STREAMING, opéra, CRITIQUE I Le 21 février 2021. VERDI : Aida : Tézier, Kaufmann, Opéra de Paris

UnknownSTREAMING, opĂ©ra, CRITIQUE I Le 21 fĂ©vrier 2021. VERDI : Aida : TĂ©zier, Kaufmann, OpĂ©ra de Paris. A nouveau cette nouvelle production d’Aida prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris fait surgir la question d’un dĂ©calage malheureux entre l’unitĂ© et le sens originels de la partition quasi archĂ©ologique de Verdi (qui reçut les conseils de l’égyptologue français, Auguste Mariette) et les options de la mise en scĂšne signĂ©e de la confuse et non verdienne Lotte de Beer. Exit la grandeur exotique d el’Egypte ancienne et flamboyante du NOuvel Empire : voici une action traitĂ©e comme une comĂ©die de mƓurs dans un musĂ©e XIXĂš, avec marionnettes pierreuses Ă  l’avenant, sans que l’on sache vraiment ce que ses « doubles » des protagonistes ajoute Ă  la clarification du propos.
Peu inspirĂ©e par l’univers verdien, Lotte de Beer plaque des prĂ©conçus et des thĂ©matiques qui n’ont rien Ă  voir avec la dramaturgie verdienne, caractĂ©risĂ©e comme toujours par le conflit douloureux entre amour et devoir, solitude impuissante des individus et nĂ©cessitĂ© de la loi sociale et politique. Dans le sillon tracĂ© et fixĂ© par le grand opĂ©ra version Meyerbeer, Verdi oppose avec gĂ©nie, la question des conflits gĂ©opolitiques et le destin des individus dont l’amour contredit les plans et les intĂ©rĂȘts supĂ©rieurs, d’autant que comme dans Don Carlo(s), l’église s’en mĂȘle et soumet tout un chacun Ă  la loi mystĂ©rieuse mais avide et vorace des dieux.

VOIX PUISSANTES et CHEF EXPRESSIF
Aida Ă  l’OpĂ©ra de Paris en fĂ©vrier 2021

MĂȘme gĂ©nĂ©ral victorieux, RadamĂšs a trahi son pays pour l’amour de la belle Ă©thiopienne Aida, rĂ©duite en esclave Ă  la Cour d’AmnĂ©ris, l’égyptienne trop jalouse, qui aime RadamĂšs mais sans retour.
Les costumes renvoient Ă  l’époque oĂč fut composĂ© l’opĂ©ra, fin XIXĂš, pour l’inauguration du Canal de Suez. Mais dans cette grille conteporaine, on n’identifie pas clairement les relations qui situent chaque personnage
 Ne parlons ni des dĂ©cors ni du mouvement des chƓurs comme de la directions d’acteurs : quand ils ne sont pas laids et dĂ©calĂ©s, il sont absents. Ce manque de vision, de cohĂ©rence
 interroge.

Unknown-1Heureusement la rĂ©alisation musicale est Ă  la hauteur de cet Ă©vĂ©nement parisien, affichĂ©, diffusĂ© en plain confinement de la culture et du spectacle vivant. Le chef Michele Mariotti dĂ©taille et insuffle de belles couleurs, des nuances expressives trĂšs convaincantes : il souligne sous chaque Ă©pisode la double lecture : politique / individuelle. Le plateau rĂ©unit des chanteurs Ă  dĂ©cibels, puissants naturellement et heureusement phrasĂ©s. Ainsi les femmes sont trĂšs incarnĂ©es, aux timbres magnifiquement opposĂ©s. La fauve, sombre et viscĂ©rale AmnĂ©ris, dĂ©vorĂ©e par la jalousie (Ksenia Dudnikova aux aigus qui dĂ©rapent parfois cependant) contredit le soprano clair et tout aussi sonore de Sondra Radvanovsky, Aida palpitante et sobre, riche en harmoniques sensibles. Le cast souligne ici combien la partition est aussi une affaire d’hommes (comme dans Don Carlo/s Ă©galement avec le duo Carlo et Posa) : Ludovic TĂ©zier affirme un Amonasro (pĂšre d’Aida), fĂ©lin, articulĂ©, noble de bout en bout (vrai baryton verdien sculptant avec finesse son profil psychologique), tandis que Jonas Kaufmann (RadamĂšs) colore sa voix sombre d’éclats crĂ©pusculaires qui brĂ»lent littĂ©ralement dans la scĂšne finale oĂč les deux amants sont rĂ©unis mais emmurĂ©s vivants. Evidemment les voix Ă  l’intonation si facile semble souvent ĂȘtre indiffĂ©rents aux mots et au texte en gĂ©nĂ©ral (Ă  l’exception de Kaufmann). Dommage.
Voici donc une production vocalement intense et caractĂ©risĂ©e, orchestralement passionnante, mais dĂ©naturĂ©e (encore) par une mise en scĂšne Ă  l’éclectisme dĂ©concertant. Photos : Aida / Mariotti © Vincent Pontet / OpĂ©ra national de Paris

 

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STREAMING, opéra, CRITIQUE I Le 21 février 2021. VERDI : Aida : Tézier, Kaufmann, Opéra de Paris

 

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VOIR la captation d’Aida de Verdi par M Mariotti, J Kaufmann, S Radvanovsky, L TĂ©zier, K Dudnikova
 OpĂ©ra de Paris

https://www.arte.tv/fr/videos/100855-001-A/giuseppe-verdi-aida/

 

 

LIEN DIRECT vers la page ARTE CONCERT / Aida de VERDI
https://www.arte.tv/it/videos/100855-001-A/giuseppe-verdi-aida/
REPLAY jusqu’au 20 aoĂ»t 2021.

 

 

VOIR ici AIDA de VERDI / OpĂ©ra de Paris / Mariotti, Kaufmann, TĂ©zier… :

 

 

AIDA de VERDI sur ARTE (Kaufmann, Radvanovsky)

Londres, Royal Opera House : Jonas Kaufmann chante Andrea ChĂ©nierSTREAMING, opĂ©ra chez soi. ARTE. VERDI : Aida, jeudi 18 fĂ©v 2021, 19h30. Paris, l’OpĂ©ra de Bastille affiche l’opĂ©ra Ă©gyptien de Verdi, inaugurĂ© Ă  l’ouverture du Canal de Suez, inspirĂ© par l’ñge d’or de l’histoire pharaonique, soit le Nouvel Empire. Le gĂ©nĂ©ral RadamĂšs (tĂ©nor hĂ©roĂŻque) couvert d’or et glorieux est accueilli en hĂ©ros par la foule et Pharaon : mais il aime la princesse Aida (soprano dramatique d’un angĂ©lisme ardent), rĂ©duite en esclave, soumise Ă  la fille de Pharaon AmnĂšris (bel emploi d’alto sombre et passionnĂ©e)
 C’est compter sans la volontĂ© d’AmnĂ©ris et sa jalousie destructrice, pourtant bientĂŽt dĂ©faite devant l’horreur du sort qui les prĂȘtres rĂ©servent Ă  RadamĂšs. N’a-t-il pas finalement trahi la Cour de Pharaon ? Comme Don Carlo, Aida, tout en se prĂȘtant au genre du grand opĂ©ra historique avec ballet, reste un huis clos psychologique dont la tension se resserre sur les 3 protagonistes : Aida, AmnĂšris, RadamĂšs. Verdi qui aime la tessiture de baryton, ajoute un 4Ăš personnage clĂ©, Amonasro, le pĂšre d’Aida, lui aussi captif de Pharaon. Photo : portrait de Jonas Kaufmann  (DR) tĂ©nor hallucinĂ© qui chante le rĂŽle du gĂ©nĂ©ral RadamĂšs.

2021 marque aussi le 150e anniversaire de la crĂ©ation de l’ouvrage dont la conception profite aussi de la coopĂ©ration de l’égyptologue français Auguste Mariette : d’oĂč le grand rĂ©alisme historique de la partition et la vraisemblance du livret.

EN REPLAY sur ARTE concert dÚs le jeudi 18 février 2021, 19h30, puis sur ARTE  dim 21 février 2021, 14h05 :
https://www.arte.tv/fr/videos/RC-016485/saison-arte-opera/

CrĂ©Ă© en dĂ©cembre 1871 Ă  l’OpĂ©ra du Caire pour cĂ©lĂ©brer l’inauguration du canal de Suez, AĂŻda est devenu un pilier du rĂ©pertoire lyrique, avec La Traviata et Le TrouvĂšre, l’opĂ©ra le plus jouĂ© de Verdi. Dans cette nouvelle production, la metteuse en scĂšne nĂ©erlandaise Lotte de Beer entend soulignes avec une acuitĂ© critique les « reprĂ©sentations europĂ©ennes des peuples assujettis”. Il est vrai qu’avec Aida et son pĂšre, Amonasro, Verdi a brosser le portrait de deux captifs rĂ©duits en esclavage. La distribution rĂ©unie par la scĂšne parisienne promet de superbes moments dont Ă©videmment le dernier tableau, Ă  la fois bouleversant et glaçant
 quand les deux amants inflexibles sont condamnĂ©s Ă  mourir emmurĂ©s vivants.

