Paris. Opéra-Comique, le 20 juin 2012. Bizet : Les Pêcheurs de perles. Sonya Yoncheva, Dmitry Korchak. Leo Hussein, direction musicale. Yoshi Oida, mise en scène

Les occasions d’entendre en France Les Pêcheurs de perles de Bizet sont rares, et c’est l’Opéra Comique qui remet à l’honneur cet ouvrage, première grande pièce lyrique d’un Bizet de 25 ans.
La version choisie est l’originale de 1863, ainsi que Bizet l’avait conçue à la création. Zurga ne meurt plus, mais reste seul en scène après avoir permis aux amants de fuir ensemble, ultime image théâtralement très forte.


Pêches miraculeuses

Un divin ravissement. La mise en scène a été confiée à Yoshi Oida, l’un des des membres de l’équipe de travail de Peter Brook. Faisant de nécessité vertu, il imagine une scénographie dépouillée, toute baignée d’une lueur bleutée, avec en fond de scène une grande toile stylisant la mer et les cieux.
Quelques barques descendant des cintres, des bougies, tout cela suffit à créer l’atmosphère nocturne et mystique qui colore l’œuvre.
Seuls les danseurs tentent de meubler un espace qui n’en aurait pas besoin, et que leurs mouvements troublent plus qu’ils ne le servent.
Musicalement, Bizet se voit globalement très bien servi.
Le Nourabad de Nicolas Testé est parfaitement à sa place, noble et fier, ainsi que doit l’être un grand-prêtre, et fait profiter le rôle de sa belle voix de basse chantante. Seul le registre aigu pourrait gagner en liberté et en souplesse, la voix semblant parfois plombée par un médium trop massif.
Belle découverte que le baryton André Heyboer dans le rôle de Zurga. L’instrument sonne large et corsé, puissant sans forcer, au medium riche et à l’aigu percutant. Seules ses voyelles sonnent parfois un peu assombries, manquant de clarté, alors que son sens de l’accentuation des consonnes et des syllabes forcent le respect, dans la grande tradition française, digne hériter de Robert Massard dont il a été l’élève. Il phrase superbement son air « L’orage s’est calmé », sincère et émouvant repentir, l’un des grands moments de la soirée.
Le Nadir de Dmitry Korchak laisse dubitatif. Le musicien ni le technicien ne sont en cause, sensible interprète et brillant rossinien qu’il est – preuve en est son éclatant Rodrigo au Théâtre des Champs-Elysées en novembre 2010 –. Mais, malgré tous ses efforts, l’esthétique vocale qui est la sienne, parfaite pour tout un pan du répertoire italien, s’accommode mal de l’écriture du rôle, au centre de gravité trop haut pour être chantée constamment en pleine voix. Nadir requiert un usage et une maîtrise de la voix mixte que ne possède pas le jeune ténor russe. La célèbre romance « Je crois entendre encore », pourtant habilement nuancée, expose ses limites dans les aigus piano, redoutables s’ils ne sont pas délicatement mixés. Et c’est passablement fatigué qu’il arrive au bout de la représentation, après s’être courageusement battu. Saluons néanmoins sa performance et son travail sur la prononciation française, plus qu’honorable.

La direction de la salle Favart a eu la main heureuse en confiant Leila à la jeune soprano bulgare Sonya Yoncheva. Habituée de l’opéra français (ndlr: et des emplois baroques, comme en témoigne sa récente Poppée dans l’Incoronazione di Popea de Monteverdi présentée à Lille en mars 2012), elle surprend par sa diction limpide et émerveille par la beauté radieuse de son timbre, mis en valeur grâce à une technique de haut vol. Si ses premières interventions trahissent une tension, le second acte la voit transfigurée. Son air « Comme autrefois » montre déjà une réelle maîtrise des sons filés ainsi qu’un vrai contrôle du souffle. Les graves sonnent, et le médium, bien assis, permet à l’aigu de se déployer avec aisance et richesse. Dans son duo avec Zurga, elle enflamme le plateau par sa seule présence scénique et son énergie flamboyante. C’est tout naturellement qu’elle reçoit une ovation au rideau final.

Le chœur Accentus, manquant d’investissement physique, offre cependant une très belle prestation musicale.
A la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, Leo Hussein manque parfois de finesse, mais sait faire avancer le drame et ménager des moments musicaux dramatiquement forts.
Une très belle soirée, accueillie avec enthousiasme par un public heureux de découvrir pour la première fois Les Pêcheurs de perles en version scénique à Paris.

Paris. Opéra Comique, 20 juin 2012. Georges Bizet : Les Pêcheurs de perles. Livret d’Eugène Cormon et Michel Carré. Avec Leila : Sonya Yoncheva ; Nadir : Dmitry Korchak ; Zurga : André Heyboer ; Nourabad : Nicolas Testé. Chœur accentus ; Chef de chœur : Christophe Grapperon. Orchestre Philharmonique de Radio-France. Leo Hussein, direction musicale ; Mise en scène : Yoshi Oida. Chorégraphie et mise en scène : Daniela Kurz ; Décors : Tom Schenk ; Costumes : Richard Hudson ; Lumières : Fabrice Kebour ; Chef de chant : Marine Thoreau La Salle. A l’affiche jusqu’au 28 juin 2012.

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