PARIS, exposition Valentin de Boulogne, jusqu’au 22 mai 2017

valentin de boulogne concertPARIS, EXPOSITION : Valentin de Boulogne, jusqu’au 22 mai 2017. Le titre de la premiĂšre rĂ©trospective dĂ©volue Ă  Valentin de Boulogne, le plus romain des peintres français (comme Nicolas Poussin plus tard) est bien connu des spĂ©cialistes de la peinture du Seicento (XVIIIĂš siĂšcle). Moins du grand public, qui dĂ©couvrira dans l’exposition prĂ©sentĂ©e par le MusĂ©e du Louvre, un exceptionnel gĂ©nie pictural, crĂ©ateur inĂ©galĂ© entre rĂ©alisme et allĂ©gorie, clair-obscur et introspection
 un immense artiste qui comme son modĂšle Caravage, fut Ă©rudit, lettrĂ©, et aussi habituel pilier de tavernes (la lĂ©gende probablement vĂ©ridique voudrait qu’il pĂ©risse noyĂ© dans une fontaine de Rome, alors qu’il sortait d’une taverne copieusement ivre
) ; mais Ă  la diffĂ©rence de Caravage, Valentin sut s’affirmer Ă  Rome, devenant un artiste particuliĂšrement adulĂ©, recherchĂ©, estimĂ© des amateurs dont les membres de la famille patricienne Barberini. Comme rarement, Paris expose une intĂ©grale de son oeuvre, dont l’analyse est aujourd’hui bien documentĂ©e.

PEINTRE MELOMANE
 AprĂšs un rĂ©cap chronologique de ses pĂ©riodes et des maniĂšres concernĂ©es, CLASSIQUENEWS a souhaitĂ© surtout souligner la valeur et l’originalitĂ© d’un peintre passionnĂ© par la musique qui reprĂ©sente un nombre de « Concerts » et de musiciens, unique Ă  son Ă©poque. Violonistes, gambistes, luthistes, flĂ»tistes, joueuse de tambourin
 mais aussi jeune chanteurs jalonnent et habitent un cycle de crĂ©ations originales, Ă  la fois portraits collectifs et scĂšnes de genre, comme subtiles allĂ©gories, poĂ©tiques et critiques de la condition humaine
 soit une collection singuliĂšre de reprĂ©sentation de musiciens avec leurs instruments dont le rĂ©alisme et l’éloquente gravitĂ© intĂ©rieure frappent immĂ©diatement le regard. En 6 tableaux sur des sujets musicaux, CLASSIQUENEWS a visitĂ© l’exposition prĂ©sentĂ©e au Louvre, pour mieux mesurer le raffinement et la culture qui soustendent une Ɠuvre atypique et captivante au dĂ©but du XVIIĂš Ă  Rome. A voir au Louvre Ă  Paris, jusqu’au 2 mai 2017.

 

 

 

EVOLUTION DE L’ECRITURE PICTURALE
Mais avant, rappelons quelques notions

 

 

flutiste ingenu concert taverne valentin de boulogne classiquenews exposition louvre1620-1630. L’exposition propose un parcours chronologique particuliĂšrement complet. Entre 1610 et 1620, Valentin peint le quotidien, comme Ribera, Cecco del Caravaggio, Manfredi, mais plus proche encore de leur modĂšles Ă  tous, Caravage, car il portraiture des modĂšles issus de la rue romaine : joueurs de cartes, tricheurs, peuple pittoresque, truculent des tavernes, chiromancie (bohĂ©miennes, diseuses de bonne aventure). Les cadrages sont serrĂ©s, focusant sur les ĂȘtres, leur interaction, dans des situations psychologiques tendues, oĂč parfois, plusieurs actions sont reproduites (Ă©galement selon le modĂšle Caravagesque : alors qu’une bohĂ©mienne lit les lignes de la mains de son client, un voleur lui dĂ©robe sa bourse, selon l’adage du trompeur trompé ). La maĂźtrise des contrastes et du clair-obscur est saisissante : Valentin indique aussi prĂ©cisĂ©ment le personnage principal, ou les divers protagonistes d’un drama silencieux (dont il fait du spectateur, le tĂ©moin complice) grĂące Ă  des coups de projeteurs, selon un parti photographique et mĂȘme cinĂ©matographique.
Les grandes scĂšnes de Concert appartiennent Ă  cette pĂ©riode clĂ©, oĂč le peintre relit aussi en un vertige philosophique et moral, les rĂ©fĂ©rences Ă  l’histoire (Concert au bas-relief, Louvre). Comme les VĂ©nitiens au siĂšcle prĂ©cĂ©dents, Valentin maĂźtrise autant le rĂ©alisme de ses figures et modĂšles que la palette chromatique, d’un raffinement unique Ă  son Ă©poque : textures textiles, matiĂšres fourrĂ©es, plumes ou bois des instruments, . tout est prĂ©texte Ă  un traitement sensible des matiĂšres dans une lumiĂšre subtilement tamisĂ©e


