ENTRETIEN avec LEIF OVE ANDSNES : Mozart réinventé… 1/2

andsnes-leif-ove-mozart-concertos-critique-reveiw-concerts-classiquenews-MOZART-opera-concert-Leif-ove-andsnes-piano-mozart-concertos-classiquenewsENTRETIEN avec LEIF OVE ANDSNES : Mozart réinventé… plus romantique et moderne que vraiment « classique ». Le pianiste Leif Ove Andsnes questionne pendant quatre ans avec les instrumentistes du Mahler Chamber Orchestra, l’écriture concertante de Mozart, à travers son nouveau projet musical intitulé « MOZART MOMENTUM 1785/1786 ». Après un cycle dédié aux Concertos de Beethoven, le pianiste Leif Ove Andsnes interroge le sens et la modernité des Concertos de Mozart dont il éclaire l’écriture personnelle, classique certes, mais surtout pré romantique. Un témoignage qui passionne l’interprète dont les compétences s’élargissent à la direction d’orchestre car il retrouve le MAHLER CHAMBER Orchestra, en une série de concerts et de propositions musicales d’un nouveau genre… Entretien exclusif pour classiquenews.com

 

 

 

andsens piano concert review critique classiquenews decembre 2015 leif-ove-andsnes

 

 

 

CNC : Beethoven est considĂ©rĂ© comme l’ultime figure du triumvirat classique Ă  Vienne, après Haydn et Mozart. Suite Ă  votre « Beethoven Journey » avec le Mahler Chamber Orchestra, pourquoi aujourd’hui (re)venir Ă  Mozart ?

Leif Ove Andsnes : Cela a beaucoup à voir avec ma collaboration avec le Mahler Chamber Orchestra / MCO : notre travail autour du Beethoven Journey, s’est traduit par plusieurs enregistrements et concerts. C’est une sensation unique de travailler exclusivement avec un ensemble pendant des années. Pour les concerts, je dirigeais l’orchestre depuis le piano. J’ai senti pour la première fois de ma vie ce que les grands chefs accomplis doivent ressentir : une sorte d’osmose, de complicité totale avec l’orchestre par rapport aux émotions, aux couleurs, dans la plus grande spontanéité et une liberté totale. En tant qu’artiste en résidence chez MCO, on s’est questionné par rapport aux projets et dans le contexte, il nous a paru tout a fait naturel et logique chez Mozart, voire encore plus que chez Beethoven, de diriger l’orchestre depuis le piano.

A LA CHARNIERE DES ANNEES 1785 – 1786… Ceci est d’autant plus lĂ©gitime qu’il y a ce dialogue entre le piano et l’orchestre chez Mozart, qui est vraiment parfait pour ce contexte, comme une sorte de musique de chambre augmentĂ©e, mĂŞme s’il y a quand mĂŞme un soliste. Donc on a dĂ©cidĂ© Mozart, et j’ai proposĂ© de choisir une pĂ©riode prĂ©cise de la vie de Mozart, les annĂ©es 1785 / 1786, qui sont très particulières. Je crois que quelque chose de remarquable s’est passĂ© en 1785, avec son Concerto pour piano n° 20, qui est, d’abord, son premier dans une tonalitĂ© mineure, très dramatique, aux couleurs sombres, par rapport aux prĂ©cĂ©dents, mais au-delĂ  de ça, encore plus remarquable est le fait que l’orchestre commence avec une musique complètement diffĂ©rente par rapport au piano. L’orchestre dĂ©bute de façon exubĂ©rante et le piano, lui, entre en une voix Ă  la fois intime et solitaire ; c’est la première fois que cela arrive dans le genre. L’usage est que l’orchestre commence le concerto, puis le piano reprend la mĂŞme musique et la dĂ©veloppe ensuite. Cela a dĂ» ĂŞtre très surprenant pour l’audience de Mozart, et je pense il a bien aimĂ© l’effet, parce qu’il a continuĂ© Ă  utiliser ce procĂ©dĂ© dans ses concertos ultĂ©rieurs.

