Mozart, La finta Giardiniera (1775)Salzbourg, les 26, 29 et 31 août

Premier dramma giocoso. 1775 : à 19 ans, Mozart n’a déjà pas moins de sept oeuvres lyriques à son actif. Il y a une comédie latine : Apollo et Hyacinthus (1767) et une opérette allemande : Bastien et Bastienne (1768). Il y a un véritable dramma per musica : Lucio Silla (1772) et – déjà – un opera seria : Mitridate, Re di Ponte (1770). Le jeune génie est un compositeur bien sérieux, toutefois. Car hormis La Finta Semplice, opera buffa composé en 1768 par un tout jeune Mozart de 14 ans, il n’y a pas encore, au catalogue, de véritable oeuvre comique. C’est le prince-électeur Maximilien de Bavière qui donnera à Wolfgang l’occasion d’y remédier, en passant commande, à l’automne 1774, d’un dramma giocoso destiné à agrémenter les fêtes du Carnaval de 1775. Ce sera La Finta Giardiniera. L’autre dramma giocoso de Mozart sera, 12 années plus tard, Don Giovanni.

Anfossi, le précurseur. Wolfgang n’est pas le premier à mettre en musique l’histoire badine de la fausse jardinière. Lorsque Mozart reçut la commande de l’électeur de Bavière, le livret, dont on s’accorde actuellement pour considérer qu’il est dû à Giuseppe Petrosellini, aura été déjà été mis en musique par le Napolitain Pasquale Anfossi, précédant Mozart d’à peine un an. L’oeuvre d’Anfossi, créée à Rome en 1774, connaîtra un franc succès et sera représentée non seulement en Italie, mais aussi en Allemagne et à Londres.

La fausse jardinière
: le titre donne le ton. Un peu comme au théatre de boulevard, il y aura des quiproquos, il y aura du burlesque, et parfois la réalité dépassera la fiction. Le comte Belfiore aime la marquise Violante Onesti. Au cours d’une dispute inspirée par la jalousie, l’amant blesse sa maîtresse et convaincu de l’avoir tuée, il s’enfuit. La belle marquise, qui s’en sort finalement avec un petit bobo et qui est bien sûr toujours follement amoureuse du comte, prend le nom de Sandrina et se déguise en jardinière, croyant le reconquérir plus facilement sous cette fausse identité. Belfiore se tourne vers la jolie Arminda, au grand désespoir de Ramiro qui en est follement épris. Le Podestat, oncle d’Arminda, fait la cour à Violante tandis que Nardo jette son dévolu sur la servante Serpetta, qui préfèrerait quant à elle épouser le Podestat. S’en suit un chassé-croisé de couples qui se font et se défont, jusqu’à ce que le comte Belfiore et la marquise Violante se retrouvent, en plein deuxième acte. Les péripéties n’en continuent pas moins car les retrouvailles font perdre momentanément la raison aux 2 amants. Ce n’est qu’en cours de troisième acte que le dénouement tant attendu se réalisera, avec la juste union de Belfiore et Violante, d’Arminda et Ramiro, et de Serpetta et Nardo. Il n’y a que le Podestat qui reste seul, mais il accepte son sort avec philosophie, espérant lui aussi rencontrer un jour sa jolie Jardinière.

Un amour de jardinière.
Beau succès lors de sa création pour le carnaval du prince-électeur, La Finta Giardiniera ne restera pourtant à l’affiche que le temps de 3 représentations. Elle sombrera ensuite dans une demi-léthargie, dont elle sortira en 1779 lorsque le dramaturge et impresario Johann Böhm demandera à Mozart de transformer son dramma giocoso en un Singspiel allemand. Une deuxième carrière prend alors cours pour celle qui sera devenue “Die verstellte Gärtnerin”. L’oeuvre ainsi traduite et remodelée bénéficiera d’une grande popularité durant tout le XIXe sous le nom romantique de “Die Gärtnerin aus Liebe”, la jardinière de l’amour. Ce n’est que dans les années 1970 que la version d’origine en italien sortira de l’oubli, lorsqu’on retrouvera dans une bibliothèque de Tchécoslovaquie le manuscrit du premier acte qui avait été égaré au fil des âges. Cette redécouverte marque le début de la renaissance de l’oeuvre, et c’est dans sa version d’origine que le dramma giocoso est généralement représenté de nos jours. C’est elle que l’on retrouvera au Festival de Salzbourg à la fin du mois d’août.

Mozart, La Finta Giardiniera K.196
(Munich, 13 janvier 1775)
Dramma giocoso en trois actes
Livret de Giuseppe Petrosellini

Festival de Salzbourg, les 26, 29 et 31 août

Direction musicale : Ivor Bolton
Mise en scène : Doris Dörrie
Orchestre du Mozarteum de Salzbourg

Le podestat, John Graham-Hall
La marquise Violante Onesti, Alexandra Reinprecht
Le comte Belfiore, John Mark Ainsley
Arminda, Véronique Gens
Ramiro, Ruxandra Donose
Serpetta, Adriana Kucerova
Roberto/Nardo, Markus Werba

Cd &dvd

Parmi plusieurs versions disponibles en cd, on épinglera celle de Nikolaus Harnoncourt avec le Concentus Musicus de Vienne (Teldec, 1991), qui offre une éblouissante distribution avec notamment Edita Gruberova, Charlotte Margiono, Thomas Moser et Dawn Upshaw.
Digne d’intérêt également est la version de Sylvain Cambreling à la tête de l’Orchestre de la Monnaie (à un prix très doux, chez Brilliant Classics). On attend d’ailleurs avec impatience que cette incontournable production scénique de 1986 soit disponible en dvd, car il s’agit d’un des jalons de l’ère Mortier-Cambreling à Bruxelles, dans une ravissante mise en scène de Karl-Ernst et Ursel Hermann.

Pour l’heure, la seule version disponible en dvd est celle du Théatre de Cour de Drottningholm sous la direction d’Arnold Östman (Arthaus Musik).

Illustrations

Fragonard, les hasards heureux de l’escarpolette (Wallace Collection)

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