 A cela s’ajoute une profondeur mĂ©lancolique, une gravitĂ© exceptionnelle qui fixe les traits des modĂšles dans une caractĂ©risation introspective, – miroir de l’ñme dĂ©voilĂ©e, accents d’une vĂ©ritĂ© qui renoue lĂ  encore avec l’exemple de Caravage et la vĂ©ritĂ© de ses modĂšles. La preuve est donnĂ©e ainsi que Valentin, contrairement Ă  beaucoup d’autres Caravagesques, rĂ©ussit Ă  “rĂ©inventer” la leçon du maitre pour tous, selon le titre de l’exposition du Louvre. Rares les peintres capables d’Ă©galer en invention et poĂ©sie l’art du Caravane : de toute Ă©vidence, Valentin de Boulogne en fait partie.

A partir de 1630, le peintre enrichit encore ses dispositions (compositions), accentuant la valeur symbolique aux cĂŽtĂ©s du rĂ©alisme quotidien de l’écriture formelle. ScĂšnes monumentales, figures isolĂ©es, portraits de bustes ou en pied, (Saint-Jean Baptiste, Saint Jean-de-Maurienne), tableaux collectifs (Reniement de Saint Pierre, Fondazione di Studi di Storia dell’Arte Roberto Longhi, Florence ; Soldats jouant aux cartes, Washington). Valentin nous laisse alors ses grandes scĂšnes sacrĂ©es au souffle Ă©pique et humain considĂ©rables : (Christ et la femme adultĂšre, Getty, – chef d’oeuvre absolu qui touche tant par la gravitĂ© solitaire, le profond recueillement Ă©motionnel qui semble saisir chaque personnage
 (Le couronnement d’épines, Munich / Le Christ chassant les marchands du Temple, Palais Barberini).

 

 

concert de valentin de boulogne

 

 

SUCCES ROMAINS… La pĂ©riode 1627-1630 est aussi celle des succĂšs et de la reconnaissance Ă  Rome : les commandes de la famille Barberini et de celle du pape Urbain VIII se multiplient. Une faveur que ne connut jamais Caravage qui malgrĂ© son Ă©rudition et son gĂ©nie pictural, dut s’exiler toujours en raison de sa vie scandaleuse. Pour les Barberini : Valentin conçoit l’étonnante AllĂ©gorie de l’Italie (Institut Finlandais de Rome) : le Tibre rappelle une sculpture antique et pourrait ĂȘtre tout autant un modĂšle tirĂ© de la rue. IdĂ©alisme, naturalisme, Ă©rudition, rĂ©alisme populaire voire trivial (pour ses dĂ©tracteurs : soit les mĂȘmes critiques Ă©noncĂ©s contre Caravage), Valentin met son gĂ©nie formel – rĂ©alisme et raffinement chromatique au service de compositions Ă  clĂ©s qui font sens aussi par leurs concepts symboliques et leur riche rĂ©sonance poĂ©tique. GrĂące au cardinal Francesco Barberini, Valentin obtient une commande pour la Basilique saint-Pierre : Martyre de Saint ProcĂšs et Martinien (PinacothĂšque Vaticane) d’une maĂźtrise saisissante, Ă©galant les retables prĂ©cĂ©dents de Poussin, et Simon Vouet. Alors que les deux premiers fondent leur art sur le dessin et la couleur, Valentin semble les rĂ©unir tous les deux, en une vision qui frappe aussi par sa vĂ©ritĂ© (rĂ©alisme poĂ©tique).

