STREAMING, opéra chez soi, critique. RAMEAU : HIPPOLYTE ET ARICIE (Brunet-Grupposo, Degout, Desandre… Pygmalion)

Hippolyte-et-aricie-rameau-pichon-pygmalion-aricie-drapeau-de-france-critique-opera-classiquenewsSTREAMING, opéra chez soi, critique. RAMEAU : HIPPOLYTE ET ARICIE (Brunet-Grupposo, Degout, Desandre… Pygmalion). Ecrivons d’abord ce qui nous gêne ici, quitte à passer encore et toujours, pour une aficionada inconsolable des mises en scènes classiques à perruques et robes à panier. Visuellement, le spectacle est confus ; les options (costumes et accessoires) trop décalées au regard de l’enjeu des épisodes ; les changements de tableaux ou les transitions, abruptes sans véritable grandeur. Rappelons que l’opéra de Rameau, d’autant plus ici dans le genre maximal de la tragédie lyrique, reste une action qui mêle héroïsme mythologique et apparitions divines, sans omettre le terrible effrayant de l’acte infernal : chef d’oeuvre du genre avec son inoubliable trio des parques.
Le décousu gêne ici la lisibilité de la ligne héroïque et tragique du drame. Un exemple parmi d’autres ? Le début de l’acte III est raté, malgré la justesse de Sylvie Brunet-Grupposo dans le rôle de Phèdre. Il manque à la production cette grandeur tragique et brûlante qui souligne en réalité l’impuissance des 3 protagonistes : Hippolyte / Phèdre / Thésée. Après le trio tragique, d’essence racinienne par son épure glaçante et terrible, le chœur qui suit tombe à plat. Il doit exprimer la solitude abyssal de Thésée (les enfers sont chez lui car il vient de surprendre son épouse et son fils Hippolyte apparemment en pleine effusion !) ; l’inceste supposé, atroce révélation dans l’esprit de Thésée, est la source de ce vertige abyssal, qui foudroie chaque protagoniste. Le Roi est d’autant plus atteint qu’il doit feindre et ne rien laisser percer de son désarroi, face à la foule qui se presse pour le voir… vanité des solennités, grandeur de la solitude des princes. Photo Hippolyte et Aricie (DR)

Hippolyte raté, Rameau dénaturé
une mise en confusion générale

Le vainqueur du minotaure ne doit rien laisser paraître : il assume le ballet qui est donné en son honneur. Le tableau est dévoyé par une scène collective où des « baigneurs » (style guinguette) se trémoussent sans unité ni cohérence… avec sacs sur la tête. Heureusement la sirène (piquante Léa Desandre) relève le niveau de cette mêlée confuse.
Le summum de cette mise en confusion générale reste l’apparition d’Hippolyte, exilé par son père, tenant vielle plante défraîchie et seau noir à la main. Le tableau cynégétique qui suit, gesticulé, chaotique est visuellement terrible : vaguement satirique. Là encore la noblesse tragique est sacrifiée sur l’autel de la laideur confuse, sans idée.

Et les solistes ? Dommage pour Thésée : Stéphane Degout reste continument engorgé ; rugissant volontiers mais son articulation manque de clarté, et le jeu orphelin, de mesure comme de finesse. Tout sonne trop appuyé.

Le chant français baroque en crise
D’une façon générale, les chanteurs n’ont pas l’articulation de leurs ainés, interprètes autrement diseurs pour Christie et Minkowski : le chant français baroque est en crise, ce n’est pas la première fois que nous le constatons : rares les chanteurs capables de ciseler la langue française baroque. Sans les sous titres, bon nombre restent inintelligibles. Triste constat. En cela, Léa Desandre (une sirène comme on a vu, puis une chasseresse) relève décidément nettement le niveau : couleur juste, mordant articulé, intelligence déclamée. Un modèle qui rassure. Et auquel on s’accroche.

Musicalement, quelques séquences tirent leur épingle du jeu ; notons l’implication des choeurs (dans le tableau de la chasse et à l’annonce de la mort d’Hippolyte, fin de l’acte IV), la très belle scène de Phèdre éplorée, implorante, hallucinée de Sylvie Brunet-Grupposo dont le vibrato digne et contrôlé, la couleur toujours juste font une amoureuse déchirée qui s’abime dans la nuit de la folie coupable. Son chant viscéralement racinien reste juste. Enfin le grandiose s’incarne dans ce tableau funèbre qui clôt l’acte IV. L’orchestre Pygmalion s’engage avec énergie et accents parfois au détriment de la finesse. Même séduisante, la réalisation musicale n’atteint pas les réussites exemplaires signées Christie ou Minkowski, capables tous deux de souffle tragique comme de jubilation dansante. Avec ce souci de la langue, pourtant essentielle, qui fait tant défaut ici.

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STREAMING, opéra chez soi, critique. Rameau : Hippolyte et Aricie. Pygmalion / opéra-Comique, novembre 2020. En REPLAY sur ARTEconcert jusqu’au 13 mai 2021.
https://www.arte.tv/fr/videos/099633-000-A/hippolyte-et-aricie-de-rameau-a-l-opera-comique/

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