COMPTE-RENDU,concert.Festival Piano aux Jacobins. Cloître, le 19 septembre 2019. BEETHOVEN. SCHUMANN. SCHUBERT. A.LALOUM.

COMPTE-RENDU,concert.Festival Piano aux Jacobins. Cloître, le 19 septembre 2019. BEETHOVEN. SCHUMANN. SCHUBERT. A.LALOUM. Pour ce 40ème festival de Piano aux Jacobins les grands pianistes se succèdent à un rythme soutenu et même en choisissant avec soin, la splendeur continuellement renouvelée, ( cf. nos quatre compte rendus JACOBINS 2019 précédents), semble un miracle de stabilité dans notre monde en folie : une différente sorte d’excellence chaque soir !  De telles soirées aident à supporter les journées ….

Adam Laloum aux Jacobins…
poète sensible habité par la musique.

laloum piano harald hoffmann concert critique classiquenewsAdam Laloum est peut-être parmi ces immenses pianistes celui qui se tient à une place à part, celle du coeur. Du moins pour moi ce concert l’aura été. Je connais bien la musicalité fine de ce pianiste depuis bientôt dix ans et je sais comment chaque fois j’en suis émerveillé. Que ce soit en soliste, en chambriste, en concertiste. Le récent festival de Lagrasse le montre en délicat chambriste, son récent concert de concertos de Mozart à la Roque d’Anthéron en a ébloui plus d’un par sa musicalité mozartienne épanouie, (concert à la réécoute sur France Musique). Ce soir dans l’auguste Cloître des Jacobins après tant de somptueux artistes, Adam Laloum a offert un concert parfaitement construit, dans un répertoire qui lui convient à la perfection. Ce concert est frère de celui de Silvacane en 2017, (voir notre compte rendu) entre Beethoven et Schubert.
La Sonate n° 28 de Beethoven est une grande sonate, une œuvre de la maturité de toute beauté. Le grand final en forme de fugue est une véritable apothéose. Adam Laloum en domine parfaitement toutes les fulgurances en rajoutant une qualité de nuances et de couleurs d’une infinie variété. Le Beethoven de Laloum a toujours la primauté du sens sans rien lâcher sur la forme. Il cisèle chaque phrase et l’enchâsse dans le mouvement puis dans la sonate entière. Cette conscience de la structure sur tous ces niveaux, la lisibilité qu’il apporte au public, sont des qualités bien rares. À présent la pâte sonore d’Adam  Laloum a gagné en richesse. La beauté des sons surtout l’ambitus sont proprement incroyables. La rondeur des graves, leur puissance sans aucune violence font penser à l’orgue.

Après cet hommage au véritable père de la Sonate pour piano, la Grande Humoresque de Schumann ouvre un pan entier au romantisme le plus sublime. Le début dans une nuance piano aérienne nous fait entrer dans la magnifique vie imaginaire de Schumann. Le bonheur, la paix puis la fougue, la passion malheureuse. Pièce rarement jouée en concert, elle met en valeur les extraordinaires qualités d’Adam Laloum. Il en avait déjà offert une belle version au disque mais ce soir l’évolution de l’interprétation est majeure. Capable de nous livrer et la structure quadripartite de l’oeuvre et sa fantaisie débridée nécessitant beaucoup d’invention dans le jeu pianistique. Les partis pris du jeune musicien tombent chaque fois à propos avec une beauté à couper le souffle. Un vrai engagement d’interprète et une virtuosité totalement maitrisée rendent l’instant sublime.

Mais ce qui va véritablement faire chavirer le public est son interprétation unique de l’avant dernière sonate de Schubert. La D.959 est jouée avec une fougue et une tendresse incroyables. Schubert, qui dans le deuxième mouvement chante le bonheur à portée de main mais qui s’enfuit, trouve dans le jeu d’Adam Laloum … une deuxième vie. Les nuances sont subtilement dosées et le cantabile se déploie comme le faisait Montserrat Caballe avec ses phrases de pianissimi sublimes dans Bellini et Donizetti. Car les pianissimi sont d’une couleur suave certes mais surtout d’une plénitude incroyable. Jamais de dureté ni d’acidité. Toujours une onctuosité belcantiste. Ce deuxième mouvement Andantino, l’un des plus beaux de Schubert, avec sa terrible tempête centrale, est un pur moment de magie sous les mains si expertes d’Adam Laloum. Le Scherzo nous entraîne dans quelques danses qui deviennent véritablement fougueuses et heureuses à force de tournoyer sur elles même dans des variations que l’on aimerait perpétuelles tant elles sont belles. Le long rondo final n’est que tourbillon de gaieté et d’envie de vivre. Tout coule, avance ; les nuances pleinement assumées, les phrasés variés à l’envie en font une vraie musique du bonheur que quelques modulations assombrissent un court instant. Le bonheur de Schubert est aussi vaste que sa mélancolie. Aujourd’hui, Adam Laloum est probablement le plus émouvant interprète de Schubert. Un vrai compagnon d’âme du Frantz Schubert que ses amis aimaient tant lors des schubertiades. Dans les rappels du public qui se terminent en standing ovation il revient à Schubert. Un vrai bonheur partagé !

