COMPTE RENDU critique, opéra. TOULON, Opéra, le 26 mai 2019. TCHAIKOVSKI : EugÚne Onéguine. Garichot

Temps fort et séance inaugurale de la saison symphonique de l'Opéra de Tours avec par Jean-Yves Ossonce, la 6Úme "Pathétique" de Tchaikovski : les 15 et 16 novembre 2014

COMPTE RENDU critique, opĂ©ra. TOULON, OpĂ©ra, le 26 mai 2019. TCHAIKOVSKI : EugĂšne OnĂ©guine. Pouchkine
 Magnifique et terrible vie que celle du poĂšte romancier Alexandre Pouchkine (1799-1837), descendant d’un Africain et appelĂ© Ă  devenir le premier Ă©crivain Ă  avoir donnĂ© ses lettres de noblesse littĂ©raire Ă  la langue russe, vĂ©nĂ©rĂ© comme tel en Russie. Jeunesse tumultueuse, dissidente politiquement, il connaĂźt l’exil puis le carcan rĂ©cupĂ©rateur de postes officiels imposĂ©s, notamment censeur, Ă  l’opposĂ© de ses aspirations libertaires. Comme son hĂ©ros Lenski dans son roman en vers, Pouchkine meurt en duel, tuĂ© par son beau-frĂšre, un officier alsacien qui avait dĂ©jĂ  Ă©pousĂ© la sƓur de Natalia, sa frivole Ă©pouse, afin de dĂ©tourner ses soupçons et dĂ©sarmer le premier dĂ©fi du poĂšte. La simplicitĂ© classique de la langue de ce romantique exaltĂ© aura le mĂ©rite d’inspirer nombre de compositeurs, Glinka (Rouslan et Ludmila), Dargomyjski (La Russalka, Le Convive de Pierre), Moussorgski (Boris Godounov), TchaĂŻkovski (Eugene Oneguineet La Dame de pique, Mazeppa), Rimski-Korsakov (Mozart et Salieri,Le Coq d’or), Rachmaninov (Le Chevalier avare).

 

 

Le roman et l’opĂ©ra
De ce roman en vers, plus qu’un opĂ©ra avec nƓud, pĂ©ripĂ©ties et dĂ©nouement dramatique, TchaĂŻkovski tire, comme il l’intitule justement une suite de « scĂšnes lyriques » en trois actes et sept tableaux, des moments dans la vie du hĂ©ros EugĂšne OnĂ©guine, jeune gandin guindĂ©, fringuĂ© et arrogant, jouant les dandies blasĂ©s et cyniques Ă  la mode anglaise des Lovelace de Richardson et de Byron, en vogue dans les annĂ©es 1820.
SĂ©duisant d’emblĂ©e la romanesque Tatiana, jeune provinciale qui se livre entiĂšrement Ă  lui dans une lettre, prisonnier de son rĂŽle, il la repousse, pour en tomber Ă©perdument amoureux lorsqu’il la retrouvera plus tard mariĂ©e et princesse fĂȘtĂ©e de la capitale, et en sera repoussĂ© Ă  son tour.
Entre temps, il aura tuĂ© en duel son meilleur ami, le poĂšte Vladimir Lenski, aprĂšs un badinage provocateur avec la coquette Olga, la fiancĂ©e de ce dernier, sƓur de Tatiana. Bref, ce sont, pratiquement, Ă  l’exception du duel, presque comme un accident qui ne semble avoir d’autre incidence sur l’histoire qu’un long voyage d’EugĂšne, des scĂšnes domestiques intimes, Ă©gayĂ©es de danses de paysans et avec deux bals antithĂ©tiques (province et capitale) et deux scĂšnes tout aussi opposĂ©es entre Tatiana et EugĂšne, et deux refus symĂ©triquement inverses de l’homme, puis de la femme, de rĂ©pondre Ă  l’amour de l’autre.

 

 

 

 

Piotr Illyitch Tchaikovski

Eugùne Oneguine : L’ÊTRE ET LETTRE

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Lettres symétriques
EugĂšne Oneguine, paru en feuilletons, roman en vers commencĂ© Ă  vingt-deux ans, terminĂ© quelque huit annĂ©es plus tard, est court en texte mais long en Ă©laboration. Dans une architecture trĂšs libre, trĂšs lĂąche mĂȘme avec ses digressions lyriques et ses commentaires de l’auteur sur ses personnages, il est nĂ©anmoins structurĂ© par deux lettres parallĂšles et dissymĂ©triques : celle de Tatiana Ă  EugĂšne au milieu du chapitre III aprĂšs leur rencontre, et celle d’EugĂšne Ă  Tatiana mariĂ©e au Prince GrĂ©mine, aprĂšs leurs retrouvailles des annĂ©es aprĂšs, au chapitre VIII, la fin. Dans la premiĂšre, c’est tout son ĂȘtre que livre la jeune fille, campagnarde romantique, Ă  l’élĂ©gant citadin blasĂ©, s’abandonnant Ă  son vouloir :
« À jamais je te confie ma destinĂ©e ».
À quoi, un EugĂšne repenti qui avait gardĂ© la lettre de Tatiana, rĂ©pond en Ă©cho dĂ©calĂ© mais tardif :
« Faites de moi / Ce qu’il vous plaĂźt [
] Je m’abandonne Ă  mon destin. »
Sans rĂ©pondre Ă  sa lettre (absente de l’opĂ©ra), le faisant attendre impitoyablement des mois durant, mĂȘme en avouant qu’elle l’aime encore, Tatiana lui rĂ©pĂštera presque mot pour mot ce qu’il lui rĂ©pondit alors (« votre leçon ») en refusant son amour. Et la jeune femme tire amĂšrement mais implacablement la leçon commune de la rencontre ratĂ©e de deux ĂȘtres, victimes et de la fatalitĂ© invoquĂ©es par tous deux :
« Et le bonheur Ă©tait si proche, / Si possible
Mais le destin / A tranchĂ©. »

