CD. Coffret Lorin Maazel : the complete early recordings on Deutsche Grammophon (18 cd Deutsche Grammophon)

maazel-lorin-complete-early-recordings-for-deutsche-grammophon-18-cd-deutsche-grammophon-box-coffret-compte-rendu-critique-classiquenewsCD. Coffret Lorin Maazel : the complete early recordings on Deutsche Grammophon (18 cd Deutsche Grammophon). Et de deux ! DĂ©cĂ©dĂ© en juillet 2014, le chef amĂ©ricain Lorin Maazel est le sujet d’un dĂ©jĂ  2ème coffret, preuve de son appĂ©tit discographique. Le premier coffret Decca regroupait tous ses enregistrements comme directeur musical du Cleveland Symphony orchestra soit pendant une dĂ©cennie de 1972 Ă  1982 (nommĂ© Ă  la mort de George Szell). Voici des archives complĂ©mentaires, celles enregistrĂ©es plus tĂ´t encore avec divers orchestres dont les orchestre berlinois ou l’O(n)rtf français… Notons sa contribution ici avec l’Orchestre de la Radio Symphonique de Berlin (dont il devient après ces bandes ici publiĂ©es le chef principal entre 1964 et 1975). La collaboration de Maazel avec le Philharmonique de Berlin est plus chaotique : prometteuse en ces annĂ©es de conquĂŞte et d’appropriation, elle n’aboutira pas comme il le souhaitait Ă  sa nomination comme chef principal Ă  la suite de Karajan (1989), les musiciens lui prĂ©fèreront alors Claudio Abbado. Et traversant l’Atlantique, Maazel pilotera le Philharmonique de New York, non moins prestigieux (2002-209).

 

 

 

Archives de Lorin Maazel des années 1950-1960

Maazel légendaire : la trentaine charismatique

 

 

maazel-lorin-maestro-30-ans-dossier-discographique-582-390Le coffret DG met l’accent sur le tempĂ©rament du jeune prodige de la baguette (invitĂ© par Toscanini Ă  11 ans !) qui autour de 30 ans, – il est nĂ© en 1930 Ă  Neuilly sur Seine-, soit Ă  la fin des annĂ©es 1950 (circa 1957) et jusqu’en 1961, enregistre entre autres avec le Philharmonique de Berlin. Un sens du dĂ©tail pas encore trop lissĂ© (c’est Ă  dire moins mĂ©canisĂ© que par la suite), un nerf intact, une caractĂ©risation hĂ©doniste savent ici faire toute la diffĂ©rence en particulier rĂ©aliser d’authentiques accomplissements symphoniques comme en 1965, deux lectures Ă©blouissantes : ce Falla Ă  la fois âpre et rugueux (l’Amour Brujo avec la divine Grace Bumbry et l’Orchestre de la Radio Symphonique de Berlin – Radio Symphonie Orchester Berlin) ; et bien sĂ»r, L’Enfant et les sortilèges de Ravel, intĂ©grale fleuron de ce florilège lĂ©gendaire (lire notre commentaire ci après).

 

