Musique à Versailles: L’opéra, Lully, Rameau… Arte, dimanche 22 novembre 2009 à 11h

Musique à Versailles

Le Baroque monarchique
L’Opéra: Lully, Francoeur, Rameau…
Le Concert Spirituel

Opéra de Lully à Rameau
Arte, dimanche 22 novembre 2009 à 11h

L’Opéra à Versailles

Nous vous y trompez pas: la salle du concert malgré sa mise austère et
qui semble n’être qu’un ample garage de bois (il s’agit en fait des
Ecuries), sert bien d’écrin à l’une des musiques les plus somptueuses
écrites pour le Palais de Louis XIV puis de Louis XV. Le programme va
de Lully à Rameau sans omettre, révélation évidente de la soirée, la
manière de François Francoeur (1698-1787) dont les audaces de l’orchestre préludent sans
réserve au génie musical de Rameau (écoutez les chaconnes et surtout le
seconde de sa Proserpine
pour vous rendre compte de la volonté symphonique de son écriture: cors
en fête, embrasement nouveau des hautbois, bassons: tout ici respire
d’une nouvelle grâce…). On doit récemment en juin 2007 à Angers Nantes Opéra, la résurrection de son opéra Pyrame et Thisbé (1726) tragédie écrite avec François Rebel. D’ailleurs, le vrai protagoniste reste
l’orchestre: une machinerie à rêves dont le coeur est composé des 2
théorbes près du chef (dont l’excellent Thomas Dunford qui joue aussi dans Les Siècles, Les Ombres, Pygmalion…) pour le théâtre de Lully.

En soliste, la soprano Anna Maria Panzarella traverse les siècles et les règnes: elle est Cybèle d’Atys
de Lully: déité amoureuse mais impuissante car son aîmé le berger Atys
lui préfère Sangaride. C’est une déesse anéantie par l’amour contraire
qui paraît: “Espoirs si cher et si doux pourquoi me trompez vous “:
à la poésie musicale, le texte de Quinault ajoute la pureté des vers,
parmi les plus beaux et les plus simples de la langue classique
française.
Si la suite d’Atys choisie par Le Concert Spirituel est d’humeur pastorale et intimiste (suspensions du sommeil et ses flûtes hypnotiques), Lully trouve une autre couleur dans Persée,
dont la vaillance régénérée, les pointes martiales voire guerrières
ciblent et magnifient le héros de l’opéra: Louis XIV. L’ouvrage
transpire l’esprit conquérant du monarque qui se rêvait vainqueur de
l’Europe. Entre les Jeux junoniens, l’entrée des cyclopes et des
nymphes guerrières, la soprano chante un ample lamento, aux accents
funèbres: “Infortunés qu’un monstre affreux a changé en rochers…” puis, l’aveu d’une mort acceptée sur le même mode tragique et langoureux: “O mort, venez finir mon destin déplorable…”
Le concert s’achève avec le miracle d’Hippolyte et Aricie
de Rameau (1733), manifeste révolutionnaire qui marque en plein
rocaille, le premier coup de maître d’un génie venu tard à l’opéra:
Rameau. L’ouverture montre à quel point l’orchestre est porté par une
nouvelle urgence théâtrale, par la nécessité brûlante du drame, moins
comme à l’époque de Lully, par le sentiment d’allégeance au Roi. En
Phèdre, Anna Maria Panzarella trouve l’exacte personnage propre
à sa voix et son timbre: diction impeccable, style et musicalité
maîtrisés, intériorité blessée réalisent une superbe incarnation: la
Reine, épouse de Thésée, brûle d’amour pour le jeune et adorable
Hippolyte “sensible”: elle est dévorée par ce désir barbare qui
la ronge et la fait mourir. Aucune réserve pour la chanteuse qui donne
tout dans ce texte criant de sommets tragiques.

Réalisation : Olivier Simonnet. Coproduction : ARTE France, Caméra
Lucida productions (2008, 43mn). Concert filmé lors du concert du 27
septembre 2008 aux Grandes Ecuries du Château de Versailles.

Illustrations: Francoeur, Anna Maria Panzarella (DR)

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