Mimi et Rodolfo perdus dans l’espace

top-leftCompte rendu, opĂ©ra. PUCCINI : La Bohème. Claus Guth. Le 1er dĂ©cembre 2017. Afficher Gustavo Dudamel, l’enfant prodige du Sistema vĂ©nĂ©zuelien (sinistrĂ© depuis la crise politique actuelle), Ă©tait une promesse dĂ©voreuse d’appĂ©tit mĂ©diatique. D’autant que la dernière prestation du sĂ©millant maestro latino, – pour le Concert du Nouvel an Ă  Vienne le 1er janvier 2017, Ă©tait restĂ©e… très convaincante. Après l’avoir dirigĂ© Ă  la Scala, Dudamel offre une rĂ©elle puissance expressive dans La Bohème de Puccini. SĂ»retĂ© du geste, ampleur et prĂ©cision de la direction, dĂ©tails et nuances aussi dans la restitution orchestrale… tout indique un chef d’une carrure mĂ»re et au mĂ©tier solide. Pourtant les incursions lyriques du chef du Los Angeles Philharmonic ne sont pas si nombreuses.

La fièvre expressive y côtoie les épanchements lyriques, la suavité avec une certaine langueur. La palette des sentiments et la belle caractérisation des épisodes affirment de facto l’affinité du chef avec le théâtre puccinien. Visuellement, l’enthousiasme retombe gravement. Car Claus Guth imagine les bohémiens à Paris, perdus dans l’espace. Leur errance sidérale prenant des allures d’incongruité nostalgique.

Mimi, Rodolfo… perdus dans le vide sidéral

Instable mais toujours aussi onctueuse et suave, Sonya Yoncheva fait une Mimi qui manque de sĂ»retĂ© dans les aigus ; le Rodolfo du brĂ©silien Atalla Ayan, bien que nuancĂ© et Ă©lĂ©gant, manque lui de volume. Le Marcello de Artur Rucinski dĂ©ploie une puissance bienvenue, affirmant la virilitĂ© gĂ©nĂ©reuse du personnage. PĂ©tillante sans ĂŞtre vraiment stylĂ©e, la Musette d’Aida Garifullina vole la vedette de l’acte parisien collectif celui du cafĂ© Momus. Etrange, voire maladroite – il faut le faire pour un opĂ©ra « facile » Ă  mettre en scène, la direction d’acteurs manque singulièrement de constance comme de cohĂ©rence; les choeurs sont excellents : vifs, mordants… et pourtant Ă©cartĂ©s de la scène. Comme mis au placard.
machine et vaisseau spatial critique la bohème claus guth par classiquenewsL’espace et la machine Ă  remonter le temps volent au secours d’une relecture particulièrement compliquĂ©e : Mimi, Rodolfo, et leurs comparses, complices des annĂ©es de Bohème Ă  Paris, se souviennent non sans nostalgie de leurs jeunesse sous la mansarde : d’oĂą le vaisseau spatial qui les transporte sur les lieux de leurs annĂ©es d’insouciance… La production impose comme souvent Ă  prĂ©sent Ă  Bastille, des interludes avec force projection vidĂ©o – vrai dĂ©lire des metteurs en scène tout excitĂ©s par le potentiel de l’image et de la vidĂ©o. Tout cela sonne faux, hors sujet ; soulignant dĂ©sormais le fossĂ© entre une lecture respectueuse de la partition et la prise du pouvoir par le metteur en scène, Ă  prĂ©sent arbitre du temps musical. PiĂ©gĂ© le spectateur crie Ă  plusieurs reprises Ă  la trahison. On ne lui en tiendra pas rigueur. Loin s’en faut.
DĂ©jĂ , Warlikowski dans Don Carlos avait insistĂ© Ă  force de projos du mĂŞme accabit, sur la solitude suicidaire de Carlos / Kaufmann. Ici mĂŞme rĂ©gime. VidĂ©o plutĂ´t que musique. HyperrĂ©alisme sordide contre aspiration Ă  tout onirisme lyrique. Dans cette Bohème au rĂ©gime, … c’est Puccini qui est rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©. PlutĂ´t dĂ©naturĂ©. Avant cette affligeante production signĂ© Claus Guth – totalement dĂ©poĂ©tisĂ©e, La Bohème faisait salle comble par l’enchantement de ses tableaux d’une beautĂ© visuelle certes consensuelle mais efficace, servante de la musique (si sublime). A force de nous infliger des mises en scènes laides et dĂ©callĂ©es, l’OpĂ©ra de Paris nous impose un rĂ©gime agaçant, plus confortable Ă  suivre Ă  la radio, pour nous Ă©pargner la laideur rĂ©pĂ©titive des spectacles. Un comble pour la grande boutique qui doit veiller Ă  maintenir l’économie de sa gestion. Pas sĂ»r que cette production visuellement dĂ©concertante et trop dĂ©calĂ©e compose le meilleur spectacle dĂ©signĂ© pour la FĂŞte : la fĂ©erie de NoĂ«l en prend un sĂ©rieux coup…

———————

Compte rendu, opéra. PUCCINI : La Bohème. Claus Guth. Le 1er décembre 2017. Jusqu’au 31 décembre 2017. Attention, distribution et direction, changeantes. Réservations, informations

Comments are closed.