanagar. RĂ©c. I. Battuta : Au centre du vaisseau 

4. Muddhu gare yashoda (Raga) – Sarod & Tabla
5-6. 1344 · Voyage aux Ăźles Maldives. RĂ©c. I. Battuta : Les habitants des Îles 
 / Raga: Sarod & Tabla
7. 1345 · Voyage au Sud de l’Asie, Ă  Sandabur (Goa) et en Chine. / é«˜ć±±æ”æ°Ž Gao shan liu shui
8. Impro.: Zheng / RĂ©c. I. Battuta : Les Chinois sont des infidĂšles adorant des idoles 

9. 1345 · DĂ©but de la colonisation chinoise de l’Asie du Sud-ouest. 蕉çȘ—ć€œé›š Jiao chuang ye yu
10. Chanson dansée « Ya bourdaeyn »
11. 1346 · Le grand retour au Maroc, Bagdad et Alep (1348). RĂ©c. I. Battuta : Je partis de Tunis par mer 

12. Quant ai lo mont consirat – Anonyme catalan (Chant spirituel)
13-14. 1350 · Al-Andalus. Il visite Grenade. RĂ©c. I. Battuta : Depuis Alhamma 
 / Fiyachia – Trad. arabe
15. 1352 · Ibn Battuta traverse le Sahara. Anonyme arabe : ‘Al maya, ‘Al maya (Chanson dansĂ©e)
16-17. 1353 · Il visite l’Empire de Mali. RĂ©c. I. Battuta : Parmi tous les peuples 
 / Danse impĂ©riale (impro.)
18. 1354 · Pierre III conquĂȘte Sardaigne. Isabella (Stampitta)
19. 1356 · Zhu Yuanshang se rĂ©volte contre les Mongols. / 怩汱äč‹æ˜„ Tian shan zhi chun
1357 · Ibn Battuta, dÚs son retour à Fez, débute la chronique de ses Voyages : La Rihla.
20. 1359 · Murat I succĂšde Ă  son pĂšre le sultan Ohrhan Gazi. Der makām Çargah sirto (instr.)
21. 1368 · Battaile de Baeza. Anonyme : Cerco de Baeza (Romance de la FrontiÚre, CMP 106)
22. 1368 · Les Yuan Mongols sont expulsĂ©s de PĂ©kin. èĄŒèĄ— Xing jie – Sud-est de la Chine
23. 1377 · Mort d’Ibn Battuta. / Lamentation arabe : Li Saheb : Chant de la sĂ©paration – Taqsim

 

 

 

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CD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd)

Terpsichore danses louis xv telemann rebel jordi savall cd critique review cd classiquenewsCD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd). Saluons d’abord, la sonoritĂ© trĂšs chaleureuse, opulente mĂȘme du chef catalan qui dessine et rappelle s’agissant de Rebel, le raffinement et la franchise directe d’une Ă©criture trĂšs poĂ©tique presque diaphane, Ă©vanescente comme un glacis des paysages recomposĂ©s de Watteau
 La caractĂ©risation des danses, au caractĂšre quasi pastorale – et l’on sait que ce vocable est essentiel dans l’esprit du temps, ce dĂ©but XVIIIĂš encore trĂšs nostalgique-, est idĂ©ale, dans l’articulation, la dĂ©termination expressive, le dĂ©tail du discours et des effets rhĂ©toriques, ne serait ce que dans un seul Ă©pisode emblĂ©matique : Gigue, rigaudon, passepied, gavotte
 rĂ©sumĂ© et synthĂšse de l’inclination de Rebel pour les univers poĂ©tiques et tendres, propre Ă  sa suite Terpsichore de 1721.

