Richard Strauss, Hélène d’Egypte (1928)France Musique, direct. Le 31 mars 2007 à 19h

Richard Strauss,
Hélène d’Egypte

, 1928

France Musique
En direct du Metropolitan de New York
Samedi 31 mars 2007 à 19h

Soirée lyrique par Jérémie Rousseau
(jusqu’à 22h30),
En direct
du Metropolitan Opera de New York
Opéra en deux actes,
livret de Hugo von Hofmannsthal
Créé à Dresde, le 6 juin 1928

Deborah Voigt, Hélène
Diana Damrau, Aithra
Jill Grove, Omniscient
Seashell Torsten Kerl, Menelas
Garrett Sorenson, Da-Ud
Metropolitan Opera Orchestra
Fabio Luisi
, direction

Sur les traces de Goethe

L’Antiquité et la complexité symbolique de ses personnages, héros et divinités, fécondent l’imaginaire de Strauss et de son librettiste Hugo van Hofmannsthal. Après la décharge dyonisiaque d’Elektra (1909), les oeuvres solaires, -apolliniennes- que sont Ariadne auf Naxos et surtout Hélène d’Egypte, annoncent l’aboutissement que compose Daphné, composé après la mort d’Hofmannsthal. Strauss aimait citer Goethe et la noblesse néogrecque de son Iphigénie: l’idéal néoantique a toujours incarner une source intacte opposée aux réactionnaires conservateurs comme aux pseudo-défenseurs d’une modernité qui n’a de visionnaire que le nom.
L’immersion retrouvée dans la tragédie grecque permet aux auteurs d’affronter toujours plus loin les enjeux de la dramaturgie, d’autant que les personnages ici dépeints font surgir des schémas psychiques qui parlent encore à notre modernité.

L’oeuvre souffre comme La femme sans ombre d’une image négative. Sa complexité complote contre elle. En fait, le sujet sous l’épaisseur d’une narration où s’entremêlent symboles, destins, époques et rencontres diverses et successives, fait paraître un thème récurrent du théâtre Straussien, totalement fécondé par l’inspiration du poète Hofmannsthal: l’humanisme. La réputation d’ouvrage difficile et même hollywoodien, est d’autant plus condamnable que Strauss se félicitait d’avoir composé une oeuvre légère, davantage proche de l’opérette que du grand déballage.

Vérité d’un être à l’autre

Hofmannsthal s’inspire d’Euripide, du livre IV de l’Odyssée. On y apprend, aspect méconnu de la Guerre de Troie, que Paris enleva non pas Hélène mais son fantôme. La véritable Hélène, épouse de Ménélas, résida en Egypte, chez le roi Protée, où la rejoint son mari. Ainsi, prend forme Hélène d’Egypte: une femme fidèle, et loyale qui sait honorer les liens du mariage. Euripide façonne cette idée du fantôme pour souligner l’inutilité de la guerre, causée par un malentendu. Il réhabilite la dignité de la beauté célébrée et s’intéresse plutôt à la relation de la femme et de son époux.

Le couple à l’épreuve de la vérité

Hofmannsthal s’approprie à son tour le mythe. Il écarte finalement l’idée du fantôme. Son Hélène est véritablement celle qu’enleva Paris. En rétablissant malgré l’invention d’Euripide, l’identité d’Hélène infidèle, Hofmannsthal s’intéresse à la femme rongée par le remord et la faute. Elle souffre du poids de la culpabilité car elle a trompé Ménélas. Celui-ci de son côté, ne songe qu’à la tuer pour punir l’adultère, la trahison, la honte. Or c’est compter sans les ressources de l’héroïne qui veut assumer son erreur et susciter le pardon final de son époux. L’amour et la compassion, deux valeurs humanistes prônées aussi dans La femme sans ombre (1919), sont au coeur du processus dramatique de l’opéra. La métamorphose étant ce moteur souterrain aux oeuvres puissantes, le couple faussement uni au début, qui couve un secret caché, apprend peu à peu à voir l’autre tel qu’il est, par le prisme de ses actes commis. Au final, Ménélas regarde sa femme avec son coeur, il pardonne sa faute passée. Là encore, Strauss et Hofmansthal, fervent humaniste, recherchent la vérité d’un être à l’autre. Si La femme sans ombre était l’école de la compassion, Hélène d’Egypte plonge profondément dans le coeur des êtres. L’opéra offre l’apprentissage du réalisme le plus cru, sublimé par un amour non moins véritable qui en adoucit l’âpreté de l’enseignement.

CD
1979, Antal Dorati
Le chef obtient de somptueuses couleurs d’un orchestre qui n’a pas la réputation d’être straussien, surtout le plateau vocal reste indiscutable: Gwyneth Jones (Hélène), Matti Kastu (Ménélas), Barbara Hendricks (Aithra)… Sous le masque de la mythologie, le psychodrame des époux se précise, éruptif, convulsif et finalement, sublimé dans la lumière finale. La référence actuelle au disque (2 cd Decca).

Illustration
Nicolas Poussin, la muse (détail de l’Inspiration du poète. Paris, Musée du Louvre)

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