 

 

 

L’intimitĂ©, la solitude…

MOZART invente un nouveau canevas dramatique pour le Concerto pour piano

 

 

 

andsnes-leiv-mozart-concerts-annonces-critique-entretien-mozart-classiquenewsLes compositeurs après lui, de toute Ă©vidence, ont bien aimĂ© cette idĂ©e, comme Beethoven, qui fait des choses de plus en plus radicales par rapport Ă  l’entrĂ©e du piano dans ses concertos. C’est un peu la graine du futur concerto « hĂ©roĂŻque », plutĂ´t romantique, oĂą le soliste s’exhibe « Here I am ! » (Je suis lĂ ), comme chez Schumann. Mozart fait ainsi grandir la narration, l’histoire… le concerto pour piano devient quelque chose de beaucoup plus complexe, avec l’apparition d’un drame psychologique oĂą l’individu (le soliste) parle Ă  la sociĂ©té… Et il a aussi donnĂ© des rĂ´les importants aux instruments, notamment aux vents, ce qui rĂ©vèle davantage, bien sĂ»r, l’influence de l’opĂ©ra. Mozart Ă©tait alors en train d’écrire Les Noces de Figaro.

 

 

 

CN : Mozart est l’icône par excellence du Classicisme musical ; pourtant les années 1780 dévoilent une grande diversité et complexité dans sa création. En particulier les pièces écrites entre 1784 et 1786. A ce titre, certains musicologues estiment que Mozart est le premier compositeur romantique. Qu’en pensez-vous ?

LOA : Oui, d’une certaine façon cela se voit dĂ©jĂ  dans les inventions de Mozart Ă  cette Ă©poque, par exemple dans le Concerto n° 20, l’entrĂ©e du piano avec une voix très individuelle, c’est un peu le germe du romanticisme musical. Et cette voix est vraiment très particulière, très personnelle, très touchante. Il y a plein des moments dans les concertos de Mozart oĂą l’on peut entendre cette voix sensible, sentimentale, mais Mozart ne tombe jamais dans une dĂ©marche d’exploitation romantique pleine de douleur et de souffrance exacerbĂ©e comme chez… Schumann ou Wagner. Ces derniers le font de façon dĂ©libĂ©rĂ©e ; chez eux, c’est formellement fantastique, mais parfois un peu trop Ă©cĹ“urant. On peut ĂŞtre touchĂ© au plus profond de soi avec Mozart, par exemple dans le mouvement lent du Concerto en La, sans que cela ne soit jamais indigeste. C’est un de morceaux les plus poignants dans la vie, et pourtant il y a une puretĂ© dans l’harmonie, tout Ă  fait classique. Au final qu’est-ce que c’est le romanticisme ? Il y a des gens qui trouvent Mozart romantique grâce Ă  toutes les Ă©motions prĂ©sentes dans sa musique… Il y a quelque de cet ordre. Son dĂ©veloppement est impressionnant. J’aime bien quand on se sĂ©pare un peu de l’image du gĂ©nie prĂ©coce et immaculĂ© ; ce qu’il Ă©tait bien Ă©videmment, mais il y a une progression et une maturation Ă©vidente chez Mozart tout au long de sa vie. C’est tout autant impressionnant l’assurance qu’il a dans ces gestes crĂ©ateurs, le dĂ©but de la Symphonie Prague par exemple, est inattendu, d’un formidable impact, et sans le moindre doute. Quelle maĂ®trise ! Par rapport Ă  la question Ă©motionnelle, une chose m’a toujours interpellĂ©e : la capacitĂ© qu’a Mozart Ă  bouleverser de façon soudaine ; on croirait que tout est lisse, que tout va bien, et lĂ  il y a une surprise, souvent courte, oĂą quelque chose d’inattendu se prĂ©sente ; tu ressens alors ton cĹ“ur se serrer sans avertissement. Tous ces bouleversements font partie de la richesse de sa musique, et plus il y a des voix, plus il est capable d’exprimer les contrastes, comme d’Ă©clairer la complexitĂ©.

 

 

 

CN : Liszt est souvent considéré comme la première rockstar de la musique classique, voire de la musique tout court. Mozart, quant à lui, serait-il alors le premier auto-entrepreneur de la musique populaire ?