Héros antinomiques : images
Pouchkine, dĂšs l’épigraphe qui prĂ©cĂšde son roman, place son hĂ©ros sous des auspices peu sympathiques : « PĂ©tri de vanitĂ© » ; d’orgueil, causĂ© par « un sentiment de supĂ©rioritĂ©, peut-ĂȘtre imaginaire ». Dans l’exergue immĂ©diatement en tĂȘte du premier chapitre, il indique : « Il est pressĂ© de vivre, il a hĂąte de jouir. »
Il le prĂ©sente Ă  la suite « faisant risette Ă  un mourant » qu’il voue au diable, un oncle dont il espĂšre hĂ©riter car son pĂšre a ruinĂ© la famille. Plus humoristiquement, il le traite de « jeune vaurien », « mon polisson », « VĂȘtu comme un dandy de Londres », sachant « écrire et lire le français / Ă  la perfection », « garçon instruit mais pĂ©dant », faisant illusion sur sa culture, finalement pas trĂšs grande, mais suffisamment pour sĂ©duire « des coquettes dĂ©jĂ  expertes » au nez de leur mari, sachant « fort tĂŽt porter le masque », collectionneur prĂ©cieux de prĂ©cieuses babioles de toilette, affligĂ© d’une « paresse mĂ©lancolique », mais passant « trois heures au moins /Par jour Ă  se voir dans la glace », et, finalement, il « sortait de son cabinet / Semblable Ă  VĂ©nus la friponne » dĂ©guisĂ©e en homme, sophistication toute fĂ©minine. Mondain, apprĂ©ciĂ© partout dans le grand monde, il hante les soirĂ©es, les thĂ©Ăątres. MĂȘme Ă  la fin, le narrateur le nomme « Mon incorrigible excentrique », « bizarre compagnon », voyageant avec lui aprĂšs la rupture absolue avec Tatiana.
Autant dire que ce personnage superficiel longuement prĂ©sentĂ©, est Ă  l’extrĂȘme opposĂ© de la rĂȘveuse Tatiana, parue plus tard dans le roman, qui
« n’avait ni la beautĂ©/ Ni la fraĂźcheur de sa cadette ;
Rien qui attire le regard. / Triste, sauvage, enfermée,
Pareille Ă  la biche craintive, /
Elle avait l’air d’une Ă©trangĂšre/ Au sein de sa propre famille ».
Elle n’est « jamais cĂąline » avec les siens, sans poupĂ©e, « on ne l’avait jamais vu s’amuser » : « Rien d’espiĂšgle en elle », Ă  l’inverse de sa sƓur Olga, se lassant vite des jeux frivoles avec leurs « petites amies », en rien attirĂ©e par les travaux domestiques fĂ©minins, le travail d’aiguille. Lectrice de Richardson, de Rousseau. Autant dire que cette personne profonde, douĂ©e ou affligĂ©e d’une « pensive rĂȘverie/ Depuis qu’elle Ă©tait tout enfant », si elle a le coup de foudre pour OnĂ©guine, ce n’est qu’un malentendu reposant sur une image et il aura sans doute assez de luciditĂ© pour deux pour refuser cet ĂȘtre projetĂ© sur lui par la romanesque jeune fille. Et quand il la retrouve plus tard, mariĂ©e Ă  un hĂ©ros, le Prince GrĂ©mine, Ă©lĂ©gante donnant le ton dans les salons, c’est sans doute de cette image qu’il s’éprend et prend pour un amour qui a couvĂ© durant ses longs voyages aprĂšs avoir tuĂ© Lenski en duel.

 

 

L’opĂ©ra
Le tourmentĂ© TchaĂŻkovski, nĂ© en 1840 et mort prĂ©maturĂ©ment en 1893 sans que l’on sache de quoi, tout aussi fĂȘtĂ© en son pays que Pouchkine (il aura droit Ă  des funĂ©railles nationales) crĂ©e en 1878 sa version musicale du roman en vers. Sa volontĂ© toute moderne de vĂ©ritĂ© le pousse Ă  refuser, pour ces rĂŽles principaux de jeunes gens amoureux, des chanteurs vĂ©tĂ©rans et leur prĂ©fĂšre la fraĂźcheur et la spontanĂ©itĂ© de jeunes solistes du Conservatoire de Moscou oĂč l’Ɠuvre est crĂ©Ă©e au thĂ©Ăątre Maly, le 29 mars 1879.
On dirait de cet opĂ©ra, par ses sentiments et situations, qu’il est « vĂ©riste » si le vĂ©risme n’était souvent qu’une exacerbation de sentiments extrĂȘmes alors qu’ici, tout est dans un intimisme qui, malgrĂ© les Ă©lans passionnĂ©s, demeure dans une grande pudeur dont mĂȘme la transgression de la lettre d’amour de Tatiana n’est qu’une exaltation de cette limite rompue.
En sorte, non tragĂ©die, mais drame d’un dĂ©calage dans le temps, dit-on, mais aussi, on ne le remarque pas, de deux couples mal assortis tels ceux de Cosi fan tuttede Mozart : le dĂ©licat poĂšte Lenski, tĂ©nor, eĂ»t mieux convenu Ă  Tatiana, comme le souligne EugĂšne dans le roman, soprano rĂȘveuse et sentimentale telle une Fiordiligi, que la sƓur Olga, mezzo frivole comme Dorabella, mieux avenue avec le baryton libertin EugĂšne.
 

 

 

 

Réalisation et interprétation
Disons-le d’entrĂ©e de ce roman que j’aime et de cet opĂ©ra que j’adore, j’aurai rarement vu, mĂȘme dans une production du Marinsky de Saint-Petersbourg, une rĂ©alisation (Alain Garichot) et une interprĂ©tation aussi sĂ©duisantes et convaincantes dans leur somptueuse simplicitĂ©.
ScĂ©nographie unique (Elsa Pavanel) pour divers lieux : plus qu’une rĂ©aliste forĂȘt, des troncs d’arbres immenses, stylisant la grande forĂȘt russe non domestiquĂ©e ni polie encore par la ville lointaine mais que la prĂ©sence de deux couples de femmes, deux jeunes et deux ĂągĂ©es, d’un enfant, civilise de douceur.
Les expressives lumiĂšres changeantes selon le jour de Marc DelamĂ©ziĂšre, dorĂ©es de crĂ©puscule, bleuies de nuit, blanchies d’aurore,soulignent paradoxalement un fond presque toujours noir, exaltĂ© Ă  la fin par une immense lune oppressante pour un nocturne bal masquĂ© de blanc.