AĂŻda
Opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi
Livret : Antonio Ghislanzoni d’aprùs une intrigue d’Auguste Mariette
Mise en scĂšne : Lotte de Beer
Direction musicale : Michele Mariotti
Choeur et orchestre de l’OpĂ©ra de Paris

Avec : Sondra Radvanovsky (AĂŻda), Ksenia Dudnikova (AmnĂ©ris), Jonas Kaufmann (RadamĂšs), Ludovic TĂ©zier (Amonasro), Dmitry Belosselskiy (Ramfis), l’Orchestre et les ChƓurs de l’OpĂ©ra national de Paris
Réalisation : François-René Martin
Coproduction : ARTE France, Telmondis, Opéra national de Paris (France, 2021, 3h)
Présenté par : Saskia De Ville

L’opĂ©ra sera disponible en ligne dĂšs le jeudi 18 fĂ©vrier, 19h30 – Saison ARTE OpĂ©ra
arteconcert.com

Approfondir

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VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402La dramaturgie de Giuseppe Verdi fait Ă©voluer les personnages du drame. Au dĂ©part, vĂ©ritable type psychologique, presque figĂ©, associĂ© Ă  une voix (soprano tragique, mezzo sombre et envieuse, baryton noble, tĂ©nor vaillant et amoureux), les caractĂšres se modifient, et Ă  partir des annĂ©es 1870, -AĂŻda est crĂ©e en 1871 Ă  l’opĂ©ra du Caire-, les individus mĂȘlent la gravitĂ© et la tendresse, le tragique et le combatif, en un mĂ©lange complexe qui imite la vie.
Dans cette veine réaliste et de couleur tragique là aussi, verdi composa Rigoletto qui inaugura le nouvel opéra du Caire, en 1869.
Commande du KhĂ©dive Ă©gyptien, IsmaĂŻl Pacha pour le nouvel opĂ©ra caĂŻrote, AĂŻda est d’autant moins artificiel ou dĂ©coratif, que le livret s’appuyant sur une trame validĂ©e par le directeur du musĂ©e Ă©gyptien du Louvre, Auguste Mariette, met en scĂšne non plus des “types” mais des ĂȘtres de chair et de sang, qui Ă©prouvent sur la scĂšne, l’horloge des sentiments les plus extrĂȘmes. Un temps comptĂ©, et des Ă©preuves passionnelles qui rĂ©vĂšlent et brĂ»lent caractĂšres et ardeurs. En quatre actes, AĂŻda recompose une lente chute vers le gouffre : la dĂ©chĂ©ance du hĂ©ros certes, mais l’élĂ©vation a contrario d’un coeur amoureux, fidĂšle, jusqu’à la mort.

La carriĂšre du gĂ©nĂ©ral RadamĂšs, gloire de l’Egypte, amoureux de l’esclave AĂŻda, fille d’un roi ennemi, illustre cette descente aux abĂźmes : trahison, passion amoureuse, exĂ©cution. Historique, tragique, l’opĂ©ra verdien rĂ©vĂšle sa triple identitiĂ© : psychologique.
Verdi sous l’influence de Wagner, son contemporain, abolit les anciennes conventions de l’aria et du rĂ©citatif, de la cabalette triomphale, pour un drame musical continu. Le choix des options pour une vraisemblance accrue est d’autant plus rĂ©vĂ©latrice des intentions du compositeur que c’est Verdi lui-mĂȘme qui Ă©crit le livret final ou, du moins, valide la dramaturgie gĂ©nĂ©rale.
Dans ce mode formel renouvelĂ©, l’air d’AĂŻda Ă  l’acte I : “Ritorna Vincitor” incarne l’expression la plus Ă©laborĂ©e d’un arioso dramatique oĂč se dilue l’ancien air classique. Et mĂȘme l’ouverture d’AĂŻda aurait Ă©tĂ© composĂ©e dans le souvenir du choc que lui causa l’ouverture de TannhĂ€user, dĂ©couvert et admirĂ© en 1865 Ă  Paris.

AĂŻda,
opéra en quatre actes
Livret de Verdi, versifié par Ghislanzoni
sur un texte de Camille du Locle (1868) d’aprùs
l’intrigue d’Auguste Mariette
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra du Caire, le 24 dĂ©cembre 1871.

Anna Netrebko chante Aida dans les salles UGC

Compte rendu critique opéra. Salles UGC, le 2 juillet 2020. VERDI : Aida. Netrebko, Meli, Semenchuk, MUTI (Salzbourg 2017).

 

 

EGYPTE PROCHE ORIENTALE

 

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Pas de statues pharaoniques ni de rĂ©fĂ©rences visuelles au Nouvel Empire ou Ă  RamsĂšs : la vision d’AĂŻda par la plasticienne et photographe iranienne Shirin Neshat Ă©carte toute facilitĂ© hollywoodienne ; elle Ă©voque plutĂŽt un Ăąge antique certes mais viscĂ©ralement proche oriental oĂč domine dans le jeu des Ă©toffes aĂ©riennes (superbe bleu gris pour les Ă©thiopiens) une critique d’un pouvoir tyrannique et guerrier contre un peuple rĂ©duit en esclavage
 Ă©purĂ©e mais forte et claire, la mise en scĂšne sait dĂ©voiler la masse fracassante comme l’intensitĂ© des scĂšnes intimistes.

SOLISTES CONVAINCANTS
D’emblĂ©e, le niveau du plateau vocal assure Ă  la production salzbourgeoise, sa grande efficacitĂ© voire son mordant thĂ©Ăątral : Francesco Meli incarne un RadamĂšs ivre d’amour, vaillant et viril : il est tendu comme un sabre, prĂȘt Ă  renoncer Ă  la gloire et Ă  l’honneur pour suivre dans la mort sa belle AĂŻda. D’ailleurs celle ci triomphe irrĂ©sistiblement grĂące au diamant d’Anna Netrebko, fĂ©minitĂ© lĂ©onine jusque dans ses aigus voluptueux : le personnage titre irradie d’une intensitĂ© noire, dĂšs son premier air, se vouant Ă  la mort ; indiscutablement une Isolde verdienne aux accents fauves et crĂ©pusculaires, une actrice aussi, touchante par sa sincĂ©ritĂ©, qui demeure mĂ©morable. Aux cĂŽtĂ©s de ses Lady Macbeth, Giovanna d’Arco ou Leonora (TrouvĂšre), Netrebko affirme la justesse de ses choix verdiens. Ekaterina Semenchuk rĂ©alise elle aussi un somptueux parcours, alto rugissante et fauve, aimante jusqu’à la haine ; son AmnĂ©ris est finalement dĂ©truite par son dĂ©sir vain pour RadamĂšs : fine actrice, la chanteuse affirme une maĂźtrise thĂ©Ăątrale en particulier dans son grand duo au II avec AĂŻda qu’elle torture et manipule psychologiquement ; la cantatrice cisĂšle son personnage dont le regard devient clĂ© dans les deux derniĂšres scĂšnes (condamnation de RadamĂšs, puis tombeau des amants Ă©perdus). Riccardo Muti en fosse, autre lion inflexible tient les Wiener Philharmoniker en tension et prĂ©cision. On dĂ©tecte toujours son goĂ»t dĂ©clamatoire dans les ensembles, littĂ©ralement colossaux aux tempis volontiers ralentis ; voilĂ  une dĂ©mesure qui colle bien aux monolithes sur scĂšne, ces boĂźtes minĂ©rales gigantesques qui forment dĂ©cor ; accueille l’assemblĂ©e des prĂȘtres (ouvertement critiquĂ©s par Verdi; maudits surtout par AmnĂ©ris), et aussi le cortĂšge triomphal de RadamĂšs dont les fameuses trompettes offrent un luxe sonore Ă©vident (6 trompettistes en 2 petits groupes de part et d’autres de la foule assemblĂ©e). L’autoritĂ© de Pharaon s’exprime par l’orchestre.

 

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DiffusĂ©e dans l’écrin des salles UGC, ce 2 juillet 2020, l’expĂ©rience mĂȘme s’il s’agissait d’une « ancienne production » de l’étĂ© 2017 Ă  Salzbourg, accrĂ©dite le bien fondĂ© du cycle « Viva l’OpĂ©ra! », excellente initiative qui mĂšne le genre lyrique au cinĂ©ma ; le spectateur plonge au cƓur du drame grĂące Ă  l’intelligence des plans rapprochĂ©s : les camĂ©ras mieux que l’oeil humain, focusent sur un regard, un mouvement du corps, rĂ©vĂ©lant autrement l’acuitĂ© d’une situation ; de sorte que l’approche du lyrique ici en ressort rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. C’est une formule qui d’ordinaire, hors covid, diffuse des directs ; elle sait sĂ©duire manifestement un public trĂšs fidĂ©lisĂ©. Ne manquait que la coupe de champagne qui Ă  l’entracte selon l’usage, ajoute Ă  la magie d’une grande soirĂ©e
 La prochaine saison promet de nouveaux spectacles forts, Ă  dĂ©couvrir sur le site de Viva l’OpĂ©ra / UGC – saison 2020 – 2021 : https://www.vivalopera.fr/saison/annees/2020-2021. Parmi les temps forts, dĂ©jĂ  incontournables, la Tosca de Netrebko les 17 et 24 sept depuis La Scala (la diva l’a dĂ©jĂ  chantĂ© au Met), puis sa Leonora de La Force du destin les 10 et 17 dĂ©c 2020 depuis la Royal Opera House de Londres / Covent Garden. A suivre.