LOA : (rires) Peut-ĂŞtre ! J’aurais tout fait pour assister Ă  l’un de ses concerts de son vivant. Parfois il nous est difficile Ă  notre Ă©poque de mesurer Ă  quel point ses pièces sont virtuoses… comparĂ©es Ă  Rachmaninov ou Bartok qui ont Ă©crit des pièces extrĂŞmement difficiles. On peut s’imaginer le moment juste avant le dĂ©but d’un Concerto de Mozart, disons le 21ème par exemple, … comment il a du se faire plaisir, page après page ; dans la partition se voit clairement la volontĂ© de plaire Ă  son auditoire, une claire ambition d’affirmer ses compĂ©tences. Comment il a fait avancer le piano, c’est impressionnant, notamment en comparaison avec Haydn. Il y a une grande joie chez Mozart, y compris dans sa virtuositĂ©. Je dois aussi dire qu’il y a une joie physique pour le pianiste Ă  interprĂ©ter ces concertos. Un vrai plaisir pour les mains de les jouer. Je pense qu’il Ă©tait un pianiste tout Ă  fait spectaculaire !

 

 

 

ENTRETIEN 2… suite de notre entretien avec Leif Ove ANDSNES, entretien 2/2

 

 

 

LIRE AUSSI notre annonce du cycle de concerts MOZART MOMENTUM par Leif Ove Andsnes

Propos recueillis en avril 2019 par notre envoyé spécial Sabino PENA ARCIA

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MOZART MOMENTUM 1785/1786 : LE MOZART du pianiste Leif Ove Andsnes…

MOZART MOMENTUM 1785/1786 : LE MOZART du pianiste Leif Ove Andsnes… Plus romantique et moderne que vraiment « classique », le pianiste Leif Ove Andsnes questionne pendant quatre ans avec les instrumentistes du Mahler Chamber Orchestra, l’écriture concertante de Mozart, à travers son nouveau projet musical intitulé « MOZART MOMENTUM 1785/1786 ».

Après leur Beethoven Journey, le Mahler Chamber Orchestra et Leif Ove Andsnes se retrouvent pour explorer deux années particulièrement remarquables dans la vie de Mozart : 1785 et 1786… un nouveau projet de concerts et d’enregistrements qui durera quatre ans (2019-2022).

 
 
 
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Voir la vidéo teaser du projet (sous-titres français à sélectionner) :

 
 
 

https://www.youtube.com/watch?v=IZd9zkdBg0o&feature=youtu.be

 
 
 

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VOIR LA VIDEO Mozart Momentum 1785 1786

 
 
 

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MOZART MOMENTUM 1785/1786

 
 
 

VIENNE, 1785… MOZART compositeur, pianiste, improvisateur… Wolfgang Amadeus Mozart est alors Ă  Vienne, donnant libre cours Ă  une crĂ©ativitĂ© inĂ©dite qui rĂ©alise une nouvelle ère pour le concerto pour piano. Au cours des deux annĂ©es 1785 et 1786, il conçoit une sĂ©rie de chefs-d’Ĺ“uvre qui rĂ©inventent la nature du concerto pour piano, ouvrant la voie aux Romantiques : Ă  Beethoven et Ă  ses successeurs. Mozart redĂ©finit les rĂ´les du soliste et de l’orchestre, en un dialogue rĂ©inventĂ© oĂą chacun se rĂ©ponde et discute. Les interprètes soulignent aussi la facilitĂ© de Mozart dans les autres genres musicaux que le Concerto pour piano, dans la musique de chambre, pour l’orchestre. Comme dans Beethoven Journey, Leif Ove Andsnes dirige les instrumentistes du Mahler Chamber Orchestra depuis le piano.

