CD, annonce. BRUCKNER : Symphonie n°9 (Pittsburgh Symphony, Manfred Honeck – 1 cd Fresh Live fév 2018)

bruckner-symphony-no-9 pittsburgh symphony orchestra cd annonce critique cd review cd classiquenews critique cd opera symphonies symphonies musique classique newsCD, annonce. BRUCKNER : Symphonie n°9 (Pittsburgh Symphony, Manfred Honeck – 1 cd Fresh Live fév 2018). Directeur musical du Pittsburgh Symphony Orchestra (depuis 2008), Manfred Honeck a un calendrier chargé cet été 2019 : il dirige la Conducting Academy (académie de direction d’Orchestre) au Gstaad Menuhin Festival (Suisse) à l’invitation de Christoph Müller, intendant général du Festival… en février 2018, le chef autrichien, ex assistant de Claudio Abbado, enregistrait en février 2018, en une prise live, la spectaculaire et monumentale Symphonie n°9 de Bruckner… composée en 1896 et laissée … malédiction du chiffre dans l’histoire des compositeurs, … inachevée.
Malgré sa démesure et sa majesté grandiloquente, la 9è de Bruckner exprime les inquiétudes comme l’espérance du croyant. La présence divine n’est jamais loin, toujours prête à se manifester, quand pèse l’obscurité de l’abandon et de la souffrance. Lui-même rédacteur du livret accompagnant l’enregistrement, Manfred Honeck présente les options de son interprétation, une épopée orchestrale qui traverse de grandes plages intranquilles et sombres, parfois frappées par l’angoisse, mais que porte toujours une indéfectible certitude spirituelle. En 3 mouvements seulement, le massif brucknérien développe cependant des dimensions colossales : le mouvement I dépasse 25 mn et la partition s’achève en un ample Adagio de plus de 27 mn, expression de la foi d’une âme brûlante et insatisfaite, celle d’Anton Bruckner.

C’est le déjà 9è enregistrement de l’orchestre symphonique de Pittsburgh. Nouveau jalon d’une série enregistrée (Pittsburgh Live! Series) qui a compté auparavant en particulier la Symphonie n°5 de Shostakovich / Chostakovitch et l’Adagio pour cordes seules de Barber.

 

 

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Bruckner: Symphonie n°9
Pittsburgh Symphony Orchestra
Manfred Honeck, direction
(1896 Рinachev̩e)

I. Feierlich – Sehr ruhig
II. Scherzo: Bewegt, lebhaft – Trio: Schnell
III. Adagio: Sehr langsam, feierlich

Enregistrement Live SACD réalisé au Heinz Hall, en férvier 2018, résidence du Pittsburgh Symphony Orchestra (PSO). – Parution : le 23 août 2019 – 1 cd SACD FRESH! – prochaine critique développée dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

André Chénier à l’Opéra de Tours

GIORDANO Umberto_Giordano_by_Gaetano_Esposito_(color)TOURS, Opéra. GIORDANO : Andréa Chénier. Les 24, 26, 28 mai 2019. L’étonnante et audacieuse saison lyrique 2018 – 2019 de l’Opéra de Tours s’achève en mai 2019 avec la dernière (et quatrième) nouvelle production maison : Andrea Chénier d’Umberto Giordano (1896), en coproduction avec l’Opéra de Nice : 3 dates de mai, les 24, 26 et 28 mai 2019. Benjamin Pionnier dirige l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours ; avec Gustavo Porta dans le rôle-titre, Béatrice Uria-Monzon (Madeleine de Coigny), André Heyboer (Charles Gérard)…  Mise en scène : Pier Francesco Maestrini.
On ne saurait insister sur l’activité de la scène lyrique Tourangelle, qu’il s’agisse de défrichement (comme le récent spectacle des 7 péchés capitaux de Kurt Weill l’a montré fin avril, dévoilant le geste acide et poétique du compositeur berlinios de passage à paris dans les années 1930…), ou de productions courageuses qui nécessitent des moyens vocaux, orchestraux et visuels de premier plan. Le cas de ce Chénier le montrera encore, car s’agissant de l’ouvrage fétiche de Umberto Giordano, les défis sont multiples et plutôt élevés.