 

Anna Netrebko chante AIDA

anna-netrebko-singt-in-schoenen-bildern-die-aida-41-72144985CINEMA, Anna Netrebko chante AIDA de Verdi, les 25 juin et 2 juillet 2020. Retour de l’opĂ©ra dans les salles obscures. Dans le cadre de l’opĂ©ration Viva l’opĂ©ra !, Ă  19h30 pour les deux dates, revivez la magie d’une production convaincante grĂące au nerf expressif du chef Riccardo Muti, au timbre charnel blessĂ© de la soprano Anna Netrebko dans le rĂŽle d’Aida, esclave Ă  la cour de Pharaon et dont est Ă©pris le gĂ©nĂ©ral victorieux RadamĂšs
 Pour autant, la fille de Pharaon, Amneris (ample contralto sombre) jalouse Aida car elle aime aussi RadamĂšs. Anna Netrebko Ă©tait alors diva verdienne, ayant chantĂ© Leonora du TrouvĂšre, Lady Macbeth, puis cette Aida, ici sur la scĂšne du Festival de Salzbourg, aoĂ»t 2017.
LIRE ici notre compte rendu critique d’AIDA de Verdi par Anna Netrebko
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-salzbourg-le-12-aout-2017-verdi-aida-anna-netrebko-muti/

NOTRE AVIS : extrait. «   Etrange rĂ©alisation visuelle que celle confiĂ©e Ă  la plasticienne iranienne Shirin Neshat, dans cette lecture de l’opĂ©ra Aida de Verdi, plutĂŽt « design et d’une froideur internationale, digne de la dĂ©co d’un palace 5 Ă©toiles Ă  Paris ou Ă  DubaĂŻ »  En transposant l’action Ă©gyptienne conçue par Verdi et l’égyptologue Mariette, dans le conflit israelo-palestinien, la metteure en scĂšne brouille souvent les cartes, rendant confuse une histoire qui ne l’était pas. Les amateurs non connaisseurs de Verdi et de son Aida, crĂ©Ă©e pour l’inauguration de l’opĂ©ra du Caire s’y perdront : dans le grand tableau collectif, celui des trompettes d’Aida, quand Pharaon accueille en hĂ©ros victorieux, le gĂ©nĂ©ral RadamĂšs, ce ne sont pas des notables et soldats de l’Egypte du Nouvel Empire qui siĂšgent dans les tribunes, mais une assemblĂ©e disparate de dignitaires juifs, et d’autres syriens
 Les ballets sont escamotĂ©s et rĂ©duits Ă  l’essentiel par une troupe de danseurs Ă  jupes noires et bucranes fichĂ©s sur la tĂȘte 
 on repĂšre ici la dĂ©nonciation d’un peuple soumis, humiliĂ©s (les Ă©thiopiens dans l’intrigue initiale, 
 devenus sur la scĂšne salzbourgeoise, de graves et sinistres hĂ©breux marquĂ©s d’une ligne blanche qui leur barre le visage). Bon. Soit. Mais qu’est ce que cela apporte Ă  l’explicitation du drame verdien ?   ». Reste l’Aida de braise et de feu de la belle Aida de Netrebko, ardente flamme, loyale et aimante jusque dans la mort


PrĂ©sentation de la production par les salles de cinĂ©ma UGC, partenaires de l’opĂ©ration : « Chef-d’Ɠuvre mĂ©connu, c’est-Ă -dire mal entendu, longtemps assimilĂ© Ă  ces deux scĂšnes de masse, avec leur dĂ©ploiement obligĂ© de chƓurs, figurants et trompettes, Aida est en fait une Ɠuvre toute de tension intĂ©rieure, tournĂ©e vers une intimitĂ© peu Ă  peu dĂ©voilĂ©e, une vĂ©ritĂ© qui ose s’exprimer et qui va jusqu’au bout d’elle-mĂȘme, vĂ©ritĂ© amoureuse pour Aida, vĂ©ritĂ© du dĂ©sir pour Amneris. Verdi resserre l’action en un drame entre trois personnages marquĂ©s par un destin contraire ; il raffine Ă©criture orchestrale et ligne vocale, s’attachant Ă  une pure dĂ©clamation lyrique toute en puissance tragique. La scĂšne finale couronne cet hymne Ă  la mort en donnant son originalitĂ© bouleversante Ă  cet opĂ©ra – car c’est dans un murmure qu’il va s’achever : toute la scĂšne glisse lentement, toute la musique est peu Ă  peu aspirĂ©e dans ce nĂ©ant du silence. Mort d’amour (Tristan et Isolde a Ă©tĂ© crĂ©Ă© six ans auparavant): comment ne pas avoir le cƓur serrĂ© devant une telle scĂšne ? On est loin des trompettes et des chƓurs du Triomphe! À Salzbourg, c’est une cinĂ©aste et photographe iranienne qui a imaginĂ© le rituel de cette Aida sublimĂ©e par Riccardo Muti mais c’est la premiĂšre Aida d’Anna Netrebko qu’on venait entendre : elle est exceptionnelle. »

 

PLUS D’INFOS : visitez le site VIVA L’OPERA / salles UGC : https://www.vivalopera.fr

 

 
AIDA de VERDI – LIVRET d’Antonio Ghislanzoni,
d’aprùs Auguste-Édouard Mariette

Orchestre Philharmonique de Vienne
ChƓurs Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
DISTRIBUTION
Aida : Anna Netrebko
RadamĂšs : Francesco Meli
Le Roi : Roberto Tagliavini
Amneris : Ekaterina Semenchuk
Ramfis : Dmitry Belosselskiy
Amonasro : Luca Salsi

DIRECTION MUSICALE : Riccardo Muti
MISE EN SCÈNE : Shirin Neshat

DÉCORS : Christian Schmidt
COSTUMES : Tatyana van Walsum
LUMIÈRES : Reinhard Traub
CHORÉGRAPHIE : Thomas Wilhel
CHEF DES CHƒURS : Ernst Raffelsberger

DURÉE DU SPECTACLE : 3 H 13, dont 1 entracte de 20 min (durĂ©e indicative) 4 actes
REPRÉSENTATION A 19H30 PRÉCISES.
OUVERTURE DES PORTES A 18H45, FERMETURE DES PORTES A 19H15.

COMPTE RENDU critique, opéra. SANXAY, le 14 août 2019.VERDI : Aida. Elena Guseva, Irakli Kakhidze, Olesya Petrova, Vitaly Bilyy, In-Sung Sim. Valerio Galli, direction musicale. Jean-Christophe Mast, mise en scÚne

LIEGE. JĂ©rusalem de Giuseppe Verdi Compte-rendu critique, opĂ©ra. Sanxay. ThĂ©Ăątre gallo-romain, le 14 aoĂ»t 2019. Giuseppe Verdi : Aida. Elena Guseva, Irakli Kakhidze, Olesya Petrova, Vitaly Bilyy, In-Sung Sim. Valerio Galli, direction musicale. Jean-Christophe Mast, mise en scĂšne – Vingt ans dĂ©jĂ  que, dans un coin de France dĂ©pourvu de thĂ©Ăątre lyrique, les SoirĂ©es Lyriques de Sanxay proposent chaque Ă©tĂ© une Ɠuvre du grand rĂ©pertoire dans les ruines du ThĂ©Ăątre Antique, lieu magique Ă  l’acoustique bluffante.
Vingt ans que Christophe Blugeon soigne amoureusement chaque Ă©dition et parvient, grĂące Ă  sa passion et son enthousiasme communicatif, Ă  faire venir Ă  lui des chanteurs a priori inaccessibles, rĂ©unissant ainsi des distributions dignes des plus grandes scĂšnes internationales. LĂ  aussi, on se dit que la magie n’est pas Ă©trangĂšre Ă  ce petit miracle renouvelĂ© chaque annĂ©e. Par notre envoyĂ© spĂ©cial Narcisso Fiordaliso.

 

 

VERDI Ă  SANXAY
Les larmes d’Aida

 

 

Afin de fĂȘter dignement ce 20Ăšme anniversaire, le choix s’est portĂ© sur l’un des titres de Verdi les plus chers au coeur du public poitevin : Aida. ScĂ©nographie impressionnante, plateau de premier ordre, direction musicale au cordeau, tous les Ă©lĂ©ments ont Ă©tĂ© rĂ©unis pour une soirĂ©e d’exception.
sanxay opera ete critique concert classiquenews opera critique classiquenews festival sanxayLe metteur en scĂšne Jean-Chiristophe Mast a imaginĂ© des dĂ©cors simples mais trĂšs Ă©vocateurs, convoquant parfois mĂȘme un brin de magie, notamment lorsque RadamĂšs, proclamĂ© chef des armĂ©es, plonge ses mains dans deux immenses jarres, dont elles ressortent couvertes d’or. On se souviendra en outre longtemps de cette immense colonne centrale qui pivote lors du second tableau de l’acte I pour rĂ©vĂ©ler une immense statue du dieu Ptah, invoquĂ© souvent au cours de l’ouvrage.
Un soin particulier a Ă©tĂ© apportĂ© aux costumes, traditionnels et superbes jusque dans les plus petits dĂ©tails. La direction d’acteurs est Ă  l’avenant : simple mais juste, et parfaitement lisible, en fait idĂ©ale pour un public qui (re)dĂ©couvre l’oeuvre.

