Moussorsgki: Tableaux d’une exposition. David Kadouch, piano (2011).

Des Tableaux de Moussorsgki, l’excellent David Kadouch dévoile les enchantements troubles. Un seul exemple: la nostalgie nocturne, grave et mystérieuse mais aussi caressante du Vieux Château dont il retrouve le souffle profond et tendre, la respiration juste, l’éclat murmuré: superbe compréhension hagogique là aussi, au service d’une éternité retrouvée dans le texte. Puis c’est la crépitation enfantine des Tuileries, course insouciante au diapason de la clarté simple, magicienne… ce lutin facétieux, lauréat des Victoires de la musique 2010 (révélation Jeune talent), puis doué d’une énergie stupéfiante dans le Concerto sans orchestre de Schumann (qui a marqué son passage éclair chez Decca), a laissé tout costume de soirée pour s’immerger dans la musique, avec une sincérité curieuse d’une très belle sensibilité.


Jeu pictural

Le thème de Promenade, motif de la déambulation, celle du visiteur qui passe d’un tableau à l’autre le temps de cette exposition fantastique et épique, structure tout l’édifice. Le jeu mordant, amusé (les poussins, la cabane sur des pattes de poules), sinueux (Samuel Goldenberg), trépidant et urbain (le marché de Limoges), grave voire terrifiant (Catacombes), spirituel et transcendant (Cum mortuis in lingua mortua : dessiné ici comme une magnifique aurore qui se précise et se développe)… offre une diversité versatile dont David Kadouch fait un embrasement permanent, intense, ardent; soulignant combien ici c’est le trait, la fulgurance, l’éclair qui priment sur tout développement. Ces tableaux sont des pochades électriques qui excitent immédiatement l’imaginaire, plongeant dans la poésie fantastique et mélancolique avec une vivacité polymorphe exceptionnelle.
Au jeu des réminiscences électives, dans le labyrinthe tournoyant, proustien, du souvenir, celui d’un Medtner en état de transe et d’apesanteur nostalgique (Allegretto de la Sonate Réminiscence, Reminiscenza, 1919), David Kadouch retrouve là aussi ce jeu intense et ciselé qui fait la splendeur naturelle et fluide de son Schumann.
Même ivresse et temps ralentis, flottants, comme une marche en arrière (Prélude, Andante) de Serguei Taneïev, favori de Tchaïkovski (qui aimait parler avec lui de composition lui reprochant d’ailleurs souvent son amour pour les germaniques au détriment des français), et dont le pianiste sait aussi exprimer avec flammes (crépitantes) la vivacité de son contrepoint final (Fugue-Allegro vivace e con fuoco): la précision, la clarté, cet écoulement malgré tout serein et parfaitement architecturé… (annonçant de façon frappante les Préludes de Chostakovitch) confirment que David Kadouch fait désormais partie des très grands du piano. Magistral accomplissement.

Moussorsgki: Tableaux d’une exposition. David Kadouch, piano. 1 cd Mirare. Enregistrement réalisé en septembre 2011 à Paris. Ref. MIR 170.

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