Outre-Mers. Marcos Portugal: Missa Grande (Procopio, L’Echelle, 2012)1 cd Paraty

Outre-Mers (L’Echelle, Bruno Procopio, 2012).
Jouée aux Invalides récemment, – créée à l’occasion de la fête de la Sainte Barbe, la Messe a toute sa place dans un contexte solennel et militaire-, la Missa Grande de Marcos Portugal incarne l’écriture toute en subtilité et style d’un musicien majeur entre Mozart et Rossini. Le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio invité par l’ensemble L’Echelle prolonge de précédentes réalisations en faveur des musiques lusobrésiliennes, d’un continent l’autre, entre nouveau et ancien monde, parallèle éloquent qui justifie et inspire le titre du présent album ” Outre-mers “.

La Messe permet aux chanteurs d’affirmer quelques belles individualités solistes (en particulier les deux sopranos ici réunis, Luanda Siqueira et Charles Barbier), comme la sonorité collective du jeune chœur français. Mais la vraie vedette du programme, enregistré dans la somptueuse Cathédrale de Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha) demeure l’orgue historique daté de circa 1770, instrument exceptionnel conçu alors par un facteur génial du Baroque ibérique, Julian de la Orden. La version retenue pour l’heure n’est pas celle pour grand orchestre mais celle concertante avec orgue et chœur, dont la formulation plus aisée était destinée à être jouée partout en Europe et surtout au Brésil: devenu le plus important compositeur brésilien, Portugal fait jouer sa Messe dans toutes les villes soucieuses de se mettre au goût de la Cour des rois portugais. L’enregistrement a été permis grâce à une minutieuse préparation de l’Epître (organo mayor)(voir notre reportage vidéo La Missa Grande de Marcos Portugal à Cuenca) afin d’identifier ses particularités sonores, sa riche palette de couleurs, et les combiner au mieux aux accents du chœur.

La réalisation est digne de nos attentes: apport décisif pour notre meilleure compréhension d’un auteur virtuose et inspiré dont la composition est aussi passée par le genre comique (voir notre reportage vidéo recréation de l’opéra comique, L’Oro non compra amore, 1804, de Marcos Portugal à Rio de Janeiro par Bruno Procopio).

Des séquences souvent courtes mais très caractérisées de la Missa, retenons quelques jalons hautement convaincants: le trop bref enchantement choral du Qui tollis (plage 10) qui dévoile allusivement l’excellente direction de Bruno Procopio comme chef de chœur (belle sonorité claire, transparente des choristes).
Passons l’asthénie plate du 11 (Qui sedes), que fait oublier à propos le duo des séraphins (12: Quoniam tu sollus), plein de flamme porté par les deux sopranos en vedette et d’un bout à l’autre, d’une irrésistible intensité : raffinement mozartien de Luanda, âpreté surexpressive et très investie de Charles Barbier. La cour portugaise raffolait des voix de castrats en 1782: le jeune Marcos Portugal l’a bien compris, et le ténor devenu ici sopraniste claironne comme un instrument descendu du ciel. Le jeune Portugal synthétise toutes les esthétiques européennes les plus flatteuses et les plus immédiatement intelligibles par le cœur des fidèles: agilité et acrobaties plus proches du concert que de la ferveur de l’église, montrent combien même avec l’élégance et la finesse qui le caractérise, le compositeur portugais veut séduire, en particulier les décideurs à la Cour royale de Lisbonne, ses employeurs principaux … qui de facto se montreront très généreux à son encontre.


Ferveur élégante du jeune Marcos Portugal

Louons également les somptueux plains chants captés dans l’espace envoûtant de la Cathédrale de Cuenca. Puis, le Credo, le superbe Et Incarnatus est (16,17) restituent cette vitalité pleine d’élégance et de joie de vivre rayonnante déjà approchée dans l’autre excellent cd dédié à Marcos Portugal (également édité par Paraty éditions : Matinas do Natal dont classiquenews avait loué auparavant la vitalité collective, l’élan et la ferveur) ; le timbre si particulier de Charles Barbier sait rester d’une belle intensité incarnée; à laquelle répond l’introspection plus grave et tragique du Crucifixus (18).
La caresse de l’orgue dans l’Agnus dei, affirme à nouveau l’éclat souverain d’un instrument de premier plan capable de raffinement vif argent et de colorations atmosphériques assez inouïes.

Quelle bonne idée de conclure ce programme fervent avec les irisations en échos dialogués, si subtilement enchâssées de Quetzal de Caroline Marçot (2002), compositrice et aussi chanteuse (alto) au sein de L’Echelle: sous la direction de Charles Barbier, c’est une série d’élévation, de vagues lumineuses et ascendantes, d’une plénitude angélique et sensuelle où se répondent chansons et mélodies de marins entre les deux mondes, et là encore entre Portugal et Brésil pour Marcos Portugal, et ici, de chaque côté de l’Atlantique, entre les deux rives de l’océan nourricier et premier… Outre-Mers, comme l’indique très justement le titre de l’album, véritable accomplissement artistique illustrant et la maturité du jeune chœur L’Echelle, et davantage aussi le discernement exemplaire du jeune label Paraty fondé par Bruno Procopio, particulièrement méritant par ses audaces artistiques et sa volonté de défrichement comme de création, entre classicisme et contemporain.

Outre-Mers. Marcos Portugal: Missa Grande. Caroline Marçot: Quetzal. L’Echelle. Bruno Procopio et Charles Barbier, direction. Olivier Houette, orgue historique (organo mayor) de la Cathédrale de Cuenca. 1 cd Paraty. Enregistré en mars 2012 à Cuenca (Espagne).

Approfondir
La Missa Grande de Marcos Portugal à Cuenca

A Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha), Bruno Procopio
dirige en chef invité le choeur L’Echelle pour la Missa Grande de Marcos
Portugal. Le concert en ouverture du festival SMR 2012 (Semana de
Musica Religiosa de Cuenca) sollicite aussi le concours de l’orgue
historique baroque conçu par Julian de la Orden (1770) pour la
Cathédrale. Concert événement qui est aussi le sujet d’un cd à venir
début 2013. Grand reportage vidéo réalisé en mars et avril 2012.




Le claveciniste et chef d’orchestre d’origine brésilienne dirige à
Rio l’opéra L’Oro non compra amore de
Marcos Portugal (1762-1830) à l’Opéra de Rio (Brésil, décembre 2012). A la tête de l’Orchestre Symphonique du Brésil, l’une des phalanges la
plus ancienne du pays, le jeune maestro approfondit son approche d’un
ouvrage romantique qui porte les prémices du belcanto. C’est aussi pour
les instrumentistes et l’Opéra de Rio, l’occasion de rendre hommage à
l’une des figures musicales les plus importantes à l’époque du Brésil
impérial, au début du XIXème siècle.

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