« Quand on se rend compte de la rapiditĂ© avec laquelle Mozart s’est dĂ©veloppĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1780, on ne peut que se demander : pourquoi est-ce arrivĂ© ? Que s’est-il passĂ© ? », commente Leif Ove Andsnes. « Et c’est tout l’objet de ce projet. Il s’agit de l’élan de sa crĂ©ativitĂ© Ă  l’époque, qui doit avoir Ă©tĂ© inspirĂ©e par la nĂ©cessitĂ© de ce genre de concerts et de pièces dans lesquels il pourrait dĂ©ployer toutes ses capacitĂ©s en tant que compositeur, interprète et improvisateur. (…) Dans le style d’un vĂ©ritable festival, notre projet explore Ă©galement la musique de chambre, et les pièces pour soliste, toutes tĂ©moignant de l’extrĂŞme diversitĂ© de la vie crĂ©ative de Mozart Ă  cette Ă©poque. Pour rĂ©sumer, notre projet est destinĂ© Ă  montrer les diffĂ©rentes facettes de Mozart. En rassemblant toutes ces Ĺ“uvres, nous explorons Mozart en tant que compositeur et interprète, savourant un niveau de crĂ©ativitĂ© que peu d’artistes dans l’histoire ont atteint et qu’aucun ne surpassera », prĂ©cise encore Leif Ove Andsnes.

 
 
 

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CONCERT ET DISQUE

 
 
 

CONCERTS… DĂ©but de la tournĂ©e des concerts, les 11 et 12 mai 2019 Ă  Francfort (sur deux jours, dans un format festival), le 14 mai Ă  Berlin, le 16 mai Ă  Grenoble, le 17 mai Ă  Evian, le 18 mai Ă  Paris et le 19 mai 2019 Ă  Lisbonne. Le projet culminera en 2022 avec des rĂ©sidences dans le monde entier, notamment Ă  Londres, New York et Tokyo.

CD… MOZART MOMENTUM 1785/1786 sera enregistrĂ© pour une prochaine publication Ă©ditĂ©e chez Sony Classical. Les premières sessions auront lieu au Rudolfinum de Prague en mai 2020. Le premier volume comprendra les Concertos pour piano n°20, 21 et 22, la Fantaisie pour piano en do mineur, le Quatuor en sol mineur pour piano et cordes, et la Marche funèbre maçonnique.

Programme des premiers concerts

Mozart, Maurerische Trauermusik (Musique funèbre maçonnique)
Mozart, Concerto pour piano n° 20 K 466 en ré mineur
Haydn, Symphonie n° 83 (La Poule)
Mozart, Concerto pour piano n° 21 K 467

 
 
 

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Les concerts MOZART MOMENTUM 1785 – 1786 en FRANCE

Grenoble MC2 le jeudi 16 mai 2019,
Evian Grange au Lac le vendredi 17 mai 2019
Paris Théâtre des Champs-Elysées le samedi 18 mai 2019.

 
 
 

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UNBOXING MOZART : JEU DE RÔLES, INTERACTIF ET EDUCATIF

 
 
 

En plus des concerts, MOZART MOMENTUM 1785/1786 comprend un volet Ă©ducatif faisant partie intĂ©grante du projet intitulĂ© UNBOXING MOZART, un Ă©vĂ©nement interactif en direct qui entend « rĂ©volutionner » l’expĂ©rience d’initiation au concert traditionnel.

Invitant le public spectateur, le jeu – sous forme physique et virtuelle – crĂ©e une convergence de la musique classique, de la performance collaborative et du jeu urbain. Les participants d’UNBOXING MOZART expĂ©rimentent directement l’interaction musicale et humaine avec un ensemble musical, le joueur fait alors partie de l’orchestre sous forme de jeu de rĂ´le, joue en solo ou en groupe pour crĂ©er des dialogues au sein d’une communautĂ©. UNBOXING MOZART sera lancĂ© Ă  Francfort le 11 mai 2019, et des projets sont en cours pour prĂ©senter le projet Ă  d’autres pays au fur et Ă  mesure de son dĂ©veloppement.