 

Valentin, peintre français Ă  Rome, comme Nicolas Poussin, est cĂ©lĂ©brĂ© pour son immense talent dĂšs son vivant : deux toiles sont installĂ©es dans la chambre de Louis XIV Ă  Versailles : Saint Marc et Saint Matthieu (toujours en place in loco, restaurĂ©s pour l’exposition parisienne). Sa cĂŽte est mĂȘme immense aprĂšs sa mort en 1632, survenu brusquement aprĂšs une sĂ©ance bien arrosĂ©e dans une taverne de Rome : le peintre amochĂ© se noya dans l’eau glacĂ©e de la fontaine du Babuino. Mais fin collectionneur, Mazarin achĂšte prĂšs de 9 toiles, qui entrent ensuite dans les collections royales, puis le Louvre. Permettant au musĂ©e français de rĂ©unir aujourd’hui, le noyau le plus important de ses oeuvres.

PARIS, exposition VALENTIN DE BOULOGNE. Jusqu’au 22 mai 2017

 

 

 

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Les 6 CONCERTS de l’exposition parisienne

Notre sélection, notre parcours en 6 tableaux : 5 Concerts et 1 Allégorie ou les 4 ùges de la vie

 

 

 

Valentin-de-boulogne-concert-louvre1- Le CONCERT AU BAS RELIEF (Louvre). La composition s’organise autour d’un cube dont l’angle au milieu de la toile fait saillie : ainsi Valentin a-t-il idĂ©alement intĂ©grĂ© le relief antique, dans une composition qui frappe par sa pĂ©nombre : les visages semblent surgir de la nuit, comme le profil du relief antique du marbre qui le contient (relief romain reprĂ©sentant les Noces de ThĂ©tis et PelĂ©e – terre cuite conservĂ©e au Louvre Ă©galement). Le parallĂšle est important : il confĂšre Ă  cette scĂšne apparemment rĂ©aliste et populaire, issue de la taverne (comme l’indiquent la prĂ©sence des 2 buveurs), un sens allĂ©gorique profond, que semble occuper l’esprit plutĂŽt songeur du jeune garçon au centre : bouche bĂ©ante, le regard qui nous fixe tout en Ă©tant rĂȘveur, la joue droite dans la main droite (signe de la mĂ©lancolie), il rĂ©flĂ©chit sur le sens de la vie, de sa vie, entre une vie de plaisir et d’insouciance et l’exigence d’en extraire un accomplissement. Qui suis je ? Que sera ma vie ? 
 autant de questions qui traversent son esprit, dĂ©jĂ  mature. Un fort Ă©clairage inonde aussi la joueuse de guitare, dont le regard lointain exprime elle aussi une riche vie intĂ©rieure.
Pas moins de 3 musiciens s’attablent Ă  cette cĂ©lĂ©bration critique de l’existence : entourant la guitariste, le violoniste Ă  gauche et le jouer de luth Ă  droite. Sur un fond neutre, – intĂ©rieur ou extĂ©rieur (comme chez Caravage), soit un lieu indĂ©terminĂ©, les personnages semblent jaillir de la nuit, comme un songe. Tel n’est pas le moindre des paradoxes de la peinture de Valentin de Boulogne dont le grand rĂ©alisme des figures, se met au service d’une poĂ©sie humaine d’une indicible nostalgie.

 

 

 

concert de valentin de boulogne2- Le CONCERT vers 1628 (que nous aimons appelĂ© le « Grand concert », au regard de son format et du nombre de musiciens engagĂ©s, instrumentistes et chanteurs ; Ă©galement conservĂ© au Louvre), regroupe toutes les caractĂ©ristiques que nous avons dites prĂ©cĂ©demment, mais dans une conception renouvelĂ©e de la composition : ici a contrario de toutes les compositions connues – plutĂŽt frontale et statique, s’impose le mouvement. C’est un instantanĂ© inĂ©dit, d’un souffle inouĂŻ, assurĂ©ment la peinture de musiciens en pleine action, parmi les plus rĂ©ussies et les plus justes qui soient de toute l’histoire de la peinture. A Rome, Valentin suit la mode musicale, il en peint mĂȘme les jalons de la rĂ©volution instrumentale qui s’accomplit Ă  son Ă©poque. La forme concertante met les instruments en avant ; comme l’écriture monodique avec basse continue, – emblĂšme du Baroque triomphant, se met aussi au service du chant, mais un chant incarnĂ© oĂč le texte est dĂ©clamĂ© / chantĂ© Ă  la premiĂšre personne. Cette forte incarnation se lit dans le rĂ©alisme des figures : tous portraits, saisissants chacun par leur caractĂ©risation et leur forte individualitĂ©, comme nerveuse, passionnĂ©e ; d’autant plus manifeste, que Valentin n’a peint que des figures en mouvement, saisies dans l’élan musical et vocal qui les anime et les mĂȘle l’une Ă  l’autre en une complicitĂ© collective ; sont particuliĂšrement bien portraiturĂ©s :
-le jeu des archets et des mains sur les cordes
-les expressions habitées
-les chanteurs : deux garçons probablement, bouches ouvertes en pleine interprétation
-l’attitude de la continuiste, bras tendus, poignets et mains souples, chantournĂ©es au clavier
-les visages expriment l’intensitĂ© de la vie, la passion dans le partage et l’harmonie collective
-le joueur de cornet semble lui aussi tout absorbé par son jeu et la partition ouverte, et comme sublimé, lointain, dans son monde sonore

