Piotr Illyitch Tchaïkovski (1840-1894)Portrait

portrait
Piotr Iyitch Tchaïkovski

1. Professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg
Le père ingénieur des mines favorise les études en droit de son fils né en mai 1840 (Votkinsk, Oural); Tchaïkovski perd sa mère en 1854, il n’a que 14 ans. Ses deux frères jumeaux (Anatole et surtout Modest), de 10 ans plus jeunes que lui, lui seront toujours proches.
A 22 ans, le jeune homme s’inscrit au Conservatoire de Saint-Pétersbourg (1862), dirigé par Anton Rubinstein: le jeune élève suit le cours de Nicolaï Zaremba. A Moscou, au Conservatoire fondé par le Nikolaï Rubinstein ( le frère d’Anton), il devient professeur à partir de 1866 (et pendant 12 années, jusqu’en 1878). L’institution porte aujourd’hui le nom de Tchaïkovski.

2. Compositeur envers et contre tout
Dès 1866, Tchaïkovski se distingue grâce à la composition de sa première symphonie n°1 “Rêves d’hiver”. L’héritage de Beethoven et surtout de Mozart, son auteur préféré également présent dans son écriture lyrique, mais aussi, déjà, la présence du fatum se précisent.
En 1868, à 28 ans, le musicien écrit son premier opéra: Le Voiévode (finalement détruit par l’auteur). Tchaïkovski laissen au total 10 opéras dont les plus connus tels Onéguine ou La Dame de Pique ne sont pas les plus aboutis (Mazeppa, La Pucelle, Yolanda… méritent une réévaluation).

3. Ecrire des opéras
Alors qu’il a présenté son premier opus Le Voiévode (1868: détruit malgré son succès estimable), Piotr se fiance avec Désirée Artot (pour laquelle il écrit des mélodies en français): engagement sans lendemain. Ondine (1869) voit le jour mais l’ouvrage refusés par les Théâtres Impériaux, est également détruit par l’auteur qui recycle des éléments notamment dans Le Lac des cygnes de 1875). L’Opritchnik (1872) qui désigne l’appareil de police sous la règne d’Ivan le terrible au XVIè se rapproche des fresques historiques de Moussorsgki (Boris Godounov, La Khovantchina…); à partir de 1874, Tchaïkovski commence l’écriture d’un nouvel opéra mi comique mi héroïque, Vakoula le forgeron qui devient Tcherevitchki ou Les Souliers de la reine en 1885. L’ouvrage dans sa première version de 1874 permet à Tchaïkovski de remporter le concours d’opéra organisé par la Société musicale Russe.
Mais le choc décisif qui accélère les ferments de la maturité dramatique et lyrique du compositeur demeure sa découverte à Bayreuth en 1876 du théâtre de Wagner: il assiste en août au premier festival proposant l’intégralité de la Tétralogie. Critique à l’égard de Wagner, Tchaïkovski n’en reçoit pas moins une profonde influence en particulier dans sa propre écriture orchestrale et la conception dramatique des oeuvres destinées à l’opéra; C’est l’époque autour des 40 ans où après l’échec de son mariage avec Antonina Milukova, Tchaïkovski annule l’engagement et fuit.
Eugène Onéguine, d’après Pouchkine (1878) recueille les fruits de cette importante méditation esthétique : elle porte aussi le traumatisme d’une expérience personnelle malheureuse. Tchaïkovski était homosexuel comme son frère cadet, Modest. Discret, réservé par nature, le compositeur n’exprime que très rarement la vérité de sa nature profonde: sauf dans ses lettres avec son cadet. Il semble que malheureusement pour lui, Tchaïkovski ne connut jamais de relation durable.

Avant La Dame de Pique (1890) autre accomplissement majeur de l’opéra selon Tchaïkovski, il convient de souligner 3 ouvrages tout autant aboutis qui devraient être joués davantage: La Pucelle d’Orléans (1879), hommage à Jeanne d’Arc dans le style du grand opéra à la française ; Mazeppa (1883) dont il faut goûter la fièvre lyrique intense, surtout l’Enchanteresse (1887).

En 1890, Tchaïkovski réalise son chef-d’oeuvre avec La Dame de Pique, nouvelle adaptation d’un texte de Pouchkine: le compositeur semble y comprendre comme personne la noirceur de l’âme humaine, le poison de la malédiction, la fascination aussi pour le fantastique où se glisse l’obsession incontrôlée de la mort. Hermann le héros est dévoré par un feu intérieur qui le consomme totalement (comme Onéguine); il empêche le jeune homme d’accepter et l’amour et la paix. Solitaire, décalé, brûlé, le héros Tchaïkovskien/Pouchkinien erre sans repos jusqu’à la mort. Une parenté existe entre le climat de la Dame de Pique et Les Contes d’Hoffmann: balancement entre rêve et fantastique, présence aussi de Mozart car les deux compositeurs, Tchaïkovski et Offenbach rendent un hommage explicite au génie dramatique mozartien.
Après La Dame de Pique, Tchaïkovski conclue son cycle lyrique avec Yolanda (1892), une partition sensible dans laquelle le compositeur accompagne avec finesse l’évolution émotionnelle de son héroïne.

