PĂąques 2021. JE Gardiner joue la Passion selon Saint-Jean

bach-jean-sebastien-pastel-582-portrait-2015-messe-en-si-classiquenews-william-christie-582-Pastell_Terry_kleinSTREAMING, PĂąques. Ven 2 avril 2021. Pour le Vendredi Saint (prochain, 2 avril 2021), John Eliot Gardiner dirige ses troupes pour rĂ©aliser la Passion Saint-Jean de JS BACH (BWV 245), plus fulgurante et contrastĂ©e, plus passionnĂ©e et pourtant essentielle voire Ă©purĂ©e (en tous cas plus courte) que la Saint-Mathieu. La Saint-Jean est crĂ©Ă©e vraisemblablement le Vendredi Saint 1724 Ă  l’église Saint-Thomas de Leipzig. Les Britanniques semblent en cette fin mars 2021 crier victoire sur la covid, ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© davantage qu’en France, d’approvisionnement en vaccins (Astra-Zeneca principalement). L’embellie est toujours au bout du tunnel
 VoilĂ  qui donnera une saveur particuliĂšre Ă  cette cĂ©lĂ©bration pascale.

Concert filmĂ© Ă  l’Oxford’s Sheldonian Theatre : le choeur et l’orchestre sur instruments anciens Monteverdi devraient exalter l’espĂ©rance d’une partition au souffle tragique irrĂ©pressible, en particulier dans l’air fameux : « Es ist volbracht  / Tout est accompli », clĂ© de voĂ»te de l’édifice musical, qui en est le point central et le rĂ©ceptacle de l’enseignement spirituel. La divinitĂ© de JĂ©sus est ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e, Ă©clatante dĂšs la Crucifixion (quand elle est dĂ©clarĂ©e dans la Passion selon Saint-Mathieu, Ă  la fin, c’est Ă  dire au moment de la RĂ©surrection). Le thĂšme de l’Agneau de Dieu s’accomplit dĂšs la Crucifixion, moment paroxystique de la Passion selon l’évangile selon Saint-Jean.

La divinité de Jésus est révélé dÚs la Crucifixion

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Memling_Christ_paques 2021 saint jean passion JS BACH classiquenewsL’action se dĂ©roule sur 3 niveaux : le rĂ©cit de l’EvangĂ©liste, les airs des protagonistes JĂ©sus, l’apĂŽtre Pierre, Pilate
 et aussi le chƓur (la foule ou turba) dont la plupart commente le sujet et l’action, entonnant les chorals, priĂšre collective qui rassemble et soude les fidĂšles confrontĂ©s au Sacrifice de JĂ©sus. Son humiliation et sa mort sur la Croix expient les pĂ©chĂ©s des hommes. Puis en rĂ©vĂ©lant sa vĂ©ritable nature (fils de Dieu), grĂące Ă  la RĂ©surrection, JĂ©sus indique aux chrĂ©tiens les moyens de leur libĂ©ration des forces du mal, la maniĂšre d’obtenir son salut.
La partition suit l’histoire de JĂ©sus, Ă  travers ses derniers jours : Arrestation – JĂ©sus devant les chefs des prĂȘtres – JĂ©sus devant Pilate – Crucifixion – Mise au tombeau.

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Vendredi 2 avril 2021, 15h Ă  PARIS
14h Ă  Londres
JEAN SEBASTIEN BACH : Passion selon Saint-Jean
Streaming concert
Monteverdi Choir, English Baroque Soloists
John Eliot Gardiner, direction
EN REPLAY sur le site du MONTEVERDI Choir & Orchestra pendant 48 h suivants

VOIR ICI : https://monteverdi.co.uk/bach-st-john-passion
Streaming payant : 9.90 euros
Acheter votre billet pour ce streaming, ICI :
https://www.dg-premium.com/dg_stage_video/john-eliot-gardiner-st-john-passion/
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Avec
Nick Pritchard, lâ€˜Ă©vangĂ©liste
William Thomas, Christus
Alex Ashworth, Pilatus
Julia Doyle, soprano
Alexander Chance, contre-ténor
Peter Davoren, ténor

VOIR le concert ici
https://monteverdi.co.uk/bach-st-john-passion

CD critique. JS BACH : Johannes-Passion BWV 245 – Collegium vocale Gent / Philippe Herreweghe (mars 2018, Anvers / 2 cd Phi)