 

 

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La sobriĂ©tĂ© de ce dĂ©cor dans cette enveloppante mais rayonnante obscuritĂ©, permet d’en faire Ă©conomiquement tour Ă  tour jardin d’étĂ© oĂč l’on reçoit les visiteurs et les offrandes des paysans, rustique salle de bal de la fĂȘte, chambre de Tatiana oĂč un simple lit bateau Empire, une table avec sa bougie prennent une prĂ©sence poĂ©tique intense, surtout ce voile blanc planant, ciel de lit suspendu, nuage du ciel et, symboliquement, tombant vaporeusement sur le sol comme un rĂȘve trop lourd d’idĂ©al de la jeune fille, vaste drap ou tablier de jeu terrestres des paysannes en blanc.
Les dames du premier bal campagnard, dans des couleurs d’estompe gris, rose, jaune, ont des robes Ă  manches Ă  gigot (Claude Masson) et des coiffes et des coiffures dans le goĂ»t des annĂ©es 1830 de l’écriture du roman, et non celles de la narration, la fin de la guerre contre NapolĂ©on dont GrĂ©mine est l’un des hĂ©ros et EugĂšne un absent sinon dĂ©serteur. Les troncs disparus, c’est le noir sur noir nuancĂ©, digne de Soulages, du salon mondain du second bal et sa martiale et angoissante polonaise de masques blancs sur costumes noirs.
Sans naturalisme aucun, le jeu est d’un naturel confondant, mĂȘme les danses paysannes, la valse, le cotillon, la polonaise funĂšbre du second bal du dernier acte avec ses masques, bien rĂ©glĂ©es par Cooky Chiapalone.Les personnages de second plan sont justement dessinĂ©s : le Capitaine Zaretski campĂ© solidement, fringant et raide, par Mikhael Piccone, avec son aristocratique impatience pour les formalitĂ©s du duel, dont il est artisan aussi dans le roman en refusant l’inĂ©lĂ©gance d’un arrangement qu’EugĂšne n’aurait pas refusĂ© Ă  son ami, qui va voir Olga en espĂ©rant sans doute qu’elle le dissuade. Souvent sacrifiĂ©, Ă  Monsieur Triquet, le Français Ă©chappĂ© sĂ»rement Ă  la RĂ©volution française et aux convulsions de l’invasion napolĂ©onienne, tĂ©moin et vestige des liens culturels, entre la France des LumiĂšres et la Russie d’alors, dont l’élite parlait le français, Éric Vignau sait donner une dĂ©licatesse Ă©mouvante, toute la dignitĂ© humaine d’un ĂȘtre dĂ©placĂ©, dĂ©classĂ© sĂ»rement, dans un chant nuancĂ© des couplets dĂ©suets Ă  la gloire de Tatiana.Il mĂ©rite bien les bravos de ses hĂŽtes.
Tout semble juste dans cette subtile mise en scĂšne : la tendresse entre la mĂšre, Madame Larina, une onctueuse, et noble dans sa simplicitĂ©, Nona Javakhidze, attentive Ă  son chevalet oĂč elle dessine, Ă©changeant avec la nourrice, tĂ©moin attentif de son passĂ©, en contrepoint nostalgique du chant insouciant des deux jeunes filles, des souvenirs sentimentaux de jeunesse, des rĂȘves fanĂ©s, concluant avec la rĂ©signation de l’expĂ©rience :
« L’habitude nous tient lieu de bonheur. » Grande lectrice autrefois comme sa fille Tania, elle tente de la persuader que les hĂ©ros de roman n’existent pas.
Voix plus sombre, ronde, Filipievna, la Niania, la Nourrice incarnĂ©e par Sophie Pondjiclis, amie tendre de la mĂšre, maternelle, avec les filles, est touchante seule Ă  la table avec ce rituel religieux de l’icĂŽne, bouleversante dans l’aveu de la bribe de son passĂ© qui se lacĂšre, mariĂ©e Ă  treize ans avec un garçon plus jeune : toute une vie en quelque phrases. Olga la joyeuse plus que frivole a le timbre pulpeux de Fleur Barron, contralto lĂ©ger, une adorable poupĂ©e dont on admire le jeu subtil d’enfant prise en faute, d’avoir Ă©tĂ© la cause, innocemment provocante du duel. Dans le roman, elle pleure beaucoup et oublie vite son fiancĂ© mort Ă  cause d’elle.
Celui-ci, Vladimir Lenski, l’ami malheureux d’EugĂšne, est jouĂ©, chantĂ©, comme vĂ©cu, par le tĂ©nor biĂ©lorusse Pavel Valuzhin, physique exact du brave garçon rĂȘveur, du bois dont on fait les victimes, plus fait pour la rĂȘveuse Tatiana que pour la lĂ©gĂšre Olga, mais victime aussi des contraires qui s’attirent : lumineuse voix Ă©lĂ©giaque dans l’ombre dĂ©jĂ  de la mort, il fait passer le frisson de la fatalitĂ© dans la dĂ©chirure irrĂ©mĂ©diable de l’adieu (« Kouda, kouda ? »).

 

 