chenier-poete-classiquenews-chenier-andre-umberto-giordanoD’inspiration historique, l’ouvrage revisite l’histoire française et évoque le parcours à la fois héroïque et fatal du poète André Chénier (1762-1794). L’opéra nécessite toutes les ressources d’une maison d’opéra (le choeur y est très présent). Car derrière le huit clos sentimental qui rapproche le poète Chénier, – poète martyr, victime des dérives terrifiantes de la Révolution française-, Madeleine et Gérard, le compositeur vériste Giordano sait surtout évoquer le souffle et la terreur de la période révolutionnaire… Sens de la couleur orchestrale, dramatisme vocal, efficacité scénique… les talents de Giordano sont nombreux ; c’est assurément le plus doués des créateurs de la Jeune Ecole, particulièrement marqué par le modèle légué par Puccini. Giordano sait construire un opéra historique, évoquer la terreur parisienne et l’échec des révolutionnaires, auxquels il oppose la sincérité des valeurs de fraternité, de paix, de liberté. Giordano offre aux ténors, un rôle très complet, nécessitant profondeur, expressivité, drame et subtilité. Une performance que les plus grands chanteurs ont relevé, de Pavarotti, Domingo, Carreras à Cura et plus récemment, Jonas Kaufmann… L’action plonge au cÅ“ur de la Révolution française dont la face brutale et sanguinaire est exposée sans masque : Giordano aurait-il fait un opéra politique, dénonçant les dérives de ceux qui se frappent de bonnes intentions ; prêts à imposer un nouvel ordre de liberté, pour mieux assoir leur pouvoir despotique. N’y a t il pas duperie dans tout acte politique ? L’amour, la liberté et la fraternité ne sont-elles pas les clés d’une société libre justement ?

 

A l’acte I en 1789, acte de présentation des caractères, le poète Andréa Chénier est l’invité de la Comtesse de Coigny ; il improvise sur l’intransigeance du clergé et de la noblesse. Mais l’admirent la fille de la Comptesse, Madeleine, et aussi Gérard, serviteur, qui est épris de cette dernière.

Acte II : cinq ans ont passé (1795) et Giordano évoque ce Paris révolutionnaire des Incroyables et Merveilleuses, créatures hallucinantes mais figures bien historiques dont la mine et l’étoffe étudiés contrastent avec la terreur et la barbarie ordinaire : la Révolution a enfanté une période de doutes et de chaos… Chénier, bien que suspecté (alors qu’il défend les idées d’égalité et de fraternité), retrouve la belle Madeleine (superbe duo d’amour : « Ora suave »). jaloux, Gérard provoque Chénier et le blesse, puis devant la foule haineuse, l’innocente.

Acte III. Gérard devenu juge au tribunal révolutionnaire signe contre son gré l’accusation de Chénier : Madeleine qu’il aime, s’offre à lui s’il sauve le poète qu’elle adore (sublime prière crépusculaire « La Mamma morta »). Mais Chénier est condamné et Gérard jure de le sauver.

Acte IV. En prison, Chénier attend la mort (« Come un bel di di Maggio »). Gérard a aidé Madeleine pour approcher son aimé : les deux amoureux peuvent mourir, fortifiés par la splendeur du lien qui les unit (dernier duo « Vicino a te »).

La fresque est terrible et violente ; l’amour de Chénier et de Madeleine, tragique et irréversible. Contre la barbarie humaine, – fruit de la Révolution française, Giordano défend les valeurs de fraternité (Gérard / Chénier), d’amour (Chénier et Madeleine) ; la vanité et l’échec de tout système politique s’il ne sert pas l’amour et le bonheur des êtres.

 

Nouvelle production événement avec Les Fées du Rhin de Jacques Offenbach (création française) en ouverture de saison 2018 – 2019.

 

 

TOURS, Opéra. Giordano : Umberto Chénier, 1896
Les 24, 26 et 28 mai 2019

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/andrea-chenier

 

 

Cd, compte rendu critique. Saint-Saëns : Concertos pour piano n°2 et n°5. Louis Schwizgebel, piano (1 cd Aparté, 2015)

