Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 20 mai 2009. Georg Friedrich Haendel : Athalia. Simone Kermes, Iestyn Davies, Sarah Fox. Ivor Bolton, direction

Plénitude haendelienne

Les oratorios de Haendel se démarquent singulièrement de ses œuvres scéniques par leur piété et la simplicité de leurs lignes musicales. Peu de grandes effusions, pas de virtuosité exacerbée, rien qui permette aux chanteurs de tirer la couverture à eux et de briller à outrance.
Ivor Bolton a parfaitement compris cet aspect de la musique religieuse du « caro sassone » et sait insuffler cet esprit à son orchestre, en l’occurrence le splendide Concerto Köln. Sa direction est ample et fluide, lui permettant de tirer des musiciens des sonorités pures et aériennes, d’une grande délicatesse de jeu.
Les solistes ont été judicieusement choisis pour leur aptitude à se fondre dans cette étoffe musicale, à faire corps avec la subtile écriture harmonique du compositeur et à se fondre en elle.
Iestyn Davies offre à Joad son timbre cristallin, sa projection remarquable et sa musicalité à fleur de peau. Il fait du prêtre de Jéhovah un être sensible et recueilli, tout à sa ferveur et son adoration pour son dieu.
Son épouse, Josabeth, est incarnée avec la même tendresse par Sarah Fox. La jeune soprano anglaise fait merveille dans ce rôle tendre et maternel, faisant valoir ses sonorités angéliques et sa diction remarquable.
Neal Davies se tire fort bien du rôle somme toute assez monolithique du soldat Abner. Sa voix de basse percutante, quoique légèrement engorgée, et son engagement dramatique lui permettent de dresser un portrait convaincant de son personnage, avec notamment une belle aptitude aux vocalises rapides.
Le court rôle de Mathan est efficacement servi par James Gilchrist, à la voix typique des ténors baroques anglais, légère et peu vibrée.
Johannette Zomer révèle quant à elle toute la finesse du jeune garçon Joas, proclamé roi. Son air est d’une beauté rare, soutenu par les seules cordes, et d’une grande émotion.
La reine Athalia, campée avec force et détermination par Simone Kermes, est le seul personnage réellement profane dans cette œuvre. Bien qu’ayant donné son titre à l’œuvre – comme à la pièce de Racine -, elle n’a musicalement qu’un rôle assez réduit : trois airs brefs, dont un à reprise.
La Kermes ne fait qu’une bouchée de sa partie, techniquement stupéfiante, dramatiquement plus que convaincante, bien que parfois à la limite du surjeu.
Son timbre étrange et unique confère à la terrible souveraine une grandeur impressionnante, et son agilité époustouflante achève de laisser médusé l’auditoire. N’ayant qu’un seul air dans lequel briller véritablement, elle se laisse aller dans le da capo – avec la complicité du chef – à des ornementations déjantées, avec suraigu et pichettati, proprement hors style dans le contexte de cette œuvre mais véritablement jouissives, car crânement assumées et techniquement parfaitement maîtrisées.
Le public ne s’y est pas trompé, interrompant l’action à la fin de l’air pour réserver à la cantatrice une ovation bien méritée.
Dernier protagoniste de cette œuvre : le chœur. Et quel protagoniste ! Haendel lui a réservé les plus belles lignes mélodiques. Le Balthasar Neumann Choir s’est montré digne de ce privilège. Cohésion vocale jamais prise en défaut, puissance et délicatesse entremêlées, il a prouvé une nouvelle fois ce soir, par sa perfection musicale, la place éminente qu’il occupe dans l’univers de la musique baroque. Perfection musicale partagée par tous les interprètes et saluée chaleureusement par une assistance véritablement conquise. Texte mis en ligne par S. Giambello. Rédacteur: Nicolas Grienenberger.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 20 mai 2009. Georg Friedrich Haendel : Athalia. Avec Athalia : Simone Kermes ; Joad : Iestyn Davies ; Josabeth : Sarah Fox ; Mathan : James Gilchrist ; Abner : Neal Davies ; Joas : Johannette Zomer. Balthasar Neumann Choir. Concerto Köln. Ivor Bolton, direction

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