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Le Prince GrĂ©mine, Ă©poux de Tatiana, n’a qu’un air, mais quel air ! D’une beautĂ© qui reste en tĂȘte, d’amplitude du mi grave au mi aigu, la parfaite tessiture des basses. On donne souvent, Ă  tort, le rĂŽle Ă  des basses en fin de carriĂšre, Ă  des vieillards dont la voix fait des vagues. La basse russe Andrey Valentiy non seulement Ă©chappe Ă  ces dĂ©fauts mais est physiquement noblement princier dans son allure ; il fait passer tendresse mais aussi sensualitĂ© dans l’amour d’un homme mĂ»r pour sa jeune et belle femme qu’il proclame Ă  l’ébahi OnĂ©guine qui le dĂ©couvre, avec un timbre somptueux, Ă©lĂ©gant, profond et lĂ©ger, avec une Ă©galitĂ© de volume et de beautĂ© qu’on appellerait Ă©quanime dans la terminologie morale.
Et il est vrai que la Tatiana de la soprano russe Natalia Pavlovaen beautĂ© et voix, et en physique, est idĂ©ale comme Ă©tait idĂ©ale son hĂ©roĂŻne pour Pouchkine. Elle ne semble pas jouer mais ĂȘtre ce personnage : voix Ă©gale sur toute sa longueur, aĂ©rienne mais charnue. Sa scĂšne plus qu’air de la lettre, l’une des plus longues du rĂ©pertoire, est dĂ©taillĂ©e dans ses nuances d’émotion, frissonnante, exhalĂ©e d’inquiĂ©tude, exaltĂ©e d’espoir, intime et ardente dans les envolĂ©es de son motif avec l’orchestre.
Dans le rĂŽle-titre, le baryton polonais Simon Mechlinski, impeccablement sanglĂ© dans son costume, on dirait uniforme, de dandy dĂ©libĂ©rĂ©, a fiĂšre allure, trĂšs composĂ©e, lenteur Ă©tudiĂ©e des gestes, condescendant, par amitiĂ© pour Vladimir le poĂšte ami, Ă  visiter ces campagnards regardĂ©s de haut, redingote nĂ©gligemment sur le bras pour venir rĂ©pondre Ă  la lettre de Tatiana : le chanteur fait passer cela dans sa voix, son premier air au jeu distanciĂ©, blasĂ© mais caressant, voix sĂ©ductrice en sa mĂąle chaleur qui refuse l’amour tout en en recevant l’hommage, l’encens. Grand acteur, il saura presque la mener Ă  la dĂ©chirure dans son dernier air, sous la pluie de lettres tombant du ciel des dĂ©bris d’un rĂȘve, cri de dĂ©sespoir, sans quelle perde de sa beautĂ©.
On ne peut qu’admirer la finesse de cette distribution vocale, homogĂšne dans l’équilibre entre les voix en juste harmonie de volume, rĂ©partie entre les slaves et les deux françaises, d’une jeunesse crĂ©dible dans les rĂŽles principaux comme le souhaitait TchaĂŻkovski. Les chƓurs sont remarquablement tenus et soutenus par un orchestre transcendĂ©. Et il faut dire aussi que la direction musicale de la finlando-ukrainienne Dalia Stasevska, Ă  la bonne Ă©cole de l’assistanat d’Esa Pekka Salonen et de Paavo JĂ€rvi, cette Ă©cole du nord dĂ©sormais rĂ©fĂ©rence en matiĂšre d’orchestre, par ailleurs invitĂ©e de rien moins que du BBC Symphonie Orchestra, est admirable. Elle dirigeait et chantait le texte, sourire contre sourire face Ă  Tatiana, une osmose de toute beautĂ©. On a beau rĂ©sister Ă  la catĂ©gorisation de genre, on a un peu de gĂȘne Ă  classer selon le sexe, mais disons alors, dans certaines habitudes culturelles traditionnelles assumĂ©es faute de mieux, qu’il y avait toute une finesse fĂ©minine dans ces moments justement si fĂ©minins de l’Ɠuvre avec la beautĂ© diverse de toutes ces femmes, jeunes ou non, et une puissance qu’on dirait virile dans les montĂ©es gĂ©nĂ©reuses tant de l’exaltation de Tatiana que dans le drame. Mais, homme, femme, peu importe : un grand chef ou grande cheffe Ă  coup sĂ»r. Un bonheur.

 

 

 

 

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COMPTE RENDU critique, opéra. TOULON, Opéra, le 26 mai 2019. TCHAIKOVSKI : EugÚne Onéguine.

 

 

EUGÈNE ONÉGUINE
opéra en trois actes de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Livret de Constantin Chilovski et du compositeur
d’aprùs le roman d’Alexandre Pouchkine (1799-1837)

A l’affiche de OpĂ©ra de Toulon, les 24, 26, 28 mai 2019
Direction musicale : Dalia Stasevska
Mise en scÚne : Alain Garichot.
Décors : Elsa Pavanel. Costumes : Claude Masson
LumiÚres : Marc DelaméziÚre.
Chorégraphie : Cooky Chiapalone.

Distribution :
Tatiana : Natalya Pavlova.
Olga : Fleur Baron‹Madame Larina : Nona Javakhidze
Filipievna : Sophie Pondjiclis
EugĂšne OnĂ©guine : Simon MechliƄski
Lenski : Pavel Valuzhin‹Le prince GrĂ©mine : Andrey Valentiy
Monsieur Triquet : Éric Vignau
Capitaine Zaretski : Mikhael Piccone

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra de Toulon

Production Opéra de Lorraine,
repris par Angers-Nantes Opéra

Photos : Frédéric Stéphan

1 Tatiana, Madame Larina, Olga;
2 EugĂšne, Tatiana;
3 Filipievna.

operadetoulon.fr

 

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Angers, Le Quai, mardi 16 juin 2015. Tchaikovski : EugĂšne OnĂ©guine. Gelena Gaskarova (Titiana), Charles Rice (OnĂ©guine), Suren Maksutov (Lenski), Claudia Huckle (Olga)
 Orchestre national des Pays de la Loire. ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra. Lukasz Borowicz, direction. Alain Garichot, mise en scĂšne.

Compte rendu, opĂ©ra. Angers, Le Quai, mardi 16 juin 2015. Tchaikovski : EugĂšne OnĂ©guine. Gelena Gaskarova (Titiana), Charles Rice (OnĂ©guine), Suren Maksutov (Lenski), Claudia Huckle  (Olga)
 Orchestre national des Pays de la Loire. ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra. Lukasz Borowicz, direction. Alain Garichot, mise en scĂšne. Fin de saison pleinement rĂ©ussie pour Angers Nantes OpĂ©ra en cette mi juin 2015… preuve est encore offerte sur les planches du mariage rĂ©jouissant entre thĂ©Ăątre et musique.

 

 