rebel_watteau_gravure_musiqueLes Plaisirs champĂȘtre de 1724 indiquent une autre sensibilitĂ© : plus Ă©lĂ©giaque et d’un abandon sensuel qui convoque l’extase des bergers. Tout un monde rĂȘvĂ© par Boucher et bientĂŽt mis en oeuvre par Marie-Antoinette dans son Ă©crin illusoire de Trianon. L’évocation fourmille d’idĂ©es et de motifs caressants surtout portĂ©s par les hautbois. L’ivresse et ce dĂ©sir d’oubli comme de rĂ©enchantement (sublime Chaconne, plage 33) dans l’esprit de Lully mais plus onctueuse encore et nerveuse aussi ; revivifiĂ©e mĂȘme, comme une surenchĂšre dans les autres Chaconnes, plage 39 et surtout 44 de la Fantaisie de 1729) se rĂ©alise grĂące au geste souple et trĂšs caractĂ©risĂ© de Savall et des instrumentistes rĂ©unis autour de lui (les musiciens du Concert des Nations / Manfredo Kraemer, violon solo et leader). L’éloquence et la comprĂ©hension qu’apporte Savall, sa curiositĂ© et sa restitution gourmande, gorgĂ©e de si dĂ©lectables couleurs, composent ici le plus bel hommage Ă  l’orchestre de Louis XV, un thĂšme qu’il avait dĂ©jĂ  traitĂ© dans un cycle tout aussi convaincant.

telemann-vignette-ovale-portrait-telemann-2017L’élĂ©gance et la virtuositĂ© nerveuse voire la frĂ©nĂ©sie graduelle de Teleman s’exprime outrageusement dans la Suite La Bizarre, en particulier dans l’urgence trĂ©pidante du Rossignol. Puis la Partie III de Tafelmusik (1733) rappelle combien Ă  l’époque du premier opĂ©ra visionnaire et scandaleux de Rameau (Hippolyte et Aricie), l’éclectique Telemann savait aussi, comme Rebel offrir une relecture personnelle et puissante du style versaillais lullyste (ouverture, plage 45). Cette sĂ©quence est la plus audacieuse de notre point de vue, fruit d’une pensĂ©e musicale qui interroge le sens mĂȘme d’un cycle musical, Ă  la pulsion dĂ©bordante, voire frĂ©nĂ©tique, construite comme un vaste crescendo : de l’ouverture noble, au badinage fugace, contrastant avec des postillons enjouĂ©s et dĂ©lurĂ©s; surtout vers la conclusion notĂ©e « furioso », comme une apothĂ©ose de la danse.
Les phrasĂ©s de cette sĂ©quence premiĂšre, entre noblesse, Ă©lĂ©gance, abandon, dĂ©tente, tension et rĂ©exposition sont tout simplement jubilatoires. Tout l’esprit de Terpsichore, de la danse souveraine, de la musique pure, de sa surenchĂšre et parfois de son exaspĂ©ration critique, se dĂ©ploie en libertĂ©. Quel gĂ©nie, contemporain du dĂ©terminant Rameau. Il faut toute l’intelligence de Savall pour nous en rĂ©vĂ©ler les subtilitĂ©s chorĂ©graphiques, sublimement musicale. Pas un Français dans l’Hexagone, ne serait capable d’une telle finesse d’intonation : lĂ  om les chefs gaulois actuels s’entĂȘtent dans la duretĂ©, la sĂ©cheresse souvent mĂ©canique du geste, le catalan nous rĂ©apprend, Ă  prĂ©sent que Harnoncourt nous a quittĂ©, toute la caresse d’un galbe interprĂ©tatif, entre abandon nostalgique, et vivacitĂ© poĂ©tique (« bergerie », plage 46). Le maestro sait faire chanter, nuances, accents, phrasĂ©s Ă  l’envi, son cher orchestre. Superlatif. CLCI de CLASSIQUENEWS de novembre 2018

 
   
 
 
 

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CLIC D'OR macaron 200Cd événement, critique. TERPSICHORE : ballets de Telemann, Rebel, Apothéose de la Danse Baroque. Le Concert des Nations. Jordi Savall (Graz, juil 2017, 1 cd Alia Vox). CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre et décembre 2018).

 
 
 

ALIA VOX
https://www.alia-vox.com/fr/catalogue/terpsichore/

 
 
 

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Terpsichore danses louis xv telemann rebel jordi savall cd critique review cd classiquenews

 
 
 