 
 
 

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Don Giovanni Ă  Monte Carlo

yoncheva_sonya_recital_parisMonte Carlo, OpĂ©ra. Mozart : Don Giovanni. Les 20,22,25,27, 29 mars 2015. Le chef Paolo Arrivabeni, dans la mise en scène de Jean-Louis Grinda (directeur des lieux), dirige entre autres l’une des meilleures voix fĂ©minines actuelles, souple et onctueuse, articulĂ©e aussi : celle de Sonia Yoncheva dans le rĂ´le de la douce et loyale Elvire, la seule qui aime vraiment le sĂ©ducteur immoral ; Ă  ses cĂ´tĂ©s, le baryton basse uruguyen (ex compagnon de la Netrebko), Erwin Schrott incarne l’un des ses personnages fĂ©tiches, Don Juan. FĂ©lin, carnassier cynique, d’un jeu froid et animal, le chanteur a su parfaitement exprimer le cynisme sĂ©ducteur, la puissance explosive et perturbatrice du rĂ´le-titre.
Da Ponte dont on mettait en doute sa capacitĂ© Ă  fournir Ă  temps, son meilleur livret pour Mozart, rĂ©pondait : « J’écrirai la nuit pour Mozart et ça sera comme si je lisais L’Enfer de Dante… ». De fait, il y a bien du noir et du tĂ©nĂ©breux dans les climats profonds, lugubres parfois (quand le commandeur et sa statue paraissent sur scène), dans Don Giovanni. La prouesse des auteurs reste l’imbrication Ă©tincelante et crĂ©pusculaire donc, entre comique et tragique, entre sincĂ©ritĂ© et manipulation. Il en dĂ©coule un sommet de l’art lyrique crĂ©Ă© Ă  Prague le 29 octobre 1787 : une Ĺ“uvre fantastique et nocturne en pleine ère des Lumières.
Jamais Mozart ne fut plus proche de la rĂ©alitĂ© du cĹ“ur humain : l’inconstance du sĂ©ducteur voisine avec sa conscience entière et assumĂ©e de la mort. La jouissance voudrait-elle terrasser la vanitĂ© de toute chose ? De fait, Don Giovanni ne s’y prend pas autrement. Il entraĂ®ne de son incessante chute, course Ă  l’abĂ®me hĂ©oniste et sensuel, Leporello, son double comique et serviteur.

boutonreservationDon Giovanni de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Monte Carlo, Monaco
Les 20,22,25,27, 29 mars 2015.

Chef d’orchestre :  Paolo Arrivabeni
Mise en scène :  Jean-Louis Grinda
DĂ©cors et costumes : Rudy Sabounghi
Lumières : Laurent Castaingt
Chef de chœur : Stefano Visconti

Don Giovanni, jeune gentilhomme extrĂŞmement licencieux : Erwin Schrott
Le Commandeur : Giacomo Prestia
Donna Anna, sa fille, dame de qualité, fiancée de Don Ottavio : Patrizia Ciofi
Don Ottavio : Maxim Mironov
Donna Elvira, noble dame de Burgos : Sonya Yoncheva
Leporello, valet de Don Giovanni : Adrian Sampetrean
Masetto, amant de Zerlina : Fernando Javier RadĂł
Zerlina, paysanne:  Loriana Castellano

ChĹ“ur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo

Illustration : Sonia Yoncheva (DR)

VidĂ©o. Vogel : La Toison d’or (1786). RĂ©surrection lyrique

Vogel La Toison d'or cd GlossaTempĂ©rament de feu ! Vogel n’est pas qu’un Ă©mule de Gluck, il Ă©gale amplement son maĂ®tre sur la place parisienne, ayant un sens souverain des situations dramatiques, de l’architecture lyrique, sachant surtout offrir un portrait de femme fulgurant et Ă©ruptif, parfois tendre et blessĂ©, toujours tendu et frĂ©nĂ©tique. La dĂ©couverte est de taille : elle enrichit considĂ©rablement notre connaissance de l’hĂ©ritage gluckiste Ă  Paris, et Ă  la Cour de France au coeur des annĂ©es 1780.