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La production de cet EugĂšne Oneguine n’est pas seulement cohĂ©rente sur le plan vocal mais mais elle est aussi somptueusement dirigĂ©e  (effet “derniĂšre” probablement devant une salle du Quai  Ă  Angers, comble et rĂ©solument enthousiaste votre trĂ©pignante pour les saluts). C’est aussi confirmant le talent reconnu et rĂ©compensĂ© du metteur en scĂšne Alain Garichot, un moment de thĂ©Ăątre Ă©purĂ© et clair qui s’avĂšre en cours d’action trĂšs efficace : des scĂšnes sans accessoires inutiles, des tableaux sobres et visuellement forts dont certaines transitions vĂ©ritablement “cinĂ©matographiques” nous ont parues subtilement dosĂ©e, comme l’enchaĂźnement de l’air de la lettre de Tatiana et celle du choeur de femmes qui suit dans la continuitĂ© est assurĂ©e / rĂ©solue par l’ample drapĂ© blanc d’abord suspendu, puis tombant des cintres (trĂšs Ă©lĂ©gamment), qui devient ample piĂšce Ă  repriser pour la foule des lavandiĂšres ou des servantes soudainement sur scĂšne. C’est aussi la derniĂšre scĂšne, fastueuse et sociale, plus solennelle aussi, chez le prince et la princesse GrĂ©mine (Tatiana devenue femme de pouvoir et Ă©pouse admirable) avec en fond de scĂšne un immense globe terrestre phosphorescent, comme une lune irradiante qui exprime le recul qui se fait vertige dans l’esprit d’Oneguine ; le sĂ©ducteur cĂ©libataire, amer et dĂ©sabusĂ© avant l’Ăąge, jette un regard amer voire panique sur une vie passĂ©e / gĂąchĂ©e, il n’a que 26 ans ; il prend conscience qu’il n’a jamais cessĂ© d’aimer Tatiana, celle lĂ -mĂȘme qu’il a, quelques annĂ©es auparavant, humiliĂ©e en repoussant ses avances. La derniĂšre scĂšne Tatiana / Oneguine est Ă  cet Ă©gard saisissante dans sa sobriĂ©tĂ© calculĂ©e, oĂč le duo terrassĂ© par ce retournement, se dĂ©tache parfaitement dans une chambre noire, lieu dĂ©nudĂ©, sublimateur de leur ultime confrontation.

 

 

 

Angers Nantes OpĂ©ra reprend la mise en scĂšne d’Alain Garichot crĂ©Ă©e en 1997 Ă  Nancy

ThĂ©Ăątre de l’Ă©pure et du drame intĂ©rieur

 

Du reste, ce jeu d’acteurs, dĂ©pouillĂ©, cite continĂ»ment par la place qu’il prĂ©serve Ă  la vĂ©ritĂ© des gestes, des regards aussi, sous un Ă©clairage souvent Ă©blouissant et froid, le thĂ©Ăątre de Tchekov, auquel la mĂ©lancolie d’un Tchaikovski lui-mĂȘme terrassĂ© (au moment de la composition de son opĂ©ra) par une catastrophe intime, apporte un Ă©cho fraternel. De l’un Ă  l’autre s’écoule une mĂȘme sensibilitĂ© inouĂŻe pour la vie intĂ©rieure de chaque personnage : une vision pudique et tragique qu’Alain Garichot respecte Ă  la lettre dans une rĂ©alisation millimĂ©trĂ©e … La tragĂ©die amoureuse qui se noue devant nous, entre deux coeurs sacrifiĂ©s, dĂ©calĂ©s, gagne une puissance et une grandeur romantique intensifiĂ©es par l’intelligence dans le traitement des situations.

tchaikovski-eugene-oneguine-angers-nantes-opera-premiere-scene-Larina-Olga-Tatiana-Philppievna-juin-2016D’une succession de scĂšnes parfaitement exposĂ©es,  on retient les plus rĂ©ussies esthĂ©tiquement et dramatiquement : le quatuor des femmes au lever de rideau : superbe exposĂ© des solitudes / gĂ©nĂ©rations juxtaposĂ©es mais nĂ©anmoins  exceptionnellement exprimĂ©e oĂč  jaillit aussi la force tendre / amĂšre de la nostalgie. Sur ce point les seconds rĂŽles sont tout autant admirables de profondeur, de gravitĂ©, de sincĂ©rité  (la nourrice Philippievna : trĂšs juste Stefania Tocczyska-, la mĂšre de Tatiana : admirable Larina de Diana Montague 
), sans omettre le choeur maison qui rĂ©ussit ici comme souvent un trĂšs beau travail dans l’expression de la foule si sollicitĂ©e pourtant, comme un contrepoint au drame intimiste (le premier choeur des serfs cĂ©lĂ©brant la maĂźtresse du domaine agricole et qui vient aussi toucher salaire;  le bal ou paraĂźt le français vieux style de Monsieur Triquet et dont Garichot  fait avec beaucoup de justesse l’anniversaire de Tatiana. …) : ici et lĂ  le tissu humain, la rĂ©sonance Ă©motionnelle de chaque situation est parfaitement restituĂ©e. On y retrouve Ă  la fois Ă©purĂ© et trĂšs expressif le dĂ©voilement des passions les plus intimes soudainement affleurantes comme les signes d’un cataclysme intĂ©rieure qui transfigurent les ĂȘtres. Une mĂȘme approche avait dĂ©jĂ  frappĂ© les spectateurs de Titus et BĂ©rĂ©nice de Magnard, prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours la saison derniĂšre, production Ă©vĂ©nement rĂ©compensĂ©e par le Prix du syndicat de la critique 2014, et surtout sujet d’un reportage vidĂ©o complet par les Ă©quipes de CLASSIQUENEWS.COM.

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Dans ce thĂ©Ăątre opĂ©ra, le jeu tout en pudeur et en intĂ©rioritĂ© fĂ©line de la soprano russe Gelena Gaskarova fait merveille ; on peut regretter ici et lĂ  certains aigus tenus sans ĂȘtre projetĂ©s comme a su le faire une Freni en son temps, mĂ©tal incandescent qui s’embrasait au moment du duo final, mais l’intensitĂ© du style, le souci du texte (qui rĂ©tablit Ă©videmment le thĂ©Ăątre), la sincĂ©ritĂ© pleine et continue du personnage Ă©blouissent littĂ©ralement, rendant ce portrait de femme, adolescente romantique… devenue femme de loyautĂ© malgrĂ© sa passion ancienne, totalement convaincante. HĂ©las, l’OnĂ©guine de Charles Rice nous paraĂźt moins abouti, moins subtilement poli ; le baryton franco-britannique n’est rĂ©ellement juste et naturel 
 qu’à la fin de la soirĂ©e, en cynique terrassĂ© par l’amour et pourtant d’une impuissance bouleversante. A leurs cĂŽtĂ©s, tout en nuances et prĂ©cision, le tĂ©nor Suren Maksutov imprime au caractĂšre gĂ©nĂ©reux mais trahi de Lenski, une force tendre non moins troublante ; enfin renforçant davantage l’attrait du quatuor vocal, l’Olga de la britannique Claudia Huckle enchante par la caresse de son timbre grave somptueux, superbe incarnation de la soeur de Tatiana, elle aussi frappĂ©e par le destin. CrĂ©Ă©e Ă  Nancy en avril 1997, la production conserve toujours sa force allusive, sa vĂ©ritĂ© Ă©purĂ©e. Une relecture thĂ©Ăątralement ciselĂ©e d’autant mieux servie ce soir par une distribution particuliĂšrement convaincante et un orchestre capable sous la direction de Lukasz Borowicz, de finesse sans pathos.

