Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le mardi 13 février 2007. Concert Berlioz, Berio, Dvorak. Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam. Mariss Jansons, direction.

La venue à Paris de l’Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam avec le chef letton Mariss Jansons, directeur musical depuis le départ de Riccardo Chailly pour Leipzig en 2004, était un événement attendu. Ce fût un superbe concert accueilli avec enthousiasme par un public venu en nombre et à l’évidence conquis. Cet orchestre, récemment considéré comme l’un des trois meilleurs ensembles symphoniques du moment, est effectivement un magnifique instrument. On ne sait quoi admirer le plus, les cordes à la justesse absolue et d’une suavité rare, les cuivres clairs, puissants sans être lourds mais capables d’un legato digne des violoncelles, les bois aux textures raffinées sans oublier une percussion à la fois ferme, souple et précise. L’engagement physique des instrumentistes, un sens évident de l’écoute et un souci permanent du résultat produisent au final un son d’une beauté, d’une homogénéité et d’une précision rares. De plus, cet orchestre exceptionnel était dirigé par un musicien non moins exceptionnel, à la gestique presque féline, et pour qui les nuances et chaque note sont essentielles. Cette importance accordée aux nuances, mais sans jamais les solliciter à l’excès, et cette façon d’habiter chaque note, moment, transition ou crescendo sont à l’évidence la marque d’un très grand chef.
Il n’y avait pas de cohérence évidente dans ce programme à trois temps mais qu’importe car ce talent, cet enthousiasme, cette énergie et ce travail étaient au service de l’essentiel : la musique. Après une ouverture du carnaval romain attaquée avec conviction dès la première note et tour à tour baignée de lumière et de rythmes, le concert se poursuivait avec les Folk Songs de Luciano Berio interprétés par Elina Garanca, chanteuse lettone en pleine ascension. La voix est belle, puissante, homogène, et l’engagement visible dans ces miniatures multicolores et polyglottes ici défendues avec brio et souplesse. Mais la pièce maîtresse de ce programme était sans aucun doute la symphonie du nouveau monde de  Dvorak. L’œuvre fut composée aux Etats-Unis et créée à New York en 1893. L’interprétation donnée hier soir était magique à la fois puissante et poétique. La construction menée pas à pas permettait d’entendre les innombrables richesses de cette musique si subtile mais rarement aussi bien mises en valeur. L’adagio dégageait une émotion palpable et contenue, surtout grâce au solo de cor anglais mené sur un souffle semblant inépuisable, tout en se mêlant à merveille et avec une finesse extrême aux clarinettes. Le scherzo, étrange chaînon manquant entre Schubert et Bruckner, était mené avec une légèreté et une élégance quasiment viennoises. Quant au final abordé avec une détermination à la fois ample et festive, il était mené jusqu’aux grands espaces et aux étoiles avec un sens incroyable de la progression et des crescendi d’anthologie. Un grand concert ou plutôt un très, très grand concert.
Mariss Jansons reviendra au Théâtre des Champs-Elysées  le 17 juin 2007 avec l’autre orchestre dont il est directeur musical, celui de la Radio Bavaroise dans un programme Strauss et Brahms. Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas !! En attendant, il sera passionnant d’écouter la 7 ème symphonie de Dvorak par les Berliner Philharmoniker et Simon Rattle à Pleyel le 5 mars prochain.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le mardi 13 février 2007. Hector Berlioz (1803-1869) : Ouverture du Carnaval romain (H 95). Luciano Berio(1925-2003) : Folk Songs (1964) pour mezzo-soprano et 7 instruments. Antonin Dvorak(1841-1904) : Symphonie en mi mineur n° 9 du nouveau monde op 95 (1893). Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam. Mariss Jansons (direction).

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