Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

malgoire_jean_claudeTourcoing, Atelier Lyrique. Debussy : Pelléas et Mélisande. 19,21,23 avril 2015. Création. Au Théâtre municipal Raymond Devos de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire réunit sa fine équipe dont de nouvelles voix déjà confirmées qu’il a eu le nez de distinguer et encourager (Sabine Devielhe y chante sa première Mélisande ; comme Guillaume Andrieux, son premier Pelléas). La nouvelle production lyrique présenté par l’ALT Atelier Lyrique de Tourcoing promet d’être un nouveau grand moment local car deux jeunes chanteurs vont y assoir davantage leur immense talent d’interprète.

 

 

Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

 

Et si Pelléas et Mélisande, le seul opéra intégralement abouti de Debussy, créé à l’Opéra-Comique en 1902, soulignait sous la faillite des mots, et l’errance des êtres qui se dérobent, la souveraine activité de la musique? Force et énergie seule capable d’exprimer l’indicible, d’éclairer le psychisme profond des êtres handicapés, impuissants, démunis… Ce que le mot ne peut dire, la musique le porte soudainement au delà des solitudes et des mensonges.
Poésie, musique: on parle souvent d’une fusion étroite et mystérieuse qui cisèle l’articulation et le phrasé du texte, qui ouvrage comme nul part, la déclamation du verbe… La prose de Maeterlinck, dont la portée symboliste ne cesse d’interroger l’auditeur, offre au compositeur ce qu’il recherche: un tremplin vers l’autre monde, un passage vers l’invisible, l’indicible dont seul le flot musical témoigne. Qui est Mélisande? D’où vient-elle? Le sait-elle seulement?
Dans une nouvelle production, l’Atelier Lyrique de Tourcoing aborde la fascination et l’action énigmatique de Pelléas et Mélisande, l’opéra de la modernité, celui qui d’essence chambriste, acclimate le mode des tonalités suspendues et irrésolues, dans le sillon tracé par Richard Wagner dans Tristan et Parsifal. Debussy semble comprendre mieux que personne, les solitudes décalées de Mélisande et de Pelléas, deux adolescents mus par un amour pur, dans un monde condamné à l’anéantissement et à la pourriture : Golaud, force aveugle et brutale, mais déchirante et faible, épouse Mélisande sans la connaître : il tue son demi frère, trop jaloux de la grâce que ces deux enfants produisent malgré eux.

 

 

 

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy à Tourcoingboutonreservation
drame lyrique en 5 actes
Livret du compositeur d’après Maeterlinck
version originale. Les 19, 21, et 23 avril 2015

Distribution
Mélisande, Sabine Devielhe
Geneviève, Geneviève Levesque
Pelléas, Guillaume Andrieux
Golaud, Alain Buet
Arkel, Renaud Delaigue
Le médecin, Geoffroy Buffière
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
Direction musicale, Jean-Claude Malgoire
Mise en scène et lumières, Christian Schiaretti

 

 

 Pellléas sur instruments d’époque et en version originale

Jean-Claude Malgoire : retrouver l’orchestre de Debussy

TOURCOING : le nouveau Pelléas et Mélisande de JC MalgoireDébarrassée des interludes, dans sa version originelle du 30 avril 1902,  la nouvelle production de Pelléas et Mélisande proposée par Jean-Claude Malgoire à Tourcoing mérite toute l’attention : le chef fondateur de l’Atelier lyrique de Tourcoing revient aux fondamentaux d’un opéra dont on oublie l’essence innovatrice et scandaleuse : son absence d’airs, la place prépondérante de l’orchestre. Le chant symphonique exprime davantage que le texte, de nature symboliste. La matière et vaporeuse, post wagnérienne, aux couleurs océanes éminemment françaises. La France n’allait pas connaître de choc aussi brutal et décisif que 11 ans plus tard avec Le Sacre du Printemps de Stravinsky, également créé à Paris. Dans un monde qui est à l’agonie, les instruments font jaillir la source première et miraculeuse, régénératrice de l’amour, celui qui aimante peu à peu les deux adolescents, Pelléas et Mélisande. Tout s’agite et se construit sur leur rencontre, leur reconnaissance, leur fusion et quand meurt Pelléas assassiné par Golaud, son demi frère, le monde enchanté, ivre de Mélisande, s’effondre à nouveau : il se renferme dans le mystère auquel demeure totalement étranger Golaud. Debussy a le choc préalable du texte théâtral : en le lisant à partir de 1893, le compositeur qui recherche une autre forme lyrique que l’opéra bourgeois ou réaliste, est fasciné par la portée introspective de la langue, une fenêtre vers les profondeurs encore inconnues de l’âme : désir, haine, jalousie, mélancolie collective, dépression silencieuse…
Pour retrouver le grain et la sonorité qu’a probablement écouté Debussy pour la création de son opéra, Jean-Claude Malgoire resssucite l’orchestre de 1902 : cordes en boyau dont le format sonore s’accorde mieux aux autres pupitres (bois, cuivres) et aux voix. En étudiant les  matériels d’orchestres, le chef a redécouvert le jeu d’archet (le poussé, le tiré…) propre au début du XXè et constaté qu’alors, les instrumentistes ne jouaient pas ensemble. Il en découle un son plus lumineux… que le jeune Malgoire avait déjà remarqué chez son maître Karajan (qui tenait cette pratique lui-même de Furtwängler). En privilégiant surtout les cordes et 2 cors, Debussy opte pour un orchestre au format mozartien, approfondissant ainsi une sonorité suave et transparente… liquide. Plus fluide et délicat, l’orchestre de Debussy était aussi mieux caractérisé : serré, contrasté et aussi feutré (les perces des cuivres – le diamètre des tuyaux, était plus petits : leur sonorité moins puissante, mais très typée et colorée).

 

 
 

 

Approfondir

VOIR le reportage spécial de la production de Pelléas et Mélisande présentée par Angers Nantes Opéra en 2014 (Emmanuelle Bastet, mise en scène)

VOIR les reportages Le Sacre de Stravinsky (1913), La Mer de Debussy par l’orchestre sur instruments d’époque, Les Siècles, François-Xavier Roth

VOIR Jean Claude Malgoire ressuscite ABEN HAMET, l’opéra orientlaiste de Théodre Dubois d’après Chateaubriand (mars avril 2014)

 

 
 

 

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