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Compte-rendu concert. Toulouse. 40ème Festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 19 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°28 en la bémol majeur,Op.101 ; Robert Schumann (1810-1856) : Grande Humoresque en si bémol majeur ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°22 en la majeur, D.959 ; Adam Laloum, piano. Photo : © Harald-Hoffmann

LIRE aussi

Compte rendu concert. 37 ième Festival de la Roque d’Anthéron. Abbaye de Silvacane. Le 14 août 2017. Beethoven. Schubert. Adam Laloum

https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-37eme-festival-de-la-roque-dantheron-abbaye-de-silvacanele-14-aout-2017-beethoven-schubert-adam-laloum/

Reportage vidéo : La 3ème génération de musiciens au Festival de Saintes 2015

logoSaintes_A3_noirReportage vidéo : La 3ème génération de musiciens au Festival de Saintes 2015. En juillet 2015, le Festival de Saintes cultive aux côtés des têtes d’affiches et des vedettes célébrées, la diversité défricheuse des jeunes tempéraments. Cette année, les 12 et 13 juillet 2015, CLASSIQUENEWS s’intéresse à trois interprètes qui portent l’élan enthousiaste de cette 3ème génération de musiciens qui incarnent aussi la vitalité du festival estival. Entretien avec Stephan Maciejewski, Directeur artistique et Odile Pradem-Faure, Directrice générale mais aussi les musiciens concernés… tels Lionel Meunier (Vox Luminis), Adam Laloum (pianiste) et Raphaël Sévère (clarinette), Héloïse Gaillard (créatrice de l’ensemble Amarillis). © studio CLASSIQUENEWS.TV – Réalisation : Philippe-Alexandre Pham

Compte rendu, concert. Tours, Opéra. Le 5 décembre 2015. Brahms : Concerto pour piano n°2. R. Strauss, Ravel. Adam Laloum, piano. Orch. Région Centre-Val de Loire Tours. Jean Yves Ossonce, direction.

PIANO ENCHANTEUR : Adam Laloum à ToursLe clou de ce dernier programme symphonique à l’Opéra de Tours est le 2ème Concerto pour piano de Johannes Brahms. Soliste annoncé, le lauréat du Prix Clara Haskil 2009, Adam Laloum (né en 1987), élève au CNSMD de Paris, de Michel Béroff. Adam Laloum, le poète des pianistes français et certainement le plus méditatifs d’entre tous fait l’affiche de ce concert prometteur : on sait jusqu’à quels piani introspectifs le chef Jean-Yves Ossonce (dont le public de Tours vit le dernier cycle symphonique ici même depuis l’annonce de démission) aime conduire son orchestre tourangeau : telle capacité allusive, jouant sur le murmure timbré, mettant en avant la couleur de chaque instrument exposé, s’est entendue précédemment dans des Tchaïkovski pour nous devenus mémorables (LIRE notre compte rendu de la Symphonie n°6 de Tchaikovski en novembre 2014 par Jean-Yves Ossonce). La combinaison du pianiste déjà invité à Tours et du maestro sur la scène de l’Opéra pouvait nous laissait espérer l’impossible.

Or l’alchimie a bien eu lieu … et le jeu miroitant, diaphane, ciselé, d’une tendresse enfantine et amoureuse surtout dans l’Andante du jeune pianiste français s’est déployé sans masque si ce n’est celui assumé de la pudeur. Tout le Concerto pour piano n°2 de Brahms d’une ampleur symphonique affirmée (avec ses 4 mouvements), laisse pourtant le chant du clavier s’épanouir, entre la tragédie sombre à peine voilée, la digression facétieuse (en particulier dans le dernier mouvement grazioso où scintille les motifs populaires, rythmes hongrois réservés aux cordes), et au cœur de la sensibilité brahmsienne, une hypersensibilité affective qui est la clé de cette noblesse qui retourne toujours à l’intime et à la pudeur blessée. L’agilité faune, la versatilité dynamique, la caresse du piano d’Adam Laloum font le miel d’une soirée d’une très haute musicalité à Tours où chaque mouvement berce par une sincérité de ton qui d’un épisode à l’autre, rétablit la grande cohérence du cycle orchestral dans son entier.