 

 

aida sanxay

 

 

Preuve supplĂ©mentaire de l’attention dont la distribution a bĂ©nĂ©ficiĂ©, la qualitĂ© des seconds rĂŽles. Grande PrĂȘtresse inoubliable, tant par son chant que par le costume extraordinaire qu’elle revĂȘt et qui lui confĂšre une importance peu courante, Sophie Marin-Degor marque les esprits et les oreilles. Emotion encore en rĂ©entendant Luca Lombardo, qui se fait plus rare sur nos scĂšnes et qui fut parmi les premiers Ă  prĂȘter son secours au festival lors de sa crĂ©ation, dans le court rĂŽle du Messager oĂč, en quelques phrases, il peut encore faire valoir son timbre si personnel et reconnaissable entre tous.
Aux cĂŽtĂ©s du Roi imposant de Nika Guliashvili, la basse corĂ©enne Im-Sung In prĂȘte son beau timbre et son autoritĂ© Ă  la prestance de Ramfis. Mordant mais capable de nuances insidieuses, Vitaly Bilyy croque un Amonasro plein de morgue et de haine, tandis que la soliditĂ© et la vaillance du tĂ©nor gĂ©orgien Irakli Kakhidze fait merveille dans Radames.
Aussi opposĂ©es que complĂ©mentaires, les deux femmes s’affrontent avec Ă©clat : Ă  l’ampleur gĂ©nĂ©reuse et au grave inflexible de l’Amneris tellurique d’Olesya Petrova rĂ©pondent la douceur et le velours de l’Aida tendre d’Elena Guseva.
A la tĂȘte d’un chƓur trĂšs investi et d’un orchestre chauffĂ© Ă  blanc, le chef italien Valerio Galli dompte avec brio les difficultĂ©s du plein air et propose une direction pleine de nuances, au service des chanteurs.

 

 

www.tavan.photo

 

 
INTERRUPTION…
On aurait aimĂ© pouvoir rendre compte de la fin de l’Ɠuvre, notamment la mort des amants dont la scĂ©nographie promettait beaucoup. HĂ©las, les cieux, dont la colĂšre Ă©tait annoncĂ©e pour une heure du matin, se sont dĂ©chaĂźnĂ©s avant la fin de l’acte III, forçant la reprĂ©sentation Ă  s’arrĂȘter lĂ . Une premiĂšre pour les SoirĂ©es Lyriques de Sanxay en vingt ans, dont on espĂšre qu’elle sera aussi la derniĂšre pour les vingt ans Ă  venir. On espĂšre maintenant Lucia di Lammermoor ou les Contes d’Hoffmann, deux ouvrages qui se prĂȘteraient Ă  merveille au charme Ă©trange et envoĂ»tant des lieux.

  

 
 

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. Sanxay. ThĂ©Ăątre gallo-romain, 14 aoĂ»t 2019. Giuseppe Verdi : Aida. Livret d’Antonio Ghislanzoni. Avec Aida : Elena Guseva ; Radames : Irakli Kakhidze ; Amneris : Olesya Petrova ; Amonasaro : Vitaly Bilyy ; Ramfis : In-Sung Sim ; Le Roi : Nika Guliashvili ; La Grande PrĂȘtresse : Sophie Marin-Degor ; Le Messager : Luca Lombardo. Choeur des SoirĂ©es Lyriques de Sanxay ; Chef de choeur : Stefano Visconti. Orchestre des SoirĂ©es Lyriques de Sanxay. Direction musicale : Valerio Galli. Mise en scĂšne : Jean-Christophe Mast ; ScĂ©nographie : JĂ©rĂŽme Bourdin ; LumiĂšres : Pascal NoĂ«l ; ChorĂ©graphie : Laurence Fanon / photos : AIDA / Sanxay 2019 © David Tavan.

CD, compte rendu critique. Verdi : Aida. Jonas Kaufmann, Pappano (3 cd Warner classics, 2015)

aida-warner-papanno-362x362CD, compte rendu critique. Verdi : Aida. Jonas Kaufmann, Pappano. 3 cd Warner classics. AprĂšs un sublime rĂ©cital monographique dĂ©diĂ© Ă  Verdi, (Verdi Album , 2013) puis Puccini, (RĂ©cital discographique “Nessun Dorma”, Ă©galement enregistrĂ© avec Antonio Pappano) le plus grand tĂ©nor du monde actuel, capable d’ĂȘtre fin diseur dans sa langue native chez Wagner, Schubert, cultivant avec une Ă©gale finesse d’intonation et la puissance et l’intelligence nuancĂ©e du texte, signe ici une nouvelle incarnation qui en fait manifestement un superbe verdien (comme d’ailleurs les actuels engagements de la super soprano Anna Netrebko, elle aussi, preuve Ă  l’appui : Leonora, Lady Macbeth et bientĂŽt Giovanna-, : passionnĂ©ment verdienne. La force de Kaufmann, c’est son intelligence dramatique qui sur les pas de ses grands ainĂ©s disparus (Vickers) ou vivant (mais devenu baryton : Placido Domingo auquel le munichois ressemble d’ailleurs physiquement de plus en plus), rĂ©alise l’inconciliable, Ă©blouir chez Wagner comme chez Verdi ; son RadamĂšs fait toute la valeur de cette nouvelle intĂ©grale Aida, une version luxueuse rĂ©alisĂ©e avec soin en studio (ce qui nous change des live devenus standards actuels aux rĂ©sultats Ă©videmment irrĂ©guliers), accomplissement discographique auquel le chef Pappano apporte aussi un mĂȘme souci d’intĂ©rioritĂ© et de sincĂ©ritĂ© surtout dans les deux derniers actes III et IV, oĂč le souffle crĂ©pusculaire qui dessine progressivement le sĂ©pulcre terrifiant fantastique qui va bientĂŽt ensevelir les amants maudits et condamnĂ©s, s’affirme avec une subtilitĂ© orchestrale et poĂ©tique, Ă©vidente. Du bel ouvrage (Ă  part quelques Ă©carts superfĂ©tatoires voire grandiloquents de la baguette, certes bien trop infimes pour compter) qui renouvelle ici notre perception d’Aida : Ă  l’appui de son formidable soliste Kaufmann,  Antonio Pappano nous lĂšgue un opĂ©ra intimiste, construit en un huit clos haletant plutĂŽt qu’en une fresque collective continĂ»ment hollywoodienne, ou Ă©quilibre entre les deux dimensions rĂ©tablies dans leur juste dimension. Si l’on trouve sa direction parfois Ă©paisse et grandiloquente (le final du III justement, un peu trop pĂ©taradant justement), le chef, superstar du Royal Opera house de Covent Garden, sait ĂȘtre homme de thĂ©Ăątre passionnĂ© de psychologie thĂ©Ăątrale. Comme on le verra la ciselure que permet le studio (plutĂŽt qu’un live en salle de concert) rĂ©alise une immersion intimiste manifestement rĂ©ussie.

 

 

 

Aida psychologique et nocturne

instrumentalement fouillĂ©e par Pappano oĂč jaillit le gemme Ă©tincelant, noir, incandescent du RadamĂšs de Kaufmann

 

anja harteros aida review critique cmpte rendu classiquenews Aida_Warner_Classics_Antonio_Pappano_Anja_Harteros_Jonas_Kaufmann_Ekaterina_Semenchuk_Ludovic_Te_zier_Erwin_Schrott_Et d’abord que vaut ici Aida ? Son “Qui RadamĂšs verra…” (au III) souligne chez Anja Harteros (partenaire familiĂšre du tĂ©nor, dans un Lohengrin dĂ©jĂ  enregistrĂ© Ă  Salzbourg entre autres) la couleur derniĂšre des deux chanteurs, dĂ©sormais abĂźmĂ©s dans le renoncement funĂšbre, l’oubli, le dĂ©tachement. Le studio permet des Ă©quilibres tĂ©nus dans le format et la balance globale : ainsi ici comme c’est le cas de nombreux airs, le travail de ciselure sur le rapport voix et orchestre, plutĂŽt timbre et instruments y gagne un relief et une intensitĂ© dĂ©cuplĂ©s qui s’avĂšrent, au service de la juste intonation des solistes, totalement superlatifs. Ce Verdi peintre subtil et intĂ©rieur surgit de nouvelle façon, Ă©voquant plus Wagner que tous ses contemporains italiens, plus inspirĂ©s par la performance et le bruit plutĂŽt que la couleur et le caractĂšre psychologique de chaque situation. Le rĂ©alisme Ăąpre, noir spĂ©cifiquement verdien qui s’impose Ă  partir de Rigoletto, s’affirme de façon Ă©loquente dans une conception introspective.