CD, compte rendu critique. Ramon Llull : 1232 – 1316, temps de conquestes, de dialeg i desconhort (2 sacd Alia Vox

llull ramonCD, compte rendu critique. Ramon Llull : 1232 – 1316, temps de conquestes, de dialeg i desconhort (2 sacd Alia Vox). A presque 40 ans, la majorquain (l’actuel Palma), Ramon Llull (1232-1316) Ă©crit sa premiĂšre oeuvre Logica d’Algatzell et le Livre de la contemplation qui affirme en 1271, sa pensĂ©e religieuse et philosophique de premiĂšre importance dans l’Europe du plein XIIIĂšme siĂšcle. C’est moins l’ancrage catholique d’un homme de foi que la figure du pĂšlerin sillonnant l’une et l’autre rive de MĂ©diterranĂ©e, entre nord chrĂ©tien et sud musulman, ĂȘtre militant pour le dialogue entre les cultures et les religions (accrĂ©ditĂ© pour cela par les autoritĂ©s franciscaines et par le Pape) que dĂ©fend et illustre ce double coffret Ă©ditĂ© par Alia Vox. L’auditeur suit le cheminement d’un humaniste attachĂ© Ă  expliquer en terres musulmanes, le dogme chrĂ©tien, y compris Ă  prendre des risques inimaginables aujourd’hui… Ramon LLull voyage de Majorque Ă  Compostelle, de Montpellier Ă  Paris, Rome et GĂȘnes, … cĂŽtoie ainsi le roi de Majorque Jacques II, Philippe IV le Bel, Boniface VIII puis clĂ©ment V… ; L’Ă©rudition accessible et universaliste de Llull luivalent la reconnaissance de ses pairs mĂ©decins et scientifiques, comme sommitĂ©s religieuses et juridiques de son temps.

 

 

 

En novembre 2015, Jordi Savall et ses musiciens cĂ©lĂšbrent les 700 ans de la mort d’un Ă©rudit Ă  l’humanisme fraternel exemplaire

Ramon LLULL, humaniste pĂšlerin pour le dialogue des religions

 

 

SAVALL-582-390-jordi-savall-l-orfeo-reeditionAyant appris l’arabe, Llull peut aisĂ©ment amorcer un vĂ©ritable pont de communication et d’explication constructive, un dialogue d’une exceptionnelle qualitĂ© entre les religions : c’est cela qui transparaĂźt d’une vie de pĂšlerin, restituĂ©e ici telle une exceptionnelle odyssĂ©e sonore avec rĂ©citants (2) et une collection de piĂšces occidentales mĂ©diĂ©vales, alternĂ©es selon les Ă©pisodes tous historiquement avĂ©rĂ©s avec des mĂ©lodies et intermĂšdes arabes. Qu’il s’agisse des fanfares, des percussions, de l’instrumentarium requis pour Ă©voquer le pĂ©riple de Llull en terres musulmanes (duduk, oud, kanun, ney,…), chaque piĂšce choisi ainsi mis en dialogue elle mĂȘme avec les Ɠuvres de Dufay, Vitry…, ressuscite l’Ă©lan, l’espoir, ce vƓu idĂ©al, Ă©thique pour un vivre ensemble enfin vĂ©cu concrĂštement. Chanteurs et instrumentistes – partenaires habituels de Jordi Savall e tpour certains membres de son ensemble Hesperion XXI et de la Capella Reial de Catalunya, trouvent le ton juste, la pudeur fraternelle sincĂšre et vraie, en parfaite complicitĂ© et dialogue avec leurs confrĂšres musiciens et chanteurs arabes tels Waed Bouhassoum… au timbre si envoĂ»tant).
Notre Ă©poque contemporaine oĂč les communautarismes s’exacerbent, oĂč la violence des armes a vaincu toute tentative de dialogue a bien besoin de ce type de programme musical engagĂ© pour indiquer d’autres voies que celles politiques et militaires dont l’inefficacitĂ©, les limites voire l’hypocrisie ne peuvent pacifier et rĂ©soudre les blessures et affrontements permanents qui sont aujourd’hui notre pain quotidien.

La qualitĂ© de l’Ă©dition en 6 langues (catalan, français, anglais, espagnol, allemand, italien) reconstitue, en un vĂ©ritable livre qui s’apparente mĂȘme Ă  un beaux-livre, – textes, articles et illustrations Ă  l’appui, les voyages de Ramon Llull aux quatre coins du monde MĂ©diterranĂ©en, soit l’itinĂ©raire d’un juste humaniste douĂ© d’une ouverture d’esprit exceptionnelle dont l’engagement impressionne et nous touche directement. enregistrĂ© en novembre 2015, ce somptueux livre disque est un modĂšle du genre, et tombe Ă  pic pour cĂ©lĂ©brer les 700 ans de la disparition d’un homme de paix et de dialogue, dĂ©cĂ©dĂ© en 1316. CLIC de classiquenews de juin 2016.

CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. Ramon Llull : 1232 – 1316, temps de conquestes, de dialeg i desconhort. S. Bel, J. Boixaderas, rĂ©citants (extraits de la Vida del maestro Ramon). W. Bouhassoun, L. Elmaleh, M. Rahal, H. GĂŒngör, Y. Tokcan. D. Psonis. H. Sarikouyoumdjian ; M. C. Kiehr, P. Bertin, D. Sagastume, V. Sordo, Ll. VilamajĂł, F. Zanasi, D. Carnovich. La Capella Reial de Catalunya, HespĂšrion XXI. Jordi Savall, direction. 2 sacd Alia Vox, enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2015. 312 pages.


CD, Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. RĂ©Ă©dition. Beethoven : Symphonie n°3, “Eroica” opus 55 (Jordi Savall, 1994, 1 cd Alia Vox)

Beethoven eroica savall 1994 cd alia vox review compte rendu critique announce of AVSA9916-1CD, Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. RĂ©Ă©dition. Beethoven : Symphonie n°3, “Eroica” opus 55 (Jordi Savall, 1994, 1 cd Alia Vox). RĂ©alisĂ© certains soirs de janvier 1994 au chĂąteau de Cardona (Catalogne), l’enregistrement de cette Eroica opus 55, sommet symphonique de 1803, et manifeste pour une Ăšre esthĂ©tique nouvelle, rĂ©tablit le travail des musiciens sur instruments d’Ă©poque rĂ©unis alors par Jordi Savall (il y a quand mĂȘme plus de 20 ans, soit autour de 45 instrumentistes dont les noms signifient depuis des aventures spĂ©cifiques et des engagements artistiques particuliĂšrement cĂ©lĂ©brĂ©s, tels, entre autres Manfredo Kraemer en premier violon / concertino ; Marc HantaĂŻ, flĂ»te ; Guy van Waas, clarinette ; Bruno Cocset, violoncelle… ). L’apport des instruments historiques, de la pratique interprĂ©tative “historiquement informĂ©e” y est immĂ©diat : nouveau format sonore (avec cĂŽtĂ© ingĂ©nieur du son une bonne rĂ©verbĂ©ration, idĂ©alement spatialisĂ©e, c’est Ă  dire avec une rĂ©sonance mesurĂ©e qui permet la restitution analytique de chaque timbre exposĂ©, concertant), caractĂ©risation fine, affĂ»tĂ©e de chaque timbre instrumental; toute la science du Beethoven gĂ©nial orchestrateur qui sait bĂątir, Ă©difier, architecturer avec un sens inĂ©galĂ©, c’est Ă  dire mordant et efficace des couleurs, gagne ici en intensitĂ©, acuitĂ©, prodigieuse vitalitĂ©.
L’Allegro initial, mĂȘme pĂ©taradant et d’une claque martiale annonciatrice des conquĂȘtes esthĂ©tiques nouvelles, profite du dĂ©tail et d’un fini instrumental d’une flamboyante activitĂ© : cors, flĂ»te, bois et vents ; mĂȘme chaque attaque des cordes conquiert un nerf vif inĂ©dit. Le chef toujours rĂ©flĂ©chi et mĂ©ditatif dans ses choix de rĂ©alisation, confirment sa double comprĂ©hension du sujet HĂ©roĂŻque : c’est Ă©videmment l’enjeu (ou les enjeux) d’une conquĂȘte : avec l’Eroica de 1803, le siĂšcle romantique s’ouvre officiellement, conscient de sa propre dĂ©termination comme de sa volontĂ© ; mais c’est tout autant, l’expĂ©rience d’une amertume simultanĂ©e, retournement spectaculaire de la conscience car si la partition porte l’enthousiasme Ă  Bonaparte, le hĂ©ros libĂ©rateur qui pouvait prĂ©tendre incarner l’idĂ©al rĂ©volutionaire de tous les peuples affranchis de toute monarchie, le compositeur a rayĂ© la dĂ©dicace initiale, dĂ©nonçant sous Bonaparte, le tyran Ă  venir, – ici, Beethoven est tĂ©moin d’une dĂ©ception barbare. A la fois acte immense d’un espoir supĂ©rieur, la symphonie est aussi le rĂ©cit de cette dĂ©sillusion (et cela s’entend dans la lecture savallienne).