On sait gré au chef de nous servir avec une finesse d’élocution ténue, l’admirable combinaison de certains timbres appareillés (cor évidemment, hautbois, sans omettre le violoncelle au début et à la fin de l’Andante qui respire alors au diapason du clavier complice : mêmes vibrations accordées entre les deux instruments. Un très grand moment de plénitude … purement musicale (pour plaire au critique Eduard Hanslick, défenseur acharné et souvent partisan de Brahms).  Le piano enivré, extatique, parfois rugissant d’Adam Laloum s’accorde à l’engagement du chef. Ce Brahms ambivalent, à la fois solaire et crépusculaire, combinant la ténèbre et la grâce lumineuse ressuscite ainsi en un acte d’une complicité accomplie.

 

 

tours-adam-laloum-jean-yves-ossonce-concert-Brahms-du-5-décembre-2015-review-critrique-concert-comte-rendu-classiquenews

 

 

 

Compte rendu, concert. Tours, Opéra. Le 5 décembre 2015. Brahms : Concerto pour piano n°2. R. Strauss, Ravel. Adam Laloum, piano. Orch. Région Centre-Val de Loire Tours. Jean Yves Ossonce, direction.

La Belle Hélène d'Offenbach à ToursProchain événement à l’Opéra de Tours : La Belle Hélène d’Offenbach, les 26,27,30 et 31 décembre 2015. LIRE notre présentation complète : … Elégance, souplesse, ivresse mélodique … pour Pisani, La Belle Hélène rassemble toute les qualités d’une grande Å“uvre : une opérette dont la subtilité se rapproche de l’opéra;  politiques véreux mais très arrogants, déesses dévergondées et bergers complices portés sur la cabriole… Divertissement certes, mais Offenbach comme Rameau dans sa formidable Platée (préfiguration de la future comédie musicale à venir, déjà en 1745….) nous tend le miroir : la société portraiturée dans La Belle Hélène sous couvert de gags à gogo et de tableaux délirants …

 

 

 

Tours, Opéra. Adam Laloum joue Brahms

Adam-Laloum-2-–-Photo-Carole-Bellaiche-©-Mirare-250x250Tours, Opéra. Adam Laloum joue Brahms, les 5 et 6 décembre 2015. C’est l’un des plus captivants concerts symphoniques offerts par Jean-Yves Ossonce pour sa dernière saison musicale à Tours : Brahms, Strauss, Ravel; un défi à multiples facettes pour l’orchestre, le chef et ici, le soliste, l’excellent pianiste, prince des poètes du clavier, d’une intériorité magicienne, Adam Laloum, né en 1987 (ainsi de retour au Grand-Théâtre de Tours). Quel sommet musical que ce 2ème Concerto pour piano de Johannes Brahms (1881) qui atteste des ressources artistiques prodigieuses d’un Brahms à la fois classique et moderne (directeur de la Société de musique de Vienne de 1872 à 1875), alors – au début des années 1880, personnalité célébrée à juste titre à Vienne : sa 2ème Symphonie puis son Concerto pour violon de 1877 l’ont hissé à la célébrité européenne. Le Concerto pour piano n°2 réactive le grand sujet brahmsien, la construction et l’architecture contenant des forces antagonistes, les révélant et les résolvant à la fois, dans l’esprit universel, très structuré et toujours éloquent de Beethoven. La passion de nature schumanienne souvent lyrique et échevelée, mais d’une finesse inouïe grâce à sa maîtrise de l’orchestration (bois et cuivres ciselés), la présence toujours importante des thèmes du folklore populaire (à l’instar d’un Schubert), le sens de l’équilibre et de l’architecte fondent la très haute valeur du romantisme brahmsien. La partition est créée en Hongrie à Budapest par l’auteur avec succès, le duo piano violoncelle qui crée le scintillement miraculeux, nostalgique et tendre d’une ineffable douceur dans l’Andante (3ème mouvement), le rondo sonate qui compose l’ultime épisode (Allegretto Scherzo) marqué par le swing du motif tzigane très emblématique sont des trouvailles géniales auxquelles il reste bien difficile de demeurer insensible. D’autant plus si les interprètes soliste, chef et instrumentistes de l’orchestre jouent la carte du chambrisme transparent plutôt que de la puissance.