La priĂšre d’une Aida dĂ©truite, dĂ©faite mais digne qui pleure Ă  jamais son lien Ă  sa patrie s’y rĂ©vĂšle troublante, noire, d’une Ă©pure lacrymale, trĂšs investie et humainement juste et sincĂšre : d’autant que le chef sait dĂ©tailler et ciseler la caresse si vaine mais si tendre des instruments complices (“Patria mia, mai piu, ti revedro…”, avec hautbois et flĂ»tes en halo spiritualisĂ© / Ă©thĂ©rĂ©). Sans avoir l’angĂ©lisme Ă©tincelant d’une Tebaldi, Anja Harteros – timbre lisse d’un velours voilĂ© (aigus feutrĂ©s) mais trĂšs articulĂ©-, peut face au micro, ciseler son texte et affiner sa propre conception du rĂŽle d’Aida avec une finesse qui fusionne avec celle de son partenaire amoureux, RadamĂšs. La lĂ©gĂšretĂ© d’une Adelina Patti, belcantiste bellinienne que souhaitait Verdi pour le rĂŽle, est bien loin ici, mais reconnaissons que malgrĂ© son grain vocal, sa nature charnelle et mĂ»re, Harteros offre une belle leçon incarnĂ©e.

verdi pappano jonas kaufmann aida 3 cd warner classicsEvidemment, l’argument majeur du coffret reste Jonas Kaufmann. Le grand duo entre les deux (RadamĂšs / Aida) qui marque ce basculement dans l’intime et le tragique amoureux au centre du III, reste un sommet de finesse poĂ©tique, dĂ©fendu par un orchestre nuancĂ©, deux diseurs absolus, jamais en puissance, toujours proches de l’intention et des enjeux profonds du texte. IntensitĂ©, justesse prosodique, feu progressif, extĂ©rieur conquĂ©rant du gĂ©nĂ©ral victorieux, puis de plus embrasĂ©, intĂ©rieur Ă  mesure qu’il dĂ©cide de tout sacrifier Ă  son amour pour Aida, le tĂ©nor maĂźtrise toutes les colorations de sa voix fĂ©line et sombre qui en fait le tĂ©nor le plus crĂ©pusculaire et romantique de l’heure (et d’ailleurs finira-t-il comme son mentor, Domingo… en baryton ? Tout le laisse penser). Sa figure qui paraĂźt au IV devant AmnĂ©ris qui l’a dĂ©noncĂ© et condamnĂ©, indique une Ăąme dĂ©sespĂ©rĂ©e qui a renoncĂ© Ă  tout, car il pense qu’Aida est morte… Puis le fin tissage vocal opĂ©rĂ© dans le dernier tableau du IV, au tombeau, façonne un chant transfigurĂ© et simple qui touche directement. Ici, s’affirme la dĂ©termination victorieuse d’un amant qui se croyant seul et condamnĂ©, retrouve au moment d’expirer, le seul objet de son amour.

tezier ludovic amonasro verdi aida critique classiquenewsLa noblesse naturelle du français Ludovic TĂ©zier apporte au rĂŽle d’Amonasro, pĂšre d’Aida, un profil fĂ©lin et carnassier d’une distinction articulĂ©e, elle aussi de trĂšs grande classe : leur duo attendri et Ă©perdu, – accent emblĂ©matique de la tendresse verdienne pĂšre / fille tant de fois incarnĂ©e dans son thĂ©Ăątre  – au III, qui de duo s’achĂšve sur le trio avec RadamĂšs-, y est magnifiquement rythmĂ©, articulĂ©, exprimĂ© par Pappano, trĂšs intimiste et d’un geste amoureux pour les effusions sincĂšres de chaque situation. Le pĂšre combine un amour vĂ©ritable pour sa fille et aussi la nĂ©cessitĂ© de l’utiliser pour assurer la victoire des Ă©thiopiens contre les Ă©gyptiens. Sentiment, devoir, sincĂ©ritĂ© et stratĂ©gie, les termes inconciliables sont rĂ©unis pourtant par un TĂ©zier, fin, allusif, princier (ou plutĂŽt royal, personnage oblige), mordant.

Saluons l’absolue rĂ©ussite expressive du IV : la solitude dĂ©sarroi qui Ă©prouve l’Ă©gyptienne malheureuse AmnĂ©ris, elle aussi proie tiraillĂ©e entre devoir et sentiment, la grande Ă©quation d’Aida selon Verdi : l’alto Ekaterina Semenchuk a de rĂ©elles moyens qui comparĂ©s cependant Ă  ses partenaires, paraĂźt souvent moins nuancĂ©s et prĂ©cis : dĂ©faillance dans l’articulation de l’italien qui l’empĂȘche dĂ©finitivement de colorer avec une vraie subtilitĂ© chaque accent de son texte. C’est la moins diseuse de tous.
C’est pourtant Ă  travers ses yeux que toute l’action de l’acte IV – principe gĂ©nial- s’accomplit, dĂ©voilant alors dans l’assassinat calculĂ© des deux amants, l’amertume d’un cƓur tĂ©moin et coupable, lui aussi rongĂ©, dĂ©vorĂ©, embrasĂ© par la jalouse impuissance, une haine qui cependant bascule en une compassion finale des plus bouleversantes. La clarinette grave qui accompagne alors une AmnĂ©ris foudroyĂ©e par une situation qui la dĂ©passe, rappelle Ă©videmment une autre figure noire et jalouse, haineuse d’abord, frappĂ©e ensuite par une nouvelle conscience faite pardon, bascule spectaculaire : Vitellia la mĂ©chante dans La ClĂ©mence de Titus de Mozart, qui est soudainement saisie par la conscience de sa noirceur inhumaine : l’opĂ©ra nous offre des situations exceptionnelles : Verdi rejoint ici Mozart. De toute Ă©vidence, Pappano explore cette similitude avec une justesse sobre et prĂ©cise.
MĂȘme couleur sombre et humaine pour l’excellent Ramfis d’Erwin Schrott lorsque Pharaon demande / exhorte Ă  RadamĂšs d’avouer sa trahison et de se repentir… (IV).

Expliciter le feu intĂ©rieur. Dans ce travail sur la pĂąte sonore, sur le relief intĂ©rieur de chaque situation dont l’attĂ©nuation trĂšs fine et prĂ©cise permet la juste projection du texte, l’orchestre Santa Cecilia gagne un prestige inĂ©dit. Sous la conduite de Pappano, les instrumentistes ne semble ĂȘtre soucieux que d’une chose : l’explicitation de feu intĂ©rieur consummant chaque personnage : RadamĂšs sacrifiant sa gloire, son loyautĂ© Ă  Pharaon, son devoir, sa carriĂšre pour servir son seul amour pour Aida ; Aida l’esclave Ă©thiopienne au service de l’Egyptienne malheureuse AmnĂ©ris, sacrifiant elle aussi son pĂšre, sa patrie pour cet amour maudit mais vĂ©ritable ; AmnĂ©ris, princesse impuissante, amoureuse vaine du gĂ©nĂ©ral RadamĂšs … L’expression des individualitĂ©s, ardentes, souffrantes, Ă©perdues s’affirme dans un style sobre, d’une clartĂ© dramatique que le chef prĂ©serve absolument, veillant constamment Ă  l’avancĂ©e de l’action tragique malgrĂ© la succession des tableaux. L’incise tragique exprimĂ©e par l’orchestre souligne la puretĂ© expressive et trĂšs complĂ©mentaire des trois protagonistes : le trio AmnĂ©ris, Aida, RadamĂšs au delĂ  de leur divergence, rassemble en dĂ©finitive trois figures Ă©gales par leur souffrance, leur humanitĂ©, leur impuissance face Ă  un destin irrĂ©vocable. La fin de l’opĂ©ra, huit-clos Ă©touffant dĂ©limitĂ© par le caveau oĂč les deux amants meurent emmurĂ©s vivants, donne en dĂ©finitive la clĂ© d’un opĂ©ra que beaucoup de chefs dĂ©naturent en l’inscrivant dans un peplum hollywoodien (de surcroĂźt jusqu’Ă  la fin) : ce chambrisme irrĂ©sistible que dĂ©fend Pappano et ses solistes (surtout donc Kaufmann et Harteros) rĂ©tablit le rĂ©alisme nouvelle vague d’un Verdi rĂ©volutionnaire Ă  l’opĂ©ra : oĂč a-t-on Ă©coutĂ© avec une telle clartĂ©, la volontĂ© de vĂ©ritĂ© thĂ©Ăątrale, d’articulation textuelle souhaitĂ©e par le compositeur ? MĂȘme perfectible, la version s’impose, aboutie et esthĂ©tiquement juste. C’est donc un CLIC de classiquenews en novembre 2015.

CLIC_macaron_2014Giuseppe Verdi (1813-1901) : AĂŻda. Anja Harteros (AĂŻda), Jonas Kaufmann (RadamĂšs), Ekaterina Semenchuk (AmnĂ©ris), Ludovic TĂ©zier (Amonasro), Erwin Schrott (Ramfis), Marco Spotti (Il Re), Paolo Fanale (Messaggero), Eleonora Buratto (Sacerdotessa). ChƓur et orchestre de l’Accademia Nazionale Di Santa Cecilia (chef des chƓurs : Ciro Vesco). Antonio Pappano, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Rome, Sala Santa Cecilia, Auditorium Parco della Musica, en fĂ©vrier 2015. 3 cd Warner Music, rĂ©fĂ©rence 082564 610 663 9 /  8 25646 10663 9. Livret notice en anglais, allemand, français. DurĂ©e : 2 h 25mn.

