CD, coffret. Karajan 1980s. 78 cd Deutsche Grammophon

karajan musicien maestroCLIC D'OR macaron 200CD, coffret. Karajan 1980s. 78 cd Deutsche Grammophon. NĂ© en 1908, Karajan vit dans les annĂ©es 1980, sa derniĂšre dĂ©cennie : il meurt en 1989. En un coffret remarquablement Ă©ditĂ© (mĂȘme si le livret d’accompagnement ne comporte pas de textes en français : seulement en anglais, allemand et japonais), Deutsche Grammophon publie l’intĂ©grale des enregistrements symphoniques du Karajan des annĂ©es 1980, soit l’hĂ©ritage du dernier Karajan : un cycle qui vaut testament musical, esthĂ©tique. C’est l’Ă©poque oĂč en 1980, Karajan cĂ©lĂšbre ses 25 ans d’activitĂ© comme chef principal (Ă  vie) du Berliner Philharmoniker. (de fait sauf contreindication, tous les enregistrements ici rĂ©unis ont Ă©tĂ© produits avec les instrumentistes berlinois… A l’heure oĂč l’industrie du disque vit un nouvel Ăąge d’or  grĂące au compact disc, (aprĂšs les annĂ©es 1960 et l’apogĂ©e du vinyle), Karajan fonde sa propre sociĂ©tĂ© de production liĂ©e Ă  l’image (Telemondial crĂ©Ă© en 1982, dont le modĂšle Ă©conomique s’appuie essentiellement sur l’avĂšnement du nouveau support laserdisc). Le coffret Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon rĂ©Ă©dite les meilleures rĂ©alisations du chef le plus mĂ©diatisĂ© de l’histoire du disque : non pas ses opĂ©ras (un autre coffret ?) mais ses enregistrements comme chef symphonique et concertant : un interprĂšte de premier plan. Avec Karajan, le son et l’interprĂ©tation fusionnent ; les moyens technologiques et l’esthĂ©tique sonore rejoignent l’esprit mĂȘme des partitions choisies. La prĂ©sentation des archives suit la chronologie des enregistrements : soit de 1980 (avec Eine Alpensinfonie de Richard Strauss, prĂ©ambule dĂ©jĂ  impressionnant) jusqu’en avril 1989 oĂč le maestro enregistre alors le 7Ăšme Symphonie de Bruckner… avec les instrumentistes du Wiener Philharmoniker, l’autre orchestre avec lequel, la brouille et les tensions berlinoises s’accentuant, Karajan retrouvera une certaine fraĂźcheur recrĂ©ative…

