L’Enchanteresse de Tchaikovski, ou la Carmen russe

FRANCE MUSIQUE, Dim 14 avril 2019, 20h. TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse. Les dĂ©couvertes d’œuvres rares de compositeurs pourtant archiconnus sont elles aussi exceptionnelles et cette Enchanteresse de l’auteur de Casse Noisette, Eugène OnĂ©guine (1879), La Dame de pique (1890), demeure une rĂ©vĂ©lation majeure de ces dernières semaines. ReprĂ©sentĂ© en mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Lyon, l’opĂ©ra de Piotr Illiytch en 4 actes, est inspirĂ© de la pièce Ă©ponyme de Ippolit Chpajinski

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1L’exceptionnel ouvrage L’Enchanteresse (1887) reste étrangement méconnu ; c’est le 9è opéra de Tchaïkovski, composé juste avant sa Cinquième Symphonie. n’est plus joué aujourd’hui. A torts. Anvers l’avait récemment mis à l’honneur (2011). C’est le tour de Lyon qui souligne combien la durée de la partition (3h) est proportionnelle à sa qualité : le plus long opéra de Tchaikovsky exige des chanteurs de qualité (trop nombreux ?) et des effets scéniques à l’envi (danses et chasse au IV) : d’où la difficulté pour le monter. Car en sorcier de l’orchestration et d’un raffinement de timbres inouï, Tchaikovski ne cesse d’envoûter. C’est à cette source fantastique et dramatique passionnante que s’abreuve le jeune Rachmaninov, auteur lui aussi d’opéras (de jeunesse : tels Francesca da RImini, Le Chevalier Ladre…), actuellement totalement oubliés.
Le sujet cible l’amour et sa force irrésistible agissant comme un aimant. Tchaikovski souhaitait concevoir dans le sillon de Bizet, une Carmen russe, dénommée Nastassia, ou « Kouma ». Tenancière, elle revêt bien des aspects qui enchantent et fascinent tous les hommes prêts à la suivre, dont le Prince Nikita Kourliatev qui en paiera le prix fort lui aussi…

Dans cette production lyonnaise, les spectateurs avaient pu constater le parti du metteur en scène russe Andriy Zholdak soucieux de mettre en avant le personnage ailleurs secondaire du clerc Mamyrov qui dirige les épisodes de l’action, de France en Russie… L’espace est régulièrement divisé en 3 parties comme un retable sacré, permettant l’interaction de situations simultanées, mais parfois confuses. L’hypocrisie sociale est de mise, permettant sous les masques, la réalisation des turpitudes et des fantasmes (sexuels : les guerrières nippones provenant directement d’un manga érotique…) les plus scabreux.
Pour autant, Zholdak montre rapidement quelques limites avec une propension à en faire trop, signifiant et sur-signifiant la moindre intention musicale, y compris dans certaines scènes où le livret tient la route (tel l’affrontement déjà cité entre les époux au II). Il n’évite pas, aussi, certaines redondances fatigantes à la longue et pas toujours très lisibles – notamment la présence des guerrières japonaises sexy façon manga, trop souvent sollicitée. Plus grave, avec des lieux peu pertinents par rapport à l’action, il semble peu inspiré lors des deux derniers actes, donnant une furieuse impression de tourner en rond par rapport à la première partie de soirée.

La Carmen russe

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enchanteresse tchaïkovski opera de lyon critique classiquenewsLa distribution elle est sans défaut, y compris les « seconds rôles » / comprimari : la Nastassia d’Elena Guseva (Nastassia) déploie chaleur de timbre, expressivité mordante, sens dramatique insolent. En princesse Romanovna, Ksenia Vyaznikova s’impose elle aussi par sa présence et son acuité musicale. Les hommes sont un peu moins convaincants hélas… mais sans démériter cependant. Question de justesse et d’autorité scénique. C’est le cas du chant tendu mais racé d’Evez Abdulla (le prince Kourliatev) ; de Migran Agadzhanyan qui défend le rôle de Youri (fils du prince) honnêtement sans plus. En fosse, Daniele Rustioni pilote l’Orchestre de l’Opéra de Lyon avec énergie, à défaut de réelles nuances. La fièvre « fantastique » de l’opéra de Tchaikovski y gagne un magnétisme évident. Enfin on salue avec insistance le nez et l’audace de l’Opéra de Lyon d’élargir le répertoire lyrique par la conquête de pièces méconnues qui se révèlent captivantes après leur (re)création en France : en 2018 furent produites les créations du Cercle de Craie (Zemlinsky) et de Germania d’Alexander Raskatov… / Illustration : L’enchanteresse à Lyon en mars 2019 / (© Bertrand Stofleth)

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TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse, opéra.
Piotr Ilyitch TchaĂŻkovski : TcharadieĂŻka

Evez Abdulla, baryton : Gouverneur de Nijni Novgorod
Ksenia Vyaznikova, mezzo-soprano : Princesse Eupraxie Romanovna, sa femme
Migran Agadzhanyan, ténor : Youri, leur fils
Piotr Micinski,basse : Mamyrov, vieux clerc
Mayram Sokolova, mezzo-soprano : Nenila, sa soeur, suivante de la princesse
Oleg Budaratsky, basse : Ivan Jouran, maître de chasse du prince
Elena Guseva, soprano : Nastassia (surnommée Kouma), aubergiste
Simon Mechlinski, baryton : Foka, son oncle
Clémence Poussin, mezzo-soprano : Polia, amie de Kouma
Daniel Kluge, ténor : Balakine, marchand de Nijni-Novgorod
Roman Hoza, baryton : Potap, fils de marchand
Christophe Poncet de Solages, ténor : Loukach, fils de marchand
Evgeny Solodovnikov : basse, Kitchiga, lutteur
Vasily Efimov, tĂ©nor : PaĂŻssi, errant sous l’apparence d’un moine
Sergey Kaydalov, baryton : Koudma, sorcier
Tigran Guiragosyan, ténor, invité
Choeur de l’OpĂ©ra de Lyon dirigĂ© par Christoph Heil
Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon
Direction : Daniele Rustioni
Andriy Zholdak (mise en scène, décors, lumières)