CD, Ă  paraĂźtre : Nouvelle AIDA de Verdi avec Jonas Kaufmann en RadamĂšs chez Warner classics (octobre 2015)

jonas kaufmann aida verdi AIDA COVERCD, Ă  paraĂźtre : Nouvelle AIDA de Verdi avec Jonas Kaufmann en RadamĂšs chez Warner classics
 Les nouvelle productions lyrique au disque sont rares. depuis des annĂ©es, ce sont non plus des enregistrements studio qui se sont perpĂ©tuĂ©s mais plutĂŽt des live habilement saisis sur le vif au hasard des opportunitĂ©s. AprĂšs une TURANDOT impressionnante de vitalitĂ© et de sensibilitĂ© signĂ©e Zubin Mehta (surprise de l’étĂ© 2015 (rĂ©vĂ©lant entre autres le baryton mexicain German Olvera dans le rĂŽle de Pang), voici une production qui fait suite  Ă  l’intĂ©grale Tristan une Isolde rĂ©alisĂ© par Emi en 2005 : confirmant les ambitions verdiennes du plus grand tĂ©nor actuel, le munichois Jonas Kaufmann, Warner classics annonce donc dĂ©but octobre 2015, une somptueuse AIDA de Verdi avec dans le rĂŽle du gĂ©nĂ©ral victorieux et couvert de l’or de Pharaon mais en fin de drame, saisi par l’amour de la belle esclave Ă©thiopienne Aida, Jonas Kaufmann.

Jonas Kaufmann au sommet !Le tĂ©nor nous avait stupĂ©fait dans un rĂ©cital totalement dĂ©diĂ© Ă  la lyre verdienne, intitulĂ© sobrement solennellement ” the VERDI album” (2013) : un rĂ©cital inoubliable par sa justesse expressive, sa franchise, sa sincĂ©rité (dont un Otello anthologique sur les traces de Jon Vickers). Un cas unique oĂč le tĂ©nor aux graves harmoniques, au mĂ©dium charnu, Ă  l’élocution Ăąpre et prĂ©cise, percutante et mĂ©tallique emboĂźte le pas Ă  un certain
. Placido Domingo. Jonas Kaufmann devrait y renouveler le succĂšs de son novel album Sony : Nessun forma dĂ©diĂ© aux hĂ©ros pucciniens
 (critique Ă  venir sur classiquenews).

jonas kaufmann anja harteros enregistrent AIDA Antonio Pappano VERDI review announce annonce classiquenews

L’enregistrement studio a dĂ©butĂ© en fĂ©vrier 2015 : aux cĂŽtĂ©s du tĂ©nor allemand, Anja Harteros (Aida), Ekaterina Semchuk (Amneris), Ludovic TĂ©zier (Amonasro), Erwin Schrott (Ramfis)
 complĂštent la distribution rĂ©unie autour d’Antonio Pappano qui pilote le chƓur et l’orchestre dell’Accademia di Santa Cecilia. Aida de Verdi, 3 cd Warner classics. Parution annoncĂ©e le 2 octobre 2015, prochain compte rendu dĂ©veloppĂ© dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

Nouvelle Aida Ă  PĂ©kin

pekin-opera-paul-andreu-520PĂ©kin, OpĂ©ra. Aida de Verdi : 24 janvier > 1er fĂ©vrier 2015. Zubin Mehta dirige la production mise en scĂšne par Francesco Micheli et Ezio Frigerio crĂ©Ă©e Ă  Sydney. Avec Fiorenza Cedolins / Hui He dans le rĂŽle titre. La tragĂ©die verdienne sous le dĂŽme chinois imaginĂ© par l’architecte Paul Andreu… une occasion rĂȘvĂ©e pour visiter la capitale chinoise lors d’un sĂ©jour lyrique et touristique. L’esclave Ă©thiopienne Aida est faite prisonniĂšre Ă  la Cour de Pharaon, intĂ©grĂ©e de force dans la suite de la princesse Ă©gyptienne AmnĂ©ris (somptueux emploi d’alto) : les deux femmes sont rivales, elles aiment le mĂȘme homme, le gĂ©nĂ©ral RadamĂšs, bras armĂ© de Pharaon
 ici, l’amour est plus fort que tout et les deux amants que tout sĂ©pare et oppose, se retrouvent finalement pour l’éternitĂ© dans le tombeau oĂč ils sont enterrĂ©s vivants en un Ă©pisode final spectaculaire (frappant a contrario du dĂ©ploiement prĂ©cĂ©dent par son chambrisme psychologique). Grandeur et irrĂ©ductibilitĂ© de deux cƓurs ardents embrasĂ©s par le pur amour. L’opĂ©ra de Verdi Ă©crit pour l’inauguration de l’OpĂ©ra du Caire et le creusement du Canal de Suez a conservĂ© sa violence expressive, entre tableaux collectifs et portraits individuels. La force de Verdi : rĂ©ussir un huit clos amoureux (trio AmnĂ©ris, Aida, RadamĂšs) comme le dĂ©ploiement des scĂšnes de foules historiques annonciatrice des films hollywoodiens (le dĂ©filĂ© des armĂ©es de Pharaon avec en vainqueur le gĂ©nĂ©ral RadamĂšs au I)… Un sommet dans le catalogue de Giuseppe Verdi.

 

 

 

pekin-opera-china-national-centre-for-the-performanig-arts-582-420Aida de Verdi Ă  l’OpĂ©ra de PĂ©kin
China national Centre for the performing Arts (CHNCPA)
www. chncpa.org
Les 24,25,26,28,31 janvier puis 1er février 2015

 

 

 

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En 2015, l’OpĂ©ra de PĂ©kin affiche 3 productions de Verdi : aprĂšs Aida en janvier/fĂ©vrier, viendront Il Trovatore (Daniel Oren , direction), les 26,28,29 juillet, puis Simon Boccanegra (Myun Whun Chung avec Placido Domingo dans le rĂŽle-titre : les 20,21,22,23 aoĂ»t 2015). Il ne faut pas non plus manquer le trop rare Samson et Dalila de Saint-SaĂ«ns sous la baguette de Jean-Yves Ossonce, directeur de l’OpĂ©ra de Tours et grand dĂ©fenseur de l’opĂ©ra français…(coproduction Teatro Regio de Turin et Mai musical Florentin : les 9,10,11,12 et 13 septembre 2015).

Aida au Stade de France (2010)

france2-logo_2013TĂ©lĂ©. France2. Aida de Verdi au Stade de France, jeudi 8 mai 2014,00h30. Peplum aux armĂ©es de figurants sur des praticables immenses qui semblent flotter sur une mer colorĂ©e, tableaux collectifs mĂ©ticuleusement agencĂ©s restituant la grandeur antique de l’Egypte du Nouvel Empire
 voici Aida dans la dĂ©mesure du Stade de France (octobre 2010), une scĂšne qui a contrario des salles classiques frappe par sa colossale amplitude qu’il faut occuper et « meubler » (9000m2). Ici prime l’élĂ©gance et le raffinement des costumes et des effets de masse (un esthĂ©tisme finalement assez mesurĂ© signĂ© du metteur envscĂšne habituĂ© des ChorĂ©gies d’Orange, Charles Roubaud). CĂŽtĂ© vocal, l’Aida d’Adina Aaron, beau timbre avant de passer les aigus fatiguĂ©s et un vibrato envahissant ; le RadamĂšs de Dimitri Paksoglou reste honnĂȘte et parfois subtil (surprise de la production) ; l’Orchestre de Montpellier est un efficace tĂącheron plus brutal que ciselĂ©, sous la baguette parfois (trop rarement) inspirĂ©e d’Alexander Vakoulsky (nombreux dĂ©calages cependant, inĂ©vitables et une moyenne de dĂ©cibels trop Ă©levĂ©e elle aussi, immensitĂ© impressionnante du plateau  oblige ?). Seule la beautĂ© des tableaux collectifs frappe l’esprit. Du point de vue visuel, le spectacle est total. Au regard du nombre de spectateurs prĂ©sents, l’opĂ©ra y gagne Ă©videmment de nouveaux adeptes, et c’est tant mieux. L’esclave Ă©thiopienne Aida est faite prisonniĂšre Ă  la Cour de Pharaon, intĂ©grĂ©e de force dans la suite de la princesse Ă©gyptienne AmnĂ©ris (somptueux emploi d’alto) : les deux femmes sont rivales, elles aiment le mĂȘme homme, le gĂ©nĂ©ral RadamĂšs, bras armĂ© de Pharaon
 ici, l’amour est plus fort que tout et les deux amants que tout sĂ©pare et oppose, se retrouvent finalement pour l’éternitĂ© dans le tombeau oĂč ils sont enterrĂ©s vivants en un Ă©pisode final spectaculaire (frappant a contrario du dĂ©ploiement prĂ©cĂ©dent par son chambrisme psychologique). Grandeur et irrĂ©ductibilitĂ© de deux cƓurs ardents embrasĂ©s par le pur amour. L’opĂ©ra de Verdi Ă©crit pour l’inauguration de l’OpĂ©ra du Caire et le creusement du Canal de Suez a conservĂ© sa violence expressive, entre tableaux collectifs et portraits individuels. Un sommet dans le catalogue de Giuseppe Verdi.