Karajan 1980s complete orchestral recordings deutsche grammophon coffret 78 cdLe mĂ©lomane comme le connaisseur retrouvent les auteurs les mieux servis par le chef autrichien : au registre des symphonies, vĂ©ritables piliers du rĂ©pertoire Karajanesque, les ” 3 B ” : Beethoven, Brahms, Bruckner ; chaque compositeur y bĂ©nĂ©ficie de son intĂ©grale (sauf Bruckner), avec ce souci dĂ©sormais emblĂ©matique de la maniĂšre Karajan, une absolue lisibilitĂ© analytique doublĂ© d’une force motorique allante, carrĂ©e, irĂ©sistible. Le tout avec ce son Ă  la fois plein, riche, entier, d’un hĂ©donisme hyperraffinĂ©. Ce que les ingĂ©nieurs du son ont rĂ©alisĂ© relĂšve d’une absolue perfection, tous totalement infĂ©odĂ©s aux volontĂ©s du chef dĂ©miurge, absolu directeur du son et du plateau. Souverain en son univers poĂ©tique : la plupart des lectures ici rĂ©alisĂ©es s’apparentent pour la plupart Ă  de nouvelles relectures qui prenant en compte, et de façon trĂšs intelligente, toutes les possibilitĂ©s des derniĂšres avancĂ©es technologiques de l’enregistrement audio, prennent valeur indiscutablement de testament artistique.
S’agissant de Beethoven, Karajan enregistre l’intĂ©gralitĂ© du corpus symphonique d’une seule traite, concluant sur le chapĂźtre du Romantique, son cycle avec l’admirable Missa Solemnis de 1985 avec un plateau de rĂȘve : Lella Cuberli, Trudliese Schmidt, Vinson Cole, JosĂ© Van Dam… Les Symphonies suivent un planning assez continu : 5 et 6 en novembre 1982 ouvrent le bal puis les 4 et 7 (dĂ©cembre 1983), la 9Ăšme en septembre 1983 (Janet Perry, AgnĂšs Baltsa, Vinson Cole, JosĂ© Van Dam), 1 et 2 (1984), enfin 3 et 8 (1984-1985) ; c’est l’un des cycles avec le Berliner Philharmoniker parmi ceux les plus cohĂ©rents. Au rayon Brahms : le cycle commence en 1981 avec le Concerto pour violon avec Anne-Sophie Mutter ; le double concerto (violon / violoncelle avec la mĂȘme Mutter et Antonio Meneses) en fĂ©vrier 1983 ;suivent les quatre symphonies : la 2 d’abord (juin 1986) ; la 1Ăšre (janvier 1987) ; les 3Ăšme et 4Ăšme (octobre 1988) ; le cas de Bruckner, compositeur viennois par excellence, est abordĂ© en un cycle de 5 volets (l’intĂ©grale ne fut pas rĂ©alisĂ©e malheureusement), avec les deux orchestres (1,2,3 pour le Berliner ; les 7 et 8 avec les Viennois) : notons que les Wiener Philharmoniker (cuivres exceptionnels et onctuositĂ© plus souriante, plus chaudement colorĂ©e qu’avec le Berliner) sont davantage convaincants : avec le Berliner, la 3Ăšme (septembre 1980) puis la 2Ăšme (dĂ©cembre 1980 / janvier 1981) ; la 1Ăšre avec le Berliner toujours en janvier 1981; enfin avec les instrumentistes du Wiener Philharmoniker la 8Ăšme (novembre 1988) et la derniĂšre BrucknĂ©rienne enregistrĂ©e, 7Ăšme, ultime offrande testamentaire (avril 1989).

Occupant une place Ă  part, s’affirme surtout Haydn dont Karajan enregistre les Symphonies majeures avec un soin mĂ©ticuleux, c’est la source vitale, celle du viennois indĂ©modable, qui permet au Berliner Symphoniker de trouver / cultiver une sonoritĂ© construite, claire, Ă©quilibrĂ©e, chambriste : premiĂšre moisson en 1980 (Symphonies n°82-87) puis 1981-1982 (93-103). Ici Mozart comme Schumann (et l’unique Symphonie n°4, live de mai 1987 avec le Wiener Phil.), fait figure de parent pauvre (Symphonies n°29 et 39 avec le Berliner en fĂ©vrier et septembre 1987).

Karajan : la derniÚre décennie 1980-1989

Phase 4 stereo : le son spectaculaire des sixtie's by DeccaGrand symphoniste du XXĂš, Gustav Mahler ne paraĂźt que dans la sublime certes, 9Ăšme Symphonie (live berlinois de septembre 1982 dans le cadre du festival Berliner Festwochen oĂč brille en plus d’une lecture analytique, le prĂ©cision dĂ©taillĂ© de l’enregistrement : le dernier mouvement en son aspiration brumeuse infiniment tendre est Ă  pleurer. S’y discerne l’intĂ©rioritĂ© du maestro qui dirigeait les yeux fermĂ©s… obligeant son orchestre Ă  une introspection inĂ©dite alors, et suscitant chez le public, une expĂ©rience d’ordre spirituelle. Ce que Abbado aprĂšs lui renouvellera Ă©videmment avec la justesse et la profondeur que l’on sait…) ; et son grand rival Richard Strauss est copieusement servi a contrario : Karajan, narrateur hors pair, nage en eau propice et quasi natale chez un Strauss gĂ©nie de la flamboyance symphonique (soit 6 programmes ainsi repris Ă  la fin de la carriĂšre : Eine Alpensinfonie, Une Symphonie Alpestre de 1980 ; les MĂ©tamorphoses et Mort et transfiguration de 1980 et 1982 : la seconde oeuvre prĂ©monition de la fin ? ; Ainsi parlait Zarathoustra et Don Juan de 1983 ; Une vie de hĂ©ros, 1985 ; les Quatre derniers lieder et scĂšnes de Capriccio avec Anna Tomowa-Sintow en 1985 ; Don Quichotte et Till l’EspiĂšgle en 1986) : plus qu’une dĂ©claration, un vĂ©ritable hymne d’amour fervent pour celui qui incarne en pleine bourrasque nazie, le chant de l’art souverain. Une maniĂšre de se racheter de la part d’un Karajan qui eut toujours beaucoup de difficultĂ©s Ă  justifier sa position discutable Ă  l’Ă©poque du rĂ©gime hitlĂ©rien…