Feu et tourments de l’Ă©blouissante MĂ©dĂ©e de Vogel

Bien avant Cherubini et sa fameuse et dĂ©jĂ  romantique MĂ©dĂ©e (1797), voici dès 1786, la figure de la magicienne en Colchos, amoureuse ivre et possĂ©dĂ©e par sa dĂ©mesure exclusive, prĂŞte Ă  tout pour conquĂ©rir (en pure perte et si vainement : l’amour rend ….), y compris Ă  tuer sa rivale, ni plus ni moins et ce dès la fin du II (assassinat d’Hipsiphile). Du dĂ©but Ă  la fin, c’est un dĂ©versement sans attĂ©nuation de violence verbale, d’engagement radical, de frĂ©nĂ©sie exacerbĂ©e qui sollicite la mezzo dans le rĂ´le de MĂ©dĂ©e (très vaillante et constante Marie Kalinine, dont sur les traces de la crĂ©atrice historique la fameuse Melle Maillard, l’intensitĂ© ne faiblit pas, malgrĂ© la perte d’intelligibilitĂ© souvent dommageable). Dans cet arĂ©opage tragique et sanguinaire, digne des grands tragiques grecs, – les seuls rĂ©fĂ©rences vĂ©ritablement ciblĂ©s par Vogel, soulignons le très beau rĂ´le, un peu court hĂ©las de l’Ă©pouse de Jason, Hipsiphile, bientĂ´t proie fatale, venue rechercher son mari (excellente et suave Judith Van Wanroij). Elle mourra sous les coups vipĂ©rins de sa rivale magicienne. Entre les deux femmes, Jason fidèle Ă  la fable antique, n’est que vellĂ©itĂ© : hĂ©ros fabriquĂ© par MĂ©dĂ©e selon ses humeurs propices, vrai potache ou faux hĂ©ros qui se rebiffe en fin d’action mais trop tard – après la mort de son Ă©pouse… donc si veul en dĂ©finitive et ne songeant qu’Ă  sa gloire… Avouons que la tension virile et parfaitement articulĂ©e de Jean-SĂ©bastien Bou donne chair et sang, c’est Ă  dire crĂ©dibilitĂ© et assurance au caractère assez faible.
Très investi par les multiples ressorts nerveux et souvent guerriers de l’Ă©criture orchestrale, HervĂ© Niquet dĂ©fend avec style et dramatisme une partition passionnante dont les couleurs souterraines, le tumulte continu des cordes s’inscrivent immĂ©diatement dans une Ă©bullition romantique : tout l’acte III en particulier après la grande scène de MĂ©dĂ©e, n’est que succession de tutti Ă  l’orchestre et pour le choeur, un tumulte collectif pourtant parfaitement construit et finement caractĂ©risĂ©, – dommage qu’ici nous n’ayons pas l’articulation affĂ»tĂ©e de la MaĂ®trise de CMBV ni l’Ă©loquence Ă©lĂ©gantissime du ChĹ“ur de chambre de Namur. Vif et nerveux et pourtant sans sĂ©cheresse,  le chef souligne l’ardente flamme, le nerf moteur de toute l’action, aux lueurs et Ă©clats souvent foudroyants qui annoncent Ă  quelques annĂ©es près, la violence des temps rĂ©volutionnaires.
Et pourtant ailleurs, en contrepoint expressif, – preuve que Vogel sait varier sa lyre ardente…,  la prière de Calciope Ă  l’endroit de MĂ©dĂ©e (voix trop ample et surexpressive de Hrachuhi Bassenz), ou plus tard la scène oĂą MĂ©dĂ©e convoque la Sybille en sa caverne (chant hallucinĂ© tendu parfois court de Jennifer Borghi qui elle aussi reste fâchĂ©e avec l’intelligibilitĂ© du français tragique), aux Ă©clairs annonciateurs des grandes scènes fantastiques et frĂ©nĂ©tique d’un Spontini… sont autant d’Ă©pisodes magnifiquement composĂ©es, entre fulgurance et expressionnisme ardent.
Du dĂ©but Ă  la fin, la coupe haletante de la partition toute entière dĂ©volue Ă  la passion totale et malheureuse de l’amoureuse MĂ©dĂ©e saisit par sa justesse. Jamais compositeur n’eut Ă  ce point une telle inspiration pour brosser le portrait d’une femme possĂ©dĂ©e par la folie amoureuse. Le vrai miracle de l’opĂ©ra est bien lĂ  : dans la figure passionnĂ©e, passionnante de la magicienne plus femme et impuissante qu’aucune autre, malgrĂ© ses enchantements. L’un des rĂ´les les plus ambitieux et les plus endurants de l’opĂ©ra français Ă  l’Ă©poque des Lumières : sommet culminant après la scène 2 du III, la scène 4 du mĂŞme acte, entre grand air, rĂ©cit, lamento, entre larmes, cris, imprĂ©cations et possession reste mĂ©morable.   RĂ©vĂ©lation jubilatoire.

