Mojca Erdmann: Mostly MozartLa Cetra. Andrea Marcon, direction (Deutsche Grammophon)

Dès le premier air de ce récital choc (Zaïde: “Tiger! Wetze nur die Klauen”… morceau trépidant qui reste étonnamment peu connu): la jeune soprano saisit par une palette dynamique ciselée, un engagement continu apporté au texte : sa candeur, son intensité, la fraîcheur et la franchise du grain vocal séduisent immédiatement.


A star is born

Timbre brillant, abattage saisissant dont l’expressivité très musicale sait aussi affirmer une intériorité tendre, une sincérité humaine indiscutable … ce premier récital majoritairement mozartien de la soprano montante Mojca Erdmann, née Hambourgeoise, est une révélation. Son intelligence et sa finesse vocale, sa justesse interprétative s’impose indiscutablement. Non seulement l’artiste répond à tous les critères actuels du marketing people, mais elle est surtout une cantatrice dont le tempérament nous dit indiscutablement plein de choses… Sa subtilité pourrait bien atteindre même la sensibilité si délectable de sa consœur et ainée, immense mozartienne: Dorothea Röschmann. C’est dire.
Car Mojca Erdmann n’a pas seulement une technique irréprochable, une projection naturelle: elle sait aussi incarner et exprimer avec tact et style. Déjà sa Pamina s’avère bouleversante par sa simple tendresse porté par un legato souverain… Quel accomplissement! On ne souhaite qu’une chose après l’avoir ici écoutée: la voir sur scène pour découvrir son tempérament scénique.

Ce qu’elle fait chez Salieri (premier air d’Hypermnestre, des Danaïdes) est saisissant de souffle et de mesure émotionnelle. L’interprète convainc par son souci de la couleur de chaque mot, même si l’articulation de son français est encore perfectible…


Divine mozartienne

Le récitatif accompagné d’Ilia (Idomoneo) éclaire la pureté et la force d’âme de celle qui, révoltée par l’intransigeance des dieux, est prête à donner sa vie pour sauver celle d’Idomeneo.
Indiscutable de musicalité et de finesse humble, sa Susanna captive : attention au verbe, subtilité rayonnante d’une âme éveillée entre ravissement et souveraine extase… Mojca a et le chien et la beauté d’ âme de l’amoureuse en sa prière ardente.
Mozartienne au chant juste et éblouissant, la soprano hambourgeoise affectionne les joyaux oubliés; aux côtés de Salieri, la cantatrice dévoile les lueurs tendres et tragiques d’Ignaz Holzbauer, vrai classique dans la veine de Graun… dont elle sait faire palpiter le texte par un irrésistible sentiment de sincérité et un feu intérieur admirablement conduit. Le second air extrait de son opéra Günther von Schwarzburg souligne l’étonnante versatilité vocale de la soprano, passant d’aigus tragiques aux caresses les plus tendres…

Zerlina captive par la candeur lumineuse de son timbre: Vedrai, carino… Papillon ciselé prêt à être saisi en plein vol.

Autre révélation: celle du neo classique dont le génie lyrique fut une source d’inspiration pour Mozart : Johann Christian Bach. En français, la chanteuse chante la solitude délirante d’ Orianne (Amadis de Gaule)… Digne mais tendre, implorante mais jamais affectée, elle surprend là encore par la variété des nuances expressives, son intensité et sa justesse musicales.

Chapeau bas et honneurs sans réserve à une nouvelle immense interprète qui demain chantera certainement La Comtesse… des Noces.
En vrai complice, La Cetra déploie une palette étonnante de nuances expressives, de couleurs jamais surdimensionnées (cuivres admirablement polis) sous la direction précise mais jamais méticuleuse ni “serrée” d’Andrea Marcon.

Mojca Erdmann, soprano. Mozart, Salieri, JC Bach, Schwarzburg… airs d’opéras. Le Cetra. Andrea Marcon, direction.

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