Paris. Espace Cardin, le 28 octobre 2011. Airs de Bellini, Donizetti, Verdi, Rossini… Récital Pretty Yende, soprano. Patrick Ivorra, piano

Dix mois après son éclatante victoire au Concours International Vincenzo Bellini (1ère édition en France), la jeune soprano Pretty Yende est de retour à Paris pour un concert de bel canto organisé par l’association Musicarte. Il s’agit en vérité du concert parisien découlant de son premier prix au Concours Bellini 2010. Entre temps, la jeune soprano sud-africaine a encore ajouté des lauriers à sa couronne d’étoile montante du chant mondial : en juillet dernier, elle a remporté haut la main le prestigieux concours Operalia, avec pas moins de trois récompenses – Premier prix, Prix de la zarzuela, Prix du public –, fait unique dans l’histoire de la compétition créée par la star Placido Domingo.

divina Yende

Pour son premier récital parisien, Pretty Yende a choisi un programme entièrement consacré au bel canto, un répertoire qui semble avoir été écrit pour elle, tant sa voix s’y coule voluptueusement, semblant littéralement aimer les longues lignes que la musique déroule.
Depuis son triomphe de décembre dernier (Finale du Concours Bellini 2010), la chanteuse paraît avoir progressé, l’émission vocale, déjà remarquable au regard de celle de ses concurrentes, ayant gagné en hauteur et en clarté. Chaque voyelle se voit parfaitement définie, aussi simple et précise que si elle était parlée, permettant de ciseler chaque mot et rendant ainsi le texte intelligible dans toute sa beauté et sa force dramatique. Pas d’esbroufe ni d’artifices, simplement un chant sain et naturel, se déployant sans effort apparent, riche d’harmoniques remplissant la salle, dans la plus belle tradition du bel canto, celui qui fait les très grandes cantatrices.
De plus, ainsi que nous l’avions remarqué dès ses premières phrases lors de la demi-finale à Puteaux, l’écriture belcantiste apparaît comme idéale pour Pretty Yende, tant au niveau de l’instrument, noble et corsé, que de la sensibilité musicale. Rarement on aura entendu une interprète phraser cette musique avec autant d’aisance, un tel sens des nuances et une maturité artistique aussi affirmée. Chaque son est habité, coloré et nourri, de la première respiration au diminuendo impalpable qui l’achève. Et toujours avec la même élégance dans le port, l’économie du geste, la malice d’un sourire ou d’un regard pétillant. Ainsi que nous le disions, une très grande diva, dans la lignée d’une June Anderson et d’une Annick Massis.
Avec sa Sonnambula, elle renouvelle le miracle de la finale du Concours Bellini, avec davantage d’achèvement encore, du legato à l’archet et du frémissement de l’aria à la virtuosité parfaitement sur le souffle de la cabalette, chantée avec une jubilation à peine dissimulée. Seul le suraigu sonne quelque peu dur et tendu, comme le signe d’une évolution à venir vers des emplois à la tessiture plus centrale.
Un futur que semble annoncer d’ailleurs sa Beatrice di Tenda, véritable joyau de la soirée (qu’elle a présenté et défendu au Concours Operalia 2011), dans laquelle la richesse de son médium et la pudeur dans son expression font merveille.
Avec « La Ricordanza », elle nous offre, d’une subtile façon, I Puritani, puisque Bellini semble s’être servi de cet air de chambre pour écrire la scène de la folie d’Elvira. Une écriture qui lui sied à ravir, et dans laquelle on ne se lasse pas de l’entendre.
Saluons également son choix d’une mélodie peu connue de Donzietti, « La corrispondanza amorosa », qui plus est dans notre langue qu’elle chante apparemment peu. Et sa maîtrise du français est digne d’éloge, à tel point qu’on l’espère à nouveau dans Lucie de Lammermoor et qu’on l’imagine sans peine dans la Fille du Régiment et dans Juliette.
Norina de Don Pasquale clôt sa performance dans la joie et la bonne humeur, le caractère piquant et enjoué de la jeune femme lui ressemblant beaucoup. Vocalement, on sent également ses affinités avec ce personnage qu’on attend avec impatience de la voir incarner sur scène.
Il aura fallu cet air pour que le public s’enflamme enfin et lui réserve l’accueil qu’elle méritait. Elle se lance alors dans un bis rare, la Caterina Cornaro de Donizetti, dotée d’un superbe air et d’une cabalette enthousiasmante, qu’elle sert tous deux avec l’art qu’elle a fait sien toute la soirée durant.
Second rappel: rien moins que Linda di Chamounix, qu’Edita Gruberova avait également donné en bis lors de sa venue au Théâtre des Champs Elysées il y a près de deux ans. Audace de la jeunesse qui se révèle ce soir confirmation magistrale: ce n’est pas peu dire que la jeune artiste mérite amplement sa place auprès de sa glorieuse aînée, tant sa maîtrise de tous les paramètres techniques est grande, et tant elle sait iriser chacune de ses vocalises sans jamais tomber dans la démonstration.
Soutenue et entourée par le jeu protecteur, superbement attentif, d’une musicalité et d’une délicatesse rares, de son partenaire, le pianiste Patrick Ivorra, la belle et enthousiasmante Pretty Yende a une nouvelle fois donné la preuve de son incontestable talent, et confirmé que sa place est bel et bien parmi les futures légendes du bel canto.

Paris. Espace Cardin, 28 octobre 2011. Vincenzo Bellini : La Sonnambula, “Care compagne… Come per me sereno”. Gaetano Donizetti : “A mezzanotte”. Gioacchino Rossini : “La pastorella delle Alpi” ; L’occasione fa il ladro, “Ma se incerti voi siete”. Vincenzo Bellini : Beatrice di Tenda, “O miei fedeli” ; “La Ricordanza”. Gaetano Donizetti : “La corrispondanza amorosa” ; Don Pasquale, “Quel guardo il cavaliere”. Pretty Yende, soprano. Patrick Ivorra, piano

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