Ajoutons enfin, tels d’autres cycles d’accomplissements irrĂ©sistibles : Johann Strauss II et Tchaikovski (quasi intĂ©grale des Symphonies, concrĂštement les 3 derniers opus : la premiĂšre rĂ©enregistrĂ©e dans les 90′s : 6Ăšme PathĂ©tique, bouleversante et si esthĂ©tique (avec le Wiener Phil., janvier 1984 Ă  laquelle suivent dans la foulĂ©e et avec le mĂȘme orchestre, les 5 et 4), sans omettre son cher Casse-noisette de septembre 1982.

Grand amateur de musique française, Karajan enregistre Offenbach (ouvertures diverses dont La Belle HĂ©lĂšne et Les Contes d’Hoffmann, Berliner Phil., juin et septembre 1980), Saint-SaĂ«ns (Symphonie n°3 avec orgue avec Pierre Cochereau comme soliste, Berliner Phil. septembre 1981), Bizet (L’ArlĂ©sienne Suites 1 et 2, Carmen Suite 1, Berliner Philh., fĂ©vrier 1984), enfin, conclusion impressionniste et symboliste, un programme Debussy et Ravel avec toujours les berlinois en dĂ©cembre 1985 (La Mer, PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune, Pavane pour une infante dĂ©funte, Daphnis et ChloĂ©, fragments symphoniques n°2)…

Notre tour d’horizon, ne serait pas honnĂȘte sans mentionner aussi les rares mais prometteuses incursions chez Sibelius (aucun symphonie hĂ©las mais au dĂ©but de l’annĂ©e 1982 : la Suite intĂ©grale PellĂ©as et MĂ©lisande opus 46, puis un second programme comprenant Finlandia, le cygne de Tuonela, la Valse triste et Tapiola, fĂ©vrier 1984 avec le Berliner Phil.), Grieg (Peer Gynt Suite 1 et 2, fĂ©vrier 1982) ; Nielsen (Symphonie n°4 l’inextinguible, fĂ©vrier 1981), Chostakovitch (Symphonie n°10, fĂ©vrier 1981), Holst (le fameux concert de janvier 1981 dĂ©diĂ© aux PlanĂštes).

karajan chef orchestreKarajan savaient diriger et porter jusqu’Ă  leurs point de fusion et d’embrasement ultimes, musiciens, choristes et solistes : c’est pourquoi les grandes messe ou oratorios restent le second point thĂ©matique important du coffret, la majoritĂ© rĂ©alisĂ©e avec ses chĂšres Ă©quipes viennoises : d’abord La CrĂ©ation de Haydn, d’un souffle Ă©pique irrĂ©sistible ( le sens des respirations ciselant chaque portĂ©e suggestive et Ă©vocatoires de la partition orchestrale : Ă©coutez le dĂ©but de l’oratorio et l’Ă©vocation de l’origine du monde : Edith Mathis bouleversante ; Francesco Araiza un peu droit ; JosĂ© van Dam, fidĂšle parmi les fidĂšles, captĂ© au festival de Salzbourg en aoĂ»t 1982… puis Ein Deutsches Requiem de Brahms (Hendricks / Van Dam, en mai 1983 avec les effectifs viennois et non pas berlinois) : la Messa da requiem de Verdi (Tomowa Sintow, Baltsa, Carreras, Van Dam, avec Ă©galement le Wiener Philharmoniker en juin 1984) ; la fameuse Messe pour le pape Jean-Paul II de mai 1985 avec l’impossible rĂ©verbĂ©ration de Saint-Pierre mais l’irradiante Kathleen Battle (entre autres, dans l’agnus Dei de la Messe du Couronnement puis le motet Ave verum K618) et toujours le Wiener Philharmoniker ; la dĂ©jĂ  citĂ©e Missa solemnis de Beethoven en septembre 1985 (avec le Berliner Phil) ; Requiem de Mozart en mai 1986 (Tomowa-Sintow, MĂŒller-Molinari, Cole, Burchuladze, Wiener Phil.) ;

