Mozart: Concertos pour piano n°25 et n°23 (Harnoncourt, 2012) 1 cd Sony classical (juin 2012)

Quand Nikolaus Harnoncourt revient à la tête de son cher Concentus Musicus de Vienne, orchestre baroque qu’il a fondé en 1953, Mozart y gagne une source de régénération communicative. Le chef choisit les deux Concertos pour clavier que Mozart composa en 1786, et qu’il interpréta lors de ses académies à Vienne, dévoilant alors une nouvelle passion (durable) pour son pianoforte Walter.

Grâce mozartienne

En soliste avérédu piano, autrichien lui aussi, Rudolf Buchbinder, se prête au jeu de cette relecture récréative d’une élégance espiègle: sur la copie d’un pianoforte Walter selon le modèle historique, le concertiste renforce le puissant dépoussiérage. Jamais abordés auparavant les Concertos n°23 et n°25 bénéficient de ce mordant fluide et si aérien des instruments d’époque. D’autant que le geste sans effet, économe, simple et naturel du chef autrichien offre l’un des Mozart les plus essentiels qui soient.
La vitalité du 25 éclate avec un coloris, une palette de nuances exceptionnellement précise et coulante. Le 23 est éclairé de l’intérieur avec, sommet de l’introspection, le mouvement lent où la métamorphose s’appuie sur l’éclat des bois et des vents (clarinettes, flûte, cors…). Soucieux des équilibres comme des dimensions sonores originelles, Harnoncourt rétablit cette expérimentation qu’il avait fait sienne dans les années 1960 pour Radio Bremen, utilisant un Walter des années 1790: l’intimité, l’intensité, l’expressivité du clavier restitué dialogue davantage avec les instruments de l’orchestre. Ici, l’instrument requis est une copie signée Paul McNulty, spécialiste expérimenté des pianofortes de haute facture et auteur du clavier choisi, destiné à l’espace ample du Musikverein de Vienne.
Le jeu allant et sans théâtralité ni pathos d’aucun sorte du pianofortiste s’accorde naturellement avec l’équilibre subtil d’un orchestre résolument chambriste. Tous les timbres s’en trouvent revivifiés dans un bain collectif marquant par sa cohérence et son éloquence ciselée. Le résultat est d’une évidence désarmante et relève disons le, du miracle sonore. L’intelligence des interprètes, leur complicité, leur sensibilité ajoutent à la totale réussite de cet enregistrement mozartien marquant. Belle surprise de cette fin d’année 2012.
Mozart: Concertos pour piano n°25 et 23. Rudolf Buchninder, pianoforte Walter 1791 (copie par Paul McNulty). Concentus Musicus. Nikolaus Harnoncourt, direction.1 cd Sony classical 887654090423, enregistré en juin 2012 à Vienne (Musikverein).

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