Stiffelio à Strasbourg et Mulhouse (10 oct – 9 nov 2021)

Vague verdienne en juin 2014OPERA DU RHIN. VERDI : Stiffelio (10 – 19 oct, STrasbourg), 7 – 9 nov (Mulhouse). Rareté injustement écarté des scènes lyriques à Strasbourg en octobre 2021. L’année où sont créés Lohengrin de Wagner et Genoveva de Schumann, 1850 : Verdi livre après Luisa Miller, et avant Rigoletto, Stiffelio, une partition dont la violence morale surprend ; dont la justesse et la vérité des caractères musicaux qui y sont brossés, saisissent. Et si nous tenions là un Verdi oublié, le chaînon manquant dont l’absence sur les planches reste incompréhensible ?

Huis clos captivant

Source théâtrale française oblige, l’opéra de Verdi éblouit par sa force dramatique, digne d’un vrai huit-clos intimiste et psychologique. Pas de héros royaux, de princes ou de princesses déchues et sacrifiées ni de chœurs sur fond historique, mais un trio de gens simples d’autant plus éprouvés qu’ils appartiennent tous à une communauté spirituelle où la règle de vertu morale s’applique sur toute autre chose.
Il est donc audacieux voire provocateur de la part de Verdi d’adapter la pièce de Souvestre et Bourgeois (Le Pasteur, 1849). Verdi y expérimente la confrontation structurante sur le plan dramatique du héros tiraillé par des spectres intérieurs, du collectif moralisateur opposé à la passion des individus…

Opéra du RHIN
VERDI : STIFFELIO, 1850
Nouvelle production

STRASBOURG : les 10, 12, 14, 16 et 19 octobre 2021
 / MULHOUSE : les 7 et 9 nov 2021
RÉSERVEZ vos places, ici :
https://www.operanationaldurhin.eu/fr/spectacles/saison-2021-2022/opera/stiffelio

Stiffelio : Jonathan Tetelman
Lina : Hrachuhí Bassénz
Stankar : Dario Solari
Raffaele : Tristan Blanchet
Jorg : Önay Köse
Federico : Sangbae Choï
Dorotea : Clémence Baïz

Chœur de l’OnR
Orchestre symphonique de Mulhouse

Direction musicale : Andrea Sanguineti
Mise en scène : Bruno Ravella

De l’esprit de vengeance au pardon salvateur
L’ouvrage raconte comment le pasteur protestant Stiffelio apprenant l’adultère de son épouse, se révolte d’abord, puis apprend parce qu’il la surmonte, l’épreuve du pardon et du renoncement. Verdi s’attache en psychologue accompli à peindre le tréfonds de l’âme humaine, ses affrontements et distorsions silencieuses qui font de chacun des caractères, une source de dépassement et de grandeur finale : Stiffelio touché par la grâce du pardon, atteint la lumière d’un saint homme ; Lina enfin pardonnée passe de cible diabolisée au statut de victime admirable.

Au spectateur, galvanisé par la musique, de suivre pas à pas chaque jalon d’une intrigue qui confine à la parabole poétique et mystique dans un opéra qui se veut in fine, hymne d’amour au genre humain et à l’espérance qu’il fait naître.
Verdi embrase littéralement cette intrigue, exploitant justement les ressorts dramatiques, pathétiques et tragiques de chacun des protagonistes. Il s’intéresse à la traîtresse (Lina) toujours amoureuse de son mari, dévorée par la culpabilité ; au mari lui-même c’est à dire Stiffelio (en fait Rodolfo, un prénom décidément verdien que l’on retrouve dans Luisa Miller, l’opéra qui précède Stiffelio, puis dans La Traviata qui lui succède avec Rigoletto ) : il faut de la noirceur pour incarner l’âme du pasteur rongé par le doute, tiraillé par le soupçon …
enfin sauvé par lui-même.

Stankar, modèle du baryton verdien

Et pour fermer l’action sur un trio remarquable, Verdi s’intéresse tout autant au père de l’infidèle, Stankar, superbe figure paternelle lui aussi détruit par l’esprit du déshonneur et de la honte: il ne supporte pas que sa fille ait pu trahir l’époux si vertueux : un superbe air au III, avec un écart vertigineux d’humeurs enchaînées, annonce les grands barytons verdiens : autorité morale édifiante, pères aimants et protecteurs- ; ainsi au III, Stankar apparaît d’abord suicidaire désespéré puis ivre d’une vengeance qui se profile de façon imprévue: de fait il tuera celui par lequel le scandale arrive (Raffaelle). Stankar exige du chanteur un métier solide. On connaissait dans l’illustration de la tendresse et de l’amour paternel les plus connus Rigoletto, Simon Boccanegra, … désormais il faut compter avec Stiffelio : le personnage de Stankar les préfigure tous : on vous l’a dit Stiffelio version originelle, réserve de superbes révélations.

La fameuse scène finale où en pardonnant finalement à son épouse, Stiffelio lit la parabole de la femme adultère – un tableau qui avait susciter les foudres de la censure puritaine-, : une nuée de pierres semble s’abattre poétiquement sur chacun des fidèles rassemblés au temple. C’est un renversement symbolique de l’action et la preuve que la coupable est une victime comme les autres, surtout que personne ne peut s’élever en juge, s’il ne peut démontrer au préalable, sa pureté morale. Du reste, le tableau à l’église est le plus spectaculaire avec son prélude à l’orgue qui plonge le spectateur dans la représentation non plus d’une action anecdotique mais bien d’un tableau exemplaire à méditer. Le génie de Verdi outre sa pertinence psychologique, place l’intrigue au rang d’enseignement universel. Opéra du pardon, Stiffelio est un appel à la miséricorde et à la compréhension : on s’étonne qu’à l’époque, l’ouvrage ait suscité tant de réprobation de la censure.

Mais c’est dans sa forme même que l’opéra trouve un équilibre parfait. Peu à peu, on suit le resserrement de l’action du quatuor préalable (si l’on compte aux côtés de Stiffelio, Lina et Stankar, Raffaelle) au duo final (ultime confrontation du prêtre face à son épouse qui l’a trahi), quand avant le geste qui pardonne, Stiffelio en véritable sage et homme de foi, convoque sa femme pour la libérer et renoncer… Pourtant à mesure que l’action s’accomplit c’est évidemment la profondeur du sage qui s’affirme. Dans l’épreuve, Stiffelio comme Stankar s’humanisent.

Verdi : Stiffelio, dramma lirico en trois actes. Musique de Giuseppe Verdi. Livret de Francesco Maria Piave d’après la pièce de Souvestre et Bourgeois, Le Pasteur ou L’Évangile et le foyer. Créé à l’Opéra de Trieste en 1850.

LIRE aussi Stiffelio à l’Opéra de Monte-Carlo, avril 2013 : https://www.classiquenews.com/monaco-opra-de-monte-carlo-le-28-avril-2013-verdi-stiffelio-version-originelle-de-1850-jos-cura-nicola-alaimo-guy-montavo-mise-en-scne-maurizio-benini-direction/

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