Télé. France2. Aida de Verdi au Stade de France, jeudi 8 mai 2014,00h30

Compte rendu, opéra. LiÚge. Opéra Royal de Wallonie, le 1er et 2 avril 2014. Giuseppe Verdi : Aida. Isabekke Kabatu / Kristin Lewis, Rudy Park / Massimiliano Pisapia, Anna-Maria Chiuri / Nino Surguladze, Carlos Almaguer / Mark Rucker. Paolo Arrivabeni, direction musicale. Ivo Guerra, mise en scÚne

Depuis 2006, l’OpĂ©ra Royal de Wallonie n’avait plus montĂ© l’Aida de Giuseppe Verdi, c’est chose faite, la scĂšne liĂ©geoise s’offrant mĂȘme le luxe d’une double distribution, une gageure Ă  notre Ă©poque. La mise en scĂšne d’Ivo Guerra, importĂ©e de Bordeaux et rĂ©alisĂ©e ici par Johannes Haider, se rĂ©vĂšle plaisante dans son imagerie Ă©gyptienne Ă©vitant toute surcharge, pharaonique sans lourdeur, mĂ©nageant de beaux moments d’intimitĂ©. Comme le dit lui-mĂȘme le scĂ©nographe « je fais face pour la premiĂšre fois Ă  un mythe du thĂ©Ăątre avec respect et rĂ©vĂ©rence : je n’ose toucher Ă  ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit. Je peux seulement le lire, le repenser, l’imaginer avec ma sensibilité ».

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Gloria all’Egitto

Ce qui nous vaut ainsi des tableaux certes conventionnels et fidĂšles Ă  une certaine tradition, mais qui jamais ne viennent empĂȘcher l’écoulement du flot musical. Une direction d’acteurs plus resserrĂ©e aurait nĂ©anmoins Ă©tĂ© la bienvenue, le soin de faire vivre le drame Ă©tant laissĂ© aux seules voix.

Le premier soir, Ă  tout seigneur, tout honneur : on retrouve avec un grand plaisir le tĂ©nor corĂ©en Rudy Park aprĂšs son inoubliable Calaf nancĂ©en. L’écriture redoutable de Radames ne paraĂźt lui poser aucun problĂšme, et il dĂ©ploie Ă  volontĂ© son instrument large et puissant, aussi tellurique que sa personne. Il soulĂšve ainsi Ă  bout de bras une voix au mĂ©dium presque barytonal, paraissant monter vers les hauteurs avec la mĂȘme vaillance, ce qui nous vaut des aigus Ă©lectrisants, longuement tenus, d’un impact irrĂ©sistible. Il va jusqu’à surprendre dans la scĂšne ultime, osant des piani dont on ne l’aurait jamais cru capable. ScĂ©niquement, il se pose sur le plateau tel Osiris en personne, souvent monolithique par sa stature de gĂ©ant, mais tant d’arrogance vocale est Ă  ce prix.

A ses cĂŽtĂ©s, l’Amneris d’Anna Maria Chiuri se lance avec courage dans la bataille, gagnant en force durant la reprĂ©sentation, pour finir par rendre justice Ă  la vocalitĂ© du personnage, aigus dardĂ©s et graves autoritaires.

Face Ă  eux, Isabelle Kabatu, visiblement dĂ©cidĂ©e Ă  oser dĂ©sormais les rĂŽles les plus larges – le programme de salle Ă©voque la Gioconda, Abigaille et BrĂŒnnhilde –, paraĂźt se mesurer Ă  plus fort qu’elle, la tessiture demandĂ©e par le rĂŽle-titre excĂ©dant ses possibilitĂ©s. Le registre grave apparaĂźt confidentiel, l’aigu forte, souvent poussĂ© et perdant toute souplesse, bouge sous l’effort, tandis que l’émission sonne souvent tubĂ©e et artificiellement grossie, rendant le texte difficilement comprĂ©hensible. Quelques aigus piano bien nĂ©gociĂ©s rappellent la vĂ©ritable nature vocale de la soprano belge, et on regrette qu’une voix aussi intĂ©ressante se lance dans pareils dĂ©fis, quitte Ă  en pĂątir.

Avec Amonasro, Carlos Almaguer retrouve un de ses emplois de prĂ©dilection, et c’est un bonheur d’entendre ainsi une voix de baryton Verdi sainement Ă©mise, ronde autant que claire et bien timbrĂ©e, se dĂ©ployant aisĂ©ment dans la salle. L’interprĂšte connait pleinement son personnage et se rĂ©vĂšle convainquant de bout en bout.

Bon Ramfis de Luciano Montanaro, à l’aigu toutefois parfois retenu, et le Roi bien chantant mais trop peu imposant de Roger Joakim.

Le lendemain, on dĂ©couvre avec curiositĂ© l’Aida de la soprano amĂ©ricaine Kristin Lewis dont la renommĂ©e ne cesse de grandir, notamment dans ce rĂŽle prĂ©cis. Sa plastique irrĂ©prochable et sa peau couleur d’ébĂšne conviennent admirablement au personnage, et l’interprĂšte s’engage pleinement dans le drame, mais vocalement le bilan demeure plus mitigĂ©, laissant comme une impression d’inachevé : si le timbre se rĂ©vĂšle d’une belle teinte moirĂ©e et les moyens idĂ©aux pour le rĂŽle-titre, grĂące notamment Ă  un grave chaud et sonore, la conduite du chant apparait souvent irrĂ©guliĂšre, certains sons mal contrĂŽlĂ©s et mal soutenus alternant avec des sonoritĂ©s somptueuses, comme si le geste vocal variait d’une voyelle Ă  l’autre. En dĂ©but de reprĂ©sentation, de nombreuses attaques en soufflet viennent gĂącher la ligne de chant, produisant des notes poussĂ©es et stridentes. Mais la chanteuse se rachĂšte grĂące Ă  un « O patria mia » de grande Ă©cole, comme si l’écriture vocale lentement dĂ©roulĂ©e par Verdi dans cet air lui permettait d’enfin assouplir son instrument, laissant la voix monter toute seule, ce qui nous vaut une superbe messa di voce suivi d’un bel aigu piano Ă  la fin du morceau. Une artiste Ă  suivre, mais qui devrait encore polir sa technique vers davantage de dĂ©tente et encore moins d’efforts, travail nĂ©cessaire au vu de la cĂ©lĂ©britĂ© qui s’ouvre Ă  elle, car la beautĂ© du matĂ©riau vocal en vaut la peine.

En Radames, Massimiliano Pisapia affronte crĂąnement les difficultĂ©s qui parsĂšment sa partition, mais malgrĂ© un aigu puissant – bien qu’étrangement Ă©mis, plus volumineux que rayonnant –, sa voix manque de largeur dans le mĂ©dium pour rendre justice Ă  la vocalitĂ© du gĂ©nĂ©ral Ă©gyptien.

Face Ă  lui, Nino Schurguladze ne fait qu’une bouchĂ©e de la partie d’AmnĂ©ris, affichant les mĂȘmes particularitĂ©s vocales que sa consƓur de la veille : un mĂ©dium assez opaque, au vibrato audiblement marquĂ© – signalant une fatigue de l’instrument –, mais un aigu percutant et insolant ainsi qu’un grave sonore et gĂ©nĂ©reux, poitrinĂ© assez haut mais sans appui excessif. La mezzo gĂ©orgienne affiche en outre un tempĂ©rament flamboyant et on croit sans rĂ©serve Ă  sa fille de Pharaon naviguant sans cesse entre amour et haine.

On salue Ă©galement l’Amonasro ample et venimeux de Mark Rucker, le baryton amĂ©ricain semblant lui aussi ne faire qu’un avec son rĂŽle, tant l’identification vocale autant que scĂ©nique apparaĂźt grande.

Ainsi que les seconds rĂŽles, tous efficaces, les chƓurs du thĂ©Ăątre effectuent un excellent travail musical, triomphants autant que nuancĂ©s.

Pour sa premiĂšre Aida, Paolo Arrivabeni, directeur musical de la maison, a parfaitement saisi les enjeux de cette partition et sait en Ă©clairer les diffĂ©rentes facettes. Sa direction, jamais tonitruante, mesurĂ©e et attentive aux chanteurs, permet aux musiciens de l’orchestre de se montrer sous leur meilleur jour, et sert l’ouvrage avec les honneurs.

LiĂšge. OpĂ©ra Royal de Wallonie, 1er et 2 avril 2014. Giuseppe Verdi : Aida. Livret d’Antonio Ghislanzoni d’aprĂšs Auguste Mariette et Camille Du Locle. Avec Aida : Isabelle Kabatu / Kristin Lewis ; Radames : Rudy Park / Massimiliano Pisapia ; Amneris : Anna-Maria Chiuri / Nino Surguladze ; Amonasro : Carlos Almaguer / Mark Rucker ; Ramfis : Luciano Montanaro ; Le Roi : Roger Joakim ; La Grande-PrĂȘtresse : Laura Balidemaj / Chantal Glaude ; Un Messager : Marcel Arpots / Giovanni Iovino. ChƓurs de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie ; Chef de chƓur : Marcel Seminara. Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie. Direction musicale : Paolo Arrivabeni. Mise en scĂšne : Ivo Guerra ; RĂ©alisĂ©e par : Johannes Haider ; DĂ©cors : Giulio Achilli ; Costumes : Bruno Fatalot ; LumiĂšres : Michel Theuil