 

 

angers nantes operaAinsi s’achĂšve superbement, la saison lyrique d’Angers Nantes OpĂ©ra 2014-2015. La prochaine saison promet d’ĂȘtre riche voire tout autant saisissante, accordant comme rarement ailleurs, thĂ©Ăątre et musique. C’est aussi une nouvelle programmation particuliĂšrement engagĂ©e, fidĂšle au souci moral et humaniste dĂ©fendu depuis ses dĂ©buts dans la place par le directeur des lieux, Jean-Paul Davois. DĂ©couvrez la nouvelle saison lyrique 2015-2016 d’Angers Nantes OpĂ©ra. VOIR notre dernier reportage vidĂ©o ANGERS NANTES OPERA dĂ©diĂ© Ă  la sensibilisation Ă  l’opĂ©ra des collĂ©giens et lycĂ©ens, autour de La Ville Morte de Korngold (mars 2015).

 

 

 

D’autres reportages opĂ©ra dĂ©diĂ©s Ă  ANGERS NANTES OPERA ? Les voici :

La Ville Morte de Korngold, mise en scĂšne par Philippe Himmelmann

PellĂ©as et MĂ©lisande, mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet

Prochain spectacle prĂ©sentĂ© par ANGERS NANTES OPERA Ă  partir de la rentrĂ©e 2015 : L’Heure espagnole de Ravel, Ă  partir du 9 septembre 2015 au ThĂ©Ăątre Graslin de Nantes. 

Compte rendu, opĂ©ra. Angers, Le Quai, mardi 16 juin 2015. Tchaikovski : EugĂšne OnĂ©guine. Gelena Gaskarova (Titiana), Charles Rice (OnĂ©guine), Suren Maksutov (Lenski), Claudia Huckle  (Olga)
 Orchestre national des Pays de la Loire. ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra. Lukasz Borowicz, direction. Alain Garichot, mise en scĂšne.

 

 

Illustrations : © Jeff Rabillon 2015 / Angers Nantes Opéra, juin 2015 :
- Onéguine et Tatiana dans le duo final,
- la premiÚre scÚne (quatuor vocal féminin)
- Tatiana écrivant sa déclaration à Onéguine

 

 

EugÚne Onéguine à Angers

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Angers, Le Quai. TchaĂŻkovski : EugĂšne OnĂ©guine, les 14 et 16 juin 2015. 7 reprĂ©sentations. Erreurs de jeunesse… Tatiana, jeune Ăąme romantique s’Ă©prend d’un cynique dĂ©sabusĂ© EugĂšne, qui par orgueil tue en duel son meilleur ami, le plus loyal, Lenski, pourtant promis Ă  la belle Olga. EcartĂ©e Tatiana devient princesse GrĂ©mine et quand elle retrouve en fin d’action OnĂ©guine, enfin conscient et rĂ©ceptif Ă  son amour, il est trop tard : Tatiana ne quittera pas son Ă©poux pour le dandy lĂ©ger. L’amertume et les remords d’OnĂ©guine, la constance de Tatiana, en un contraste saisissant ferment ce chapitre de l’Ă©cole amoureuse, initialement conçue par Pouchkine en 1830.

EugĂšne OnĂ©guine Ă  Angers, les 14 et 16 juin 2015Tchaikovski porte Ă  la scĂšne la langue puissante et directe de Pouchkine, l’inventeur de la langue russe au thĂ©Ăątre. Le compositeur adapte 3 fois ses piĂšces et drames : Mazeppa en 1884, La Dame de Pique en 1890 et donc EugĂšne OnĂ©guine en 1877, premiĂšre approche pouchkinienne, la plus dense, la plus introspective aussi, dans laquelle il projeta certainement ses propres sentiments. La force d’EugĂšne OnĂ©guine n’est pas spectaculaire mais psychologique et Ă©motionnelle, dĂ©voilant deux dĂ©calĂ©es, inadaptĂ©es au monde : EugĂšne par son cynisme et ses blessures, comme Tatiana dans son rĂȘve de Cendrillon. En dĂ©finitive, TchaĂŻkovski de dĂ©crit pas les vers de Pouchkine : il les exprime. Angers Nantes Opera reprend la production d’EugĂšne OnĂ©guine, crĂ©Ă© en Lorraine en 1997. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte

 

 

 

boutonreservationNantes / Théùtre Graslin
mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, ‹mardi 26, jeudi 28 mai 2015

Angers / Le Quai
dimanche 14 (14h30), mardi 16 juin 2015 (20h)

 

 

 

eugene_oneguine_nantes_2015_1_EugÚne Onéguine de Tchaikovski à Angers Nantes Opéra
ScĂšnes lyriques – en trois actes et sept tableaux.
Livret de Piotr Ilitch TchaĂŻkovski et Constantin Chilovski d’aprĂšs EugĂšne OnĂ©guine, roman en vers de Alexandre Pouchkine.‹CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Maly de Moscou, le 29 mars 1879.
Direction musicale: Lukasz Borowicz‹Mise en scùne: Alain Garichot

avec
Charles Rice, EugÚne Onéguine
Gelena Gaskarova, Tatiana
Claudia Huckle, Olga
Suren Maksutov, Lenski
Oleg Tsibulko, Le Prince Grémine
Diana Montague, Madame Larina
Stefania Toczyska, Filipievna
Éric Vignau, Monsieur Triquet
Éric Vrain, Un Capitaine et Zaretski

 

 

Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra‹Direction Xavier Ribes

Orchestre National des Pays de la Loire

Production de l’OpĂ©ra de Nancy et de Lorraine,‹crĂ©Ă©e Ă  Nancy le 19 avril 1997.
[Opéra en russe avec surtitres en français]

 

 

REPORTAGE vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours (4,6,8 avril 2014)