Il y a plus de 20 ans, Jordi Savall, précis, généreusement détaillé, dévoile la forge géniale du Beethoven symphoniste

DÚs 1994, un Beethoven régénéré

CLIC_macaron_2014Dans le jeu instrumental historique, par les multiples Ă©clats d’une palette instrumentale rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, la partition retrouve son souffle originel, ses Ă©lans matriciels dans leur Ă©noncĂ© primaire, irrĂ©sistible. A contrario de toute une tradition alourdie, opacifiĂ©e par des dĂ©cennies de pratique moderne et romantisante. DĂ©jĂ  Savall choisit un effectif proche de la Vienne du dĂ©but XIXĂš, mĂȘme si en 1803, il n’existe aucun orchestre rĂ©gulier et constituĂ© (il faut attendre 1840). Soit selon les tĂ©moignages des crĂ©ations des Symphonies BeethovĂ©niennes, entre 35 et 56 musiciens. Pas les 70 d’un orchestre symphonique actuel.

Outre ses considĂ©rations, chaque mouvement ici rĂ©tabli dans son format sonore proche de l’Ă©poque de Beethoven, profite naturellement d’une articulation plus vive et prĂ©cise, de contrastes plus tranchĂ©s et vifs, quasi bondissants, oĂč le timbre plus intense, incisif, – mordant de chaque identitĂ© instrumentale assemblĂ©e, gorge d’une sĂšve nouvelle, chaque sĂ©quence (Savall dans son texte introductif parle “d’individualisation du timbre“).
La notion des tempi particuliĂšrement soignĂ©es par Savall gagne elle aussi en relief et en souplesse, prĂ©servant pour chaque mouvement, une tension intĂ©rieure manifeste. L’orchestre ainsi acteur s’apparente Ă  une formidable machinerie dont chaque rouage est prĂȘt Ă  bondir, Ă  exprimer, Ă  revendiquer. Il n’y a que dans le Poco andante du Finale que Savall ralentit manifestement l’allure, le reste Ă©tant dirigĂ© avec une vivacitĂ© continuelle.
Dans cette confrontation permanente qui conçoit dĂ©sormais l’orchestre tel un foyer ardent, oĂč les forces en prĂ©sence sont toutes identifiĂ©es et toutes canalisĂ©es, Savall fait s’Ă©couler le brasier promĂ©thĂ©en primordial d’un Beethoven Ă  jamais inventeur et rĂ©volutionnaire. L’acuitĂ© active du chef porte et rend palpable l’ampleur d’une partition Ă©pique et profonde, dont l’esthĂ©tique et le jeu incessant des rythmes et des tempi alimentent la grande forge orchestrale qui mĂšnera Ludwig jusqu’au sommet de la IXĂš (souffle du Finale, vĂ©ritable dĂ©claration fiĂšre et conquĂ©rante pour le futur, emportĂ© dans une ivresse sonore d’essence chorĂ©graphique qui rapproche Beethoven, de ses frĂšres viennois, Haydn et Mozart). En presque 43 mn, Beethoven synthĂ©tise ainsi dans son Eroica, la portĂ©e universelle de sa conception du temps et de l’espace, dĂ©sormais orientĂ©e vers l’avenir. Ici, un chef visionnaire, d’une miraculeuse Ă©nergie lumineuse est au service du plus grand symphoniste de tous les temps. Le plus inventif. A possĂ©der et Ă©couter de toute urgence. La lecture de Coriolan (1805) opus 62 qui suit l’Eroica, affirme de façon plus radicale encore cette vertu de la caractĂ©risation aĂ©rĂ©e, palpitante et mordante oĂč la caractĂ©risation presque incisive de chaque timbre revivifie l’idĂ©e d’un volcan symphonique d’une audace inĂ©dite. Cela avance comme la coulĂ©e incandescente d’un mĂ©tal en fusion, crĂ©pitements et fusion fĂ»mante Ă  la clĂ©. Qui a dit que Savall, inspirĂ© par Beethoven, Ă©tait ce grand sorcier magicien ? L’approche, plus de 20 ans aprĂšs sa rĂ©alisation, est aussi captivante que la conception d’un Harnoncourt (beethovĂ©nien forcenĂ©, rĂ©cemment assidu jusqu’aux portes de la mort : Symphonies 4 et 5 par le Concentus Musicus Wien, publiĂ©es au moment de son dĂ©cĂšs en mars 2016). En une mĂȘme bouillonnante curiositĂ©, gĂ©nĂ©reuse et trĂšs argumentĂ©e, Savall nous offre les mĂȘmes frissons. C’est dire.