Les musiciens Ă  gauche ferment le pupitre : basse de viole et thĂ©orbiste Ă  la formidable armure argentĂ©e qui nous fait dos, et semble nous refuser l’accĂšs de cette complicitĂ© collective qui s’exprime comme un seul corps.

Ce bouillonnement en groupe est d’autant plus expressif qu’il semble lui aussi jaillir de la pĂ©nombre, sur un fond neutre ; les visages et les mains s’y dĂ©tachent avec un relief aigu, comme s’il s’agissait lĂ  encore d’un groupe sculptĂ© antique, mais saisi en plein mouvement et en pleine lumiĂšre.

 

 

 

flutiste ingenu concert taverne valentin de boulogne classiquenews exposition louvre3- Le flĂ»tiste ingĂ©nu. La scĂšne de taverne est bien connu et ici ses acteurs protagonistes tout Ă  fait identifiables : un gentilhomme aventurier, coiffe emplumĂ©e, Ă©pĂ©e Ă  la ceinture se sert du vin, pendant qu’une entraĂźneuse voire davantage, sĂ©duit le jeune flĂ»tiste, qui sous l’effet de l’alcool, ne s’aperçoit pas que la bohĂ©mienne, verre levĂ© elle aussi au dessus de sa tĂȘte et derriĂšre lui, lui dĂ©robe sa bourse. Le sujet de trompeur trompĂ© est rĂ©current chez les Caravagesques : on le retrouve aussi chez Georges de La Tour ou Simon Vouet. Valentin traite la scĂšne en y ajoutant l’élĂ©ment musical oĂč le jeu de la flĂ»te absorbe toute la concentration du jeune homme, proie de ce jeu de dupes. Dans une composition plus claire que les Concerts, le raffinement des couleurs, la touche fluide, vaporeuse qui brosse de trĂšs beaux portraits lĂ  encore affirment la maestriĂ  du peintre français Ă  Rome.

 

 

 

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4- Le Concert au Tambourin 1. Selon une formule fixĂ©e dans le Concert au bas relief du Louvre, Valentin a multipliĂ© les compositions oĂč instrumentistes et buveurs semblent attablĂ©s sur un bloc de marbre antique dont l’angle perce la toile au centre de la composition. Ici le raffinement explicite des couleurs offre une variation chromatique particuliĂšrement efficace au sujet musical. La nouveautĂ© vient de la prĂ©sence de la femme au tambourin, saisie sur le vif comme ses partenaires masculins : joueur de violon Ă  gauche et luthiste Ă  droite, ce dernier absorbĂ© par la partition qui est ouverte entre le bord de la table et ses genoux. L’interaction entre les personnages est rĂ©tablie entre la musicienne qui regardant vers le violoniste, et semble s’accorder avec lui. Ici le jeu instrumental est plus suggĂ©rĂ© que reprĂ©sentĂ© et dĂ©crit soigneusement. L’impression de mouvement et l’effet d’instantanĂ© s’affirment selon une formule dont on dĂ©duit qu’elle reçu un grand succĂšs auprĂšs des amateurs romains dans les annĂ©es 1620.