BĂ©rĂ©nice de Magnard (1909) ressuscite Ă  l'OpĂ©ra de ToursREPORTAGE vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Jean-Yves Ossonce engage toutes les forces vives de l’OpĂ©ra de Tours pour offrir une nouvelle production de l’opĂ©ra oubliĂ© d’AlbĂ©ric Magnard, BĂ©rĂ©nice, composĂ© en 1909, crĂ©Ă© en 1911 Ă  l’OpĂ©ra Comique. WagnĂ©rien et pourtant d’une inventivitĂ© inĂ©dite, puissante et originale, Magnard renouvelle la figure antique traitĂ©e avant lui par Racine et Corneille : le compositeur rĂ©ussit le portrait du couple amoureux que la politique dĂ©fait malgrĂ© eux. C’est pourtant leur profondeur morale et Ă©motionnelle qui intĂ©resse Magnard : son opĂ©ra est une Ă©pure dramatique et psychologique, conçu comme un huit clos thĂ©Ăątral, qui atteint au sublime Ă  l’Ă©gal des tragĂ©dies raciniennes mais dĂ©sormais enrichi et comme rĂ©chauffĂ© par le flamboiement raffinĂ© de l’orchestre. Grand Reportage vidĂ©o avec Catherine Hunold (BĂ©rĂ©nice), Jean-SĂ©bastien Bou (Titus), Jean-Yves Ossonce (directeur musical de l’OpĂ©ra de Tour), Alain Garichot (mise en scĂšne)…. Reportage exclusif © CLASSIQUENEWS.COM 2014

CLIP vidĂ©o. BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours

BERENICE OpĂ©ra de Tours avril 2014 © François Berthon  6145CLIP vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  Tours. RecrĂ©ation majeure Ă  l’OpĂ©ra de Tours : la nouvelle production de l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice d’AlbĂ©ric Magnard (1911) crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement les 4,6 et 8 avril 2014. D’une grandeur humaine raffinĂ©e, ciselĂ©e comme une Ă©pure tragique, l’Ă©criture de Magnard assimile et Wagner et Massenet avec une sensibilitĂ© instrumentale et une vitalitĂ© rythmique, originales, souvent inouĂŻes. Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce, dĂ©taillĂ©, dramatique, rĂ©unit un plateau idĂ©al : Catherine Hunold et Jean-SĂ©bastien Bou, dans les rĂŽles principaux : BĂ©rĂ©nice et Titus, offrant aux figures antiques, une intensitĂ© poĂ©tique trĂšs convaincante.

Ayant perdu sa mĂšre alors qu’il n’avait que 4 ans, Magnard peint dans le portrait de BĂ©rĂ©nice, une figure de femme admirable, mesurĂ©e, loyale, d’une intĂ©gritĂ© morale exemplaire qui laisse la place peu Ă  peu au renoncement ultime aprĂšs avoir Ă©tĂ© passionnĂ©ment amoureuse. Saisi par Tristan und Isolde de Wagner, dĂ©couvert Ă  Bayreuth en 1886, Magnard se destine Ă  la musique, devenant l’Ă©lĂšve de Dubois, le proche de Ropartz. La pulsation rythmique rappelle Roussel, les raffinements harmoniques, Dubois ; et le caractĂšre langoureux extatique, le Wagner de Tristan et de la Walkyrie. BĂ©rĂ©nice est une Isolde française, un hommage personnel et puissamment original Ă  l’Ɠuvre wagnĂ©rienne.

Nouvelle production événement. CLIP vidéo exclusif CLASSIQUENEWS.COM

Lire notre compte rendu critique de BĂ©rĂ©nice d’AlbĂ©ric Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours avec Catherine Hunold et Jean-SĂ©bastien Bou

Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théùtre, le 4 avril 2014. Albéric Magnard : Bérénice. Catherine Hunold, Jean-Sébastien Bou, Nona Javakhidze, Antoine Garcin. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Alain Garichot, mise en scÚne

BERENICE OpĂ©ra de Tours avril 2014 © François Berthon  6145Pour le centenaire de la disparition d’AlbĂ©ric Magnard, l’OpĂ©ra de Tours a eu le nez fin en programmant pour trois soirĂ©es sa rare BĂ©rĂ©nice (4,6, 8 avril 2014), ces reprĂ©sentations n’étant que les secondes depuis la crĂ©ation de l’Ɠuvre en dĂ©cembre 1911. En 2001, l’OpĂ©ra de Marseille avait osĂ© redĂ©couvrir cette tragĂ©die lyrique aprĂšs la lettre, et puis plus rien.
Disciple de Jules Massenet, ThĂ©odore Dubois et Vincent d’Indy, Ă©chaudĂ© par l’échec de ses ouvrages lyriques prĂ©cĂ©dents, Yolande et GuercƓur, et peinant Ă  trouver un nouveau sujet pour la scĂšne, Magnard se voit suggĂ©rer en 1904 la figure de BĂ©rĂ©nice, qui finit par le hanter tout Ă  fait.
PlutĂŽt que mettre en musique les vers de Racine, geste qu’il considĂ©rait comme un affront au gĂ©nie de l’auteur, le compositeur dĂ©cide d’écrire son propre livret en s’inspirant de diverses sources, allant jusqu’à puiser dans une BĂ©rĂ©nice Ă©gyptienne. C’est ainsi que la reine de JudĂ©e se trouve rajeunie, que Titus ne monte sur le trĂŽne de son pĂšre dĂ©funt qu’au deuxiĂšme acte, et que BĂ©rĂ©nice achĂšve l’Ɠuvre en offrant sa chevelure, symbole de sa fĂ©minitĂ©, Ă  la dĂ©esse VĂ©nus, comme un renoncement Ă  ses charmes fermant ainsi pour toujours son cƓur Ă  l’amour.

Racine Ă  l’opĂ©ra

La partition s’ouvre par une introduction respirant le large et les embruns, rĂ©sumant Ă  elle seule les thĂšmes qui seront dĂ©veloppĂ©s durant le drame, servie par une Ă©criture qui rappelle irrĂ©sistiblement Berlioz et son Île inconnue.