Mentor, Karajan a toujours su repĂ©rer les talents atypiques, les personnalitĂ©s artistiques les plus passionnantes de son Ă©poque, solistes pour la plupart qu’il sait inviter dans des programmes cousus mains : ainsi, les grands concertistes Ă©lus par le MaĂźtre occupent aux aussi le haut de l’affiche : tels entre autres : en septembre 1981 (Krystian Zimerman au piano dans un programme Schumann et Grieg (d’une absolu musicalitĂ©) ; Concerto pour violon de Tchaikovski avec Anne-Sophie Mutter (Wiener Phil., festival de Salzbourg, aoĂ»t 1988) ; Concerto pour piano n°1 du mĂȘme Tchaikovski (avec le tout jeune Yevgeny Kissin, avec le Berliner en dĂ©cembre 1988)

Le chef lyrique fait dĂ©faut ici, logiquement s’agissant de son legs symphonique, mais les amateurs pourront mesurer la fiĂšvre intĂ©rieure qui porte le maestro opĂ©ratique chez Wagner par exemple, dans deux programmes thĂ©matiques : le premier en fĂ©vrier 1984 regroupant quelques ouvertures d’opĂ©ras (TannhĂ€user, et en plus la Bacchanale si dyonisiaque ; Les MaĂźtres Chanteurs de Nuremberg ; Tristan und Isolde) ; puis le rĂ©cital lyrique avec Jessye Norman, bouleversante Isolde, expirante salvatrice du Liebestod (festival de Salzbourg, aoĂ»t 1987).

karajan maestro herbert von karajan chef orchestral et symphoniqueEt si l’on devait pour l’Ă©ternitĂ©, choisir un programme rĂ©tablissant l’infinie sensibilitĂ© d’un chef tant dĂ©criĂ© pour sa posture prohitlĂ©rienne, cela serait le Concert du Nouvel An viennois 1987 oĂč outre le raffinement et l’Ă©lĂ©gance de la baguette dans les standards signĂ©s Johann Strauss II (le Beau Danube Bleu, la valse de l’Empereur, l’ouverture de La Chauve souris seule vraie alternative Ă  Carlos Kleiber -), Karajan au terme de sa carriĂšre entonne l’hymne au printemps : FrĂŒhlingsstimmen, ou voix du printemps, avec l’ineffable soprano diamantin de Kathleen Battle. Coffret Ă©vĂ©nement, d’une indiscutable valeur. Et donc un cadeau idĂ©al pour NoĂ«l 2014. Evidemment CLIC de classiquenews de dĂ©cembre 2014.

Karajan 1980s complete orchestral recordings deutsche grammophon coffret 78 cdKarajan 1980s. IntĂ©grale des enregistrements symphoniques Deutsche Grammophon d’Herbert von Karajan entre 1980 et 1989. 78 cd Deutsche Grammophon. Herbert von Karajan : The complete 1980s orchestral recordings on Deutsche Grammophon. Lelivret comprend un tĂ©moignage de la violoniste Anne-Sophie Mutter et quelques extraits des MĂ©moires de GĂŒnther Breest, producteur de Karajan dans la pĂ©riode concernĂ©e (1980-1989), en anglais, allemand, japonais. Consultez le tracklisting complet du coffret sur le site de Deutsche Grammophon.