COMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel, direction. Programme plein d’audaces et voire ambitieux ne serait ce que par la prĂ©sence de deux Ɠuvres rares en concert : le Concertino pour violoncelle de Roussel et le Concerto n°2 pour piano de Jacques HĂ©tu. Pour ce 2Ăš Ă©vĂ©nement dans la ville de Mont-Royal, le Festival a souhaitĂ© profitĂ© de la prĂ©sence de l’Orchestre Metropolitain et prĂ©senter ainsi plusieurs Ɠuvres concertantes au souffle symphonique indĂ©niable.

 

 

VIBRATIONS ORCHESTRALES
Tout en vibration rythmique et suractivitĂ© instrumentale chez Roussel, mais un Roussel frappĂ© par les blessures, l’angoisse panique, la dĂ©sespĂ©rance intime, le grave, le tragique. En dĂ©monstration fiĂ©vreuse et nourrie Ă©galement, pour l’ouverture de La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach, qui fait un beau lever de rideau ; puis en conclusion, le marche hongroise pĂ©taradante Ă  souhaits, extraite de la Damnation de Faust de Berlioz. On se fĂ©licite que de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, grĂące Ă  CLASSICA 2019, les trois compositeurs français (Berlioz, Offenbach, Roussel) soient ainsi cĂ©lĂ©brĂ©s, anniversaires oblige.
Le chef Alain Trudel ne manque pas de volontĂ© ni d’autoritĂ© dans une mise en place indĂ©niable. D’autant que le contenu du programme sait ensuite dĂ©ployer des arguments dignes des meilleures salles de concert Ă  MontrĂ©al.
Ainsi l’école des couleurs et de la sidĂ©ration sentimentale chez Berlioz dont le chef dirige la grandiose scĂšne d’amour extraite de RomĂ©o et Juliette :… les musiciens du Metropolitain n’ont pas manquĂ© de prĂ©cision et d’équilibre dans le plans sonores ; quand on sait la passion de Berlioz pour Shakespeare, « oser » traiter par l’orchestre le miracle du dĂ©sir, la magie de la rencontre entre deux ĂȘtres que tout sĂ©pare
 relĂšve d’une vocation viscĂ©rale ; et les instrumentistes s’immergent avec beaucoup de finesse et de clartĂ© dans ce jeu miroitant des teintes et des timbres superposĂ©s pour que s’en dĂ©gage cet absolu de l’amour dont Berlioz, lui-mĂȘme Ăąme passionnĂ©e et fougueuse, a le secret avant tout autre. Son langage est d’une modernitĂ© absolue, neuve et franche Ă  la fois, surtout poĂ©tique. Dans la Paroisse Lady of The Annunciation, il est permis ainsi d’entrevoir l’extase de Berlioz qui vaut bien celle de Wagner.

 

 

PIANO VOLONTAIRE
Le Concert pour piano n°2 de Jacques HĂ©tu place d’emblĂ©e (dĂšs les premiers accords) le pianiste sur le devant de la scĂšne, dans un bain fougueux et impĂ©tueux, riche en contrastes et en confrontations. Cette activitĂ© impĂ©rieuse n’est pas sans repenser fondamentalement la relation soliste / orchestre. L’écriture nĂ©oromantique, puissante, souvent flamboyante et suave, alla Rachmaninov, ne manque ni de structure ni de cohĂ©rence dans le dĂ©veloppement en 3 parties. Une piĂšce taillĂ©e pour le tempĂ©rament entier, franc lui aussi du trĂšs efficace Jean-Philippe Sylvestre. Il semble que sous ses doigts se rĂ©vĂšle dans une Ă©vidence expressive l’écriture des compositeurs quĂ©bĂ©cois qui comptent : hier AndrĂ© Mathieu (l’an dernier avec le mĂȘme orchestre et le mĂȘme chef : LIRE ici notre compte rendu CLASSICA 2018) et donc cette annĂ©e, Jacques HĂ©tu.