Johann Christoph Vogel : La Toison d’or, 1786. Marie Kalinine, Judith Van Wanroij, Jean-SĂ©bastien Bou … Le Concert Spirituel. HervĂ© Niquet, direction. Soulignons au crĂ©dit de cette nouvelle publication, le soin Ă©ditorial et la qualitĂ© des textes et contributions Ă©ditĂ©s Ă  l’appui du livret intĂ©gral. La genèse de l’opĂ©ra, le portrait de l’auteur (un jeune gĂ©nie dĂ©vorĂ© par le dĂ©mon de l’alcool…), le mythe de MĂ©dĂ©e Ă  l’Ă©preuve de la peinture d’histoire et de la scène lyrique… apportent entre autres, des Ă©clairages prĂ©cieux pour mesurer l’Ă©vĂ©nement que demeure cette rĂ©surrection majeure grâce au disque. Incontournable.

CD. Vogel : La Toison d’or, 1786 (Kalinine, Niquet 2012)

CD. Vogel : La Toison d’or, 1786 (Kalinine, Niquet 2012) …    TempĂ©rament de feu ! Vogel n’est pas qu’un Ă©mule de Gluck, il Ă©gale amplement son maĂ®tre sur la place parisienne, ayant un sens souverain des situations dramatiques, de l’architecture lyrique, sachant surtout offrir un portrait de femme fulgurant et Ă©ruptif, parfois tendre et blessĂ©, toujours tendu et frĂ©nĂ©tique. La dĂ©couverte est de taille : elle enrichit considĂ©rablement notre connaissance de l’hĂ©ritage gluckiste Ă  Paris, et Ă  la Cour de France au coeur des annĂ©es 1780.

 

 

Feu et tourments de l’Ă©blouissante MĂ©dĂ©e de Vogel

 