ossonce-jean-yves-sara-nemtanu-concerto-violon-orchestre-tchaikovski-concert-opera-de-tours-7-novembre-2015-review-crtique-compte-rendu-classiquenewsAprès Brahms, le programme affiche l’opus 24 de Richard Strauss, Mort et transfiguration, vision sur la mort et expérience spirituelle d’une ineffable profondeur. La Valse de Ravel (1919) conclut le concert : un hymne à la vie tourbillonnante et aussi un délire terrifiant sur la folie jamais éloignée des pulsions de vie. Ravel semble y décortiquer la subtile mécanique chorégraphique capable d’imploser, de se recomposer en une extase vénéneuse, d’aune sauvagerie barbare dont l’esprit chaotique est à rapprocher du premier conflit mondial juste achevé. Engagé, lucide sur notre dernière actualité, la présentation de l’Opéra de Tours des deux concerts des 5 et 6 décembre 2015 est on ne peut plus claire : “De Vienne en 1881 à l’Europe en lambeaux de 1920, quarante années de mutation, ou comment la barbarie peut détruire le monde“.

Johannes Brahms
Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur, op. 83

Richard Strauss
Mort et transfiguration, op. 24

Maurice Ravel
La Valse

Adam Laloum, piano
Jean-Yves Ossonce, direction
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours

Samedi 5 d̩cembre 2015 Р20h
Dimanche 6 d̩cembre 2015 Р17h

Réservez votre place sur la page billetterie du site de l’Opéra de Tours

 

Illustrations : Adam Laloum, Jean-Yves Ossonce (DR)

Brahms sublimé. Adam Laloum à L’Opéra de Tours

Adam-Laloum-2-–-Photo-Carole-Bellaiche-©-Mirare-250x250Tours, Opéra. Adam Laloum joue Brahms, les 5 et 6 décembre 2015. C’est l’un des plus captivants concerts symphoniques offerts par Jean-Yves Ossonce pour sa dernière saison musicale à Tours : Brahms, Strauss, Ravel; un défi à multiples facettes pour l’orchestre, le chef et ici, le soliste, l’excellent pianiste, prince des poètes du clavier, d’une intériorité magicienne, Adam Laloum, né en 1987 (ainsi de retour au Grand-Théâtre de Tours). Quel sommet musical que ce 2ème Concerto pour piano de Johannes Brahms (1881) qui atteste des ressources artistiques prodigieuses d’un Brahms à la fois classique et moderne (directeur de la Société de musique de Vienne de 1872 à 1875), alors – au début des années 1880, personnalité célébrée à juste titre à Vienne : sa 2ème Symphonie puis son Concerto pour violon de 1877 l’ont hissé à la célébrité européenne. Le Concerto pour piano n°2 réactive le grand sujet brahmsien, la construction et l’architecture contenant des forces antagonistes, les révélant et les résolvant à la fois, dans l’esprit universel, très structuré et toujours éloquent de Beethoven. La passion de nature schumanienne souvent lyrique et échevelée, mais d’une finesse inouïe grâce à sa maîtrise de l’orchestration (bois et cuivres ciselés), la présence toujours importante des thèmes du folklore populaire (à l’instar d’un Schubert), le sens de l’équilibre et de l’architecte fondent la très haute valeur du romantisme brahmsien. La partition est créée en Hongrie à Budapest par l’auteur avec succès, le duo piano violoncelle qui crée le scintillement miraculeux, nostalgique et tendre d’une ineffable douceur dans l’Andante (3ème mouvement), le rondo sonate qui compose l’ultime épisode (Allegretto Scherzo) marqué par le swing du motif tzigane très emblématique sont des trouvailles géniales auxquelles il reste bien difficile de demeurer insensible. D’autant plus si les interprètes soliste, chef et instrumentistes de l’orchestre jouent la carte du chambrisme transparent plutôt que de la puissance.

ossonce-jean-yves-sara-nemtanu-concerto-violon-orchestre-tchaikovski-concert-opera-de-tours-7-novembre-2015-review-crtique-compte-rendu-classiquenewsAprès Brahms, le programme affiche l’opus 24 de Richard Strauss, Mort et transfiguration, vision sur la mort et expérience spirituelle d’une ineffable profondeur. La Valse de Ravel (1919) conclut le concert : un hymne à la vie tourbillonnante et aussi un délire terrifiant sur la folie jamais éloignée des pulsions de vie. Ravel semble y décortiquer la subtile mécanique chorégraphique capable d’imploser, de se recomposer en une extase vénéneuse, d’aune sauvagerie barbare dont l’esprit chaotique est à rapprocher du premier conflit mondial juste achevé. Engagé, lucide sur notre dernière actualité, la présentation de l’Opéra de Tours des deux concerts des 5 et 6 décembre 2015 est on ne peut plus claire : “De Vienne en 1881 à l’Europe en lambeaux de 1920, quarante années de mutation, ou comment la barbarie peut détruire le monde“.

