SYMPHONISME ROMANTIQUE en FRANCE. ENTRETIEN AVEC FRANCOIS BRONNER…

BRONNER francois concerts parisiens les-concerts-symphoniques-a-paris-au-temps-de-berlioz classiquenews critique.jpgSYMPHONISME ROMANTIQUE en FRANCE. ENTRETIEN AVEC FRANCOIS BRONNER… Déjà auteur d’une biographie passionnante sur l’oeuvre du chef Antoine Habeneck à Paris,- vrai défenseur des Symphonies de Beethoven, François Bronner publie chez Hermann « Les Concerts symphoniques à Paris au temps de Berlioz » (éditions Hermann), vivante immersion dans le monde passionné des salles de concerts et des amateurs de vertiges symphoniques, du vivant de Berlioz. L’auteur répond aux questions de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

De la fin XVIIIè au courant XIXè, notez-vous une continuité dans l’activité des concerts symphoniques à Paris ? Sur le plan de la forme des concerts comme des programmations ?

Oui, il y a tout à fait une continuité dans la forme et dans la conception des concerts « avec orchestre » durant cette période. La tradition établie à Paris à la fin du XVIIIè siècle va perdurer largement jusqu’à la fin du Second Empire. Les concerts étaient « mixtes, mélangés ». Il s’y alterne des morceaux pour orchestres (ouvertures, symphonies), des solos d’instruments, des parties vocales avec un ou plusieurs solistes et aussi des parties pour chœurs. À l’époque, on justifiait cette organisation du programme d’un concert en pensant que, en raison de la longueur des séances (facilement trois heures de musique), cette diversité reposait l’oreille et l’esprit des auditeurs présents. Berlioz lui-même dut s’y plier pour les concerts qu’il organisait à Paris.

 

 

 

De votre point de vue, le genre symphonique français égale-t-il en qualité et nombre de partitions, l’essor des auteurs germaniques (Mozart, Haydn, Beethoven) ? Quels seraient sur la période analysée, les champions français (les plus applaudis) ou ceux qui font nettement évoluer le genre…

Non, durant la période allant 1770 à 1870, il serait totalement déraisonnable de comparer la production symphonique française à celle des pays germaniques, et cela en raison du nombre de partitions exceptionnelles. Haydn, Mozart, Beethoven, sont des génies universels d’une importance considérable pour l’histoire de la musique ; Mendelssohn, Schumann occupent musicalement à leur suite des places de premier plan. Si nous mettons de côté les noms comme Couperin (dont Wagner appréciait l’œuvre) ou Rameau, et cela pour des raisons de dates, Berlioz est un des rares français de cette époque à avoir aujourd’hui une renommée universelle en raison de son apport considérable. On connaît, en particulier, son influence sur l’école musicale russe de la fin du XIXè siècle. Certes Beethoven connaissait et appréciait l’œuvre de Gossec et ce dernier est sans doute injustement trop méconnu aujourd’hui. Sinon, des noms comme ceux de Gouvy, Reber, Onslow, célèbres de leur temps, ne sont plus connus que des spécialistes. Celui de Félicien David aurait tendance à ressortir actuellement un peu de l’oubli en raison de la redécouverte, grâce notamment à des enregistrements récents du Désert. Mais c’est sans commune mesure avec Berlioz.

 

 

 

Jusqu’à sa mort, Berlioz reste un compositeur qui doit quasiment “imposer” ses œuvres au public parisien. Comment expliquer cela ? Force est de constater que sa musique est loin d’avoir suscité un enthousiasme naturel aussi grandissant que celui pour Wagner…

« Nul n’est prophète en son pays » dit-on souvent. Cela s’est appliqué longtemps en France pour Berlioz. De son vivant, il était mieux apprécié par des publics étrangers lors ses tournées que dans son propre pays (bien qu’il soit nécessaire de nuancer suivant les cas). Après sa mort, des personnalités comme Edouard Colonne ont agi énormément pour faire connaître avec succès (sous forme de concerts) ses œuvres (alors que Charles Lamoureux se faisait plutôt le chantre de Wagner). Les grands chefs du XXè siècle comme Pierre Monteux et Charles Munch, qui étaient de grands berlioziens, ont beaucoup propagé sur le plan international la musique symphonique de Berlioz. Munch a, entre autre, enregistré aux États-Unis dans les années cinquante le Requiem, une version de la Damnation de Faust et ses versions de la Fantastique restent des références absolues. Mais il est vrai que c’est à Londres et avec des fonds privés que Colin Davis a réalisé une intégrale de l’œuvre, opéras compris. On monte sur scène bien rarement Les Troyens, œuvre magistrale qui tient largement son rang parmi les chefs-d’œuvre de l’opéra. Mais, jusqu’à une époque récente, trop peu de grands artistes lyriques ont eu dans leur répertoire des rôles de cette partition. En revanche les artistes wagnériens ont été légions au XXè siècle. C’est peut-être aussi une explication.

 

 

 

Propos recueillis en juillet 2017

 

 

 

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Lire aussi LIVRES, événement. François Bronner : Les concerts symphoniques à Paris au temps de Berlioz (Hermann)

http://www.classiquenews.com/livres-evenement-francois-bronner-les-concerts-symphoniques-a-paris-au-temps-de-berlioz-hermann/

Du même auteur : Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849)
http://www.classiquenews.com/livres-francois-bronner-francois-antoine-habeneck-1781-1849/

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