Cd Ă©vĂ©nement, critique. MARAIS : Alcione – Jordi Savall (3cd Alia Vox, 2017)

MARIN-MARAIS-CD-ALCIONE-jordi-Savall-concert-des-nations-cd-classiquenews-critique-dossier-noel-classiquenews-critique-cd-Cd Ă©vĂ©nement, critique. MARAIS : Alcione – Jordi Savall (3cd Alia Vox, 2017). En 1706, Marin Marais, chef d’orchestre Ă  l’AcadĂ©mie royale, adulĂ© pour ses dons de violiste et depuis toujours favorisĂ© par le Roi, livre Alcione, ultime tragĂ©die en musique du rĂšgne de Louis XIV. Il y a peu d’effusion amoureuse et heureuse dans une partition qui touche par son Ă©loquence instrumentale, sa progression tragique, ses rares duos sublimes (Alcione / PelĂ©e au IV et V), ses Ă©vocations maritimes et sa tempĂȘte, mĂȘlĂ©e au songe qui frappe Alcione. Jordi Savall accomplit en 2007 l’une des meilleures contributions au genre lyrique du Grand SiĂšcle, Ă©clairant mĂȘme cette modernitĂ© poĂ©tique de Marais, en particulier dans le flux irrĂ©pressible qui mĂšne le drame vers son dĂ©nuement finalement heureux quand Neptune touchĂ©, ressuscite les amants Ă©prouvĂ©s afin qu’ils engendrent les Alcions, protecteurs des marins, chasseurs de tempĂȘtes et donc de naufrages.

En recréant ainsi Alcione de 1706,

Jordi Savall dévoile le génie orchestral
et la veine tragique de Marin Marais

CLIC_macaron_2014La Chaconne finale, vĂ©ritable morceau orchestral, indique au dĂ©but XVIIIĂš, le souffle symphonique d’une Ă©criture Ă  redĂ©couvrir d’urgence. A la clartĂ© et l’articulation du continuo comme de l’orchestre, rĂ©pond le souci du verbe et des rĂ©cits dramatiques que portent Ă  une perfection agissante les 3 solistes rĂ©unis ici : LĂ©a Desandre dans le rĂŽle titre (laquelle dĂ©livre pour Alcione, une soie vocale des plus fluides, Ă  la fois onctueuse et mordante, Ă©clairant aussi cette angĂ©lisme volontaire), Cyril Auvity, tĂ©nor souple en Ceix, et surtout le baryton percutant, naturel Marc Mauillon qui fait du personnage de PellĂ©e, le pilier de l’action : l’amoureux en souffrance d’Alcione brĂ»le littĂ©ralement par son ardeur virile jusqu’à son suicide « heureux » au V. Il revient Ă  Marais d’éblouir par son Ă©criture colorĂ©e et puissante, pourtant dans un genre qui avait Ă©tĂ© dominĂ© jusque lĂ  par Lully. Le soin qu’apporte Savall Ă  la caractĂ©risation et l’enjeu poĂ©tique de chaque acte, et ce dĂšs le Prologue (duel Apollon / Pan) convainc particuliĂšrement.

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Cd Ă©vĂ©nement, critique. MARAIS : Alcione – Jordi Savall (3cd Alia Vox, 2017) – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2020. Plus d’infos sur le site d’ALIA VOX :
https://www.alia-vox.com/fr/catalogue/marin-marais-alcione-tragedie-lyrique/

Le premier Rameau, claveciniste compositeur

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de Polymnielogo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Dimanche 14 fĂ©vrier 2016, Ă  14h. Rameau : Suite en la… Tribunes des critiques.France Musique questionne une oeuvre rarement mise en avant : la Suite pour clavier composant le sujet novateur et original de son Premier recueil de piĂšces de clavecin, Ă©ditĂ© Ă  Paris en 1706, Ă  l’occasion de son premier et court sĂ©jour dans la Capitale  française. La Suite en la mineure est une oeuvre de jeunesse, extraite du Premier Livre de piĂšces de clavecin (Ă©dité  Ă  compte d’auteur, fin 1706) lorsque le jeune Rameau alors ĂągĂ© de 23 ans, rĂ©alise son premier sĂ©jour Ă  Paris. Le futur auteur pour l’opĂ©ra signe alors un recueil important voire majeur qui devance celui de Couperin dont le Premier Livre paraĂźt en 1713. Les 10 piĂšces du recueil respectent le cadre classique de la Suite de danses Ă  la française, prĂ©alablement introduites par un PrĂ©lude qui en son dĂ©but, fait clairement rĂ©fĂ©rence aux maĂźtres anciens (de fait Rameau se montre disciple de d’Anglebert, surtout de Marchand). Partition prĂ©coce, la maturitĂ© s’y rĂ©vĂšle pourtant, le tempĂ©rament aussi : une puissance de l’originalitĂ© qui est autant Ă©rudite, savante que sensuelle et naturellement accessible. DĂ©jĂ  se profile le gĂ©nie de l’harmonie (subtiles dissonances du PrĂ©lude…). 

Avant de rejoindre la capitale, Rameau a quittĂ© Clermont, dont il tenait les orgues de la cathĂ©drale. A Paris, il recherche un poste d’organiste et en profite pour aller Ă©couter un modĂšle pour lui : Louis Marchand. Pendant ce court sĂ©jour parisien, Rameau assiste Ă  l’Alcyone de Marais (fĂ©vrier 1706) et aussi aux reprises des opĂ©ras de Lully (dont ThĂ©sĂ©e en 1707).

Plan

1Ăšre et 2e Allemande
La premiĂšre, solennelle et presque grave ; la seconde, plus lĂšgĂšre.

Courante
Clair hommage lĂ  encore Ă  Louis Marchand.

Gigue
Biographe de Rameau, Cuthbert Girdlestone, la trouve sautillante et « contrapuntale ». La puissance de son développement désigne le jeune génie de Rameau.

1Ăšre et 2e Sarabande
Rameau y glisse une tendresse inĂ©dite Ă  l’esprit de cette danse.

VĂ©nitienne
Ce Rondeau est un clair hommage Ă  l’opĂ©ra La VĂ©nitienne de Michel de la Barre (1705).

Gavotte
Energie et vitalité empruntent à Louis Marchand, auquel Rameau ajoute la maßtrise ahurissante de la variation.

Menuet
La sobriĂ©tĂ© et l’Ă©lĂ©gance de la piĂšce finale doivent inspirer Ă  l’amateur praticien des variations Ă  sa volontĂ©. Rameau pense Ă  ses “clients” / Ă©lĂšves : Ă  eux de jouer Ă  prĂ©sent.

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Dimanche 14 fĂ©vrier 2016, Ă  14h. Rameau : Suite en la… Tribunes des critiques. Voir aussi la fiche de l’Ă©mission sur le site de France Musique.