 

 

BERENICE Opéra de Tours avril 2014 © François Berthon  6018

         

 

 

Par la suite, le langage utilisé par le compositeur est celui de la déclamation mélodique, couvrant un large ambitus mais toujours au service du texte, sous lequel se tisse une harmonie qui rappelle aussi bien Wagner que Debussy, et préfigurant par instants déjà Poulenc. Racine est bien entendu présent, par la majesté des personnages, en particulier le rÎle-titre, à la fierté impériale, alors que Titus ploie sous les doutes et les tourments. Un ouvrage qui se noue comme un dialogue, les répliques des autres personnages ne venant que conforter les deux protagonistes dans leurs choix et leurs résolutions.
La richesse de l’orchestration met en valeur le travail effectuĂ© par Jean-Yves Ossonce et son Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours, dĂ©bordant de la fosse jusqu’à occuper les loges supĂ©rieures de l’avant-scĂšne. La cohĂ©sion des musiciens se rĂ©vĂšle remarquable, sans faiblesse du dĂ©but Ă  la fin malgrĂ© la densitĂ© de l’écriture musicale et les difficultĂ©s qui en dĂ©coulent. Tout au plus pourrait-on souhaiter encore davantage de subtilitĂ© et de liquiditĂ© dans les accents des cordes, mais la performance de l’ensemble est Ă  saluer bien bas.
Invisibles, les chƓurs servent avec bonheur leurs parties, chansons calomniant BĂ©rĂ©nice autant que voix des marins manƓuvrant les rames du navire emportant la jeune femme loin de Rome.
Tenant les rĂȘnes de cette soirĂ©e, le chef confirme ses affinitĂ©s avec ce rĂ©pertoire, dont il souligne autant les filiations que les particularitĂ©s et qu’il sert avec un bonheur communicatif.
GrĂące Ă  douze annĂ©es passĂ©es Ă  la ComĂ©die Française, Alain Garichot connaĂźt bien ce sujet cĂ©lĂšbre entre tous, et sert son illustration lyrique avec un immense respect. Il imagine une scĂ©nographie dĂ©pouillĂ©e et intemporelle, offrant Ă  voir tantĂŽt une colonne dorique, tantĂŽt une statue, l’ouvrage culminant sur une proue de bateau couronnĂ© de sa voile, reprĂ©sentation simple et efficace du dĂ©part de BĂ©rĂ©nice sur les flots. Des images dont la majestĂ© conviennent admirablement Ă  l’Ɠuvre et qui permettent Ă  la musique de se dĂ©ployer pleinement.
La direction d’acteurs est Ă  l’avenant, centrĂ©e sur les deux amants dĂ©chirĂ©s par le devoir. BĂ©rĂ©nice demeure toujours altiĂšre, mesurĂ©e dans ses mouvements, retenue jusque dans la colĂšre, les sentiments la dĂ©vorant de l’intĂ©rieur sans qu’elle laisse paraĂźtre son trouble autrement que par ses mots ; contrairement Ă  Titus qui ne cesse de se mouvoir, agitĂ© par son trouble, implorant, Ă  genoux, Ă©tendu aux pieds de sa maĂźtresse, sans parvenir Ă  trouver la paix. Une opposition saisissante, qui fait Ă©cho Ă  la partition, d’une grande justesse.
Entourant le couple central, les seconds rĂŽles remplissent parfaitement leur rĂŽle.
Nona Javakhidze incarne une Lia aussi bien maternelle que sĂ©vĂšre, faisant admirer son beau mezzo rond et ample, mais que davantage de luminositĂ© aurait aidĂ© Ă  servir ce rĂ©pertoire dans toute sa clartĂ©. Mucien au cƓur sec, Antoine Garcin met Ă  profit la profondeur de sa voix de basse pour incarner le devoir, rude et inflexible.
L’ouvrage trouvant sa palpitation au cƓur de la passion qui anime les deux amants, il fallait trouver deux interprĂštes Ă  mĂȘme de rendre justice Ă  cette musique. Aussi dissemblables que complĂ©mentaires, Jean-SĂ©bastien Bou et Catherine Hunold dĂ©livrent une prestation d’une qualitĂ© exceptionnelle.
Lui confirme la place qu’il occupe actuellement dans le paysage lyrique français, grĂące Ă  sa voix de baryton claire et puissante, jamais grossie mais toujours percutante, Ă  l’aise dans l’aigu, ciselant son texte avec la prĂ©cision de ses grands aĂźnĂ©s. Il se donne tout entier dans ce Titus torturĂ© par le devoir, abhorrant le pouvoir avant d’avoir rĂ©gnĂ©, d’une grande vĂ©ritĂ© dramatique dans sa vulnĂ©rabilitĂ©.
Elle dĂ©montre une fois encore qu’elle est bien ce soprano dramatique Ă  la française qu’il nous manquait depuis longtemps. L’instrument se dĂ©ploie peu Ă  peu, paraissant grandir au fur et Ă  mesure que le drame se joue, mais jamais au dĂ©triment des mots, Ă©noncĂ©s Ă  fleur de lĂšvres. Si le bas-mĂ©dium et le grave surprennent par leur peu d’appui – sĂ©curitĂ© pour permettre au registre supĂ©rieur de durer tant en vaillance qu’en longĂ©vité ? – l’aigu Ă©clate, solide et puissant, d’un impact tĂ©tanisant. Parfois un rien tendu dans les sauts d’intervalles, il trouve sa plĂ©nitude dans les longues tenues lorsqu’il est prĂ©parĂ© et dĂ©tendu, ainsi que l’exigent les grandes voix. L’abandon devenant inĂ©luctable, la fureur s’apaise, laissant place Ă  d’ineffables nuances, faisant irradier un « je t’aimerai toujours » suspendu, comme arrĂȘtant le temps, Ă  la sincĂ©ritĂ© bouleversante.
DotĂ©e d’un port de reine et d’un magnĂ©tisme scĂ©nique Ă©vident, elle occupe le plateau par sa seule prĂ©sence, stature d’airain et noblesse jusque dans le sacrifice. Tant de qualitĂ©s qui nous font rĂȘver Ă  une Reine de Saba de Gounod et, dans un tout autre rĂ©pertoire, Ă  une Norma qui augure du meilleur.
Une redĂ©couverte majeure, un pari risquĂ© de la part de l’OpĂ©ra de Tours mais remportĂ© haut la main, qui rĂ©habilite l’originalitĂ© d’AlbĂ©ric Magnard. A quand GuercƓur ?

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 4 avril 2014. AlbĂ©ric Magnard : BĂ©rĂ©nice. Livret du compositeur d’aprĂšs Racine. Avec BĂ©rĂ©nice : Catherine Hunold ; Titus : Jean-SĂ©bastien Bou ; Lia : Nona Javakhidze ; Mucien : Antoine Garcin. ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours et ChƓurs SupplĂ©mentaires ; Chef de chƓur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours. Direction musicale : Jean-Yves Ossonce. Mise en scĂšne : Alain Garichot ; DĂ©cors : Nathalie Holt ; Costumes : Claude Masson ; LumiĂšres : Marc DelamĂ©ziĂšre

Illustrations : © François Berthon 2014