saint saens cd concertos 2 et 5 cd review critique compte rendu louis schwizgebel BBC symphony orchestra cd Aparte critique sur classiquenewsCd, compte rendu critique. Saint-Saëns : Concertos pour piano n°2 et n°5. Louis Schwizgebel, piano (1 cd Aparté, 2015). Voilà une nouvelle réalisation discographique qui confirme le talent du jeune pianiste eurasien sino-suisse Louis Schwizgebel, claviériste vedette de l’écurie Aparté. Évidemment le fleuron de ce programme reste la prise la plus récente (avril 2015) du Concerto l’Égyptien n°5 en fa  majeur d’une prodigieuse séduction mélodique qui berce littéralement l’entente amoureuse piano /orcheste – union  complice qui est loin de s’affirmer dans le Concerto précédent n°2 où la  virtuosité hallucinante du soliste fait souvent cavalier seul auprès d’un orchestre fracassant et péremptoire. Dans le n°5,  a contrario la tonicité enivrée soliste, chef, instrumentistes éblouit littéralement dans ce Concerto, l’un des meilleurs de Saint-Saëns d’une équilibre romantique saisissant de plénitude en cela servi par l’excellente complicité entre les musiciens. Le jeu et le toucher du pianiste sino suisse crépite et nuance une partition qui pourrait paraître bavarde et creuse : rien de tel sous ses doigts inspirés qui font surgir tel un jaillissement continu et excellemment articulé, le feu juvénile de l’Allegro animato du début (même allant vivace dans le troisième et ultime mouvement). Il y démontre une belle allégeance à la vivacité tendre et à l’élégance pudique, qualités que l’excellent orchestre cultive lui aussi dès le premier mouvement dans un réglage instrumental Mozartien : tel sens de la connivence et de la nuance se révèle convaincant.

03_Louis-Schwizgebel-11_credit-Marco-Borrgreve-250x250La danse de l’Andante au déhanché oriental / andalou, style Carmen ajoute une pointe d’espièglerie, de notre point de vue plus hispanisante que réellement proche-orientale. .. (même s’il s’agit de l’aveu du compositeur d’un chant d’amour nubien rapporté de son voyage égyptien en 1891) avec des superbes respirations préimpressionnistes totalement subjuguantes. Pour ses 50 ans de carrière en 1896, Saint-Saëns qui joue lui même alors sa nouvelle partition, se montre d’une inspiration riche, flamboyante, d’une suavité raffinée et scintillante (avec accents du gong et donc allusions chinoises esquissés comme des traits fugaces). Au-delà de la virtuosité et des nombreuses échappées orientalistes, la partition impose aussi la faconde du dramaturge grand voyageur, aux éclairs instrumentaux géniaux révélant un orchestrateur d’une invention inouïe (l’enchaînement du dernier mouvement est d’une suractivité irrésistible)… Voici certainement le meilleur feu crépitement du romantisme français, alliant verve, finesse, narration, subtilité.

Le Concerto surtout dans son Andante est conçu comme une série d’évocations et de songes (fin suspendue et murmurée). .. que l’allant du dynamique et virtuose dernier mouvement contredit ou complète dans un caractère ostinato libre des plus brillants (molto allegro) tourné vers la lumière ; c’est une onde de plénitude scintillante d’un tempérament de feu et de flamme, d’autant plus surprenant de la part de son auteur sexagénaire au tempérament préservé. En 1896, le compositeur pianiste spectaculaire d’une exceptionnelle musicalité montrait ce jaillissement intact de l’inspiration. La verve du soliste, sa complicité avec l’orchestre idéalement canalisé par le chef Martyn Brabins ici à Londres en avril 2015 se révèlent très convaincantes.

On ne peut hélas en dire de même du Concerto n°2 (1868) où la direction de l’autre chef, Fabien Gabel, paraît plus contrainte et dure sans vraie vision globale. … dommage d’autant plus regrettable que l’élocution du pianiste est aussi aboutie et juste que son approche du Concerto n°5.

schwizgebel-louis-pianoPourtant l’opus débutant avec une sublime phrase qui plagie Bach, est une réponse claire de Saint-Saëns aux meilleurs Concertos romantiques qui l’ont précédé, ceux signés Chopin, Liszt, surtout Schumann. .. de fait Clara et Franz avaient immédiatement reconnu la maîtrise d’un Saint-Saëns alors touché par la grâce, réussissant comme peu avant lui l’éloquente virtuosité du soliste et la science de l’architecte, soucieux de narration structurée. Malgré nos faibles réserves  (Concerto n°2), voilà un disque passionnant qui révèle le génie du Saint-Saëns concertiste et symphoniste de première valeur, défendu par un jeune soliste plein de feu, de mesure, de sobre musicalité : Louis Schwizgebel pas encore trentenaire, né en 1987. Talent à suivre.

 

 

 

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Cd, compte rendu critique. Saint-Saëns : Concertos pour piano n°2 et n°5. Louis Schwizgebel, piano. BBC Symphony orchestra. Fabien Gabel (n°2), Martyn Brabbins (n°5). Enregistrement réalisé en avril 2014 et 2015 (n°5). 1 cd Aparté AP 112