CD, événement. Réédition. Beethoven : Eroica opus 55 Symphonie n°3. Le Concert des nations. Jordi Savall (1 cd Alia Vox AVSA9916, Cardona, Catalogne, janvier 1994). CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016.

CD. Compte rendu critique. Monteverdi : L’Orfeo (Savall, 2002. 2 cd Alia Vox)

CD. Compte rendu critique. Monteverdi : L’Orfeo (Savall, 2002. 2 cd Alia Vox). CrĂ©Ă© devant un parterre princier au chĂąteau ducal de Mantoue en fĂ©vrier 1607, “l’Orfeo” de Claudio Monteverdi est l’ouvrage premier et fondateur de la scĂšne lyrique. Combien de nouvelles productions qui attestent de sa modernitĂ© intacte, et le place aux cĂŽtĂ©s du “Don Giovanni” de Mozart, telle une partition incontournable. En interrogeant le mythe d’OrphĂ©e, Monteverdi cible les enjeux du genre lyrique : quel sens et quelle fonction rĂ©servĂ©s au texte et Ă  la musique : paroles et musique, forme et sujet, autant d’aspects et d’élĂ©ments de la machine lyrique, qui aujourd’hui encore, fondent sa spectaculaire rĂ©ussite auprĂšs des publics.

monteverdi orfeo l orfeo jordi savall presentation review critique compte rendu cd classiquenewsLe mythe d’OrphĂ©e. Monteverdi aborde Ă  son tour, aprĂšs ses contemporains Peri et Caccini, le mythe d’OrphĂ©e. Le sujet est d’autant plus fascinant pour les musiciens qu’il met en scĂšne le pouvoir de la musique. Si Orfeo chante tout en s’accompagnant de sa lyre, la violence des sentiments qui l’anime, il incarne aussi la fragilitĂ© de la condition humaine. Deux mouvements inverses fondent le mythe : puissance irrĂ©sistible de la musique et du chant ; faillibilitĂ© et impuissance du cƓur humain. Si le hĂ©ros inflĂ©chit dieux et destin, atteignant mĂȘme le cƓur de l’inflexible Pluton, il s’en montre indigne en Ă©tant possĂ©dĂ© par les passions qui dĂ©terminent sa destinĂ©e. Le chantre de Thrace triomphe des forces et des divinitĂ©s qui le dĂ©passent, tout en Ă©tant l’impuissante victime des forces psychiques qui l’habitent et le gouvernent. L’homme baroque ne s’appartient pas. C’est la folie et la dĂ©raison qui le pilotent. L’homme est-il condamnĂ© Ă  souffrir ? La musique n’est-elle prĂ©sente que pour lui permettre de mieux prendre conscience de cette dĂ©termination misĂ©rable ? Le thĂ©Ăątre lyrique n’a-t-il pas pour objet de portraiturer l’homme tragique ? Ainsi est posĂ©e l’équation d’OrphĂ©e. Dans l’histoire de la musique, Monteverdi en traitant un sujet qui est dĂ©battu par les Ă©lites, apprĂ©ciĂ© des princes, donne pour la premiĂšre fois, le visage de l’opĂ©ra moderne.

Construction. L’Orfeo se dĂ©roule en cinq actes. Chaque volet est l’occasion d’exposer une idĂ©e principale, parfaitement explicite. Musicalement caractĂ©risĂ©e selon l’idĂ©e motrice du livret de Striggio. A chaque acte, OrphĂ©e dĂ©voile un aspect de sa personnalitĂ©.