JOHANNES PASSION philippe herrewegheCD critique. JS BACH : Johannes-Passion BWV 245 – Collegium vocale Gent / Philippe Herreweghe (mars 2018, Anvers / 2 cd Phi)  -  D’une façon gĂ©nĂ©rale, s’il s’agit Ă©videmment de la Passion la plus puissante et originale de Bach, soucieux de trouver un Ă©quilibre tĂ©nu entre force spirituelle et expressivitĂ© dramatique, le choix de certains solistes fragilise la prĂ©sente lecture. CD1 / Prima parte. Dans la plage 13 / l’air panique de Pierre, « le serviteur » qui a reniĂ© JĂ©sus,  (« Ach mein Sinn » / ah mon Ăąme
), le tĂ©nor Robin Tritschler chante un rien droit et court, manquant de ce legato qui doit aussi porter le texte. L’air marque un point fort dans le dramatisme de la Passion : les remords du coupable Ă©treignant cette Ăąme faible et lĂąche. Le soliste passe Ă  cĂŽtĂ© de l’enjeu.

CD 2, Parte seconda. De mĂȘme l’air pour basse, autre appel en panique vers le Golgotha, lieu du supplice accompagnĂ© par le choeur dĂ©voile l’imprĂ©cision du soliste qui paraĂźt bien peu impliquĂ© par le sens du texte qu’il chante alors (24).
MĂȘme rĂ©serve pour la voix engorgĂ©e, instable, parfois maniĂ©rĂ©e du rĂ©citant EvangĂ©liste : lĂ  aussi la dĂ©ception est grande.

Mais surgit comme un Ă©clair sidĂ©rant (plage 21), l’air d’un dĂ©sespoire absolu et d’une espĂ©rance immĂ©diate dans le mĂȘme temps : « Zerfließe, mein herze, in fluten der zĂ€hren » par la soprano DorothĂ©e Mields : directe, scintillante, diamant lacrymal irrĂ©sistible, perle comme on en compte rarement qui est la contrepartie sublimĂ©e de l’air axial lui aussi et qui prĂ©cĂšde « Es ist vollbracht » (pour alto ici le contre tĂ©nor alto Damien Guillon, droit, dĂ©sincarnĂ©, un rien en retrait lui aussi : plage 16 « Tout est achevé », air axial qui marque le pivot central du drame)

Tout au long du pĂ©riple spirituel, le chƓur demeure impeccable, prĂ©cis, mĂ©tronomique, tendre ou hargneux plein de haine pointĂ©e (16b, 16d), mais aussi de sĂ©rĂ©nitĂ© mĂ©ditative pour chaque choral, entonnĂ© avec simplicitĂ© et dignitĂ©.
Notons surtout la rĂ©ussite du dernier choeur, vraie jubilation pour la sĂ©quence finale {39 : « Ruth wohl, ihr heiliegn Gebeine » / reposez bien, vous membres sacrĂ©s
}, superbe Ă©lan de tendresse rassĂ©rĂ©nante et qui compose comme un cercle de rĂ©confort pour l’ñme et le corps de celui qui s’est sacrifiĂ© : tout est pardonnĂ© « Ouvre le ciel pour moi et referme l’enfer ». SobriĂ©tĂ©, intimitĂ©, Ă©pure : le geste et la conception sont Ă  mille lieux des versions plus dramatiques, ici allĂ©gĂ©e et dĂ©jĂ  cĂ©leste. La justesse du Collegium Vocale Gent qui semble transcendĂ© lui-mĂȘme par le sens rĂ©surrectionnel du texte ultime, est saisissante. Et le grand livre de la RĂ©surrection (surtout de l’indĂ©fectible espĂ©rance) se referme et rassure ainsi, dans la quiĂ©tude et la lumiĂšre ; dans l’intimisme presque dĂ©sincarnĂ© de la part des chanteurs de l’impeccable chƓur gantois, Ă  la fois nuancĂ© et prĂ©cis. Tout relĂšve de la paix et du renoncement enfin exaucĂ©s. Avec DorothĂ©e Mields, la rĂ©alisation relĂšve de l’excellence. C’est donc malgrĂ© nos rĂ©serves (concernant certains solistes) un CLIC de CLASSIQUENEWS du printemps 2020.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD critique. JS BACH : Johannes-Passion BWV 245 – Collegium vocale Gent / Philippe Herreweghe (mars 2018, Anvers / 2 cd Phi)  -  https://outhere-music.com/fr/albums/johannes-passion-bwv-245-lph031