Aida de Verdi depuis l’OpĂ©ra royal de Wallonie

ORW_liege_logo_tete_201_fond_violetLive web depuis l’ORW LiĂšge. Verdi : Aida, le 2 avril, 20h. En pleine Egypte pharaonique, l’amour de RadamĂšs, gĂ©nĂ©ral Ă©gyptien, et d’Aida, esclave nubienne, est menacĂ© par la guerre que vont se livrer les deux pays. Mais un autre danger les guette : Amneris, fille du roi d’Egypte, est Ă©prise de Radames et voit en Aida une rivale. La victoire des troupes Ă©gyptiennes est totale. En guise de rĂ©compense, le roi offre sa fille Ă  RadamĂšs. Par amour, le hĂ©ros guerrier victorieux adorĂ© par le pharaon lors de la fameuse scĂšne du dĂ©filĂ© de la victoire -tableau collectif qui revisite le grand opĂ©ra Ă  la française-, trahit les siens, le peuple qui l’adule, Pharaon qui lui a remis l’or des dieux 
 CondamnĂ©s Ă  ĂȘtre ensevelis vivants, cependant que la fille de Pharaon AmnĂ©ris observe impuissante Ă  l’accomplissement de cet amour fatal qu’elle n’a pu inflĂ©chir, RadamĂšs et Aida incarnent jusqu’à la mort, la souverainetĂ© d’un amour qui dĂ©passe les conflits et le destin des individus qui en sont traversĂ©s. La force de l’opĂ©ra Ă©gyptien de Verdi demeure son rĂ©alisme archĂ©ologique (l’égyptologue Mariette a collaborĂ© au livret pour la vraisemblance de l’action sur scĂšne, jusqu’à la justesse de certaines sonoritĂ©s purement Ă©gyptiennes
), mais aussi son intimisme. En faisant d’Aida, un opĂ©ra surtout psychologique Ă  la façon d’un huit clos qui se joue Ă  3 personnages : RadamĂšs pris entre les sentiments d’AmnĂ©ris et d’Aida, la princesse et son esclave captive, Verdi a rĂ©ussi un authentique chef d’Ɠuvre lyrique, Ă©vitant le superficiel et le creux qu’un prĂ©texte historique aurait pu causé   Livret Antonio Ghislanzoni.

 

 

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ORW_liege_logo_tete_201_fond_violetAida de Verdi, Direct live le 2 avril 2014
Paolo Arrivabeni, direction
Ivo Guerra, mise en scĂšne
Barbara Frittoli, Isabelle Kabatu, Stuart Neill, Rudy Park, Nino Surguladze, Anna Maria Chiuri, Mark Rucker 

9 dates.  A l’affiche du 25 mars au 4 avril 2014

 

Aida de Verdi Ă  L’OpĂ©ra royal de Wallonie

Giuseppe VerdiLiĂšge, ORW. Aida de Verdi. 25 mars > 11 avril 2014. C’est assurĂ©ment l’un des opĂ©ras les plus jouĂ©s au monde, tant par la qualitĂ© de sa musique que sa dramaturgie alliant avec Ă©quilibre et finesse huit-clos psychologique (trio amoureux tragique : RadamĂšs, Aida, AmnĂ©ris) et grande scĂšne collective dont la marche victorieuse et le dĂ©filĂ© devant Pharaon restent de claironnants manifestes (trompettes Ă  l’appui). L’attrait d’Aida aujourd’hui tient essentiellement au rĂ©alisme sentimental dont Verdi est capable ; on pensait Ă©couter et voir un peplum, Aida exprime surtout une ardente passion amoureuse : la liaison impossible entre l’esclave Ă©thiopienne Aida et le gĂ©nĂ©ral Ă©gyptien RadamĂšs, l’un et l’autre appartenant Ă  deux clans opposĂ©s-, y est minutieusement dĂ©peinte Ă  travers une lente course Ă  l’abime : unis au I, dĂ©noncĂ©s au II, condamnĂ©s et ensevelis vivants au III. A mesure que leur destin croisĂ© s’enfonce dans l’absolu de la solitude et de la mort, AmnĂ©ris la propre fille de Pharaon et la rivale malheureuse d’Aida, rugit, intrigue puis implore : son impuissance est Ă  la mesure de l’amour des deux amants magnifiques. L’opĂ©ra est l’Ɠuvre d’un compositeur parvenu au faĂźte de sa gloire planĂ©taire : il est adulĂ© avec le mĂȘme enthousiasme Ă  Milan, Paris, Saint-PĂ©tersbourg et donc au Caire. Pour inaugurer le Canal de Suez et l’opĂ©ra du Caire en 1869, Verdi reçoit donc commande de l’Etat Ă©gyptien d’un nouvel ouvrage. Aida ne sera cependant crĂ©Ă© que deux ans aprĂšs, en 1871. A l’époque de la guerre contre l’Ethiopie, l’Egypte antique ressuscite ainsi avec un scrupule archĂ©ologique (auquel a participĂ© le scientifique Ă©gyptologue Mariette), mais ce qui touche surtout le public encore aujourd’hui c’est la passion amoureuse qui dĂ©vore et consume le couple souverain Aida et RadamĂšs.

 

 

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Verdi : Aida
OpĂ©ra en quatre actes‹Giuseppe Verdi‹Livret d’Antonio Ghislanzoni d’aprĂšs Auguste Mariette et Camille Du Locle. CrĂ©Ă© au Caire, le 24 dĂ©cembre 1871. DerniĂšre reprĂ©sentation Ă  LiĂšge, novembre 2006

Aida Ă  l’OpĂ©ra royal de Wallonie Ă  LiĂšge
Du 25 mars au 5 avril 2014 : 9 représentations à LiÚge
Le 11 avril 2014 Ă  Charleroi – www.pba.be
ma. 25, me. 26, je. 27, ve. 28 mars & ma. 1er, me. 2, ve. 4, sa. 5 avril I 20 h – le 30 mars Ă  15h
> OpĂ©ra royal de Wallonie-LiĂšge : Place de l’OpĂ©ra – BE-4000 LiĂšge
> Infos/rĂ©servations : 04/221 47 22 – www.operaliege.be

Aida de Verdi, version Py

En direct de Bastille, dans les salles UGC : Aida de Verdi …

Les salles de cinĂ©ma du rĂ©seau UGC diffusent en direct le 14 novembre 2013 Ă  partir de 19h30, la production spectaculaire et toute en or d’Aida de version dans la mise en scĂšne d’Olivier Py …

verdi_aida_py_bastilleNotre avis. AprĂšs Alceste de Gluck Ă  Garnier, le mois dernier, voici Aida de Verdi (1871), version Olivier Py : l’ouvrage servi par le metteur en scĂšne de retour sur les planches parisiennes en moins d’un mois, n’Ă©tait pas programmĂ© depuis 45 ans Ă  l’OpĂ©ra de Paris … un comble pour un sommet de l’opĂ©ra romantique italien. Le scĂ©nographe joue surtout sur les dĂ©cors aussi somptueux que spectaculaires, tout d’or Ă©tincelant (l’or n’est-il pas dans l’Egypte antique la chair des dieux ? mais c’est la seule rĂ©fĂ©rence Ă  l’AntiquitĂ© nilotique)… Exit les effets hollydiens et le kitsch nĂ©oĂ©gyptien : la vision est celle de l’Ă©poque de Verdi mais n’empĂȘche pas pour autant une esthĂ©tique du clinquant et du colossal. Au final, la proposition n’est guĂšre subtile et l’on cherche l’intimisme psychologique du huit clos que Verdi a su ciseler derriĂšre la pompe archĂ©ologique. Les plus de cette nouvelle production vertement critiquĂ©e au moment de sa premiĂšre : le RadamĂšs claironnant mais fin de Marcelo Alvarez et la direction toute en nuances, elle, de l’excellent Philippe Jordan… Jusqu’au 16 novembre 2013 Ă  l’OpĂ©ra Bastille.

Verdi : Aida
au cinéma, réseau salles UGC
le 14 novembre 2013, en direct Ă  19h30

Mis en scÚne par Olivier Py et dirigé par Philippe Jordan,
en direct le jeudi 14 novembre Ă  19h30
dans 27 salles du réseau UGC en France et en Belgique
(dans le cadre de la saison Viva l’OpĂ©ra ! – www.vivalopera.fr et www.vivalopera.be), en direct et en diffĂ©rĂ© dans 55 salles du rĂ©seau indĂ©pendant en France et 300 salles en Europe et dans le reste du monde.
Diffusion sur Mezzo, samedi 23 novembre Ă  20h30

Aida au cinéma
Opéra en quatre actes (1871)
Musique de Giuseppe Verdi (1813-1901)
Livret d’Antonio Ghislanzoni
d’aprùs Auguste Mariette
En langue italienne

PHILIPPE JORDAN, Direction musicale
OLIVIER PY, Mise en scĂšne

CARLO CIGNI, Il Re
LUCIANA D’INTINO, Amneris
OKSANA DYKA, Aida
MARCELO ALVAREZ, RadamĂšs
ROBERTO SCANDIUZZI, Ramfis
SERGEY MURZAEV, Amonasro
OLEKSIY PALCHYKOV, Un Messagero
ÉLODIE HACHE, Una Sacerdotessa

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra national de Paris

rappel :
L’OpĂ©ra national de Paris au cinĂ©ma, saison 2013-2014

- Aida, le 14 novembre 2013
- Les Puritains, le 9 décembre 2013
- La Belle au bois dormant, le 16 décembre 2013
- La Fanciulla del west, le 10 février 2014
- Tristan et Isolde, le 29 avril 2014
- Soirée Balanchine / Millepied, le 3 juin 2014
- La Traviata, le 17 juin 2014