 

 

ROUSSEL et OFFENBACH : les éclairs introspectifs de Stéphane Tétreault
Plus ambivalent et difficile dans une premiĂšre Ă©coute, le Concertino d’Albert Roussel est une oeuvre Ă  la fois Ăąpre (proche de Chostakovitch) et d’une dĂ©licatesse d’articulation nĂ©o « baroque » qui se souvient aussi de 
 Tchaikovsky (Variations rococo pour violoncelle, 1877). L’Opus 57 de Roussel ainsi lĂ©gitimement fĂȘtĂ© pour son anniversaire 2019, est crĂ©Ă© en 1937 et semble faire Ă©cho aux tensions politiques et sociĂ©tales de l’époque : il est parcouru par une urgence qui presse et emporte dans un tempo parfois prĂ©cipitĂ© et panique. Tout aussi mis en avant, l’orchestre n’accompagne pas : il commente, s’essouffle, transpire, scintille en une exacerbation poĂ©tique
 ravĂ©lienne. C’est dire les dĂ©fis pour les instrumentistes et le chef.
Au devant de la scĂšne, inspirĂ©, funambule, StĂ©phane TĂ©treault plonge dans les trĂ©fonds obscurs de la partition, en fait resurgir des accents dĂ©chirants, en plĂ©nitude intime, en blessures ourlĂ©es avec un tact, des respirations qui tĂ©moignent d’une somptueuse maturitĂ© musicale. On comprend pourquoi pour ses visuels 2019, Classica ait choisi d’afficher StĂ©phane TĂ©treault tel “un artiste de gĂ©nie” : de toute Ă©vidence, les festivaliers de CLASSICA ont pu depuis ses dĂ©buts il y a 9 annĂ©es dĂ©jĂ , suivre l’Ă©volution et la maturation artistique du violoncelliste. Une Ă©mergence et une confirmation qu’il a Ă©tĂ© ainsi passionnant de mesurer et de comprendre. L’artiste se rĂ©vĂšle de concert en concert par cette pudeur intense qui Ă©blouit dans la sonoritĂ© Ă  la fois chantante et allusive de son violoncelle si singulier (Stradivarius « Comtesse de Stainlein, ex-Paganini”, 1707). AprĂšs l’Allegro moderato fougueux mais intĂ©rieur, saisi par une urgence fauve, l’Adagio dĂ©ploie des pĂ©pites autrement plus troublantes, lunaires mais inquiĂštes voire tendues
 la virtuositĂ© du soliste en servant surtout la sincĂ©ritĂ© du geste, Ă©claire la profondeur de la partition.
Une mĂȘme gravitĂ© pudique affirme enfin cette introspection crĂ©pusculaire qui dĂ©finit aussi l’art d’Offenbach : en jouant aprĂšs Roussel, Les larmes de Jacqueline (transposition pour violoncelle d’un air prĂ©cĂ©dent, probablement l’harmonie des bois), l’opus 76/2 retrouve l’intensitĂ© Ă©lĂ©gantissime qui avait fait la rĂ©ussite de son rĂ©cital prĂ©cĂ©dent Ă  CLASSICA 2019, autre grand moment d’accomplissement musical : « Les chants du crĂ©puscule », Duos pour violoncelles d’Offenbach / LIRE notre compte rendu du concert Ă  Mirabel, le 6 juin 2019.

On reste saisi par l’incandescence du geste, sa sobriĂ©tĂ© continue, l’absence de tout artifice. C’est un Ă©cho Ă  l’Adagio si Ăąpre de Roussel : Offenbach y semble au sommet de la dĂ©ploration pathĂ©tique, mais ici sublimĂ©e par le renoncement maĂźtrisĂ©, la douleur acceptĂ©e. Les tempĂ©raments des deux solistes Jean-Philippe Sylvestre et StĂ©phane TĂ©treault assurent au programme Ă  Mont-Royal, son relief, ses crĂ©pitements, auprĂšs d’un public venu en masse. Un nouveau succĂšs populaire pour des partitions pourtant rares et complexes.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel, direction.

 

 

 

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COMPTE RENDU, CRITIQUE, concert prĂ©cĂ©dent : COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH :

http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-concert-quebec-festival-classica-2019-saint-benoit-de-mirabel-le-6-juin-2019-les-chants-du-crepuscule-stephane-tetreault-katerina-bragina-violoncelles-duos-de-jac/

 

 

Tetreault stephane violoncelle duos offenbach concert critique classica festival CLASSICA 2019 juin saint benoit de MIRABEL quebec critique concert par classiquenews ETI_3578_LRDans ce portrait d’Offenbach, en orfĂšvre de la matiĂšre mĂ©lancolique et lunaire, quelle belle idĂ©e d’inscrire ici, le chant crĂ©pusculaire et quasi hypnotique Ă  deux voix, des Baroques français du dĂ©but du XVIIIĂš ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste BarriĂšre (mort en 1747) Ă  la verve opĂ©ratique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un 
 Rameau. C’est dire la qualitĂ© des choix dĂ©fendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilitĂ© particuliĂšre de StĂ©phane TĂ©treault, la complicitĂ© de sa consƓur Kateryna Bragina font le miel de ce rĂ©cital Ă  deux voix qui vient fort opportunĂ©ment renouveler notre perception d’Offenbach.