Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 10 avril 2016. FaurĂ©, Saint SaĂ«ns, Dvorak. RaphaĂ«l Pidoux, violoncelle, Jeune Orchestre de l’Abbaye. Jean-François Heisser

JFHeisser-196TournĂ©e des 20 ans du JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye. A l’occasion du vingtième anniversaire du JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye, les responsables de l’Abbaye aux Dames ont de nouveau invitĂ© Jean-François Heisser, directeur musical de l’Orchestre Poitou Charentes. Pour cette session si particulière qui s’achève avec un concert Ă  Paris, le programme est particulièrement intense : il a Ă©tĂ© jouĂ© par un orchestre survoltĂ© par la prĂ©sence d’un premier violon, d’un violoncelliste solo prestigieux (le premier est membre du quatuor de Bordeaux, le second membre du trio Wanderer). N’oublions pas Jean-François Heisser, chef confirmĂ© qui connait parfaitement chacune des trois pièces du programme.

 

 

 

Les 20 ans du Jeune Orchestre de l’Abbaye

TRIOMPHE DU JOA A SAINTES
Jean François Heisser et le Jeune Orchestre de l’Abbaye triomphent Ă  Saintes

 

JOA_orchestre_violonisteEn ouverture de programme, le rare PellĂ©as et MĂ©lisande de Gabriel FaurĂ© (1845-1924) affirme l’originalitĂ© et le raffinement du cycle commĂ©moratif. D’entrĂ©e de jeu, le mĂ©lomane averti aurait plutĂ´t tendance Ă  penser Ă  l’opĂ©ra de Claude Debussy (1862-1918). Mais l’oeuvre de FaurĂ© plus exceptionnelle au concert, dĂ©voile ses attraits immĂ©diats oĂą règne surtout une orchestration fine et suave. Jean-François Heisser en donne une lecture sobre, prĂ©cise, particulièrement allante, toujours soucieuse d’Ă©quilibre et de clartĂ© instrumentale : la flĂ»te solo d’une ineffable lĂ©gèretĂ©, le cor, admirable de justesse et de maĂ®trise dynamique, offrent dĂ©jĂ  deux superbes prestations. Les jeunes musiciens, brillants, sur-motivĂ©s, jouent avec un plaisir non dissimulĂ© ce PellĂ©as et MĂ©lisande si vite Ă©clipsĂ© par son homonyme lyrique crĂ©Ă© en 1902, et donc contemporain de l’oeuvre de FaurĂ© qui date de 1901.
Avec le Concerto pour violoncelle n°2 en rĂ© mineur de Camille Saint-SaĂ«ns – autre perle mĂ©connue, le public a l’occasion de dĂ©couvrir ou de redĂ©couvrir le violoncelliste RaphaĂ«l Pidoux. Cet excellent instrumentiste, membre du trio Wanderer, joue avec une Ă©nergie et une fougue Ă©tonnantes un Concerto dont Saint-SaĂ«ns lui mĂŞme disait : «Jamais il ne sera aussi connu que le premier : il est trop difficile». L’oeuvre, qui a rapidement Ă©tĂ© Ă©clipsĂ©e par sa «soeur», regorge de difficultĂ©s techniques, de pics nombreux et divers, notamment des changements de tempo ou de sauts d’octaves, que Pidoux aborde avec constance et ferveur. L’orchestre, sous la direction vigilante de son chef, accompagne le soliste avec talent et attention, comme sur des oeufs, sans jamais le couvrir. Saint-SaĂ«ns a composĂ© une musique brillante et complexe qui permet aux musiciens de se surpasser, voire de sublimer leur instrument, tout en leur dĂ©fendant une partition raffinĂ©e digne des meilleures.