 

 

 

5- Le Concert au tambourin 2 (« Musiciens et soldats », Strasbourg, vers 1620). Ce grand tableau renouvelle lui aussi le clair obscur lĂ©guĂ© par le Caravage dans le genre de la scĂšne de taverne. Un milieu que Valentin connaĂźt bien pour l’avoir assidĂ»ment frĂ©quentĂ©. Ce nocturne collectif associe musiciens, soldats et buveurs, lĂ  encore comme attablĂ©s Ă  un grand cube dont l’un des angles transperce la toile en son centre. Les 5 personnages malgrĂ© le titre qui suppose un jeu collectif et une certaine complicitĂ©, semblent absents aux autres. Aucun ne se regarde : tous semblent abĂźmĂ©s dans leur propre solitude. Seule la joueuse de tambourin, au centre nous regarde, elle surgit de l’ombre dĂ©vorante et semble nous extraire de la torpeur gĂ©nĂ©rale, Ă  peine animĂ©e par le jeu du violoniste de droite, au geste mou et rĂȘveur, et derriĂšre lui, le flĂ»tiste, Ă  peine perceptible au second plan, plus enfoncĂ© encore dans la pĂ©nombre. La poĂ©sie intĂ©rieure est l’élĂ©ment le plus frappant de ce concert comme voilĂ© par un onirisme secret et lui aussi mĂ©lancolique.

 

 

 

ok-quatre-ages6- Les quatre Ăąges de la vie (1627-29, National Gallery Londres). Valentin peintre poĂšte, plutĂŽt Ă©rudit aime jouer des symboles et des allĂ©gories. Autour d’une table, 4 figures paraissent, deux nous regardent ; deux rĂȘvent, comme absorbĂ©es par leur propre rĂ©flexion. Le jeune garçon vient probablement de libĂ©rer un oiseau en ouvrant la cage qu’il tient entre les mains : l’envol du volatile suggĂšre le temps qui passe et court, entraĂźnant les Ăąges qui sont le sujet du tableau. Que faire contre la fuite du temps ? Ce pourrait ĂȘtre aussi en rĂ©fĂ©rence Ă  la cage, l’Amour cruel qui enchaĂźne les coeurs trop tendres

A gauche, le luthiste, a fiĂšre allure, et nous fixe non sans attirer notre regard, jusqu’à nous interpeler de façon troublante. ComplĂ©tant la figure de l’enfant, le jeune homme chante l’amour, inaccessible, indomptable dont chacun, au printemps de sa vie, souffre et apprend les morsures amĂšres.
A droite, un soldat couronnĂ© tenant un livre ouvert dans sa droite, est endormi : pense-t-il aux victoires et aux rĂ©compenses (dĂ©risoires) qu’il a obtenues en sacrifiant sa vie entiĂšre ? Que reste-t-il des ors et de la gloire militaire ? : sa couronne a des feuilles bien flĂ©tries. Enfin au centre, le vieillard Ă  la barbe, semble nous dire, verre Ă  la main : « toi qui passes, profites de la vie ; elle ne passe pas : elle court ». Il porte un col fourrĂ©, Ă©voquant la froideur de l’hiver car chaque Ăąge symbolise aussi les quatre Saisons.
Personnages resserrĂ©s, en buste, raffinement chromatique, rĂ©alisme de la touche, surtout intensitĂ© intĂ©rieure de chaque individualitĂ© : tout Valentin est lĂ , dans cette sobriĂ©tĂ© et cet Ă©quilibre qui exprime surtout des portraits humains; touchants par leur vĂ©ritĂ©. Velazquez s’en souviendra quand il sĂ©journera Ă  Rome en 1629. Il saura saisir comme nous aujourd’hui, ce rĂ©alisme qui a le goĂ»t des matiĂšres et des Ă©clairages en clair obscur, selon le modĂšle lĂ©guĂ© par Caravage. Mais l’Espagnol retiendra surtout la vĂ©ritĂ© de chaque modĂšle, vĂ©ritable portrait qui apporte une poĂ©sie inĂ©dite alors parmi les caravagesques. Chaque visage recĂšle une intĂ©rioritĂ© profonde et comme inquiĂšte, exprimant un regard sur la vanitĂ© des choses, et la fugacitĂ© de la vie. La perte, le deuil de chaque Ăąge et la transformation permanente peuvent aussi servir de message sousjacent. Peut-ĂȘtre Valentin, peintre Ă©rudit et fin lettrĂ© ne l’oublions jamais-, adhĂšre t il Ă  la poĂ©tique espĂ©rante d’Ovide : « Chaque forme varie et prend un autre nom. / De la nature ainsi l’ordre se renouvelle. / Le mode est passager, la matiĂšre Ă©ternelle / (
 )/ Ce qu’on appelle mort est un changement d’ĂȘtre. / Finir ou commencer, c’est ou mourir ou naĂźtre » .

 

 


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textes des notices par Carter Chris-Humphray, Lucas Irom et Alexandre Pham
© studio CLASSIQUENEWS.COM

 

 

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