Johannes Brahms
Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur, op. 83

Richard Strauss
Mort et transfiguration, op. 24

Maurice Ravel
La Valse

Adam Laloum, piano
Jean-Yves Ossonce, direction
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours

Samedi 5 d̩cembre 2015 Р20h
Dimanche 6 d̩cembre 2015 Р17h

Réservez votre place sur la page billetterie du site de l’Opéra de Tours

 

Illustrations : Adam Laloum, Jean-Yves Ossonce (DR)

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 14 mars 2015 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ré mineur, op.15 ; Richard Strauss (1864-1949) : Don Juan op.20 ; Grande suite du Chevalier à la Rose (1946) ; Adam Laloum, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Hazuki Yamada, direction.

Depuis un certain concert réunissant Bernstein et Gould dans ce même concerto, la question de Bernstein « who is the boss ? » est pour certains close, le chef c’est le pianiste. Je n’en suis pas certain et ce soir je reste sur un doute. Peut être les tempi étirés viendraient de la demande du pianiste. En tous cas Adam Laloum, si c’est le cas, méritait un meilleur orchestre et un meilleur chef. Que s’est t il passé pour que les cordes paraissent si fatiguées, pas propres dans certaines fins de traits ?

Adam Laloum méritait mieux

Adam-Laloum-3-–-Photo-Carole-Bellaiche-MirareLe manque d‘ampleur des violons semblait indigne des progrès réalisés depuis ces dernières années. Alti discrets et violoncelles timides… Ce n’est pas cela l’orchestre du Capitole ! Seule la timbale très présente, les cors (en de magnifiques soli) et les bois faisaient honneur à la vaste partition de Brahms. Le chef a su ménager de beaux moments tout particulièrement dans l’Adagio. Mais peu de construction d‘ensemble ou des phrasés brutaux gâchaient des qualités indéniables de précision rythmique et de couleurs. Le piano d’Adam Laloum est tout de délicatesse et de poésie sans pourtant être insuffisant dans les moments puissants ou techniquement redoutables. Les moyens sont là mais c’est la délicatesse du toucher, le sens des phrasés et les nuances subtiles qui font de cet artiste un poète du piano. Oubliant que Brahms était relativement jeune lorsqu’il composa son premier concerto, il lui donne toute la profondeur que le compositeur atteindra plus tard et qui n’est ici qu’habituellement suggérée. Le bis offert, un Intermezzo de l‘op.117, a eu les qualités lunaires et mélancoliques de la poésie du « vieux Brahms » avec un sens du legato… crémeux.

Pour la deuxième partie l’orchestre, s’étoffe et le son a complètement changé. Les violons ont retrouvé leur superbe brillance, les violoncelles leur velours et les contrebasses leur forte présence. L’orchestre a brillé de mille feux, les couleurs ont explosé et la lumière a été aveuglante. Kazuki Yamada a offert une lecture stimulante du premier poème symphonique Don Juan de Richard Strauss, écrit à 24 ans. Mais la théâtralité du récit a manqué. En final la grande suite du Chevalier à la rose qui à notre goût, donne trop de place aux valses d‘Ochs et pas assez au sublime du trio final, a été un moment de jubilation orchestrale kaléidoscopique sans lien entre les moments. Certes ce n‘est pas dans cette suite que les qualités de construction du discours musical sont attendues mais le chef japonais semble avoir choisi l’hédonisme du beau son au détriment de la construction et de la fluidité du discours. Les musiciens d’orchestre libres de s‘exprimer n’ont pas caché leur plaisir et le public a répondu avec joie à ce choix interprétatif facile. Il n’est pas certains que d’autres répertoires plus exigeants s’en trouveront bien. Le premier concerto de piano de Brahms a souffert de ce manque de capacité à remplir le vaste tempo que le pianiste avait  su, lui, habiter de sa sensibilité. Nous restons charmés par les qualités musicales d’Adam Laloum qui a été un peu trop seul dans le concerto.