 

 

 

 

 

Approfondir : notre vision de la partition de la Johannes Passion de JS BACH

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Moins longue d’une bonne heure la Saint-Jean comparĂ©e Ă  la Saint-Matthieu (1736), plus connue et jouĂ©e (et dĂ©couverte dĂšs 1849 par Mendelssohn), saisit par sa coupe fulgurante. Mais Bach n’a rien Ă©pargnĂ© au chercheur qui doit reconnaĂźtre que ce premier massif sacrĂ© destinĂ© Ă  Leipzig, n’a jamais Ă©tĂ© fixĂ© dans sa forme ; dĂšs aprĂšs sa premiĂšre « reprĂ©sentation », le 7 avril 1724 Ă  Saint-Thomas (pour le service des VĂȘpres du Vendredi Saint), JS Bach ne cesse de rĂ©viser, modifier, couper, ajouter 
 pour chaque nouvelle rĂ©alisation.
Qu’est devenue par exemple la « Sinfonia » pour orchestre qui remplaçait en 1732, la scĂšne du tremblement de terre juste aprĂšs l’expiration de JĂ©sus sur la Croix
 ?
Plus resserrĂ©e, plus dense et dramatique, la Saint-Jean avait dĂ©jĂ  frappĂ© l’esprit de Schumann ; mĂȘme la 4Ăš version documentĂ©e en 1749 n’a pas laissĂ© de partition complĂšte. Sans la signature ou la main autographe de JS Bach sur le matĂ©riel, rien ne prouve qu’il s’agisse de la forme dĂ©finitive de sa Passion.
Jusqu’à la derniĂšre exĂ©cution (1749 donc voire 1750, l’annĂ©e de sa mort), la Saint-Jean pose probĂšme au personnel municipal de Leipzig, peu enclin Ă  goĂ»ter les outrances du Cantor de Saint-Thomas, qu’ils ne cessent de tancer voire d’humilier afin que le compositeur leur soumette avant toute rĂ©alisation, texte et style de chaque nouvelle partition.
La durĂ©e de la Saint-Jean indique l’esthĂ©tique et la « premiĂšre maniĂšre » de Bach, fraĂźchement arrivĂ© de Köthen pour prendre Ă  l’étĂ© 1723, ses fonctions de director Musices de Leipzig, responsable de la musique de Saint-Thomas et Saint-Nicolas. Il s’agit pour lui de respecter le voeu de ses supĂ©rieurs : musique courte, non opĂ©ratique, devant susciter la dĂ©votion. Ici pas de cuivres dont l’éclat pour le temps de la Passion Ă©tait jugĂ© indĂ©cent. MalgrĂ© la puissance et l’originalitĂ© de sa musique, Bach est considĂ©rĂ© comme une auteur maladroit, « pompeux », « confus », « contre-nature » (!!!).

Le livret retenu est celui d’un anonyme qui reprend plusieurs textes de Barthold Heinrich Brockes (« JĂ©sus martyrisĂ© et mourant », 1712), riches en images trĂšs fortes. Pour le tableau de JĂ©sus sur la Croix au Golgotha, pour sa rĂ©surrection, Bach emprunte aussi au texte de Saint-Matthieu : quand JĂ©sus expire son dernier souffle, l’effet est hautement thĂ©Ăątral, preuve que dĂšs 1724, le compositeur dĂ©passe volontairement l’appel Ă  l’intimisme promu par sa hiĂ©rarchie. La clĂ© de voĂ»te de chaque Ă©difice sacrĂ© ainsi livrĂ© Ă©tant la sĂ©rie de chorals connus par l’assemblĂ©e des fidĂšles et qu’ils entonnent ensemble pour chacun.

Ce qui est certain c’est que pour la derniĂšre exĂ©cution de la Saint-Jean, de son vivant, 1749 voire 1750, Bach emploie un continuo Ă©toffĂ© (2 clavecins, un orgue,un contrebasson / « bassono grosso ») insistant sur le sparties graves et rĂ©sonantes. Qui plus est les parties chantĂ©es de Pierre et Pilate, auparavant entonnĂ©es par le choeur, sont dĂ©fendues par des parties isolĂ©es comme si les personnages du drame Ă©tait incarnĂ©s par des solistes individualisĂ©s, sĂ©parĂ©s du chƓur ; Bach souhaitant ainsi souligner l’esprit dramatique voire thĂ©Ăątral de sa passion.