Symphonie n°3 d’ALBERT ROUSSEL (1930)

roussel Albert-Roussel-resize-1-500x450FRANCE MUSIQUE. Dim 9 juin 2019, 16h. Symphonie n°3 de Roussel. La chaîne consacre trop peu de son antenne à célébrer le tempérament exceptionnel du compositeur Albert ROUSSEL dont 2019 marque cependant le 150è anniversaire de la naissance (1869 – 1937). Fruit de la maturité, la Symphonie n°3 d’Albert ROUSSEL affirme le génie symphonique du compositeur français âgé de 60 ans : son sens de la vibration instrumentale, des couleurs et des timbres, son intelligence architecturale, son souci comme Ravel ou Sibelius, au début du XXè de l’équilibre formel et du sens de la structure. Composée autour de l’année 1930, la 3è confirme cette vie intérieure si riche et puissante qui alterne séquences apolliniennes et jubilation expressive. L’homme met aussi son intelligence musicale supérieure au service des autres et de la société civile, présidant jusqu’à sa mort la Fédération musicale populaire, fondé par le Front populaire en 1936. On ne saurait trop célébrer cet engagement admirable d’un artiste créateur qui donne et reçoit, soucieux de la participation active de la pratique musicale et des concerts dans la vie de la cité.
A propos de la 3ème, Poulenc souligne son équilibre merveilleux entre « printemps et maturité ». Roussel répond alors à une commande de l’Orchestre de Boston et de son chef Serge Koussevitzky, lequel ardent défenseur de la Symphonie n°2, souhaitait ainsi une œuvre ambitieuse et aboutie pour les 50 ans de la phalange américaine. Créée donc le 17 octobre 1930 à Boston, la symphonie assoit définitivement le génie de Roussel entre France et Amérique.

Unité et cohérence interne d’un sommet symphonique de 1930. Sans être pour autant déduite du principe cyclique, l’œuvre est unifiée par un groupe de 5 notes qui paraît dans chacun des 4 mouvements.
1 – L’Allegro de sonate fait se succéder une première séquence énergique à 3 temps (sol mineur), puis un élégiaque (si bémol majeur). Le flux aboutit au 5 notes, puis la réexposition rééclaire les 2 motifs précédents.
2 - A partir des 5 notes développées en contrepoint, sous forme de marche, de fugue : la forme ABA de l’Adagio, expose ensuite un agitato puis une apothéose lumineuse, dont l’équilibre et l’éclat cite Mozart.
3 – le Vivace est un scherzo pétillant, d’une verve insouciante et juvénile, miracle de printemps épanoui et coulant. Roussel semble aussi y développer une certaine conscience ironique de sa propre forme. L’acuité réside aussi dans l’exceptionnel dialogue entre deux motifs alternés, en réponses, entre les bois et les vents dont Roussel exploite avec subtilité, la singularité des timbres et des couleurs.
4 – L’esprit et la carrure hyperélégante de l’Allegro final (con spirito) ressuscite la verve et le nerf raffiné du meilleur Haydn. Roussel développe en son flux nerveux et hyper énergique, une séquence plus intérieure où le vilon solo chante sur le tapis contrapuntique tissé par la trilogie impériale et savoureuse clarinette, basson, cors… comme un rébus éclairé, et l’énigme dévoilée pour conclusion, les 5 notes paraissent enfin pour fermer le cycle dans une trépidation déterminée et volontaire.
Harmonie, contrepoint, hédonisme des alliances de timbres et de couleurs, intelligence intérieure et verve impérieuse, la 3è de ROUSSEL est un bonheur continu qui convoque par l’ampleur et le raffinement de son plan, sapensée et sa sensualité triomphantes, … Mozart, Haydn et Beethoven. Il faut donc ajouter au duo révolutionnaire du début du XXè français, Debussy et Ravel, le nom illustre d’Albert Roussel, poète, démiurge, alchimiste.

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