OPERA événement. ANGERS, Grand Théâtre : dernière à 14h ce jour, du Don GIOVANNI de Mozart par le duo Caurier / Leiser

bandeau-giovanniOPERA événement. ANGERS, Grand Théâtre : dernière à 14h ce jour, du Don GIOVANNI de Mozart par le duo Caurier / Leiser. CHOC VISUEL  : ACIDE, électrique, un DON GIOVANNI au scalpel à ANGERS. Servie par un cast de jeunes chanteurs à l’incisive sensibilité, la nouvelle production de Don Giovanni présentée par ANGERS NANTES OPERA est un moment de théâtre sulfureux et percutant. Décapante et glaciale, la vision développée ici analyse la figure du Séducteur avec une froideur clinique, sous la brûlure constante d’un éclairage froid et direct (façon interrogatoire, comme leur Tosca pour le même Théâtre), curieux de décrypter chaque jalon d’une descente aux enfers, celle d’un érotomane nocturne, junky cynique, porté à l’autodestruction… les amateurs de perruques XVIIIè, de costumes et décors façon Losey seront surpris : Patrice Caurier et Moshe Leiser s’entendent à moderniser l’action (comme ils l’avaient fait du Falstaff de Verdi) ; ils développent leur regard aigre, caustique, acerbe sur leurs sujets, au pied d’un immeuble style HLM (porte vitrée et interphone en prime…).

Inutile de souligner combien fidèle à la ligne artistique défendue par le directeur d’Angers Nantes Opéra, Jean-Paul Davois, la nouvelle production de ce Don Giovanni ne laisse pas indifférent, en replaçant le dispositif théâtral au coeur du spectacle, en dévoilant sous le projecteur les corps des acteurs-chanteurs au devant de la scène… Jamais vous n’aurez vu et rédécouvert le fameux duo Là ci darem la mano entre Don Giovanni et sa jeune proie Zerlina, de cette façon, traité avec une telle impudeur suggérée, a contrario de bien des scènes ailleurs de pure séduction … en comparaison souvent minaudante ; jamais la dernière scène, empoignade entre le décadent chevalier et le Commandeur moralisateur et juge, n’aura été traitée de façon aussi brûlante et trash : la vision ultime d’un drogué trop tôt usé par sa délirante obsession du sexe.

 

 

 

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L’engagement du chef (Mark Shanahan) dans la fosse comme l’implication des jeunes chanteurs expriment surtout l’élan du désir, l’écoulement d’un érotisme acide, conçu comme une lame de fond ou la coulante lave d’un volcan destructeur. Parmi les solistes Don Giovanni et son double complice Leporello composent comme un monstre à deux visages, d’une irrésistible tension érotique : rien ne résiste à leur aimantation trouble, duplicable et gémellaire ; respectivement John Chest et l’excellent Ruben Drole incarnent les intentions des deux metteurs en scène avec une justesse de ton et une évidence vocale saisissantes ; offrant deux couleurs mâles et viriles d’une exceptionnelle vérité. A leurs côtés, et sur un même plan de séduction comme de conviction dramatique, l’Ottavio (fin et élégant) de Philippe Talbot, surtout l’étonnante Donna Elvira de la soprano Rinat Shaham (pourtant déclarée souffrante le soir de notre présence) se distinguent eux aussi très nettement par un caractérisation intérieure qui nourrit leur individualité respective. Dernière aujourd’hui, à 14h, Grand Théâtre d’Angers. Incontournable.

 

 

 

ANGERS, Grand Théâtre. Don Giovanni de Mozart, dernière ce jour, dimanche 8 mai 2016 à 14h. Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène.

 

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

 

Illustrations : Leporello et Don Giovanni (scène finale) : Ruben Drole et John Chest / © Jef Rabillon / Angers Nantes Opéra 2016
— Donna Elvira et Don Giovanni, duo électrique sous le projecteur : Rinat Shaham et John Chest / © Jef Rabillon / Angers Nantes Opéra 2016

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