Le premier acte prĂ©cise la filiation d’OrphĂ©e avec Apollon. Ce sont les Noces Ă©clatantes d’OrphĂ©e et d’Eurydice que bergers et nymphes fĂȘtent en une Arcadie ressuscitĂ©e. Au deuxiĂšme acte, rupture de ton et de climat : au bonheur Ă©perdu succĂšde l’éclair tragique. L’annonce de la mort d’Eurydice par la MessagĂšre. OrphĂ©e dĂ©cide de retrouver aux Enfers son aimĂ©e. Le troisiĂšme acte, dĂ©crit la force morale du hĂ©ros : au bord du Styx, pourtant accablĂ© par l’EspĂ©rance, OrphĂ©e envoĂ»te Caron (Possente Spirto), emprunte sa barque, et pĂ©nĂštre aux Enfers. Au quatriĂšme acte, l’initiĂ© accomplit la traversĂ©e symbolique : il implore, supplie, inflĂ©chit par la puissance de son chant et par le pouvoir de la musique, le pouvoir des dieux (Pluton). Remontant aux eaux originelles (le fleuve Styx symboliquement traversĂ©), le hĂ©ros obtient le retour d’Eurydice. Tout s’inverse : pris de doute, il se retourne et dĂ©sobĂ©it Ă  l’injonction qui lui avait Ă©tĂ© faite (ne pas voir son aimĂ©e le temps de leur remontĂ©e vers la terre) : il perd dĂ©finitivement Eurydice. Au cinquiĂšme acte : OrphĂ©e s’épanche Ă  Echo. Il renonce aux femmes, pleure son aimĂ©e, devient fou. Il est dĂ©chirĂ©e par les Bacchantes dĂ©chaĂźnĂ©es ou accueilli en une apothĂ©ose solennelle par Apollon, son « pĂšre”. La fin diffĂšre selon les versions choisies, selon les conceptions esthĂ©tiques des rĂ©alisateurs et des chefs.

 

 

 

L’Orfeo de Monteverdi, version Savall 2002

 

SAVALL-582-390-jordi-savall-l-orfeo-reeditionSur la scĂšne du Liceu de Barcelone, maestro Savall en large manteau mantouan (comme celui que portait Claudio lui-mĂȘme) dirige ses troupes au geste souple, au chant affĂ»tĂ©. Affaire de famille: sa fille Arianna est Euridice; son Ă©pouse, Montserrat Figueras, une troublante et si humaine Musica. Lecture sage et mĂȘme classique, voire Ă©rudite, comme l’explique le metteur en scĂšne Gilbert Deflo dans le film documentaire complĂ©mentaire au dvd qui a Ă©tĂ© simultanĂ©ment Ă©ditĂ© (Opus Arte). Le fond de scĂšne parcouru de miroirs cite la salle des miroirs du Palais Ducal de Mantoue oĂč fut reprĂ©sentĂ© en 1607 l’opĂ©ra de Monteverdi. Le miroir invite Ă  interroger le sens des images, surtout pĂ©nĂ©trer le masque des apparences
 retrouver le fil d’un itinĂ©raire initiatique visant Ă  ressusciter la culture et le thĂ©Ăątre antique grec. La carriĂšre du poĂšte (un thĂšme cher plus tard Ă  Cocteau) synthĂ©tise les facettes de toute destinĂ©e humaine : abandon, amour puis perte, impuissance et folie. Sans possĂ©der la fureur latine de l’argentin Garrido (cf. cd Ă©ditĂ© chez K617: notre rĂ©fĂ©rence audio), Savall convainc par quelques tableaux idĂ©alement rĂ©ussis: Caron (inflexible Antonio Abete) et sa barque, Orfeo (fervent Furio Zanassi) implorant aux dieux. Certes on regrette parfois le manque de mordant, l’absence d’une expressivitĂ© plus dramatique dans la caractĂ©risation linguistique des situations : et aussi pour Orfeo et Apollo, des vocalises bien peu prĂ©cises et propres. Surtout, Sara Mingardo, inoubliable Messageria, annonçant la morsure du serpent et la mort d’Euridice (point de dĂ©part de l’acte tragique) reste forte et puissante, digne d’une imprĂ©cation solennelle et dĂ©clamatoire parfaitement sobre et hallucinĂ©e
 Une tragĂ©dienne Ă  la hauteur de la partition sombre et si profondĂ©ment humaine de Monteverdi.

CD. Compte rendu critique. Monteverdi : L’Orfeo, 1607 (rĂ©Ă©dition). M. Figueras (Musica), A. Savall (Euridice), F. Zanasi (Orfeo), S. Mingardo (Messaggiera), A. Abete (Pluton), A. FernĂĄndez (Proserpine),
 La Capella Reial de Catalunya. Continuo : A. Lawrence-King,  arpa doppia / L. Guglielmi  clavecin, organo di legno & regal, X. DĂ­az-Latorre,  thĂ©orbe & chitarrone. Le Concert des Nations. Jordi Savall, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en janvier 2002 au Liceu de Barcelone. 2 sacd Alia Vox AVSA 9911.

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