CLIC_classiquenews_2014La valeur de ce coffret imprĂ©vu est d’autant plus grande qu’elle dĂ©voile ce feu, ce charme, ce chic qui on le comprend dès lors, ont pu au moment de la trentaine, convaincre toutes les institutions et les musiciens tĂ©moins de ce charisme Ă©vident. Le Maazel lĂ©gendaire, digne rival des Karajan et Kleiber se profile ici, au crĂ©dit de ces 18 cd, propres aux annĂ©es 1950 – 1960, d’un esthĂ©tisme souvent ahurissant. L’Ă©lĂ©gance de la baguette, une virtuositĂ© souple et racĂ©e accrĂ©ditent cette lecture au dĂ©braillĂ© chic d’une incontestable tension. Avec le mĂŞme orchestre radiophonique, Maazel enregistre la fameuse et immense Symphonie de CĂ©sar Franck en 1961 : une lecture lĂ  encore plus approfondie, inquiète, ciselĂ©e comparĂ©e Ă  ses lectures plus tardives : le meilleur Maazel pourrait bien ĂŞtre condensĂ© ici, Ă  la fin des annĂ©es 1950 et dans le courant des annĂ©es 1960 : la finesse de l’Ă©noncĂ©, la transparence, la clartĂ© (des bois : les clarinettes dans le premier mouvement) font la valeur de cette inestimable lecture.
Avec le Berliner Philharmoniker soulignons d’autres rĂ©alisations très convaincantes : les extraits de la Symphonie dramatique RomĂ©o et Juliette ; le mĂŞme thème mis en musique par Prokofiev ; L’oiseau de feu de Stravinksy (tous enregistrements de 1957) ; puis la 5ème de Beethoven (1858), 3ème de Brahms; 4ème et 8ème de Schubert (passionnantes et jamais ennuyeuses comme après, 1959).  Mais encore, la 4ème Symphonie de Tchaikovski, articulĂ©e et ciselĂ©e avec ce mordant dĂ©taillĂ© qui flatte tant les bois et les vents. Outre la clartĂ©, Maazel trentenaire y impose une nervositĂ© et une fièvre très dĂ©lectable, soulignant tout ce qui fonde dans la Symphonie opus 36 de Piotr Illiytch, sa nature grimaçante et terrifiĂ©e. Un fleuron majeur de cette pĂ©riode qui rappelle que depuis les Nikkish, les Berlinois n’avaient plus Ă©tĂ© ainsi dirigĂ© par un chef violoniste… La sonoritĂ© des cordes s’en ressent… presque aussi filigranĂ©e que leurs confrères viennois.
 

 

MAAZEL orin-maazel-in-1961-1405279299-article-1En 1960, la trentaine passĂ©e, – l’annĂ©e oĂą il dĂ©fraie la chronique comme premier chef juif Ă  diriger Ă  Bayreuth-,  Maazel enregistre avec l’Orchestre national de la Radio TĂ©lĂ©vision Française : un rĂ©pertoire pour lequel il est lĂ©gitimement apprĂ©ciĂ© : Ravel (L’Enfant et les sortilèges enregistrĂ© en novembre 1060 Ă  la MutualitĂ©) : une leçon de raffinement instrumental et de chambrisme symphonique accordĂ© au format des voix (avec entre autres Françoise OgĂ©as, L’Enfant). InĂ©dit car jamais publiĂ© depuis leur enregistrement en 1960 : les Symphonies Mozart avec l’orchestre français Ă©galement, dont les 28 et 41, rĂ©alisĂ©es en janvier 1960 : clartĂ©, nervositĂ©, suprĂŞme Ă©lĂ©gance; et aussi une distanciation dĂ©jĂ  qui pointe mais compensĂ©e par une finesse princière. C’est cette Ă©lĂ©gance native qui lui vaudra de s’imposer après Willi Boskovsky (comme lui excellent violoniste) lors des Concerts du Nouvel An du Philharmonique de Vienne (Ă  partir de 1980, au grand regret de Karajan).

 

Autre plaisir de l’Ă©coute dĂ©livrĂ© par ce coffret plus que recommandable, chaque enregistrement conserve son visuel d’Ă©poque. Dommage que l’Ă©diteur n’ait pas publiĂ© en complĂ©ment la notice et le texte complets sur la tranche verso de chaque pochette. Superbe rĂ©vĂ©lation d’un Maazel charismatique que l’on avait trop oubliĂ©. CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2015.

 

 

CD. Coffret Lorin Maazel : the complete early recordings on Deutsche Grammophon (18 cd Deutsche Grammophon). Berliner Philharmoniker, Orchestre national de la Radio Télévision Française, Radio Symphonie orchester Berlin. 1957-1965