4. Symphoniste, divin orchestrateur
Outre ses dons à l’opéra, Tchaïkovski s’illustre dans les autres genres musicaux, laissant un important corpus concertant, symphonique mais aussi chambriste: Symphonie n°2 “Petite Russie” (1872), poème symphonique La Tempête (1873), Concerto pour piano et Symphonie n°3 (1875), Le lac des cygnes et le cycle pour piano Les Saisons (1876), le poème Francesca da Rimini (1876), Symphonie n°4 (1877), Sonate pour piano n°2 (1878), Trio pour piano, violon et violoncelle à la mémoire d’Arthur Rubinstein (1882), La Belle au bois dormant (1889), Casse Noisette (1892), Symphonie n°6 Pathétique (1893).


5. Voyages, protection, mondanités

Tchaïkovski n’a pas cessé de voyager à travers l’Europe, aimant en particulier la France, l’Italie (séjours en 1880). A partir de 1886, il visite assidûment Paris (mai-juin), avant de poursuivre une tournée en Allemagne en 1888 pendant laquelle il rencontre tous les acteurs importants de la scène musicale: Brahms, Grieg, Richard Strauss, Gustav Mahler.
La France reste une destination privilégiée: Tchaïkovski était d’ascendance française par son grand-père maternel; sa nourrice étant française, le jeune Piotr s’exprime et écrit en français: ses nombreuses lettres sont souvent en français. A Paris, le compositeur russe dialogue avec Berlioz et Saint-Saëns (1875); c’est à Paris encore qu’il accompagne les derniers jours de son maître, Nicolaï Rubinstein qui meurt dans la capitale avant que son cadavre ne soit rapatrié en Russie. Tchaïkovski écrit deux opéras d’après l’histoire française (La Pucelle, car il a toujours été passionné par la geste de Jeanne d’Arc; et Iolante/Yolande qui était la fille du Roi René), même dans La Dame de Pique, la citation d’une romance de Grétry (celle de Richard coeur de lion), chantée par la Comtesse, confirme une sincère admiration pour la culture française, en particulier du XVIIIè. Plus tard, chez Pauline Viardot, Piotr découvre le manuscrit original du Don Giovanni de Mozart, son véritable et seul amour musical (davantage admiré et compris que Bach, Beethoven, également cités dans la correspondance).
En Russie, le compositeur déférent au pouvoir impérial et plutôt traditionnel voire conservateur peut compter sur l’appui du Tsar Alexandre III (1845-1894) et de Maria Feodorovna, l’impératrice. Très proche de la Cour, Tchaïkvoski qui compose selon le voeu du Souverain, de nouvelles partitions religieuses et aussi plusieurs romances pour Maria Feodorovna, se rapproche du grand duc Konstantin Romanov, esprit brillant et cultivé dont il met en musique une série de poèmes. Leur correspondance est une mine d’informations de première valeur sur l’époque, les idées en partage, une sensibilité, un goût commun. Une autre relation essentielle pour l’essor de son oeuvre reste l’appui d’une protectrice fidèle et constante, Madame Nadejda Von Meck
dont il bénéficie des largesses financières à partir de 1878 et
jusqu’en 1890, à l’époque de la création de La Dame de Pique. Leur
correspondance abondante et documentée offre un exceptionnel témoignage
de l’oeuvre qui s’accomplit, des recherches du compositeur sur le
métier.

6. Mort mystérieuse
La vie intime de Tchaïkovski est le sujet de bien des scénarios. Et sa mort, brutale, suscite toutes les hypothèses parmi les plus hasardeuses. Est il mort du choléra (après avoir bu une eau souillée?, selon la version défendue par Modest), est-il mort par suicide à cause de déboires liés à ses relations fugitives objets probables de scandaleuses révélations? A-t-il commis l’irréparable avec un jeune aristocrate russe? Il faut certainement écouter tout ce que peut nous dire et suggérer la matière sonore de l’ultime Symphonie n°6 “Pathétique”: y souffle-t-il le vent tourmenté d’une liaison sulfureuse et par là même, l’ombre d’une implacable malédiction? Qui peut connaître la vérité? En l’absence de preuves fiables et de documents précis et clairs (tous déposés aujourd’hui dans la maison musée à Klin), le doute et le mystère demeurent.

Illustrations: Tchaïkovski, Tchaïkovski avec son neveu Bob Davydov (DR)

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