Au retour de la pause, l’orchestre aborde un monument de la musique post romantique : l’inusable et fameuse Symphonie n°9 en mi mineur bĂ©mol B.178 op 95, «du nouveau monde». Dvorak a composĂ© et crĂ©Ă© cette Ĺ“uvre gigantesque en 1893, alors qu’il Ă©tait Ă  New York pour donner des cours au conservatoire de cette ville. Il en a d’ailleurs profitĂ© pour intĂ©grer dans son chef d’oeuvre plusieurs thèmes collectĂ©s dans le folklore des Etats-Unis. Jean-François Heisser, exemplaire depuis le dĂ©but du concert, dirige cette symphonie, dont le grand public n’a retenu que l’ultime mouvement, avec une Ă©nergie d’autant plus remarquable, qu’elle exige une vigilance et une concentration constantes : qu’il s’agisse du pastoralisme recueilli, aĂ©rien du premier mouvement, de l’introspection majestueuse du Second, de l’allant rythmiquement trĂ©pidant du Troisième… En bel ordre disciplinĂ© et plus que jamais engagĂ©, le Jeune Orchestre de l’Abbaye survoltĂ© par la direction ferme, dynamique, prĂ©cise de Jean-François Heisser offre une lecture passionnante de ce grand voyage en AmĂ©rique, exploration lumineuse et confession d’amour ; symphonie-cathĂ©drale et symphonique atmosphĂ©rique Ă  laquelle chef et jeunes musiciens apportent une solide structure tout en ciselant la finesse des timbres instrumentaux, autant de la part de l’harmonie des bois que du pupitre spectaculaire des cuivres… toute la tension et le subtile jeu des Ă©quilibres prĂ©parent Ă  la plĂ©nitude et la dĂ©livrance du quatrième et dernier mouvement. Celui oĂą l’Ă©chelle vĂ©ritable du cadre sonore se dĂ©ploie, ample et volontaire.

Pour son vingtième anniversaire, le Jeune Orchestre de l’Abbaye a donnĂ© un concert d’une qualitĂ© stimulante. Il a confirmĂ© les qualitĂ©s expressives d’un orchestre composĂ©s de jeunes musiciens apprentis sur instruments d’Ă©poque. A vrai dire, la formation dans son ensemble proposĂ©e par l’Abbaye aux Dames Ă  destination des futurs grands musiciens, soucieux de maĂ®triser l’interprĂ©tation sur instruments d’Ă©poque, est devenue incontournable en quelques annĂ©es. Sur-motivĂ©s par la personnalitĂ© du chef invitĂ©, par celles complĂ©mentaires de deux musiciens prestigieux, les musiciens de l’orchestre ont su rĂ©pondre aux attentes suscitĂ©s depuis les premières sessions et rĂ©pĂ©titions de ce travail abordant le rĂ©pertorie romantique. VoilĂ  un nouveau concert particulièrement applaudi qui confirme Ă  Saintes, l’enracinement d’une belle tradition de transmission et aussi de haute expĂ©rience orchestrale.

Saintes. Abbaye aux dames, le 10 avril 2016. Gabriel FaurĂ© (1845-1924) : Pelleas et MĂ©lisande, op 80, Camille Saint SaĂ«ns (1835-1921) : Concerto pour violoncelle N°2 en rĂ© mineur op 119, Antonin Dvorak (1841-1904) : Symphonie N°9 en mi mineur bĂ©mol B.178 op 95 dite «du nouveau monde». RaphaĂ«l Pidoux, violoncelle, Jeune Orchestre de l’Abbaye. Jean François Heisser, direction.

Grand reportage vidéo : le Festival Musique et Mémoire 2013 (les 20 ans)

Grand reportage vidĂ©o : Festival Musique et MĂ©moire 2013. Au cĹ“ur du Pays des Vosges SaĂ´noises, le festival Musique et MĂ©moire interroge les nouveaux champs crĂ©atifs de la Renaissance et du Baroque. A l’invitation de son directeur artistique et fondateur, Fabrice Creux, le Festival en laboratoire des pratiques musicales rĂ©invente le principe des rĂ©sidences d’artistes. Geste vocal, nouvelles formes de concerts, orgue en scène… sont les volets d’une dĂ©marche unique en France qui recherche toujours Ă  conquĂ©rir de nouveaux publics. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS : avec Fabrice Creux (directeur artistique fondateur du Festival), Bruno Boterf (directeur musical de l’ensemble en rĂ©sidence Ludus Modalis), Jean-Charles Ablitzer (organiste associĂ© du Festival).