VOGEL_toison_dor_290_glossaBien avant Cherubini et sa fameuse et dĂ©jĂ  romantique MĂ©dĂ©e (1797), voici dès 1786, la figure de la magicienne en Colchos, amoureuse ivre et possĂ©dĂ©e par sa dĂ©mesure exclusive, prĂŞte Ă  tout pour conquĂ©rir (en pure perte et si vainement : l’amour rend ….), y compris Ă  tuer sa rivale, ni plus ni moins et ce dès la fin du II (assassinat d’Hipsiphile). Du dĂ©but Ă  la fin, c’est un dĂ©versement sans attĂ©nuation de violence verbale, d’engagement radical, de frĂ©nĂ©sie exacerbĂ©e qui sollicite la mezzo dans le rĂ´le de MĂ©dĂ©e (très vaillante et constante Marie Kalinine, dont sur les traces de la crĂ©atrice historique la fameuse Melle Maillard, l’intensitĂ© ne faiblit pas, malgrĂ© la perte d’intelligibilitĂ© souvent dommageable). Dans cet arĂ©opage tragique et sanguinaire, digne des grands tragiques grecs, – les seuls rĂ©fĂ©rences vĂ©ritablement ciblĂ©s par Vogel, soulignons le très beau rĂ´le, un peu court hĂ©las de l’Ă©pouse de Jason, Hipsiphile, bientĂ´t proie fatale, venue rechercher son mari (excellente et suave Judith Van Wanroij). Elle mourra sous les coups vipĂ©rins de sa rivale magicienne. Entre les deux femmes, Jason fidèle Ă  la fable antique, n’est que vellĂ©itĂ© : hĂ©ros fabriquĂ© par MĂ©dĂ©e selon ses humeurs propices, vrai potache ou faux hĂ©ros qui se rebiffe en fin d’action mais trop tard – après la mort de son Ă©pouse… donc si veul en dĂ©finitive et ne songeant qu’Ă  sa gloire… Avouons que la tension virile et parfaitement articulĂ©e de Jean-SĂ©bastien Bou donne chair et sang, c’est Ă  dire crĂ©dibilitĂ© et assurance au caractère assez faible.
Très investi par les multiples ressorts nerveux et souvent guerriers de l’Ă©criture orchestrale, HervĂ© Niquet dĂ©fend avec style et dramatisme une partition passionnante dont les couleurs souterraines, le tumulte continu des cordes s’inscrivent immĂ©diatement dans une Ă©bullition romantique : tout l’acte III en particulier après la grande scène de MĂ©dĂ©e, n’est que succession de tutti Ă  l’orchestre et pour le choeur, un tumulte collectif pourtant parfaitement construit et finement caractĂ©risĂ©, – dommage qu’ici nous n’ayons pas l’articulation affĂ»tĂ©e de la MaĂ®trise de CMBV ni l’Ă©loquence Ă©lĂ©gantissime du chĹ“ur de chambre de Namur. Vif et nerveux et pourtant sans sĂ©cheresse, le chef souligne l’ardente flamme, le nerf moteur de toute l’action, aux lueurs et Ă©clats souvent foudroyants qui annoncent Ă  quelques annĂ©es près, la violence des temps rĂ©volutionnaires.
Et pourtant ailleurs, en contrepoint expressif, – preuve que Vogel sait varier sa lyre ardente…,  la prière de Calciope Ă  l’endroit de MĂ©dĂ©e (voix trop ample et surexpressive de Hrachuhi Bassenz), ou plus tard la scène oĂą MĂ©dĂ©e convoque la Sybille en sa caverne (chant hallucinĂ© tendu parfois court de Jennifer Borghi qui elle aussi reste fâchĂ©e avec l’intelligibilitĂ© du français tragique), aux Ă©clairs annonciateurs des grandes scènes fantastiques et frĂ©nĂ©tique d’un Spontini… sont autant d’Ă©pisodes magnifiquement composĂ©es, entre fulgurance et expressionnisme ardent.
Du dĂ©but Ă  la fin, la coupe haletante de la partition toute entière dĂ©volue Ă  la passion totale et malheureuse de l’amoureuse MĂ©dĂ©e saisit par sa justesse. Jamais compositeur n’eut Ă  ce point une telle inspiration pour brosser le portrait d’une femme possĂ©dĂ©e par la folie amoureuse. Le vrai miracle de l’opĂ©ra est bien lĂ  : dans la figure passionnĂ©e, passionnante de la magicienne plus femme et impuissante qu’aucune autre, malgrĂ© ses enchantements. L’un des rĂ´les les plus ambitieux et les plus endurants de l’opĂ©ra français Ă  l’Ă©poque des Lumières : sommet culminant après la scène 2 du III, la scène 4 du mĂŞme acte, entre grand air, rĂ©cit, lamento, entre larmes, cris, imprĂ©cations et possession reste mĂ©morable.   RĂ©vĂ©lation jubilatoire.

 

Johann Christoph Vogel : La Toison d’or, 1786. Marie Kalinine, Judith Van Wanroij, Jean-SĂ©bastien Bou … Le Concert Spirituel. HervĂ© Niquet, direction. Soulignons au crĂ©dit de cette nouvelle publication, le soin Ă©ditorial et la qualitĂ© des textes et contributions Ă©ditĂ©s Ă  l’appui du livret intĂ©gral. La genèse de l’opĂ©ra, le portrait de l’auteur (un jeune gĂ©nie dĂ©vorĂ© par le dĂ©mon de l’alcool…), le mythe de MĂ©dĂ©e Ă  l’Ă©preuve de la peinture d’histoire et de la scène lyrique… apportent entre autres, des Ă©clairages prĂ©cieux pour mesurer l’Ă©vĂ©nement que demeure cette rĂ©surrection majeure grâce au disque. Incontournable.