Prologue et Acte I des Contes d’HOFFMANN d’OFFENBACH

offenbach-violoncelle-dossier-offenbach-2018FRANCE MUSIQUE, dim 16 juin 2019 : OFFENBACH : Les Contes d’Hoffmann (1881). La tribune des critiques s’intĂ©resse, annĂ©e Offenbach 2019 oblige, au dernier ouvrage laissĂ© inachevĂ© par Jacques Offenbach, Les Contes d’Hoffmann, son grand Ĺ“uvre, sur lequel il place ces derniers efforts, malheureusement inaboutis quand il meurt au moment des rĂ©pĂ©titions en octobre 1880. Depuis on ne cesse de rĂ©tablir Ă  partir des esquisses autographes rĂ©cemment retrouvĂ©es, entre autres pour la mise au propre en 1880, puis malgrĂ© les multiples corrections et coupes lors de la crĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra-Comique le 10 fĂ©vrier 1881. France Musique questionne surtout le Prologue et l’acte I.
La version en 3 actes reste plus pertinente que celle en 5 : l’opposition réalité / fiction s’en trouve clarifiée dans la succession de la scène de la taverne (réalité), à laquelle succède l’onirisme fantastique et fantasmatique des 3 tableaux qui suivent, ceux des 3 amours impossibles du poète Hofmann (Olympia, Antonia, Giuletta).

PROLOGUE : Grisés, portés sur l’alcool, les esprits des boissons alcoolisées, dans la Taverne de Luther, attendent le poète Hoffmann (choeur : « glou, glou, glou »), tandis que la Muse sort d’un tonneau (!). L’inspiration vient de la bouteille (!?)… Près de la taverne, sur la scène de l’opéra, la Stella illumine la représentation du Don Giovanni de Mozart (Offenbach admirait Wolfgang). La Muse entend vaincre sa rivale : elle revêt les apparences de l’ami d’Hoffmann, Niklause, afin de mieux le séduire et lui dérober son âme. Surgit le conseiller Lindorf, qui amoureux de la diva Stella, entend la soustraire à l’amour du poète…

A la fin du 1er acte de Don Giovanni, les spectateurs se pressent au bar de Luther (« Drig drig drig maître Luther »). Survient en retard Hoffmann et son ami Niklausse : ayant bu plusieurs pintes de bières, Hoffmann contente les buveurs et chante la chanson du nain monstrueux Kleinzack (« il était une fois à la Cour d’Eisenach »). A mi chemin de sa narration, Hoffmann évoque le nom de ses 3 amours maudits.

offenbach_jacques classiquenews 2016 portrait de jacques offenbachAinsi commence l’ACTE I… La première passion se nomme Olympia. Le tableau plonge dans l’onirisme fantastique. Le physicien Spalanzani se targue d’avoir une fille très très chère qui vaut des millions, et lui permettra de se renflouer après la banqueroute de son banquier juif Elias qui vient de lui coûter 500 000 ducats. Son élève, Hoffmann qui se passionne pour la physique paraît, ne veut rien manquer du dévoilement de la créature… dont il est tombé amoureux. Surgit Coppelius, le savant fou, et vrai créateur / père de la jeune fille dénommée Olympia. Les invités de la réception arrivent et Olympia paraît dans son grand air de coloratoure : « les oiseux sous la charmille »… Hoffmann veut séduire et se déclarer à la belle, mais elle s’enfuit, paniquée. Niklausse prévient le poète : Olympia n’a jamais été vivante… Coppelius maudit le physicien qui l’a réglé en coupures de singe, émis par la banque en faillite Elias. Il jure de se venger et casse en mille morceaux Olympia la poupée mécanique : Hoffmann voit son rêve d’amour se briser.

Comique, parodique, poétique et fantastique… le premier tableau des Contes d’Hoffmann séduit dramatiquement ; il laisse comme Bizet dans Les Pêcheurs de perles (rôle de Leïla), et Delibes (Lakmé), le rôle de la soprano coloratoure s’épanouir librement en un air qui demeure le plus connu de l’opéra romantique français. Sur les traces d’Hoffmann, Offenbach aborde le thème de l’amour aveugle, des illusions trompeuses… Si Hoffmann aime une poupée qui le trompe, qu’est-il prêt à aimer exactement ? La réalité ou le fantasme ?… Dans la généalogie de l’opéra, Olympia représenterait le désir juvénile, l’amour printanier, le premier, le plus ardent et irrépressible, qui n’a guère besoin d’une entente à deux pour s’épanouir, uniquement le sujet / support de l’élan amoureux. Dans l’acte II, Antonio incarne l’amour mature qui produit le sacrifice et la perte ; Giuletta, l’amour vénal…

FRANCE MUSIQUE, dim 16 juin 2019 à 16h : OFFENBACH : Les Contes d’Hoffmann (1881). La tribune des critiques

 

 

 

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